‹ Mémoires et correspondance du comte de VillèleChapitre 90 sur 130 · CCCXV. S. A. R, M"" LE DCC D ANGOnLÊMB Ar COMTE · texte numérisé non relu

CCCXV. S. A. R, M"" LE DCC D ANGOnLÊMB Ar COMTE

« Honldragon, ce 16 avril 1833.

« Monsieur le comte de Villèle, j'ai eu le plaisir de recevoir aujourd'hui votre lettre du 13. Nous coatiDuous à être reçus parfaitement en Espagoe, et uos soldats se couduisenl d'uue manière si admirable que personne n'en revient. Les craintes qui m'ont été témoignées de Paris pour la sûreté de uos frontières, m'out déterminé à envoyer l'ordre au comte Molitorde se porter sur Saragosse et d'y être vers le 3S, et au maréchal Moncey de se mettre en mouvementà la même époque. Mina, menacé parla sur ses derrières, doit, ou repasser l'Ëhre, ou so jeter dans les places de la Catalogne.

'< Quant à ce que vous me marquez au sujet du traité fait avec M. Ouvrard, je dois d'abord me référer à ma lettre du 13 de ce mois, que vous n'aviez pas encore reçue lorsque vous m'avez écrit celle h laquelle je réponds. Vous verrez par cette lettre que nous manquions de tout, lorsque tout se dirigeait de Paris, et que nous avons été dans l'abondance du moment où l'on m'a laissé la liberté d'agir. Je vous abandonne la réputation de M. Ouvrard, cependant il faut bien reconnaître qu'il a du crédit dans ce pays, et qu'il possède les connaissances indispensables pour bien diriger le service dont il est chargé. Sans doute il est nécessaire de le surveiller, et si l'intendant en chef était auprès de moi, ce serait un point déjà réglé. Mais H défaut de l'intendant, j'ai

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les rapports des généraux en chef des corps d'armée. L'état des choses a entièremeal changé de face; ce n'était que plsùntes et mécontentements qui m'inquiétaient et m'aflligeaient, et maintenant tout devient facile; nous sommes dans l'abondance. Je suis donc très éloigné de partager vos craintes ; je crains seulement que, par une décision trop précipitée, on ne replace mon armée' dans le dénuement dont je l'ai tirée. Si nous manquons de parole àM. Ouvrant au moment ob, par des acquisitions considérables, il rassemble à Vittoriapour plus de deux moisd' approvisionnements, il n'est point douteux qu'il ne fasse en Espagne ce qu'il a fait en France ; il redeviendra le maître d'affamer noire armée, on il nous vendra seis approvisionnements à un prix bien plus élevé que celui de son traité, et nous nous trouverons peutêtre dans une position plus fftcheuse encore que celle dont nous venons de sortir. Je vous soumets ces réflexions, en vous priant de les prendre en considération. Soyez assuré de toute mon estime ot affection.

cccxvi. le comte de villéle a s. a. r. m"" le duc

d'angoulême.

« Paria, le 17 avril 1823.

1' Monseigneur,

» J'ai sous les yeux votre lettre du 13, contenant les explications les plus positives sur l'afi'aire d'Ouvrard; j'ai dans la mémoire tout ce quo l'intérêt que je prends à la gloire de V. A. R., et tout ce que le

devoir que j'ai à remplir comme ministre du Roi, m'oat porté à vous écrire sur cette malheureuse aiTairu, et je me reproche presque de vous avoir fatigué au milieu de tant d'autres soins dont vous devez être accablé, par des observations ioopporlunes et rendues inutiles par la plus dure des nécessités.

(( Tout ce que je puis dire à V. A. R. et sur ce point et sur tout autre, c'est que je lui confierai toujours tout ce qui me paraîtra dans l'intérêt du service du Roi, tout ce qui me paraîtra le plus propre à assurer le succès de la noble entreprise qui lui est confiée, mais que jamais Monseigneur ne doit regarder comme dispositions positives et gênantes pour lui, ce que nous pourrions lui indiquer.

« De trop grands devoirs sont imposés à V. A. R. pour qu'elle ne reste pas en définitive arbitre de ce qui convient le mieux pour la réussite de la mission qui lui est confiée ; nous nous appliquerons, quelque parti que vous preniez, à vous seconder et à faire réussir ce que vous aurez arrêté.

<t Je marquais hier à Y. A. que nous autorisions en faveur des auxiliaires espagnols, jusqu'à l'arrivée à Madrid, une subvention mensuelle de deux millions par mois ; je crois fort inutile que cette latitude soit connue de ces messieurs, il suffit que V. A. R. le sache et il convient qu'elle ménage ce moyen de les contenir dans le devoir, ainsi que sa sagesse le lui suggérera.

i< Si, comme la noie que Monseigneur a jointe àsa lettre le contient, les besoins mensuels de la totalité des services des deux armées sous ses ordres sont

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deSlOOOOOfr. pour la solde et, pour vivres, fourrages et transports, de 7 780 000 fr.

