LETTRES DE M. HE MAKTIGNAC
le 24, à neuf lieures du malin. Si je peux, je profiterai du conseil (jue vous me donnez, pour acheter la délivrance du roi et de sa famille.
« Comptez, mon cher comte, sur toute mon estime et mon an'eelion pour vous.
c LOUIS-A.NTOIN'K. »
i-.C.CLXX. M. DE MAlVriGNAC Al' COMTE DE VILEÈEE.
« Fiesnillo, le 18 mai 1S23.
« Monsieur le comte, le moment important approche et il est indispensable de prendre un parti et de faire ses dispositions pour l'arrivée. J'ai rédigé deux projets de proclamation, le premier conforme au plan que vous nous avez envoyé, le second conçu dans le sens du plan subsidiaire que j'ai eu l'honneur de vous indiquer. J'ai lu les deux projets à S. A. R. et elle n'a pas hésité à adopter le second, dont elle a paru fort satisfaite.
« M. le chevalier d'Anduaga, arrivé depuis hier, et que j'ai conduit ce matin au quartier général du prince, a reconnu'que dans la situation où sont les choses, ce parti était le plus court et le seul qui ofîrît quelque sûreté. Il est donc provisoirement décidé que la proclamation dont je vous envoie le projet, sera publiée et que la mesure qui y est indiquée, sera adoptée. Monseigneur est persuadé que nous ne pouvons pas faire autre chose, et je suis fort porté à partager cette persuasion.
« Au surplus, vous savez que nous avons expédié deux personnes à Madrid pour engager le duc de rinfantado à venir au-devant du prince. S'il vient.
'j70 mai 1823.
nous le consulterons, et s'il est d'avis que le premier projet est littéralement applicable, je presserai Monseigneur d'y revenir. Je le désire infiniment, parce qu'il me serait beaucoup plus convenable de voir suivre vos instructions.
« Vous remar(|uerez que les noms des membres delà Régence sont en blanc. Nous ne pouvons rien déterminer encore sur ce point et nous nous garderons bien de faire connaître les noms avant d'être sûrs de l'acceptation. Le refus de l'archevêque de Valence, l'absence du duc de San Carlos, l'impossibilité reconnue d'appeler le duc de San Fernando, tout cela rend le choix fort embarrassant. Il faut absolument un ecclésiastique. Nous avons tous jeté les yeux sur M. de Saez, chanoine de Tolède et ancien confesseur du roi. C'est un homme de mérite, d'opinions sages, d'un caractère conciliant, et qui est fort agréable au roi. Il est à Burgos; je lui ai écrit aujourd'hui pour savoir ses dispositions. Si nous pouvons avoir le duc de l'Infanlado, celui de Montemar, M. de Saez, },I. d'Eroles et M. Garcia de la Torre, je crois que nous aurons fait une bonne opération.
I' Nous ne tarderons pas sûrement à avoir des communications officielles de Madrid. Le prince passe demain le Somo-Sierra et tout porte à croire qu'il recevra à Buitrago quelque chose de positif. Vous savez dans quelle situation nous sommes relativement à L'Abisbal.
« Deux courriers arrivent dans ce moment de Madrid, tous les deux pour le consul anglais à Bayonne. Aucun n'est porteur d'un passeport an-
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glais ; iiiiiis ruii a sos dépèches contresignées par le consul général, el j"ai été d'avis de le laisser passer; l'autre est porteur d'un paquet du général constitutionnel llociie. J'ai pensé que ce général n'avait aucun caractère [)our faire ainsi traverser Tarmée française par ses courriers, et j'ai été d'avis do rendre compte à Monseigneur, qui est à une lieue d'ici, et do retenir celui-là jusqu'à la réponse.
'< La junte a donné la déclaration que vous désiriez pour les sommes qui lui ont été comptées. Je vous la transmets en original. Quand je serai arrivé à Madrid, je tâcherai de me procurer des renseignements positifs sur les besoins et les ressources du gouvernement espagnol, et je vous les ferai connaître, afin que vous régliez en parfaite connaissance de cause les sacrifices que vous pouvez faire, elles moyens dont il conviendra que ce gouvernement fasse usage pour couvrir ses dépenses. J'ai l'honneur d'être, etc.
«■ De Martignac. »
CCCLXXl. M. DE MARTIGNAC AU COMITE DE VILLÈLE.
