CCCXLV. M. DE MARTIGNAC AU COMTE DE VILLÈLE
cl Viltoria, 2 mai IS2:î.
« Monsieur le comte, l'affaire des Portugais est devenue une allaire sérieuse; je ne crois pas cependant qu^elle doive nous donner une véritahle inquiétude. Il parait certain qu'ii existe un traité entre le gouvernement constitutionnel d'Espagne et celui de Portugal, par lequel le droit de poursuivre les insurgés sur le territoire voisin a été réciproquement accordé. Si ce traité existe en effet, l'action des Portugais n'a rien de surprenant. 11 faut seulement savoir maintenant ce qu'ils feront à l'approche de l'armée française. S. A. R. vous communique son projet de lettre et vous explique ses desseins. Je n'ai dès lors besoin d'entrer à ce sujet <lans aucun détail; mais comme il importe que vous ayez entre vos mains toutes les pièces de ce procès, je vous envoie la traduction littérale de la note remise par la junte provisoire de gouvernement au comte d'Amarante, le !29 du mois dernier;
ce n'est pas sans peine qn'elle s'est décidée à cette démarche; mais enfin je l'ai obtenue.
« J'ai l'honneur, etc.
(( De ^I a r t i G x A c . »
«■ P. S. — M. de Souza est ici; il a quitté le Portugal avec le comte d'Amarante. On m'a annoncé sa visite. S'il vient, je vous dirai ce qui se sera passé. »
CCCXLVl. s. A. K. MONSIEUR AU COMTE DE VILLÈLE.
« Samedi A mai [S'I'.i.
« Je VOUS renvoie, mon cher Villèle, les pièces que vous m'avez confiées. Ne vous inquiétez pas du mouvement d'humeur de mon fils, le premier est vif et il revient promptement, vous en avez déjà eu la preuve. Cependant, surveillez le maréchal qui, mu par de bonnes intentions, fait et fera des fautes qui lui seront suggérées par de mauvais conseils. Au surplus, si mon fils vous adressait les plaintes directes qu'il vous annonce, vous devriez les soumettre d'abord au Roi, et avoir ensuite une bonne et franche explication avec le maréchal. Cela fait et bien fait, s'il ne change pas sa conduite, votre devoir serait de déclarer au Roi que les choses ne peuvent pas rester ainsi, et lui demander ses ordres.
« La lettre de Martignac me paraît bonne et sage, et il me parait que vous pourrez l'approuver, tant vis-à-vis de la junte espagnole, que vis-à-vis du comte d'Amarante. Je ne crois pas que Rego le poursuive en Espagne; mais s'il le faisait, il n'y aurait plus de mesure à garder, et je ne concevrais
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pas ce (|U0 los Anglais auraient à répondre à nne honiio noie que l'on leur adresserait à ce sujet.
(( Bonjour, cher Yillèle, je vous verrai ce soir chez la duchesse de Berry, ou demain à l'ordinaire du dimanche. Amitié et confiance.
" La lettre de Guilleminot est fort bien.
ccr.xLvn. — le comte de yillèle a s. a. h. m"- le duc d'angoulème.
<( Paris, le 3 mai 1823, 3 heures de l'après-midi. « Monseigneur,
« Je reçois à l'instant votre lettre du 29 ; celle du 28 ne m'est parvenue qu'hier à 6 heures du soir; ce qui fait que la réponse n'a pu vous être adressée que ce matin par le télégraphe.
« Y. A. U. peut être tranquille sur ce qu'elle a la la bonté de me marquer conlidentiellement ; jamais mes collègues n'en ont vu ni n'en verront rien qui puisse leur être désagréable. Unis d'intentions et d'elforts avec Y. A. R. pour faire marcher le service du Roi, nous pouvons réciproquement nous confier les mouvements d'impatience que nous causent les obstacles que nous ne devrions pas rencontrer. Mais ce serait les accroître au lieu de les lever, comme c'est notre devoir, que de donner suite aux trois quarts des observations qui nous sont suggérées par la position du jour et deviennent sans objet par celle du lendemain.
