‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 103 sur 158 · CCCIV. LE MAUliCHAL DUC DE BELLUN'E AU COMTE · texte numérisé non relu

CCCIV. LE MAUliCHAL DUC DE BELLUN'E AU COMTE

DE Vn.LÈEE.

« Bayonne, le 7 avril 1H23.

« Monsieur le comte et cher collègue, les troupes du Roi ont passé la Bidassoa ce matin aux cris de : Vive le Roi! Hier vers midi, le régiment espagnol Impérial-Alexandre s'était rangé en bataille sur les hauteurs d'Irun et paraissait se disposer à défendre le passage de la rivière ; un peloton de cent hommes que l'on reconnut être des réfugiés français, ayant un drapeau tricolore, descendit près de la Bidassoa et offrit à boire aux soldats du 9" régiment d'infanterie légère. Les transfuges tentèrent par toute sorte de moyens de débaucher nos soldats. Ceux-ci n'acceptèrent point leurs olîres et ne répondirent en

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aucune manière à leurs provocations. Le général Vallin, qui se trouvait présent à cette scène, fit avancer une pièce de canon et ordonna de la charger à mitraille. Pendant que les canonniers exécutaient cet ordre, les transfuges ne cessèrent de crier : TVvent nos braves canonniers! Vivent nos amis de l'artillerie ! \ oyani le général Vallin s'avancer près de la rivière, ils poussèrent des hurlements épouvantables, en criant : Vive Napoléon! Au même instant le général Vallin répondit à leurs insultes par un Vive le Roi! qui fut répété par tous nos soldats, et ordonna à Fartillerie de faire feu. Le premier coup abattit dix hommes, le second trois. Les autres se dispersèrent aussitôt et se jetèrent dans les montagnes. Une compagnie de carabiniers du 9" régiment s'élança dans un bateau pour passer la Bidassoa et poursuivre ces méprisables provocateurs, mais elle ne put les atteindre, non plus que le régiment espagnol Impérial-Alexandre, qui ne crut pas devoir l'attendri'. Il était, comme les transfuges, en fuite dans la direction d'Ernani, en sorte que la ville d'Irun a été occupée dans la nuit même.

'( L'armée est dans ce moment en pleine marche dans la direction de Pampelune, de Tolosa et de Saint-Sébastien, et tout fait espérer qu'elle obtiendra tous les succès que l'on a lieu d'attendre d'elle.

« Les Espagnols sont disposés à l'accueillir; tous, excepté quelques révolutionnaires, l'attendent avec impatience. La discipline qu'elle observe, dont il faut espérer qu'elle ne s'écartera pas. justifiera sans

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doute ropiiiion qu'ils ont d'elle. On croit généralement qu'elle trouvera des vivres en abondance dans ce pays; plusieurs négociants espagnols se sonl déjà offerts pour les lui fournir; ils la serviront beaucoup mieux que nos administrations, don( j'ai beaucoup à me plaindre. Aucun de mes ordres n'a été exécuté par elles, et je suis porté à croire qu'elles font cause commune avec les ennemis du Roi. Je me propose, à mon retour à Paris, d'en faire poursuivre le chef judiciairement. Les pièces pour le convaincre de perlidie ne me manquent pas. Je dois cet exemple à la France et à moi-même '.

« Le voyage que je viens de faire m'a donné tous les désagréments qu'un homme peut éprouver; il ne fallait plus que la goutte pour les compléter ; j'en suis atteint depuis deux jours, de manière que je ne pourrai pas aller à Perpignan, comme je me l'étais promis. J'y envoie M. le général du Coëtlosquet pour savoir ce qui se passe sur ce point, s'assurer des moyens d'existence du 4'' corps d'armée. De mon côté, je vais m'acheminer pour Paris, où je compte arriver du 12 au li du courant. J'ai l'honneur, etc.

(c Le m a hkc hal de Belllwe. »

1. Le maréchal duc de Bellune i-evint de ropinion sinistre qu'il s'était formée, ayant pu constater qu'un des ordres les plus importants qu'il avait signés n'avait jamais été expédié du ministère de la Guerre.

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