CCCXLH. LE COMTE DE VILLÈLE A M. DE MAKTIGNAC
« Paris, le 1" mai 1823.
« J'ai reçu hier, mon cher monsieur, voire lettre du 22 avril et le rapport qui y était joint. J'ai soumis l'un et l'autre à S. M. et les ai communiqués au Conseil. M. Corbière a déjà donné des ordres aux préfets de la frontière pour engager les Espagnols dont il s'agit, à se rendre à Paris pour y recevoir des communications propres à les éclairer sur la situation de leur pays. S'ils se refusent à cette invitation,
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MM. les préfets ont ordre de les faire interner. Ainsi les vues de Monseit^neur auront été secondées par les instructions données dici ; j'espère que vous avez désormais la tranquillité de ce côté. Il vous restera bien assez de sujets d'inquiétudes et de tracasseries. Le Roi compte sur la sagesse de Monseigneur et sur le zèle que vous mettez à seconder ses intentions. Il me charge, Monsieur, de vous témoigner sa satisfaction de la manière dont vous remplissez la mission qu'il vous a confiée. Je suis heureux moimême d'avoir à vous transmettre l'expression de ce sentiment.
(( La mesure de séquestrer les biens des émigrés n'est tolérable qu'autant que vous serez assez forts pour les protéger chez eux, ce qui ne nous paraît pas bien prouvé. Méfiez-vous de toutes ces mesures générales et violentes, avec lesquelles les passionnés croient consolider leur domination, et qui ne font que préparer leur ruine et provoquer des réactions.
« Surtout que la France reste étrangère au moins à toutes ces dispositions de parti. Il faut tenir exacment la ligne qui vous conserve vos amis, et ne donner à personne le droit, et encore moins la nécessité, de se faire votre ennemi.
« Tout ceci dit sans oublier un instant la difficulté de votre position, que nous apprécions ce qu'elle est, et sans cesser de vous rendre toute la justice que nous vous devons, car, comme vous le dites vous-même, nous comprenons à merveille que vous ne puissiez pas toujours ce que vous voulez.
<( Au reste, il faut que vous ne laissiez pas toujours faire à ces messieurs-là ce qu'ils voudront et, quand
ce sera utile, montrez-leur aussi que leurs libérateurs savent vouloir ce qui est juste et raisonnable. « Croyez, etc.
« J" DE VlLLÈLE. »
r.CCXLUI. M. DE MARTIGNAC AU COMTE DE VUXÈLE.
« Villoria, le 1" mai 1823.
(( Monsieur le comte, le jour oi^i l'armée française prit possession du port du Passage, un bâtiment espagnol chargé de grains, venu de Santander et destiné pour Carthagène, fut arrêté dans ce port. Quelques circonstances qui donnaient à son expédition une apparence d'hostilité, déterminèrent le commandant do la troupe française à séquestrer le bâtiment. Sur le premier compte qui fut rendu àS. A.R., et attendu les besoins pressants de l'armée, il fut ordonné que la cargaison serait mise à la disposition de l'intendant en chef, sauf à indemniser le propriétaire s'il était reconnu qu'elle n'était pas dans le cas de la confiscation. L'intendant prit en ell'et possession de la cargaison et le bâtiment resta sous le séquestre. Cette mesure, dénaturée comme cela arrive souvent, a jeté de l'inquiétude dans le commerce, et a fourni des -prétextes pour faire craindre que le prince général en chef ne tînt pas tout ce qu'il avait promis.
« Ayant reçu les pièces nécessaires pour connaître exactement cette affaire, j'ai eu l'honneur d'en faire hier un rapport à S. A. R., qui a ordonné la remise du bâtiment au propriétaire, ainsi que le paiement de la cargaison. Comme il est utile que celte déci-
LETTRK DK M. DK M A Kl" I (1 N AC. 40i»
sion soit coiiiiiie, ainsi quolos circonstances qni l'onl précédée, j adresse ci-joint à V. Exe. le rapport fait à S. A. R. et revêtu de son approbation. La }»ul)licité donnée à cette pièce produira un bon effet dans les villes maritimes d'Espagne et en général dans le commerce.
« La junte a fidèlement rempli ses engagements à regard du comte d'Amarante. Je tâcherai de vous envoyer aujourd'hui même la copie de la lettre qu'elle a écrite à cette occasion, et qu'elle doit me faire remettre.
« Je vous ai adressé hier une copie de l'extravagante proclamation de la junte de Navarre. Lajunte provisoire adresse aujourd'hui au général d'Espagne l'ordre de dissoudre cette junte, qui paraît être une création de l'ancienne régence d'Urgel, et de faire rétablir la députation de la province comme elle était avant les événements de 1820. Les mesures annoncées dans la proclamation n'auront aucune suite.
(( Les événements continuent à se développer en notre faveur. Valladolidnous demande à grands cris, et je ne doute pas que Madrid se prononce avant peu.
« Mais ce n'est là qu'une introduction à notre grand ouvrage. Que ferons-nous?
(( Des hommes fort sensés assurent qu'il serait dangereux d'entrer à Madrid avant d'avoir fait reconnaître le gouvernement qui doit régir l'Espagne pendant la captivité du roi. La convocation du Conseil de Castille ne leur paraît pas un moyen suffisant. Le Conseil de Castille n'est pas et ne peut pas être le gouvernement. Ce serait donc lui qui le nomme-