CC.XXII. LK VICOMTK DE MON l'MOKENCY AU COMTE
<( Vienne, ce 7 septembre 1822.
« Je n'ai réellement rien d'important àajoiiter, mon cher collègue, à ma lettre officielle, mais j'ai toujours voulu vous renouveler mes sentiments particuliers, qui sont les mêmes à Vienne qu'à Paris. J'ai fait un très heureux voyage, et je suis de la nuit dernière établi à merveille chez M. de Caraman, où venait de descendre quelques heures auparavant M. de La Ferronnays; ils sont tous les deux ensemble dans les meilleurs rapports, malgré leur réputation de n'être pas souvent du même avis; et je suis moi-même fort content de mes premières conversations avec mes coopérateurs ou auxiliaires. Vous recevrez incessamment le récit intéressant de la dernière audience donnée par l'empereur Alexandre à M. de La Ferronnays avant son départ de Pétersbourg. Vous en conclurez que nous aurions très mal fait de ne pas accréditer ce dernier ici. Je ne sais pourquoi le bruit s'était répandu à Saint-Pétersbourgque M. deRayneval serait aussi accrédité. L'empereur Alexandre paraissait l'approuver beaucoup. Vous savez dans quel sens je lui ai écrit à Berlin, lui laissant la liberté de venir ici, mais comme pour son plaisir. Verriez-vous de l'inconvénient à prendre les ordres du Roi, pour qu'il daignât me donner l'autorisation éventuelle de l'accréditer dans le cas oi^i la marche des affaires et le nombre comparé des ministres étrangers, me le feraient juger utile et convenable? Saisissez cette
occasion, ou toute autre, je vous prie, de mettre aux pieds de S. M. l'hommage de mes profonds respects.
« Ce que vous m'avez fait savoir par le télég^raphe àMetz sur l'affaire manquée d'Hyde de Neuville n'a fait que me donner, comme vous le croyez bien, une vive impatience d'apprendre si vous mettriez quelque chose àla place, et si vous prendriez quelque parti pour lui. ou pour celui qu'il était destiné à remplacer. Je me joins d'avance à vous pour tous les moyens que vous trouverez de contenter d'une manière digne pour nous, et convenable pour lui, cet homme intéressant sous beaucoup de rapports, qui semblerait destiné à être toujours de nos amis, mais qui a tourné un peu promptement à l'exigence , il faut l'avouer. Il me semble que vous avez quelques données de plus auprès de lui et que vous aviez mieux réussi que moi.
« Je vous prie de parler de moi d'une manière toute spéciale à M. le garde des Sceaux, qui doit être revenu de son voyage, et j'espère en bonne santé. Je veux lui écrire incessamment. Rappelez-moi au souvenir de tous mes collèg^ues, au milieu desquels ma pensée est souvent. Je cherche sans cesse à me pénétrer de celles que j'ai recueilhes dans nos derniers Conseils. Recevez pour vous en particulier, mon cher collègue, l'assurance de mes inviolables sentiments.
« Mont...
« P. S. Je voulais vous recommander avant de partir cette estimation de la maison ïhélusson. Vous rendriez un vrai service à la chose publique et à moi-même, si pendant votre intérim vous abrégiez et simplifiiez cette all'aire fort coûteuse.
LirrruES dk m. de montmouk.ncy. i'>
<( Le 9 septembre.
« J'ajoute un seul mot à la dernière partie de ma dépèche, que je ferme aujourd'hui môme pour l'envoyer par estafette, le baron de Binder se faisant trop attendre. Dans Taudience de l'Empereur dont je vous rends compte, il vient de me dire quchpies mots très flatteurs sur notre ministère ; qu'il lui attribuait une grande partie de l'amélioration sensible de notre position; qu'il savait nos principes, et aussi combien nous avions d'obstacles à vaincre, etc.
« Je renvoie à mon premier courrier, et après l'audience de l'empereur de Russie, que j'aurai vraisemblablement demain ou après-demain, à vous développer mes premières conversations politiques. Je n'en ai eu hier qu'une préalable avec le prince de Metternich, qui m'a parlé un peu de la Grèce, et surtout du système général de l'Autriche et de la grande Alliance, du principe essentiel et peu contestable de la conservation de tout ce qui existe légalement. Nous avons renvoyé à une autre conversation l'affaire d'Espagne, dont il est bien vrai que tout le monde est ici très occupé.
CCXXni. LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE
« Vienne, ce 14 septembre 1822, au soir.
« Je réponds dans ce moment, mon cher collègue, à votre lettre confidentielle : je crois devoir en adresser une directement au Roi sur ma conversation de ce matin même avec l'empereur Alexandre. Je lui