JUIN
ment cMilre en vacance, il n'y aura plus rien à faire ici. Les amVjassadeurs étrangers s'en vont en congé; les ministres ang-lais eux-mêmes vont à la campagne et l'on est près de huit mois sans se voir. Je serai donc parfaitement inutile ici. Voilà d'abord ce que vous pourrez dire, quand vous plaiderez ma cause au Conseil. Ensuite le prince Esterhazy, comme je vous l'ai déjà mandé, ambassadeur d'Autriche à Londres, part à la fin du mois, et il sera appelé par M. de Metternich au Congrès. Voilà une autorité en ma faveur. VA il est très bon que je puisse surveiller au Congrès la politique anglaise.
« Reste la question des hommes. Mathieu présentera sans doute encore son cousin Adrien. Je n'en veux certes point à ce pauvre duc de Laval; c'est un loyal chevalier, mais il me paraît difficile de le placer entre des hommes tels que !\Ietternich, d'Hardenberg, Pozzo, Capo d'Istria : cependant si on veut l'envoyer pour arranger Mathieu, qu'on m'adjoigne à lui. Xous avions trois ambassadeurs au congrès de Laybach. Si le Congrès a lieu à Florence, on ne peut guère ne pas y admettre M. de Blacas. Alors il y aurait lui (Blacas), moi et Adrien, si on le voulait absolument. J'espère qu'on ne songera plus à y envoyer M. de Caraman, qui est détestable pour vous à Vienne, ni M. de La Ferronnays, qu'il faudrait faire venir de Pétersbourg.
« La perleclion serait de nommer Blacas. moi et Kayneval, nommé à l'ambassade de Berlin. Rayneval appartient au corps diplomatique de Buonaparte. Il sait tout le matériel; sa nomination avec la mienne aurait l'air del'impartialité et ferait taire les libéraux.
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« Je crois, mou cher ami, par dos considéralions plus hautes, que si vous voulez un jour vous servir de moi, il faut que vous me placiez sur un j^raud théâtre, alin qu'ayant négocié avec les rois, il m; reste plus aucune objection ni aucun rival à m'opposer. J'irai passer trois mois en Italie et je reviendrai cent fois plus fort à mon poste de Londres. Je ne vous demande point du tout de rester à Paris; je n'en ai point d'envie, et je crois qu'il est plus utile que je suive quelque temps ma carrière. Je veux marcher avec vous et arriver avec le temps. Je vous suis et vous serai un bon appui. A votre tour appuyez-moi et secondez-moi dans un projet parfaitement raisonnable. Je réussirai si vous le voulez, et le Roi ne peut y avoir aucune objection : il ne s'agit pas d'un ministère. Montrez cette lettre, si vous le jugez à propos, à notre ami Corbière et mettez-le dans mon intérêt; vous pouvez, étant unis, emporter très facilement mon atïaire au Conseil. Enfin, vous m'avez promis le Cong')'ès et je compte sur votre parole. Je vous embrasse. Un mot de réponse. Dites-moi seulement : Comptez sur moi. »
CCXVn. Ll^ VICOMTE DE CHATEAUBRIAND A M. DE VILLÈLE.
« Londres ce 11 juin 1822.
« Je vous préviens, mon cher ami, que, par le même courrier qui vous porte ce billet, j'écris à M. de Montmorency pour lui demander d'aller au Congrès. Le moment était venu de fondre la cloche, et il fallait bien que je lui fisse la demande directe de la chose que je désirais, comme à mon ministre.
30 JLIN 1822.
11 portera sùremeiil lairairc au Conseil et c'est alors que vous plaiderez ma cause, ainsi que Corbière. Comme j'ai bien senti qu'il vous proposerait encore le duc de Laval (ce qui sera pour la politique un vrai malheur), je me contente de demander d'aller au Congrès avec ce pauvre Adrien et M. de Blacas qui est en Italie et qui sera peut-être agréable au Roi. Ainsi, je ne demande qu'à remplacer M. de La Ferronnays (qui est au bout de la terre à Pétersbourg et qui avait déplu à l'empereur de Russie au congrès de Laybach), ou M. de Caraman qui • est votre ennemi et l'âme damnée de M. de Metternich. Il est impossible que le ministère nouveau soit représenté au congrès de Florence par les hommes qui ont représenté l'ancien ministère au congrès de Laybach. N'oubliez pas que le prince Esterhazy, ambassadeur d'Autriche à Londres, est appelé au congrès de Florence : c'est un précédent et un grand argument pour moi. Il est de la plus haute importance que je veille au Congrès à ce qui se passe entre Metternich et Londonderry . Dans un mois toutes les affaires cessent en Angleterre avec le Parlement, et je serai pendant six mois parfaitement inutile ici.
« Au reste, mon cher ami, vous apprendrez avec plaisir que vous jouissez à Londres d'une réputation méritée et j'espère n'avoir pas nui à cette opinion. J'ai réussi de mon côté au delà de toute espérance. Je vous embrasse. Tout à vous.
« Chateaubriand.
« Si, par un coup du ciel et un grand bonheur pour
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la France, Mathieu n'avait pas pensé à Adrien, qui est à présent hors de la carrière, songez que c'est Rdipieval qu'il faut m'adjoindrc. C'est un homme qui sait tout le rnutéi'ieU un homme qui appartient à hi diplomatie de lîuonaparte et qui fera dans l'opinion du centre mon contrepoids. Il n'est plus dangereux à employer depuis la mort du duc son patron'. Blacas pour le Roi, moi pour la droite et pour vous, Raynoval pour la révolution : cela serait la perfection. »