‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 102 sur 158 · DE Y I L L È L E · texte numérisé non relu

DE Y I L L È L E

cgc. le comte de vh.lèle a s. a. r. m''''' ee duc

d'angoulè.me.

« Paris, le 5 avril 1823.

« Monseigneur,

« J'ai mis sous les yeux du Roi une lettre de M. le maréchal duc de Bellune du 2 de ce mois, par laquelle il rend compte de la disposition que V. A. R. lui aurait offerte de prendre à son égard ; lui donnant les fonctions de major général et faisant exercer par M. Guilleminot celles de chef d'état-major. Le Roi approuverait avec satisfaction cette disposition, qui ménagerait tout, dans une situation où les difficultés portaient particulièrement sur ce point.

312 AVRIL lS2.'i.

(c J'ai également soumis au Roi l'ordre du jour que V. A. R. a fait publier à l'armée lors de son arrivée; S. M. m'a chargé de vous en témoigner toute sa satisfaction.

(( Permettez, Monseigneur, etc.

« .1" DE ViLLÈLE. »

ceci. Li: GÉNÉRAL CO.MTE GLILLEMINOT AU COMTE

DE VnXÈLE.

« Bayonne, le o avril 1823.

(' Monseigneur,

« La lettre que V. Exe. m'a fait l'honneur de m'adresser le 31 mars dernier, celles de MM. de Chateaubriand et de Clermont-Tonnerre. vos collègues, ne me laissent pins d'autre soin que celui de prouver par mes actions au Conseil de S. M. que mon dévouement au service du Roi est entier et inaltérable. S'il avait pu s'accroître, c'eût été dans cette circonstance si fatale d'abord, et qui m'a procuré si tôt tant de témoignages de confiance et de bonté. Celle de S. A. R. M^' le duc d'Angoulème, sa haute et énergique protection, m'ont profondément touché, et je n'éprouve plus d'autre scnliment sur cette affaire que celui de la plus vive reconnaissance. Je pars. Monseigneur, avec l'espoir que mes services en fourniront la preuve et que je remplirai à la satisfaction du Conseil de S. M. les fonctions difficiles qui me sont confiées. S. Exe, le duc de Bellune a pu se convaincre par lui-même que je n'avais rien avancé que d'exact sur l'état des choses à mon arrivée ici. Depuis, nous sommes parvenus à réu-

LETTRES 1>K M. DE VILEÈLE. 313

iiir de quoi siiflire aux pi'cmiers besoins el nous commençons avec tout, espoir de succès. Je suis. etc.

« Le major général,

« Comte fi uilleminot. »

cccii, — le comte de villèle a s. a. r. m«r' le duc. d'angouléme.

« Paris, le (1 avril 1823, ào lieures du soir. Monseigneur,

« J'ai écrit Lien à la hâte liier à V. A. R. au sortir de la Chambre, oii, grâce cà Dieu, on ne nous laisse pas un jour de repos, mais où la majorité ne se fixe que davantage à seconder les vues du gouvernement.

(( Nous avons reçu une lettre du 2, de M. le maréchal, qui nous disait que Y. A. R. était disposée à lui laisser remplir les fonctions de major général, en conservant M. Guilleminot comme chef d'élat-major ; c'est l'arrangement que je soutins être le plus convenable dans le Conseil où fut décidé le départ du maréchal; c'est ce que je lui recommandai de faire par la lettre que je lui écrivis par son fils le lendemain de son départ; enfin, c'est ce que le Roi et le Conseil ont reconnu hier comme la chose la plus raisonnable à faire; nous apprendrions tous avec la plus vive satisfaction que c'est ainsi que tout s'est terminé.

« Nous n'avons aujourd'hui que l'exemplaire envoyé au ministère de l'Intérieur de votre proclama-

tion aux Espagnols, et la lettre du )^ de M. Guilleminot au ministre de la Marine.

« Nous ne pouvons hâter autant qu'il le désire l'afTaire de M. de Lostende: il y va de la justification de cet officier lui-même ; il ne suffit pas que Ton ne trouve encore rien dans sa conduite qui ait autorisé cette fatale adresse, il faut encore, s'il se peut, que l'instruction permette d'expliquer d'une autre manière cet inexplicable envoi.

« Je vous assure que rien n'est épargné pour parvenir à connaître la vérité sur ce point et qu'aussitôt que la marche de la procédure permettra, comme nous le désirons tous, de reconnaître et proclamer l'innocence de M. de Lostende, il n'y aura pas un instant de perdu. Le télégraphe a déjà joué ce matin de Bordeaux jusqu'ici. Nous nous trouvons heureux d'avoir ce nouveau moven de communication avec Y. A. R.

