‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 87 sur 130 · LETTRE DE H. DE MARTIGMAC · texte numérisé non relu

LETTRE DE H. DE MARTIGMAC

établi à Madrid sera sans ressources, comme la junte provisoire l'est aujourd'hui.

« Il a été fort question d'un emprunt à faire par la junte. J'ai vu dans la lettre écrite par V. Exe. "k S. A. R-, que votre intention n'était nullement de me donner, ni à aucune autre personne, le pouvoir de souscrire un emprunt pour le compte du gouvernement français. J'ai l'honneur d'attester à V. Exe. que je suis bien loin de désirer un pareil pouvoir, et que s'il devait être donné à quelqu'un, je la supplierais de faire porter son choix sur un autre mandataire. Ma mission n'est nullement financière, et si elle avait dû l'être, j'aurais déclaré que je n'ai point assez de connaissance et d'habitude de ces sortes d'affaires pour l'accepter.

« Je n'ai jamais parlé d'un emprunt à souscrire par la France; j'ai dit seulement qu'un emprunt ouvert par le gouvernement espagnol nous délivrerait de la situation embarrassante où nous sommes, et qu'en même temps il serait utile à la France, en rassurant l'opinion sur la dépense encore incalculable où peut l'cntrainer le rétablissement de l'ordre en Espagne opéré avec nos seules ressources.

« Voilà, monsieur le comte, ce que j'ai dit et ce que je pense encore. Je soumets à V. Exe. les idées que me suggère le vif désir que j'éprouve de mener à bien une grande entreprise à laquelle je me trouve lié.

« En attendant votre réponse, le prince fournira, je crois, les fonds nécessaires pour les besoins les plus urgents; mais S. A. R. désire beaucoup être fixée sur ce qu'il convient qu'elle fasse.

« Le général Quesada continue sa marche en avant de M. le maréchal Oudiaot sans attendre ses ordres. Il par^t certain qu'il s'est dirigé aujourd'hui siir Bilbao, où les troupes françaises étaient impatiemment attendues. Le maréchal était mécontent; il s'est plaint à S. A. R. , qui m'a envoyé sa plainte, afin que je fisse intervenir fa. junte.

« Après en avoir délibéré avec M. lo major général, nous avons pensé que puisque la chose étaitfaite, il fallait agir d'après la situation actuelle. J'ai, en conséquence, adressé une note à la junte pour l'inviter k prescrire au général Quesada : V do rester à Bilbao; 2" d'y maintenir la discipline la plus sévère et d!y faire respecter les propriétés et le bon ordre ; 3° d'y organiser régulièrement son corps d'armée, eu fixant son organisation à six mille hommes au plus,]u3qu'àcequ'onpût savoir sion en pouvait nourrir et payer an plus grand nombre ; 4" d'attendre et d'exécuter ponctuellement les ordres qu'il recevrait de M. le maréchal.

« La junte a déféré à cette invitation et un officier sur part à l'instant pour Bilbao, k l'effet de porter au général Quesada la dépèche qu'elle lui adresse.

« Le prince est arrivé hier ici. L'accueil qui lui a été fait a surpassé les espérances que nous avait données la journée de la veille. L'enthousiasmea été tel qu'il est difficile de le peindre. Il serait bien à désirer que la marche de l'armée pût être rapide. Je vois avec peine i'obhgation où nous allons être de nous arrêter assez longtemps sur l'Ebre.

'< Je n'ai pas reçu un seul mot du gouvernement depuis que j'ai quitté Paris, et cependant je me suis

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trouvé et je me trouve encore à tout moment dans des positions difficiles, où il me serait et bien agréable et bien utile de recevoir des instructions.

« Parlez-moi, jo vous prie, de la proclamation de la junte provisoire; elle produit ici de l'effet. Je voudrais bien savoir si elle rentre dans les idées de mon gouvernement.

« J'ai l'honneur d'être, etc.

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