‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 20 sur 158 · CCXXI. ].E COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE DE · texte numérisé non relu

CCXXI. ].E COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE DE

MONTMORENCY

« Paris, 6 septembre 1822.

« Mon cher collègue, nous nous décidons à vous expédier M. le duc de Rauzan, d'abord parce que nous en étions convenus; ensuite pour vous apprendre que le duc de Wellington arrivera ici aujourd'hui ou

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domain, cl parlira pour Viouiio apr»;s vingt-quatre heures do séjour à Paris.

« M. Ilorman vous instruitdo toutce quiest arrivé desdivorspoints au ministère des AfTaires Etrangères depuis votre départ; il doit vous dire que nous souffrons faute de moyens do déchiffrer quelques dépêches et vous y pourvoirez en nous renvoyant ces chiffres indispensables ici.

« Le Roi nous a dit vous avoir communiqué son projet de présidence du Conseil ; il vient de l'exécuter; je ferai ce qui dépendra de moi pour justifier cette haute marque de sa confiance et me faire pardonner le titre périlleux qu'elle m'impose. Corbière est malade; nous voudrions qu'il se rétablît assez pour pouvoir se rendre en Bretagne : ce serait sans doute le meilleur remède à son mal; Peyronnet va se charger du portefeuille pendant son absence.

« Le jury a prononcé cette nuit sur les prévenus dans l'affaire de La Rochelle ; quatre ont été condamnés à mort, Bories, Goubin, Pommier et Raoulx; un cinquième n'a eu contre lui que la simple majorité, non étayéedecelle dutribunal, et a ainsi été acquitté ; six autres ont été condamnés à diverses peines pour non-révélation.

« L'affaire de Poitiers marche, etlàcomme ici, justice sera rendue. Nous n'avons que de bons renseignements sur la tranquillité du pays et la fidélité des troupes.

« Nous éprouvons des difficultéspour compléter les chevaux nécessaires à la cavalerie, au train et aux charrois de notre petite armée des Pyrénées; un marché de huit cents chevaux, fait pour le 1" de ce

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mois, a dû être remis au i" octobre, et deux mille autres, qui nous sont absolument nécessaires pour pouvoir faire un pas, ne pourront être fournis qu'au ']*'■ novembre. M. le maréchal y fait ce qu'il peut; je l'aiderai de tout mon pouvoir; mais tout cela a été tellement négligé que, pour nous remettre en état, il faut beaucoup d'argent et du temps.

« Nous avons dû renoncer tout à fait à la mission de Hyde de Neuville; l'état de l'Espagne empire chaque jour. La mort de Goueffier n'a produit qu'une disposition plus prononcée à verser du sang; on craint plus que jamais pour les autres officiers des gardes. Le régime de la terreur s'établit dans les villes et jusque dans les villages de la Péninsule; chaque endroit a ses suspects, ses détenus et ses proscrits. Presque partoutil se faitdes soulèvements, mais partiels et sans consistance. Ce malheureux pays est dans un état effroyable; c'est pis encore que la France en 93. Les constitutionnels arment tout ce qu'ils peuvent pour extirper les moyens de résistance organisés en Catalogne et en Navarre; il est probable que la supériorité des assaillants leur donnera de l'avantage, mais je doute que ces avantages soient tels qu'ils puissent rétablir leur domination sur cette partie de l'Espagne, trop voisine de nos frontières pour n'être pas toujours tentés de se soustraire à une si dure oppression.

« Nous avons écrit à M. de La Garde pour l'encourager, le rassurer sur les sentiments du Roi pour lui, et rejeter sur les difficultés inhérentes à la position tout ce qu'il ne cesse d'attribuer à des préventions ou des méfiances contre lui. Nous lui prescrivons de

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restera soiiposle tant qu'il croira être utile au Roi et à la iamillc royale, tant «juc l'Iiouneur de la couronne de France le permettra. Nous lui communiquons nos intentionspositives de nepointsecourir les insurgés, mais en^mème temps de ne rien soullrir de contraire à l'honneur du Roi et à la sûreté de notre propre pays.

« M. A'Court, ministre anglais à Madrid, est ici ; je l'ai vu; il va partir et fera, dit-il, tout ce qu'il pourra pour rétablir entre sa légation et celle de M. de La Garde la meilleure harmonie. Lui et Stuart m'ont parlé de l'Espagne avec beaucoup plus d'indifférence que ne semble en mériter la situation de ce pays; ils paraissent croire que tout peut et doit s'y terminer sans intervention étrangère. Je leur ai dit que, plus qu'eux sans doute, la France était intéressée à ce que cela fût possible; mais que nous étions bien décidés à nous conserver les moyens d'intervenir activement dans cette affaire, si la conservation de notre propre sûreté le rendait nécessaire.

(( L'infante de Portugal et son fils retournent en Espagne, y reçoivent l'hommage de la constitution avec reconnaissance, et feront probablement une marche triomphale de Badajoz à Madrid. Nous ne pouvons encore apprécier l'importance de cet incident. La Garde ne nous parle pas dans sa dernière dépêche du procès des Infants.

(( Aboyez, monchercollègue, àtirer parti de tous ces documents pour votre gouverne. Liformez-nous, le plus tôt que vous pourrez, des dispositions dans lesquelles sont les cabinets sur cette maudite affaire. Yoyez-les venir ; ne vous avancez pas trop ; demandez à nous consulter, s'il s'agissait de quelque grand

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parti sur lequel vous eussiez des doutes. Nous sommes en état de nous préserver alors même qu'on nous laisserait seuls. Ainsi, si l'on veut quelque chose de plus, si on combine un concours, il faut que ce soit sans accroître nos charges et nos dangers.

« Vous êtes sur un très bon terrain en ne mettant pas plus d'empressement que les autres à cette affaire; au contraire, si on vous voit embarrassé, on fera des choses qui nous seront onéreuses, et on aura l'air de les faire pour nous

(( Je vais faire pour Hyde de Neuville tout ce (ju'il demande et lui ai dit que c'était à vous qu'il en serait redevable, puisque vousm'enaviezchargéen parlant.

« Chateaubriand nous arrive à la fin de la semaine. S'il quitte l'Angleterre avant la nomination du ministère, il aura tort. Je le lui ai mandé, mais j'ignore si l'avis sera arrivé à temps.

« Adieu, mon clier, voilà je crois tout ce que j'avais à vous dire ; comptez sur nous comme nous comptons sur vous. De tout cœur.

« J" DE ViLLKLK.

« Ne perdez pas de vue, mon cher, tout ce que peut avoir de grave l'arrivée de l'infante de Portugal, si l'Angleterre voulait aider à exclure Ferdinand et ses frères du trône d'Espagne ; tout ce que peut produire la disposition autrichienne des Catalans, si l'Autriche avait le même but; enfin l'appui certain que trouverait dans les révolutionnaires toute prétention fondée sur l'illégitimité: rien de tout cela n'est probable sans doute, mais en politique il faut, je crois, veiller sur tout ce qui est possible. »

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