K Monseigneur n'oubliera pas que le Roi s'en rem.et entièrement h lui des moyens à prendre à l'égard des Espagnols, soit pour la junte de gouvernement, soit pour les mesures relatives à l'intérieur de l'Espagne ; vous seul pouvez juger ce qui peut être utile à la réussite de l'opération qui vous est con- 11 ée.

« Permettez-moi, Monseigneur, etc.

« J" DE VlLLÈLE. »

LErrnics di; y\. de vili.èle. ."{15

ccciii. le comte de yiij.eee a s. a. r. m"'- ee duc

d'angouli^.me.

« Paris, le 7 avril 1823, à o heures du soir '. « Monseigneur,

« J'ai mis sous les yeux du Roi la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire leo de ce mois. S. M. satisfaite de l'offre que vous avez faite à M. le maréchal duc de Bellune du commandement en second de l'armée, et approuvant que vous conserviez à M. le général Guilleminot la confiance qu'il justifie si bien, a vu avec satisfaction que M. le maréchal inspectât l'armée qui passe en ce moment la Bidassoa sous vos ordres, ensuite toutes les troupes qui bordent les Pyrénées, enfinl'armée de M. le maréchal Moncey, et qu'ensuite il revint ici reprendre son ministère; ainsi se trouvera replâtrée une opérationdont Y. A. R. nous aura pardonné les ennuis, en raison de l'importance que lui donnait la manière dont, bien sans notre participation, elle avait été engagée.

« Ne songeons plus qu'à réussir dans la grande entreprise confiée à V. A. R. Plus que tout autre vous pouvez la décider, Alonseigneur; nous serons heureux de contribuer par notre zèle et par nos soins à vous fournir les moyens d'assurer vos succès.

« i" L'ordre est expédié depuis plusieurs jours

1. Au sortir de la séance de la Chaailn'e, où ont été votés déjà les budgets de la Justice, des AlYaii'es étrangères et la moitié de celui de l'Intérieur; cette Chambre aura probablement terminé ses • ipérations le 1j de ce mois.

:n() AVIilL IS2.'5.

pour que le payeur général ait à sa disposition les six millions demandés pour accompagner l'armée en Espagne.

« 2° V. A. R. a pris une excellente mesure en faisant verser à la caisse centrale tous les fonds épars dans les caisses des divers corps; les traites tirées sur le Trésor pour cet objet seront toujours exactement payées.

(( 3° Les changements faits à la proclamation ont l'approbation de S. M.

« 4" Il est impossible d'accorder à qui que ce soit l'autorisation de traiter d'emprunts pour les Espagnols; V. A. R. doit se tenir tout à fait en garde contre les propositions de cette espèce dont elle sera obsédée; il en résulterait la ruine du crédit de l'Es" pagne. Un certain intrigant. M. Ouvrard, est parti pour Rayonne et cherchera par tous les moyens à nouer là des opérations, soit de fournitures, soit d'emprunts, pour lesquelles il a été repoussé ici; je conjure Monseigneur de s'armer de méfiance et de sévérité contre lui et ses semblables, qui se mettent ainsi à la suite des armées et finissent par faire la honte et le déshonneur de leur administration.

u Je dirai aussi à Monseigneur que je suis déjà assez peu édifié de la conduite de son intendant général; je reçois delà Guerre une communication qui m'annonce que cet administrateur ne prétend pas à moins qu'à un supplément de vingt millions pour la dépense de l'armée. Si la demande est sérieuse, cet homme est fou, et où croit-il que nous puissions trouver de pareils suppléments et qu'en veut-il faire?

LETTRK Itl' MAUKCllAI. 1»! C l>K lîKLLI'Ni;. :{17

Je ne saurais trop répéter à Moiisoigncur ([uo s'il ne se méfie des iiommes (|ui Ini conseilleront des dépenses exagérées el s'il ne nons renvoie, sans se gêner, ceux qui ne porleroiiL pas dans les dépenses de l'armée l'ordre et l'économie nécessaires, une ombre d'autant plus aperçue que les formes de noire gouvernement la feront mieux ressortir, affaiblira l'éclat de la gloire dont vont se couvrir les Iroupes confiées à son commandement.

« La nouvelle du passage de la Bidassoa par l'armée de Monseigneur vient de faire monter nos rentes à 79 fr. 30.

(( Les Français aiment à savoir où ils en sont.

« J'ai l'honneurd'être, Monseigneur, de Y. A. R., etc.

« J" DE ViLLÈLE. »

Page 1