‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 55 sur 158 · CCLI. LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE · texte numérisé non relu

CCLI. LE COMTE DE VILLÈLE AU VICOMTE

DE MONTMORENCY

« Paris, 4 novembre 1822.

« Je vous écris, mon cher collègue, par le courrier de sir Charles Stuart, n'ayant pas cru devoir vous en envoyer un moi-même jusqu'à ce que vous nous ayez appris l'issue de la négociation que vous avez entamée sur l'Espagne. Vous étiez sur les lieux, en relations constantes avec ceux auxquels vous aviez affaire, sans doute que vous avez eu des motifs, que la nécessité sanctionnera, pour (quoi que vous en disiez) vous être fait le rapporteur de cette affaire épineuse, et avoir pris, en cette qualité, des conclusions dont nous ne nous étonnons pas ici qu'on vous ait demandé l'explication, car il est vrai qu'elles en nécessitaient. Vous avez sans doute calculé où vous conduiraient ces explications et enfin comment vous termineriez cette négociation par la voie que vous avez prise. Nous attendons le résultat et je vous assure que ce sera de bien bon cœur que je le verrai tel que vous l'attendez, tel que nous le désirons comme vous-même, quoique notre opinion nefûtpas qu'on l'obtînt par ce moyen. Au reste, cette malheureuse affaire d'Espagne traîne et semble s'arranger un peu en faveur des résistants à l'impulsion

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révolutionnaire donnée par le gouvernement do jMadrid. Les troupes du baron d'Kroles se soutiennent avec avantage dans la Cerdagiie et la ( Catalogne, contre les forces réunies par Mina, et Quesada vient d'ellectuer, avec deux ou trois mille hommes, son retour en Navarre, où il a été suivi immédiatement par autant de troupes constitutionnelles sons les ordres de Gasco del Vallès. Ce qui semblerait annoncer que les affaires de la régence d'Urgel sont en meilleur état, c'est que la maison Ardouin lui a oftert de remplir un emprunt de vingt millions, à la condition que la régence reconnût et garantit ceux qu'elle a déjà traités avec le gouvernement de Madrid. En même temps, Ouvrard offrait de prêter à la régence vingt millions, dont cinq payables en argent et quinze en mauvais titres du gouvernement espagnolavantlaRévolution. J'ai la presque certitude que l'affaire a été terminée hier avec ce dernier, et qu'on part dès aujourd'hui pour conclure à Urgel et faire toucher le plus tôt possible les cinq millions que la régence tirera de cet emprunt, ('ette ressource pourra devenir d'autant plus importante dans les afTaires d'Espagne, que les ordres sont donnés sur la frontière pour qu'on soit peu sévère sur les exportations, et que celle des approvisionnements de toute espèce est autorisée par la vallée neutre d'Andorre, dont les habitants ont réclamé cette mesure au nom de leur propre défense et de leur sûreté contre toutes les bandes armées dont ils sont entourés.

« Nous avons, comme je vous l'avais annoncé, terminé les affaires ecclésiastiques de la manière la

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plus satisfaisante. La bulle de circonscription des quatre-vingts évêchés est publiée; le Roi a complété la représentation du clergé dans la Chambre des des Pairs par la nomination des huit archevêques et évêques dont je vous avais donné les noms. Ainsi nous avons quinze pairs ecclésiastiques. M. de Blacas nous assure que le premier chapeau va nous être accordé et que le second sera facilement obtenu. Enfin nous nous occupons déjà de la nomination des évêques et nous voulons faire en sorte qu'ils aillent tous dans leurs diocèses avec la croix de bois, en attendant leur croix d'or; nous espérons les y décider.

« Les élections vont commencer sous d'assez heureux auspices. Nous n'avons à craindre que les prétentions et les divisions entre royalistes dans quelques départements; nous devrons peut-être des choix libéraux à cette fatale division. Nous avons fait ce quenousavons pu pour l'éviter; mais d'autre part, on fait ce qu'on peut pour la provoquer. Au nombre des moyens employés est cette mauvaise correspondance privée du Courrier anglais, qui attaque sans cesse l'empereur de Russie, me donne des louanges perfides, et dont les auteurs, ïalleyrand. Mole et consorts, ne veulent autre chose que diviser et propager les méfiances. Malgré tout cela, je persiste à croire que nous expulserons dans ces élections dix à douze députés libéraux de la Chambre.

« Nous comptons sur vous ici dans le courant de cette semaine ou au commencement de l'autre. Nous vous recommandons avec la plus vive instance de prendre vos mesures avant votre départ pour que

nos plénipotentiaires au Congrès se montrent constamment les soutiens des Etats secondaires d'Allemagne et d'Italie contre les prétentions envahissantes de l'Autriche. Tous sont alarmés sous ce rapport; tous nous sauront un gré infini de les garantir. J'espère qu'aucune condescendance envers M. de Metternich ne prévaudra contre l'intérêt dominant de la France, et que nos plénipotentiaires se garderont de prendre sur eux des actes contraires à leurs instructions. Ce serait le cas. je vous assure, que je me croirais obligé de conseiller au Roi de ne pas ratifier ce qu'ils auraient fait, car il y va de notre honneur. »

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