CCCXXXV. M. DE MAHTIGNAC AL' COïITi: DK VIUÂLE
« Viltoria, le 27 sTril (823.
<< Monsieur le comte, S. A. R. me charge de rendre compte à V. Exe. d'une mesure qu'elle vient de prendre.
(c J'ai déjà parlé plusieurs fois des mauvaises dispositions dans lesquelles étaient M. de MataQorida et M. l'archevêque de Tarragone. La lettre de ce dernier, que j'ai eu l'honneur de vous envoyer, et qu'il a pris le soin de publier lui-même par des copies qui circulent dans le pays, a dû vous faire connaître l'esprit d'hostilité qui les anime. Nous en avons aujourd'hui des preuves plus positives encore. J'ai communiqué au prince une lettre signée par tous les deux, et où des instructions sont données pour diviser et détourner les royalistes. Cette lettre, qui m'a été confidentiellement montrée, annonce des desseins tout à fait ennemis ; quoique je ne croie pas de tels efforts bien redoutables, j'ai pensé cependant qu'il était imprudent de laisser si près de la frontière des hommes disposés à nous nuire et constamment occupés de ce soin. J'ai en conséquence remis à S. A. R. le rapport dont je joins ici copie,
« S. A. R. a donné à M. le major général l'ordre
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de faire inviter les deux membres et les deux principîtux agents à se rendre séparément dans des villes dépendantes des divisions comprises dans son commandement; mais comme il serait possible que, dans l'intervalle, d'autres ordres fussent émanés du gouvernement, il sera dit que, dans ce cas, les ordres du gouvernement seront exactement exécutés.
« Noua n'avons pas, je vous assure, besoin de cette complication pour rendre noire position diflicîle; la prolongation de notre séjour ici, qui laisse aiix passions le temps d'agir, et à nos ennemis celui de se reconnaître, etdeconsulteretde combiner leurs ressources, augmente chaque jour nos embarras.
V Jusqu'ici la peur avait éloigné les hommes connus par l'exagération de leurs opinions révolutionnaires, ou les avait déterminés à se cacher. L'esprit de modération, de paix, qui a présidé à tous les actes du prince, et que nous avons communiqué autant que possible au gouvernement provisoire, a rassuré ces hommes. Beaucoup d'entre eux ont reparu et, forts de la sécurité que notre présence leur donne, ils ont affecté de braver la partie saine de la population, qui voit en eux des persécuteurs. La protection qui leur est accordée commence à paraître injuste, et blesse l'opinion royaliste, qui est incontestablement celle de la masse, et qu'il serait bien impolitique d'aliéner,
« Avant-hier au soir, «ne réunion de quatorze individus, tous anciens volontaires connus par leur exaltation, fut dénoncée au commandant espagnol qui exerce la partie civile. On assura que cette réunion était fréquente et qu'il s'y tramait quelque plan
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coupable. Le commandant averti du mécontentement du peuple, et persuadé que cette réunion secrète était dangereuse, lit arrêter ces individ .s qui sont encore détenus.
« Le prince fut d'abord irrité de cette mesure et voulut faire mettre en liberté ceux qui avaient été arrêtés. Tout en déplorant la nécessité de cette arrestation, je l'engageai à suspendre celte détermination et à entendre les membres de la junte, qui connaissent le pays et qui pouvaient l'éclairer. Un conseil eut lieu hier au soir ; le prince appela sur ma demande le major général, le général Bordesoulle, et MM. Erro et Calderon. Il fut reconnu là que, dans les circonstances difficiles où nous sommes, la mesure prise était commandée par la prudence ; qu'elle était le seul moyen de prévenir des excès, de satisfaire la population en évitant les actes de violence, et de contenir les révolutionnaires dans une inquiétude nécessaire.
u Ce qui s'cstpasséhieràVillaréal est une preuve de la sagesse de cette mesure. Un des révolutionnaire les plus ardents s'étanl montré dans la ville, le peuple a voulu se jeter sur lui; des soldats français l'ont préservé, mais ils n'ont pu le mettre en sûreté i]ue dans la prison, où ils l'ont en. effet conduit.
M Si l'on connaissait bien tout ce qu'ont souffert les habitants de ces priwinces, surtout dans ces derniers temps, on serait loin de s'étonner d'une pareille effervescence et Ton aurait peine à concevoir qu'elle ait été contenue comme elle l'a été.
« Au surplus, aucun des hommes arrêtés ici ne sera détenu en prison pour des faits antérieurs. On
instruit contre eux, et ceux contre lesquels il n'y avait rien de postérieur au rétablissement de l'autorité légitime, seront mis sur-le-champ en liberté, avec invitation de ne pas se montrer en public pendant les premiers jours,
« La junte vient d'arrêter quelques mesures générales dontlanécessité se fait sentir tous les jours. Un certain nombre d'habitants ont quitté leur domicile et vont dans les autres provinces, ou pour y prendre les armes, ou pour y susciter des ennemis. La junte leur enjoint de réintégrer leur domicile dans un délai déterminé; elle promet à ceux qui rentreront et qui se soumettront aux Iois,qu'ils ne seront pas inquiétés, et ordonne la séquestration provisoire des biens de ceux qui ne se représenteraient pas dans un mois. Elle défend de voyager sans passeport et de porter des armes sans permission ; elle ordonne de traduire devant les tribunaux ceuxqui,dans les pays occupés, feront résistance aux armées alliées, ou aux autorités constituées,
« Toutes ces dispositions ne doivent avoir qu'une exécution provisoire et sont subordonnées à ce qui sera arrêté parle gouvernement, dès qu'il sera établi à Madrid. Une proclamation particulière rappelle les miliciens incorporés dans les troupes constitutionnelles et les autorise à rentrer chez eux avec dispense de service. Cette mesure achèvera de désorganiser l'année ennemie.
» Voilà notre position intérieure ; elle est difficile, mais elle n'est pas mauvaise. Il faut de la mesure, des ménagements, de la fermeté et de la douceur. Ma vie est une lutte continuelle; si je ne fais pas tou-
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