CCCXLI. — M. DE MARTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE
« Vittoria, le 30 avril 1823.
« Monsieur le comte, S. Exe. le ministre de la Guerre recevra de M. le major général la nouvelle de la soumission de Saragosse. Les autorités constitutionnelles, justement inquiètes des dispositions de la population, dont l'effervescence était au comble, ont envoyé vers le général Molitor pour le prier de hâter son arrivée, ou de diriger un détachement vers la ville pour éviter les excès qu'on avait à redouter. Un corps de troupes est arrivé en effet assez à temps pour contenir les habitants et pour empêcher que l'ordre ne fût troublé par des violences. Les Français ont été considérés comme des libérateurs par le peuple, auquel le joug révolutionnaire était devenu insupportable, et ceux mêmes qui étaient naguère encore prodigues pour eux d'injures et de menaces, ont béni leur protection, sans laquelle ils avaien. tout à craindre d'un premier moment de liberté.
« Je ne puis trop le répéter, monsieur le comte, c'est une chose admirable et presque incroyable,
LKTTIiK [>K M. I) i; M A I! TK; .\A r.
qiio nous occupions presque un lieis de l'F]spagne et qu'aucun acte de représailles n'ait été commis' Pour bien juger à (incl point cotte modération est étonnante, il faudrait voir de près l'état d'exaspération où le despotisme barbare des révolutionnaires a conduit les habilanls.
« On trouve que la junte provisoire du gouvernement a émis des principes exagérés ; on l'accuse d'exaltation et d'imprudence.
<c Si l'on pouvait voir les choses de près; si l'on était convaincu, comme on le serait alors, de la nécessité de faire, dam les mots au moins, quelques concessions satisfaisantes à un peuple irrité, porté à la vengeance, et dont on enchaîne l'irritation, on connaîtrait aisément l'injustice de ce reproche. '
« Si vous voulez voir, monsieur le comte, dans quelle route marchent, je ne dis pas les habitants mais les magistrats placés hors de notre influence morale, et que nous ne pouvons pas éclairer et contenir, je vous prie de lire la proclamation ci-jointe faite à Tudela, le 26 de ce mois, par la junte de Navarre '.
« Voilà comment agiraient partout les fonctionnaires, si nous n'avions pas près de nous un centre commun, où nous maintenons l'esprit de modération et de prudence pour qu'il le répande ensuite autour de nous.
« J'ai reçu ce matin cette proclamation dont je
1 Cette proclamation ordonne l'arrestation et la mise en jugement de tous ceux qui ont combattu dans les troupes révolutionnaires, et même de .< ceux qui, sans armes, ont influe d'une manière directe ou indirecte, nai- leurs icfiVm^ r>„ i^„ i ""tnieie
le système constitutiomiel . "^^' P^'"'"'-^ ^''^P^^*^^'