« Huiti;igo, 20 mai 1823.
« Monsieur le comte, j'ai beaucoup de choses à dire à Y. Exe. Je lui demande de la patience.
« J'ai eu depuis trois jours plus de peines et de tourments que je n'en ai eu dans les six semaines écoulées depuis mon départ de Bayonne. Je ne parle pas des fatigues, des nuits sur la paille. Ce ne sont là que des contrariétés, et les contrariétés ne sont rien dans notre position.
« J'étais hier à Boceguillas avec la junte, délorminé à annoncer au général Ej;uia que son autorité cessait aux portes de Madrid. Je sentais tout ce (jue cette nouvelle avait dr pénible à donner, mais j'étais résigné. Je me suis concerté avec .M. de Caux et j'ai fait demander un entretien à la fille aînée du général, (}ui passe pour avoir beaucoup d'empire sur son esprit.
« ?sous lui avons tait connaître la résolution de notre gouvernement. Pour adoucir le coup qui a porté au cœur, nous avons promis d'insister auprès de la nouvelle Régence pour faire nommer le père capitaine général darmée; jai promis de solliciter pour lui la commanderie de Saint-Louis, attendu qu'il est déjà grand'croix de deux ordres; enfin, j'ai pris à peu près l'engagement de lui faire accorder h titre d'indemnité une somme de 30,000 fr. La fille a reçu nos comnriunications avec réserve et froideur; mais elle a promis de parler à son père. J'ai engagé M. Erro et M. Calderon à se joindre à elle, et ils m'en ont donné leur j)arole.
« Les choses étaient dans cet état et j'attendais le résultat de cette démarche avec impatience, parce je crains les tristes etîets qu'aurait une rupture, lorsqu'un nouvel incident est venu me donner d'autres inquiétudes. Vers minuit, la junte m'envoya prier de me rendre chez le président. Je n'eus pas la peine de m'habiller pour y aller. Là j'appris qu'une irritation violente s'était manifestée dans le bataillon de la garde royale espagnole et dans les gardes du corps du roi d'Espagne, qui se trouvaient avec nous.
(( Cette irritation provenait de la nouvelle qu'on
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avait reçue, que le général Zayas était venu au quartier général et qu'une capitulation avait été faite avec lui. (Mi avait ajouté que Zayas avait été bien accueilli par le prince et avait dîné chez lui. Les gardes royaux, qui avaient été sabrés par lui, le 7 juillet, dans les rues do Madrid, se prétendaient sacrifiés, et les murmures en étaient venus au point que les membres de la junte ne se croyaient pas en sûreté au milieu de leur bataillon. J'eus avec eux une séance assez vive et assez prolongée, et je me retirai inquiet des dispositions oi^i je voyais tout ce qui m'entourait. J'avais pour garde moi-même dix hommes du bataillon mécontent; cependant je n'eus point à m'en plaindre.
«''La junte voulait venir à Buitrago où était le prince aujourd'hui. J'ai tenu bon et elle est demeurée à Boceguillas. Je suis arrivé à midi et j'ai appris qu'une trêve avait été en effet conclue avec le général Zayas, que les constitutionnels devaient garder les portes de Madrid jusqu'à l'arrivée de nos troupes. J'ai appris aussi que le général Zayas n'avait point dîné chez le prince et no l'avait pas même vu. J'ai écrit sur-le-champ à la junte pour la rassurer autant qu'il était en moi, mais je crains beaucoup l'effet que produira la certitude d'une trêve conclue et l'obligation imposée aux habitants de Madrid de souffrir plus longtemps la présence des constitutionnels. Le motif de cet arrangement est louable et philanthropique, mais il m'inquiète par l'impression qu'il fora sur les royalistes.
(c Une autre inquiétude bien plus grave m'attendait ici. Le prince avait décidé qu'il entrerait le 2'^
ot que les postes constitulloiinels ne seraient relevés que ce jour-là. Il en résultait que la population serait comprimée jusqu'au moment même de l'entrée (lu prince, et que lu réception lui serait faite par la municipalité constitutionnelle. Je no doute pas que dans ce cas il ne fût arrivé quelque malheur, ou que nous aurions perdu en une matinée le fruit de tous nos travaux. J'ai proposé à S. A. R. de faire occuper Madrid le i23 et de n'entrer que le 24. Je n'ai pu l'obtenir. M. de Caux a fait la même tentative et n'a pas eu plus de succès. Je me suis alors adressé au major général, qui a reconnu la force de mes observations et qui a déterminé le prince à accéder à notre proposition.
