CCC.XXXVn. — M. DE MAIiTIGNAC AU COMTli DE VILLÈLE
« Viltoiia, le 28 avril 1823.
« Monsieur le comte, je vois parles discussions de la Chambre et par ce que V. Exe. écrit à S. A. R. que les actes de la junte vous donnent de l'embarras et de l'inquiétude. Je crois cette inquiétude peu fondée et il me semble ([ue les explications les plus simples devraient suffire pour repousser, soit les atta. ques de l'opposition française, soit les plaintes du gouvernement anglais.
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« La junte provisoire n'arrête rien, ne règle rien pour l'avenir; aucun de ses actes n'a un caractère définitif; elle administre transitoirement et voilà tout. Les déclarations qu'elle a faites dans sa proclamation, ne sont qu'une explication de sa conduite et nullement des règles qu'elle a voulu imposer ou fixer.
« Le roi de France avait dit dans son discours d'ouverture de la session qu'au roi d'Espagne seul appartenait le droit de donner des institutions, La junte est partie de ce principe et elle a dit que, quant à elle et provisoirement, elle regardait comme n'exis tant pas ce qui a été fait sans le libre concours du roi. Cette déclaration ne préjuge rien sur ce qui sera régulièrement arrêté à Madrid, ou par le roi, ou par un gouvernement établi, et dès lors je ne vois pas quel sujet de plainte fondé elle peut fournir. Il me semble que cette explication donnée, ou à la Chambre ou dans les journaux, aurait ôté tout prétexte d'inquiétude.
« C'est un véritable malheur, je ne puis trop le répéter, que l'obligation de prolonger notre voyage et le provisoire, qui doit durer autant que lui. Nos opérations mihtaires y gagneront apparemment sous le rapport de la sécurité ; nos opérations politiques ne peuvent qu'y perdre.
« Je sens très bien que la junte doit faire le moins d'actes possible, et je vous assure que je passe ma vie à le lui faire sentir. Cependant il faut bien qu'elle agisse; il faut qu'elle fasse nommer les fonctionnaires, qu'elle prenne les mesures de police et de sûreté. Tout cela doit être fait, et ne peut être fait
LETTRES DE M. DE MAIITIG.NAC. .ilU
que \)av elle, puisque cela touche ;ï radministration du pays.
« Ces inconvénients inévitables vous feront regretter peut-être que la junte provisoire ait été substituée à un simple Conseil. Eh bien! soyez assuré que l'établissement de ce Conseil aurait eu des inconvénients plus graves; que le pays voit dans l'érection d'un gouvernement espagnol agissant par luimême, la véritable garantie de vos promesses, et qu'un Conseil présidé parle prince et n'agissant que sous son autorité directe, n'aurait paru qu'un jeu et un simulacre.
« Pour Dieu ne croyez pas que tout soit simple et facile ; nous nous décidons par le plus petit nombre d'inconvénients, mais presque jamais par le plus grand nombre d'avantages. Xous allons, du reste, le plus sagement que nous pouvons, et malgré le retard, nos affaires intérieures ne se gâtent pas encore.
u Débarrassez-nous toujours des Anglais: nous nous chargeons du reste. Soyez sûr que nous ne leur fournirons de notre côté aucun prétexte d'attaque.
« Ceci me ramène au comte d'Amarante ; de nouveaux avis nous ont appris qu'il était encore dans la province de Yalladolid et qu'il annonçait vouloir opérer sa jonction avec le corps du général Quesada. Les mêmes avis nous apprennent qu'un corps de Portugais constitutionnels serait à sa poursuite. Mais d'autres renseignements nous font doutei' de cette partie de la nouvelle ; il paraîtrait, d'après ceuxlà, que llégo serait venu se montrer avec Morillo, et serait ensuite rentré sur le territoire portugais. Je
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no vous garantis ni l'une ni l'autre de ces versions; la seule chose sûre, c'est l'approche du comte d'Amarante.
« Je me suis rendu à la junte pour m'expliquer de nouveau avec elle à ce sujet. Il est à peu près convenu qu'elle va écrire au général portugais que la politique de la France lui interdit tonte espèce de relations avec les royalistes portugais ; que la politique de l'Espagne royaliste est tout à fait liée à celle de la France et qu'en conséquence elle ne peut accepter ses offres; qu'elle l'invite à licencier sa troupe et ne peut lui donner un asile qu'à cette condition. ^Sous restons, quant à nous, tout à fait étrang'ers à cette déclaration, et nous ne sortons en rien des limites de cette déclaration que vous connaissez. Si les troupes constitutionnelles du Portugal envahissent le territoire espagnol et se mêlent à nos ennemis, la question deviendra plus grave et plus difficile. Prévoyez ce cas possible, et donnez-nous des instructions.
« Je reçois dans ce moment un officier du général d'Fspag-ne, qui m'annonce que la place importante de Jaca vient de se mettre à sa disposition. Le colonel du régiment qui en formait la garnison a proposé à sa troupe de reconnaître l'autorité du roi. La troupe a répondu par le cri de : « Vive le roi ! » Le colonel a fait arrêter les fonctionnaires constitutionnels et a envoyé annoncer au général d'Espagne que la place était au roi. C'est un heureux événement et un bel exemple, qui serait suivi, je n'en doute pas. si notre retard ne jetait de l'incertitude dans les esprits.
LETTUE DE M. DE VILI.ftLE. 393
(( Nous pensons toujours que rien no s'oppose à roxémition de ce qui est prescrit pour l'arrivée à Madrid, dans les instructions données ù S. A. R. Je propose d'écrire par un homme sîir au duc de Tlnfanlado, président du Conseil de Castille. J'ai remis au prince un projet de proclamation pour les habitants de Madrid; je vous l'enverrai pour avoir votre approbation et vos corrections. Le prince est allé hier au spectacle pour la première fois. Les choses se sont parfaitement passées; il y a eu un véritable enthousiasme dans le public espagnol comme dans le public français. Recevez, etc.
« De Martigxac. »