‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 27 sur 158 · CCXXVI. LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE · texte numérisé non relu

CCXXVI. LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE

DE MONTMORENCY

« Paris, le 22 septembre à 3 heures après midi.

(( Le courrier prêt à être expédié, nous arrivent vos dépêches du 14. L'avis du Conseil et les ordres du Roi sont que vous borniez votre mission au séjour des souverains à Vienne et aux affaires qui y sont traitées, si, comme Wellington y a paru décidé, il n'allait point à Vérone. Dans le cas contraire, le Roi vous laisse juge de la conduite qu'il serait convenable à nos intérêts de tenir, et vous autorise à vous rendre, comme les autres plénipotentiaires du Congrès, soit à Vérone, soit dans tout autre lieu oîi les souverains et Wellington se rendraient, pour achever d'y traiter des affaires générales de l'Europe.

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« Nous n'avons rien à ajouter à ce que vous avez vu décider au Conseil et à co que nous vous avons mandé depuis.

« La situation de l'Espagne est toujours la même. Le courrier de Madrid nous apporte aujourd'hui une lettre de M. de La Garde du 9, dans laquelle il nous dit que l'intention du ministère espagnol est de déclarer la guerre à la France ; qu'il attend pour cela l'ouverture des Gorlès, dont il a déjà gagné dix-huit députés du parti modéré : avec ce renfort, il est assuré d'une majorité forcenée. 11 nous avertit, dans ce cas, du danger que vont courir les Français disséminés sur le territoire espagnol et nous engage à surveiller les agents de l'Espagne en France, pour nous ménager la garantie de ces otages.

« Voilà, mon cher collègue, oi^i nous en sommes de ce côté. Les nouvelles de la frontière continuent à nous montrer les provinces voisines en proie à la guerre civile la plus affreuse : aucun succès remarquable ne paraît avoir été remporté par les partis opposés ; le brigandage, l'incendie, les assassinats, tels sont les résultats les moins contestés des événements (jui ont eu lieu dans ce malheureux pays durant la semaine dernière.

« Nous ne croyons pas devoir attendre la sommation des Gorlès pour convertir notre cordon sanitaire en mesure militaire préservatrice de notre sûreté. Sous le plus bref délai, une ordonnance mise au Moniteur et conçue dans des termes que nous pèserons de manière à ce qu'ils ne puissent être mal interprétés, dira que, vu l'état sanitaire de l'Espagne, les mesures sanitaires cesseront à dater du

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l*"" octobre; mais (|uc vu l'état politique de ce i)ays, les mesures militaires nécessaires à la sûreté de uns frontières sont maintenues.

« Notre situation intérieure continue à être satisfaisante. Nous avons les meilleurs renseignements de la disposition des troupes ; vous verrez, par nos journaux, l'exécution des quatre condamnés de la Rochelle ; le Roi a senti la nécessité de laisser consommer cet exemple. Des six condamnés de Poitiers, un seul, reconnu n'avoir pas connu la conspiration et s'être laissé entraîner à accepter les fonctions de juge de paix, obtiendra probablement du Roi une commutation de peine.

« Corbière est à Amanlis, en assez bon état pour monter à cheval; il nous reviendra probablement dans une quinzaine.

« Chateaubriand attend ses instructions pour se rendre à Vérone ; nous l'expédierons dans sept à huit jours. Enfin, Ilyde de Neuville, qui d'abord avait cherché à nous rester et à se faire élire député, sollicite aujourd'hui l'ambassade de Constantinople. Le Roi paraît assez décidé à la lui accorder, si nous le demandons; je crois me rappeler que vous n'en étiez pas éloigné ; marquez-moi positivement votre opinion sur ce point. On dit aussi que si vous envoyez M. Durand à Washington, M. de La Bourdonnaye nous ferait grâce de son opposition en allant dans les Pays-Bas : je ne vous en parle que comme d'un on-dit, sur lequel je ne suis pas fâché aussi d'avoir votre opinion personnelle.

« Je ne réponds à ce que vous me marquez sur ma présidence que pour vous remercier de la fran-

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chise avec laquelle vous me confiez les sentiments qu'elle vous a fait éprouver : c'est ainsi qu'il faut en agir réciproquement dans la situation oîi nous sommes, sans quoi la place ne serait pas tenable. Je suis fâché de Finipression, j'en suis la cause innocente ; il ne dépendra pas de moi de l'etîacer.

« Adieu, mon cher collègue, recevez de ma part et de celle de tous nos collègues réunis en ce moment ici, l'assurance du plus sincère attachement.

a J" UE ViLLÈLE. »

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