CCL. — LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE DE MONTMORENCY
« Paris, 31 octobre d822.
« Mon cher collègue, je profite d'un courrier qu'expédie M. le baron de Vincent pour vous donner
de nos nouvelles. Los (lerni?;ros que nous ayons de vous sont toujours celles du 18. Nous en concluons qu'il ne s'est rien passé d'important à Vérone dans les quatre ou cinq jours suivants, et que nous no tarderons pas à avoir un courrier direct de vous.
« M. do Blacas nous est arrivé dimanche avec la bulle de circonscription des vingt-quatre sièges que le Roi avait désignés. On vient d'enregistrer cette bulle, il y a quelques heures, au Conseil d'Etat, et demain elle sera au Moniteur : y sera aussi l'ordonnance dont je vous ai parlé dans ma dernière et avantdernière lettre.
« L'affaire des chapeaux s'arrangera aussi : nous aurons celui de couronne dans quinze ou vingt jours, nous dit M. de Blacas, et un de faveur peu après, si l'établissement de nos évêques peut avoir lieu avec quelque célérité, comme nous l'espérons.
« M. Herman vous envoie copie de tout ce que nous avons reçu de Madrid depuis notre dernière expédition pour vous : vous verrez qu'on est fort contenu par la réunion du Congrès et les moyens militaires qu'on nous connaît, ce qui n'empêche pas la roue révolutionnaire de tourner et la guerre civile de s'organiser chaque jour davantage dans ce malheureux pays.
« Les nouvelles de la Sou d'Urgel ne sont pas ici aussi brillantes que dans la dépêche de M. de La Garde. On nous assure que les pays occupés par les troupes royalistes sont dans l'état le plus déplorable, que l'armée manque d'armes et de munitions, qu'on en est réduit à fondre les cuillers d'étain pour
faire des balles, qu'enfin des secours d'argent deviennent chaque jour plus indispensables au maintien de ce centre de résistance à l'envahissement total de la Péninsule par le régime révolutionnaire. Je suis fondé à penser que la vérité est entre ces deux exposés, que les armées royalistes n'ont pas le succès et la situation brillante qu'on leur suppose à Madrid, et que, d'autre part, elles se représentent à nous et au Congrès beaucoup plus dénuées de moyens qu'elles ne le sont en réalité, afin de mieux obtenir l'intervention, ou du moins les secours étrangers sans lesquels l'on s'accorde à reconnaître qu'il est impossible à l'opinion que ces armées défendent de dominer en Espag;ne.
« Je n'ai plus à vous entretenir de ce que nous croyons qu'il y a de mieux à faire au Congrès sur cette affaire épineuse. Elle aura été déjà traitée quand vous recevrez cette lettre. Yous connaissez d'ailleurs nos déterminations sur ce point ; nous ne pouvonsagirqued'après notre propre détermination; nous ne pouvons consentir à recevoir des secours militaires qu'autant que nous les réclamerions. Si on veut opérer par d'autres moyens, nous participerons à tout ce qui nous paraîtra juste et honorable dans les intentions de nos augustes alliés.
« J'ai des données pour croire que M. A'Court continue à traiter très activement à Madrid d'une réduction surle tarif des marchandises anglaises importées tant en Espagne que dans les possessions espagnoles du Nouveau Monde, et qu'il est déjà parvenu à obtenir, dans une des dernières séances secrètes des Cortès, un renvoi de cette demande à un comité où
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elle avait été accueillie. Je sais aussi qu'il fait tous ses elTorts pour représenter l'Angleterre comme la seule puissance sur laquelle l'I^^spagne puisse compter pour une médiation entre elle et ses colonies.
« Je sais d'autre part, et je crois que c'est le motif de l'envoi du courrier de M. le baron de Vincent, que le Brésilien chargé des pouvoirs du prince régent se rend à Vérone pour y demander aux souverains la médiation que M. de Gestas a été chargé de solliciter du Roi de France. Cet envoyé a cru devoir s'adresser à l'Autriche, en raison de l'intérêt que cette puissance doit prendre à la princesse régente du Brésil.
« Je dois vous avertir aussi que nos plénipotentiaires doivent se tenir en garde contre la proposition, qu'on m'assure qui sera faite par l'Autriche, d'établir à Modène un centre de correspondance de police pour toute l'Italie, à l'abri duquel elle se fonderait un moyen légal d'intervention et de domination sur tous les petits Etats, ce qui leur serait fort à charge et que nous ne devons pas souffrir. Il doit en être de même de tout ce qui tendrait au même but. L'affaire des postes doit être également repoussée. Enfin, on croit ici que, si nous soutenons l'évacuation totale du Piémont, elle sera obtenue, et ce serait, sans aucun doute et sans Le moindre danger, le résultat le plus désirable pour notre politique.
« La tranquillité lapins parfaite règne ici et dans tous les départements. Nous arrivons aux élections avec des chances chaque jour plus favorables. Les révolutionnaires sont fort contraints et découragés. Nous n'avons à craindre que quelques prétentions
opposées de la part des royalistes daus certaines localités 011 ils ont de la peine à s'entendre; mais nous espérons qu'au moment décisif, cespetits nuages disparaîtront, et l'on peut compter, je crois, sur l'élimination de dix à quinze députés libéraux, »