‹ Mémoires et correspondancesChapitre 49 sur 97 · LE PRINCE DE REAUVAU A SUARD · texte numérisé non relu

LE PRINCE DE REAUVAU A SUARD

« Versailles, 16 juin 1772.

» Si je n'ai pas répondu plus tùt, monsieur, ce n'est pas que j'aye négligé de faire de votre lettre tout l'usage qui m'a été

possible, et de travailler, toujours d'après elle et de concert avec M. de Nivernois, à ce qu'il reste encore à faire ; je crois avoir amené les choses au point que le roi. après avoir vu M. de Sartine dimanche prochain, pourra être décidé à recevoir la lettre de M. de Nivernois que j'ai toute prête pour lui, et à y faire la réponse dont le modèle est joint à la lettre; outre ce que j'écris aujourd'hui à M. de Sartine, il faut que vous agissiés auprès de lui. pour que de lui-même, si le roi ne lui en parloit pas le premier, il dise ce qu'il y a à dire sur vos ouvrages, mœurs, conduite, etc. Je ferai apnyer le tout par M. d'Aiguillon, madame Du Barry et de mon petit crédit ; et, au moyen de ces forces de toute espèce réunies, nous espérons vous faire déclarer, non plus éligible, mais recevable à la seconde place qui vaquera. J'espère que vous ne doutés pas plus du plaisir avec lequel je vous recevrai que des sentiments avec lesquels vous devés toujours me croire, plus véritablement que personne, monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur,

» Le prince de beauvau.

» Je crois plus à propos que vous vous chargiés vous-même de remettre ma lettre à M. de Sartine. Si vous avés quelque chose à me mander, vous le pourrés demain avec sûreté en envoyant votre lettre vers trois heures à M. de Chauvelin, à l'hôtel de Povanne, rue du Faubourg-Saint-Honoré. »

Ainsi, à la date de cette lettre, le roi n'avait pas encore vu le lieutenant de police, M. de Sartine; par conséquent, il n'avait point encore pris sur les ouvrages, les mœurs et la conduite de Suard et Delille les renseignements dont il avait besoin pour prononcer sur leur sort. La lettre de Suard à M. de Beauvau liâla le dénoùment. Le prince en fit communiquer les détails au duc d'Aiguillon et à ma.

dame Du Barry, et il les transmit lui-môme à M. de Sartine. Suard n'avait peut-être pas encore porté cet écrit au lieutenant de police, ainsi que M. de Beauvau l'en avait chargé, lorsqu'il en fut dispensé par la lettre suivante :

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