(( Madrid sera donc occupé le 23. Une heure après, j'y arriverai avec M. de Caux. J'envoie un exprès d'avance pour en avertir M. le duc de l'Infantado, dont nous n'avons aucune nouvelle, et M, le duc de Montemar. Je les prie de venir à Alcovendas, le 22, ou dans tous les cas de nous attendre chez eux le 23.
« Pendant la journée et la nuit, nous tâcherons d'organiser notre Régence et la convocation des Conseils et de faire installer l'ancienne municipalité par le corrégidor nommé par la junte et qui se rendra aussi; nous ferons imprimer la proclamation, après l'avoir concertée avec les hommes influents et nous la ferons afficher le matin. De cette manière, tout sera disposé pour l'arrivée du prince.
« Voilà nos projets; il y a loin de là à l'exécution. Les difficultés se multiplient au lieu de s'aplanir, et il est impossible de deviner encore comment les
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choses se passeront. Les populations viennent toutes au-ilovant de nous, mais aucun liomme de marque ne s'est encore présenté et c'est là un véritable sujet d'inquiétude.
" Quelque chose me rassure. J'ai déterminé M. de Saez, confesseur, à venir avec moi à Madrid. Il y viendra dans ma voiture. C'est un homme sage et universellement estimé ; il a de l'influence et je compte beaucoup sur son secours pour déterminer les deux ducs. Il fera lui-môme partie de la lléf^ence, ce qui donnera à sa composition tout le caractère de la sanction du roi que nous pouvons désirer. J'ai écrit à l'évèque d'Osma, le seul prélat que nous puissions appeler avec espérance de succès, pour l'engager à venir au quartier général, mais sans lui rien dire de plus, afin d'être libre à son égard.
« Jusqu'ici j'espère avoir le duc de l'Jnfantado, celui de Montemar, M. de Saez, le baron d'Eroles et l'évèque d'Osma, ou M. de Campomanès, magistrat dont on fait un grand éloge.
« La convocation des Conseils va offrir d'immenses difficultés. On croit que le Conseil des Ordres ne voudra pas se rendre sur une invitation du duc (le San Fernando, son président. Nous verrons cela sur les lieux.
« Je reste ici demain pour attendre la junte, qui doit y arriver, et pour empêcher qu'elle ne fasse quelque éclat, qui compliquerait notre situation, déjà si embarrassée et si fâcheuse. J'irai après-demain rejoindre le prince à Alcovendas, pour être prêt à entrer le 23.
« M. d'Anduaga nous aide, jusqu'au moment où
il nous embarrassera.. Je ne sais pas trop ce que nous pourrons enfaire. Il va de fortes préventions contre lui; j'en suis fâché, car il a de l'intelligence et du zèle. « Adieu, monsieur le comte, il est une heure du matin et je n'ai plus la force de penser ni d'écrire. Je vous prie de recevoir, etc.
.' Dk Martignac. ))
CCCLXXn. LE COMTE DE VILLÈLÈ A S. A, R. M"'' LE Dl C
d'angoulème.
" J'aris, le 20 mai 18-23.
« Monseigneur,
« Nous calculons avec plaisir que c'est à Madrid que Y. A. R. recevra les lettres que nous lui écrivons aujourd'hui. Elle ne manquera pas d'occupation au moment oii elles lui parviendront, aussi vais-je borner celle-ci aux objets qui peuvent l'intéresser plus particulièrement.
« Le duc de San Carlos vient de nous arriver; il sort d'ici dans les meilleures dispositions, mais fatigué de sa route et peu empressé à prendre celle de Madrid, fort désireux surtout de connaître le parti qu'aura piis le duc de l'Infantado. Tout ce monde-là est très disposé à prendre sa part d'honneurs et de profits; mais se trouver à la bataille, c'est ce dont très peu se soucient. J'espère pourtant réussir à mettre celui-là et M. Casa Irujo en route samedi prochain; ils vous arriveront par conséquent dans les deux ou trois premiers jours de juin.
<( Ils m'ont fait parler d'une idée que je crois assez juste et que je transmets parce motif à Y. A. R.