Ed tout, par mois environ lOOOOOOO fr.

Plus, subventions aux Espagnols 2000000 —

Total 12000000 fr.

je me chargerai de faire que vos caisses reçoivent biea exactement et toujours un mois à l'avance les fonds nécessaires à ce service; j'ai déjà pour avril, ea outre de sept millions payés pour l'armée en deçà des Pyrénées, mis à la disposition du payeur général :

Le 22 mars 2700000 fr.

Le i" avril 4314000 —

Le 12 — . . SOOOOO —

Le tO — 2500000 —

En toul, pour le sftrvice d'avril. . . 10014000 fr.

(I J'ai huit millions à Perpignan pour le 4" corps ; j'en ai huit k Bayonne pour vos premiers besoins et j'en ai d'aulres en roule pour que la réserve permette toujours de satisfaire aux demandes que vous pourriez lui faire.

11 Je ferai tous mes efforts pour que les autres services sur les détails desquels je ne puis avoir qu'une influence moins directe soient également faits à la satisfaction de V. A. R. : c'est l'assurance que je ne cesserai de donner à Monseigneur, c'est la promesse que tout ce que Dieu m'a donné de sauté et de moyens sera employé à remplir ; V. A. R. peut y compter, comme sur les sentiments

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LETTRli as H. DK MARTIG.XAC. Ul

respectueux et dévoués de son très humble et trè^) obéissant serviteur,

« Je joins ici l'état des forces navales que le ministre de la Marine me dit être aux ordres de Monseigneur dans le golfe de Biscaye. »

CCCXVn. — M. DE MARTIGNAC AU COBTrE" DE VILLÈr.E.

« Viltoria, f8 avril 1823.

(I Monsieur le comte, j'ai reçu hier matin la lettre que V, Esc. m'a fait l'honneur de m'écrire le 13.

i( Vous avez bien raison de nous plaindre d'avoir affaire à des auxiliaires si peu d'accord eatre eux et si peu disposés à des concessions et à des sacrifices. Les détails que contient la longue lettre que je viens d'écrire à M. le ministre de l'Intérieur, vous confirmeront dans celte juste commisération. Je vous prie de lire cette lettre qui renferme des choses dignes d'être vues,

« Vous avez vu par ma dernière lettre que je reconnais comme vous la nécessité de renforcer notre junte de quelques hommes influents. Je n'ai point encore reçu de réponse de l'évêque d'Urgel, qui est à Orthez, d'après ce que m'écrit M. le sous-préfet de Bayonne. Si en avançant dans le pays, nous trouvons quelques personnages importants, qui puissent augmenter de leur considération personnelle la considération du corps, nous ne manquerons pas de les appeler,

« L'idée d'établir une seconde junte en Catalogne

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3i8 AVKIL 1823.

et d'y appeler les membres de l'ancienne Régence, n'est pas d'une exécution possible. D'abord M. MataQorida est dans des dispositions plus inquiétantes que favorables; ensuite notre junte d'ici nous quitterait le jour où l'autre serait créée. Il faut aller jusqu'à Madrid avec 'celle-ci, et s'il plait à Dieu, nous irons. Sans Mina et la Catalogne, nous y serions bientôt.

« J'attends avec impatience la réponse à la lettre que j'ai eu l'honneur de vous écrire et qui touche à la question de finances. Depuis que S. A. R, est arrivée à Rayonne, c'est-à-dire depuis vingt jours, il n'a été compté à l'armée de la Foi que 98000 fr. La junte a reçu une première fois 10000 fr., et aujourd'hui même 50 000 fr. Voilà avec quelles ressources il a fallu entretenir une armée et un gouvernement. Jusqu'ici j'ai obtenu de la patience, à force de la prêcher. Je ne sais plus que dire et il me tarde bien d'avoir quelque chose de positif, que je ne puis apprendre que de vous.

« Je me réfère pour tout ce que j'aurais à vous dire à ma lettre à M. le ministre de l'Intétieur.

« C'est une triste et pénible chose à faire que la politique ambulante. Je n'y trouve de dédommagement que dans les marques de bienveillance dont me comble S. A. R. et dans l'espérance où je suis de rendre un véritable service au Roi, au pays et au gouvernement qui m'a donné sa confiance.

» Je suis avec un respectueux dévouement, etc.

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LETTRE OE S. A, R. M"" LE DUC D'aNGOULÈM E. 3W

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