« Nous allons au Conseil pour y délibérer sur les
dernières instructions à donner à Monseigneur sur la conduite politique à tenir à Madrid; c'est bien délicat, et décisif pour l'entreprise. Si je le puis, j'adresserai dès demain nos résultats à V. A. R.
(' Je crois fort utile que ce soit Monseigneur luimrme qui aille à Madrid.
« Je crains que, si nous ne pouvons opérer plus au Midi et poursuivre la délivrance du roi, ne fûtce que par l'armée royaliste espagnole, on ne considère notre opération comme manquée. Ne pourrait-on pas monter les choses de manière que la Régence qu'on organiserait et qu'on maintiendrait à Madrid, parût avoir spécialement la mission d'organiser les moyens de délivrer le roi, et soumettre le reste de l'Espagne au moyen de l'armée espagnole elle-même?
Monseigneur se moque de moi avec mes transports, mais il oublie que nous ne devions lui fournir que huit millions par mois et que nous lui en donnons douze ou treize. C'est bien le moins qu'on emporte ce surcroît de fonds, j'ai bien assez de peine à me les procurer; voilà ma prétention que je soumets, au reste comme toute autre, à la sagesse et à la justice de Y. A. R. qui peut être tranquille sur l'exacte remise tous les mois, à ses caisses de réserve, des fonds nécessaires au service du mois suivant.
« J'ai l'honneur d'être, etc.
'< J" DE ViLLÈLE.
(( P. S. — On se plaint beaucoup des lenteurs et de la circonspection du maréchal Moncey: on va jusqu'à craindre que ses opérations n'entravent les succès
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de votre armée ]»ar l'iimclioii de ses forces. V. A. R. est à même de le juger, mais on commence ici à craindre que vous ne soyez pas bien secondé, sans cesser de rendre une complète justice aux intentions du maréchal, dont personne ne doute. »
CCCXLVIH. — M. DE MARTKiNAC AU COMTE DE VILLÈLE.
« Vitloria, le 3 mai 1823.
« Monsieur le comte, je reviens encore à notre alfaire des Portugais. Avant de recevoir la lettre à lui adressée par la junte et dont j'ai eu l'honneur d'envoyer une copie à V. Exe, le comte d'Amarante amanifcsté la disposition de se rapprocher d'un corps d'armée français ou espagnol royaliste. Le chef d'état-major du général Quesada a donné avis de cette manifestation à la junte, qui me l'a communiqué. J'ai répondu, après avoir pris les ordres de S. A. I\., la lettre dont je joins ici la copie.
(( Hier au soir, j'ai eu la visite de M. de Souza, ancien ambassadeur du Portugal à Londres. 11 a quitté le Portugal avec le comte d'Amarante, et il est venu à Yittoria pour savoir ce qu'il avait à espérer dans l'intérêt de ce dernier et de sa division. M. de Caux a assisté à notre conversation et y a pris part. Je lui ai répété de vive voix ce que j'ai écrit à la junte, et lui ai déclaré que le prince était décidé à n'avoir aucune espèce de relations avec la division portugaise, et à ne pas souffrir que ces relations s'établissent avec aucun des corps soumis à son commandement.
« M. de Souza, tout en s'affligeant vivement de
cette détermination, a reconnu la gravité des motifs sur lesquels elle s'appuyait. II m'a annoncé que le comte d'Amarante et sa division, qu"il assure être forte de six mille hommes, pouvaient rentrer on Portugal et qu'il allait faire ses dispositions en conséquence. Je l'ai engagé dans son propre intérêt à s'éloigner sans retard du lieu de nos opérations, en lui répétant que S. A. R. ne pouvait considérer la division du comte d'Amarante comme une troupe amie, si elle se trouvait en contact avec larmée française.
(( M. de Souza a alors demandé si la Franco persisterait dans celte résolution dans le casmêmeoiila division de Rego se porterait à quelque acte d'hostilité envers les troupes françaises. J'ai répondu que si le cas se présentait, S. A. R. verrait ce qu'il lui conviendrait de faire. Yoilà le résultat de notre entrevue.
