‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 125 sur 158 · G MAI · texte numérisé non relu

G MAI

rait ; mais pendant ce temps la lice serait ouverte à tons les partis, et la nomination faite parle Conseil do Castille ne paraîtrait peut-être pas suffisante.

« Il serait bien heureux que le roi d'Espagne luimême eût désigné les membres de la Régence et que cette désignation pût être connue sans danger pour lui.

« Le général des franciscains, homme important et habile, que nous sommes heureux d'avoir pour nous afm de balancer l'opposition des prélats émigrés, pense qu'il conviendrait d'appeler à quelques lieues de Madrid les hommes les plus influents, parmi lesquels il place tous ceux qui sont sur la liste que vous avez adressée à S. A. R., afin d'arrêter de concei't avec eux ce qui devra être annoncé aux habitants de Madrid. Que pensez-vous de cela?

« Si vous persistez dans la première idée, tâchez de nous envoyer le décret royal du 6 mars qui convoquait ce Conseil de Castille. Il nous est indispensable.

« La junte ne fait aucune difficulté de souscrire une reconnaissance que les sommes qui lui sont comptées, le sont à titre d'avance, et que les conditions du remboursement seront réglées à Madrid. Je vous enverrai dans peu sa déclaration.

i( Notre occupation d'une portion assez considérable du pays ne lui fournit aucune ressource. Point de contributions foncières dans les provinces oii nous sommes; les douanes devraient produire, mais les facilités que donnent à la contrebande les entrées pour l'armée, rendent cette branche de revenus entièrement stérile. La junte demande

LETTRE DE S. A. U. M"" LE KUC 1)'aN(; OU Ll^M E. 407

vivemont (|uc les fournisseurs de l'armée payent les droits de douane sauf remboursement. Jusqu'ici nous nous y sommes refusés, tout en reconnaissant que les abus que celte franchise entraîne sont un malheur pour l'Espagne et pour nous qui sommes obligés de la secourir. Ayez la bonté d'examiner cette question,

« Une autre partie importante du revenu serait le monopole du tabac. La junte veut le rétablir; elle a donné des ordres pour acheter, afin de recréer des bureaux de débit; mais il lui faudrait une avance, ou un crédit sur Paris, de sept cent cinquante mille francs, pour lesquels elle prendrait les engagements qu'on exigerait. Je vous soumets sa demande : c'est à vous de prononcer.

« Je suis, avec respect et dévouement, etc.

« De Martignac. »

CCCXLTV. S. A. P.. M"" LE DUC d'aNGOULÈME AU COMTE

<' Vittoria, ce 2 mai 1823,

« J'ai reçu aujourd'hui, mon cher comte, votre lettre du 28. D'après les rapports que j'ai reçus du duc de Reggio, il paraît que le général portugais de Rego est du côté de Léon avec neuf mille hommes. Je joins ici la lettre que je me propose de lui faire écrire par Guilleminot; j'espère n'être pas obligé de la faire partir avant d'avoir reçu votre réponse; si pourtant cela était nécessaire, je le ferais. Je crois avoir mis dans les expressions toute la mesure convenable. J'ai de bonnes nouvelles d'Aragon; la

408 MAI 182;j.

garnison de Méqiiinenza a pris possession du petit fort d'Alcaniz. Le général Molilor a mis en état le château ; il y laissera une garnison qui sera secondée par les habitants, et il va se porter sur la Sègre.

« Il restera jusqu'à nouvel ordre dans les environs de Saragosse. Je laisse le général Bourke avec une division dans les environs de Burgos, pour couvrir notre flanc droit et ce qui pourrait venir du royaume de Léon, Un régiment français avec plusieurs bataillons espagnols bloqueront Santona. Le S*" corps bloque Pampeluue, Saint-Sébastien, occupe Bilbao et assure la communication entre la frontière et Burgos. Moyennant ces dispositions et ces précautions, je ne vois pas que rien puisse m'empècher de marcher sur Madrid avec vingt-cinq mille hommes ; j'espère y être le 24, et là nous verrons. Le comte Molitor étant très content du général espagnol Santos-Ladron,qui est avec lui. jai cru bien faire et remplir les intentions du Boi en lui envoyant la croix de Saint-Louis. J'ai nommé une commission pour examiner et régulariser ce que j'aurai à avancer à la junte pour Farmementet l'équipement de vingt-cinq mille hommes et pour ses propres dépenses. Je n'ai pas encore le rapport; aussitôt que je l'aurai, je vous l'enverrai. Je reçois de tous les côtés des plaintes de ce que perdent les soldats sur leur paie par la différence des monnaies, et sur l'impossibilité où sont les officiers inférieurs de subvenir à la dépense de leur nourriture. Gomme jusqu'à présent notre discipline est admirable, et que je ne puis la maintenir que si officiers et soldats ont de

LETTIU': ItK M. HK M A K TI (1 N A C. 409

quoi vivre, j'ai nommé une commission pour examiner celle afl'aire, et je vous manderai ce qu'elle aura jugé et ce que j'aurai décidé, si je crois nécessaire de prendre sur moi.

u Adieu, mon cher comte, croyez à la sincérité de mes sentiments d'estime et d'aiïection pour

vous.

« Louis-AiNTOiNi:.

« Je n'écris aujourd'hui à Paris qu'à vous. »

Page 1