DE MADAME DE STAËL A SUARD
« Pourriez-vous me trouver, mon digne ami , la Défense du roi par mon père ? J'en ai besoin dans ce moment, et je ne l'ai pas trouvée chez les libraires. Je suis cette après-dîner chez moi ; m'honorerez-vous de votre présence ? * » n. de stael. »
DE LA MÊME AU MÊME
« J'ai été très-émue par la petite brochure que vous m'avez donnée ; on sent quelle est écrite à l'instant même de l'émotion, et elle la renouvelle. Dites h madame Suard combien je sçais ap~ précier son âme.
» Quand vous voudrez de moi, j'irai vous voir et je vous demanderai un jour de dîner chez moi ; car il faut se revoir. * » Dimanche. » (Sans signature ni date.)
DE LA MÊME AU MÊME
« Cette préface est charmante ; elle excite la curiosité, et il y
a cette élégance qui n'appartient qu'à vous. Mais dès la première
ligne , je reconnais madame Suard , et le mot son ami ne lui
survécut pas longtemps, cache en trahissant. Donnez-moi vite
le livre. Je suis demain chez moi jusqu'à neuf heures. Mille
amitiés. »
(San,s date ni signature.)
Il s'agit ici de la Préface des Confessions de madame de Fourqueux, née Monthion, éditées en 1 81 7, par Suard.
DE LA MÊME AU MÊME
« Comment se fait-il que instable ne soit pas dans le Dictionnaire de l'Académie française? Je suis chez moi ce soir jusqu'à neuf heures ! Je compte dimanche sur madame Suard, entre sept et huit heures. » Mille amitiés inaltérables. »
(Sans date ni signature.)
Les correspondances littéraires qu'entretenaient plusieurs souverains du Nord avec des gens de lettres connus ou inconnus, et qui vivaient principalement à Paris, furent, comme on sait, très à la mode dans le siècle dernier. Les gens de lettres étaient très-friands de cette faveur, bien que, ainsi qu'on l'a pu voir par l'exemple de Thiriot, ils n'en retirassent pas toujours autant d'avantages qu'ils s'en étaient promis. Très-peu de ces correspondances, celles de Grimm, de Favart et de La Harpe, et quelques lettres de Morellet à Rcederer seulement, ont été publiées. Que sont
devenues les autres, celles de Thiriot, d'Arnaud de Baéulard, de Suard, de d'Alembeit même, dit-on, et de quantité de rapporteurs d'un ordre moins élevé qui travaillaient au rabais? Car il n'était pas jusqu'aux comtes et barons de l'Empire qui ne voulussent en cela suivre la mode. Mais n'étant "pas si riches, ni, par conséquent, si généreux que les princes souverains, ils durent chercher à se pourvoir à meilleur compte et descendre à cet effet jusque dans les souterrains de la littérature. Buchon [Souvenirs et courses en Suisse, 1836, in-8°) dit qu'il a retrouvé dans plusieurs bibliothèques particulières d'Allemagne ces correspondances du temps. « C'est, ajoute-t-il (page 477), pour la plupart un journal manuscrit anecdotique et politique, assez semblable, pour la forme, à celui de Bachaumonl. » Ce renseignement est bien vague, et ne fait mention que des bibliothèques particulières. Quoi qu'il en soit, il met sur la voie, et peut-être ne serait-il pas impossible d'obtenir des possesseurs de ces correspondances la permission de les copier et de les publier? Pour moi, j'ai toujours vivement regretté que la correspondance de Thiriot avec le roi de Prusse, laquelle a duré dix ans, n'ait pas été livrée au public. Il serait particulièrement curieux de vérifier comment ce sybarite, qui s'est montré si froid et si lâche à l'égard de Voltaire, dans la querelle de celui-ci avec Desfontaines, le traitait dans ses confidences au roi de Prusse.
Frédéric est le seul qui ait eu le dégoût de ces raps'odies. En décembre 1772, il ne voulut plus entretenir de correspondants littéraires quelconques; il refusa Suard, que lui proposait d'Alembert, et La Harpe qui se présentait lui-même.
Les deux lettres à Suard, que je vais transcrire, nous montrent ce dernier chargé d'une correspondance de cette nature près du margrave d'Anspach; elles nous apprennent aussi qu'il s'acquittait de cet emploi avec autant d'intelligence que de dignité.