« L'ordre du ministère de l'Intérieur est arrivé à Pau après celui de Monseigneur. Déjà ce dernier avait été notifié, mais l'autre est arrivé à temps pour être exécuté. M. de Mataflorida et l'archevêque de Tarragone ont témoigné un grand mécontentement; ils ont trouvé dans des mesures de prudence, exécutées avec tous les égards qui leur sont dus, de la violence et de l'arbitraire. Le temps et la réflexion calmeront cette humeur, et quand ils verront leur patrie heureuse, ils approuveront lesmoyens qu'on a pris pour les empêcher de porter obstacle à ce succès. Vous savez s'il y a eu à leur égard rien qui ressemble à la haine ou au désir de nuire.
« Je pars demain matin avec la junte et M. de Caux. Nous irons coucher le 4 à Miranda, le o à Briviesca,
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lo G à Biirgos, où nous précéderons ainsi S. A. U. de deux jours. Pensez à noire arrivée à Madrid el éclairez-nous.
« J'ai l'honneur, etc.
« De Martignac. »
CCr.XLlX. M. DE MAUTKINAC AU COMTE DE VILEÈLE.
« Miranda-siir-1'Ebre, le 4 mai 1823.
« Monsieur le comte, je vous donne à la hfite un avis qui ne doit pas être retardé.
« Les deux étrangers quevous avezfait venir d'Orthez, doivent être maintenant à Paris et il esl nécessaire que vous soyez instruit sans délai de leur projet.
« J'ai dans mes mains la preuve positive qu'ils cherchent à négocier avec l'Angleterre.
« Ils demandent que la personne du roi leur soit remise ; ils offrent pour conditions : 1° de reconnaître les prêts faits par les maisons anglaises au gouvernement espagnol ; 2' d'intervenir auprès du roi devenu libre, pour obtenir en faveur de l'Angleterre un traité de commerce.
« Ils invitent l'Angleterre à employer tous ses moyens pour que la France cesse d'entraver les opérations de la Pvégence, soit en reconnaissant une junte provisoire, soit en érigeant en généraux des hommes qui n'ont pas sa confiance, etc., etc. (Je traduis littéralement.) u Si l'Angleterre ne peut pas « réduire le gouvernement français, elle sait quels <( sont les points de débarquement en Espagne, et « ceux où peut apparaître la Régence, pour prendre
« ses moyens de débarquement, afin de recevoir en « lieu sûr le roi rendu à la liberté. »
« Yoilà ce qui résulte des instructions par eux données le ÎÎ9 avril dernier à un homme de leur confiance, qu'ils ont chargé de se rendre en Angleterre en toute hâte. Ils pensaient alors sans doute, ou être séparés, on demeurer loin de Paris.
(( Aujourd'hui ils peuvent lier eux-mêmes leur affaire avec l'ambassadeur d'Angleterre et c'est là ce qu'il importe de surveiller. Une pareille tentative opérerait assurément un très fâcheux effet.
« Je me suis procuré ces instructions en original; mais je pense qu'il ne serait pas à propos qu'ils en fussent informés, et qu'il vaut mieux veiller à ce ([ue leur projet ne se réalise pas.
« Au reste, monsieur le comte, le gouvernement verra ce qu'il lui convient de faire. Il suffit qu'il soit instruit pour qu'il n'y ait pas de danger.
« Une seule chose m'inquiéterait, si elle était vraie; ces messieurs ont assuré qu'ils étaient d'accord dans cette opération avec le duc de l'Infantado. J'espère qu'il n'en est rien et qu'ils ont voulu seulement se donner plus d'importance. Nous attendons toujours vos instructions pour l'arrivée.
« J'ai oublié de vous dire que les quatorze individus qui avaient été arrêtés, il y a quelques jours, à Yitloria, ont été tous mis en liberté, parce qu'aucun fait postérieur à notre arrivée n'a été prouvé contre eux. La confiance renaît; les absents rappelés par le prince, soutins à la junte, reviennent. Le peuple les tolère. Le meilleur moyen que nous ayons trouvé pour le calmer, c'est de lui dire que les excès com-
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mis sur les constitutionnels mettraient Ja vie du roi en danger. Cette crainte a beaucoup d'influence sur leur esprit.
« La Castille est bien autrement encore disposée que le Pays basque. De Vittoria ici nous avons voyagé au travers des danses et des cris de joie. Je suis, etc.
« De Martig.nac. »