TOME III
instruit contre enx, et ceux contre lesquels il n'y avait rien de postérieur au rétablissement de Taulorité légitime, serontmis sur-le-champ en liberté, avec invitation de ne pas se montrer en public pendant les premiers jours.
« La junte vient d'arrêter quelques mesures générales dontlanécessité se fait sentir tous les jours. Un certain nombre d'habitants ont quitté leur domicile et vont dans les autres provinces, ou pour y ])rendrc les armes, ou pour y susciter des ennemis. La junte leur enjoint de réintégrer leur domicile dans un délai déterminé; elle promet à ceux qui rentreront et qui se soumettront aux lois, qu'ils ne seront pas inquiétés, et ordonne la séquestration provisoire des biens de ceux qui ne se représenteraient pas dans un mois. Elle défend de voyager sans passeport et de porter des armes sans permission; elle ordonne de traduire devant les tribunaux ceuxqui,dans les pays occupés, feront résistance aux armées alliées, ou aux autorités constituées.
(.<■ Toutes ces dispositions ne doivent avoir qu'une exécution provisoire et sont subordonnées à ce qui sera arrêté par le gouvernement, dès qu'il sera établi à Madrid. Une proclamation particulière rappelle les miliciens incorporés dans les troupes constitutionnelles et les autorise à rentrer chez eux avec dispense de service. Cette mesure achèvera de désorganiser l'armée ennemie.
« Voilà notre position intérieure; elle est difficile, mais elle n'est pas mauvaise. 11 faut de la mesure, des ménagements, de la fermeté et de la douceur. Ma vie est une lutte continuelle ; si je ne fais pas tou-
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jouis lout ce que vous voudriez, croyez que je ne fais pas toujours ce que je veux. Je suis avec respect et dévouement, etc.
« De Mautignac,
<( Je n'écris pas à M. le comte de Corbière ; je vous prie de lui communiquer ma lettre. Aucune nouvelle du comte d'Amarante ; la junte n'a rien répondu. »
CCCXXXVl. M. DE MAUriGNAC AU COMTE DE VU.LÈLE.
« Vittoria, le 28 avril 1823.
« Monsieur le comte, j'ai reçu ce matin la lettre que V. Exe. m'a fait l'honneur de m'écrire le 25. Je suis heureux d'apprendre que le Roi est satisfait de mes elforts. J'ai bien besoin de ce dédommagement, car je fais, je vous assure, un pénible travail.
« Soyez tranquille pour ce qui regarde le comte d'Amarante. Notre ligne est tracée et nous ne nous en écarterons pas. 11 paraît qu'il s'est rapproché du 1" corps d'armée, et on assure que les constitutionnels portugais, qui le poursuivent, se sont réunis au corps de Morillo : cette nouvelle n'a rien de certain. Au surplus, je présume que M. le major général donnera sur ce point des renseignements plus positifs à S. Exe. le ministre de la Guerre.
« C'est bien à mon insu que la junte a écrit aux gouvernements étrangers pour se faire reconnaître par eux. Je m'en suis plaint vivement dès que je l'ai su, et j'ai fortement insisté pour qu'aucune démarche ne fût faite à l'extérieur. Cela m'a été promis, et
de ce côté il n'y a aucune inquiéUide à avoir pour l'avenir.
« Je suis fâché des embarras que vous donne celte junte provisoire, mais je crois que ces embarras n'ont rien de sérieux et que toutes les difficultés disparaissent devant cette explication, qu'elle et ses opérations sont toutes transitoires. Vous la croyez disposée à favoriser l'absolutisme et l'inquisition : sous ce rapport je puis la justifier complètement à vos yeux. Les deux hommes capables qui s'y trouvent, et particulièrement M. Erro, ont des principes sages et modérés. Leur résistance à notre système vient, non de leur opinion personnelle, mais de leur conviction que l'opinion générale repousse ce système en Espagne. Au surplus les royalistes exaltés les dénoncent à la nation comme des frmîcs-?nrtço?is et des modérés dangereux. Voilà leur situation : vous savez ce que c'est.
« Soyez sûr que, malgré tout, je les maintiendrai de toutes mes forces dans la ligne que nous voulons et que nous devons suivre. Je puis vous assurer que ces principes sont bien connus dans le pays que nous avons parcouru, et que tous ceux qui éprouvent des inquiétudes non méritées, s'empressent de s'adresser à nous pour obtenir justice.
(( J'ai beaucoup vu à Bayonne M. Alvarado, dont vous parlez à Monseigneur. C'est lui que j'avais envoyé à Toulouse pour engager le marquis à donner sa démission, et l'archevêque de Tarragone à se rendre auprès du prince ; il échoua dans son entreprise. Nous attendions avec impatience que vous nous disiez ce que pense le gouvernement de l'organisation
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proposée par M. Alvarado, et dont vous avez remis la noie à S. A. R. Siibstiltiez-vous celle ori;aiiisalion au premier plan indiqué dans les inslruclions et, dans ce cas, quel moyen faudra-t-il prendre pour faire connaître que telle est la volonté du roi, sans compromettre sa sûreté?
« Tous ces graves objets auront été disculés en Conseil et des instructions nouvelles nous éclaireront sur tout cela. Je suspends jusque-là la rédaction de la proclamation aux habitants de Madrid, que j'avais commencée sur la base indiquée dans les premières instructions.
« Le rapport que je vous avais adressé n'a pas paru dans les journaux ; mais V. Exe. a bien voulu dire à S. A. R. qu'il avait été agréable à S. M. J'aime bien mieux cela que la publication. Dorénavant, quand j'aurai la matière d'un rapportimportant, j'aurai soin de glisser sur ce qui regarde la junte. J'ai l'honneur d'être, etc.
« De Martignac. »