CCLH. LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE
« Vérone, ce 5 novembre 1822.
« Je profite d'un courrier anglais, mon cher collègue, comme vous avez fait pour celui qui est arrivé hier et qui m'a apporté votre petite lettre du 28. Je préfère attendre encore trois ou quatre jours pour vous expédier moi-même un courrier, qui répondra plus immédiatement à celui que j'attends de vous vers la même époque, et qui pourra vous porter, j'espère, quelques résultats de plus : je voudrais me flatter que ce sont les résultats définitifs pour ce qui me regarde. Mais la manière dont le temps s'écoule ne s'accorde pas avec mon impatience, et quoique le journal des Débats annonce mon arrivée pour le 10, je m'estimerais heureux de pouvoir partir d'ici du 10 aul.j.
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« J'en suis resté dans ma correspondance aux quatre réponses à nos questions, que je vous ai fait passer. J'imagine que le Conseil aura porté le même jugement que moi de ces réponses, et en particulier de celle de FAngleterre qui, relue dans la traduction et à plusieurs reprises, me causa une impression pénible, partagée, je puis vous le dire, parles autres puissances, et en particulier par Tempereur de Russie. Je crus devoir m'en expliquer dans une conversation préalable avec le duc de Wellington, qui était encore venu chez moi m'exprimer ces sentiments d'intérêt et de loyauté qui inspirent une confiance personnelle en lui. Je lui avais déclaré mon étonnement, mes regrets sincères de ce qu'il avait persisté à insérer dans sa note cette sorte de reproche sur le manque de confiance de la France, que je croyais avoir réfuté dans nos entretiens, et cette demande de documents pour prononcer sur la situation de la France, que j'avais combattue par un appel à des faits malheureusement trop notoires. Je l'avais même prévenu que je serais obligé de prononcer quelques mots de réplique dans la seconde conférence générale, si sa réponse devait être insérée au protocole. Une première conférence générale des plénipotentiaires avait eu lieu le 31 au soir. Le prince de Metternich y lut les propositions que je joins ici, et qu'on se décida à prendre en considération. On décida sommairement la forme très simple d'un journal tenu par M. Gentz comme à Laybach. On parla d'insérer à la tête du protocole et comme préliminaires, mes questions et les quatre réponses.
« Une seconde conférence générale devait avoir
lieu le "i au matin, pour apporter les diverses réponses sur le choix d'un des modes indiqués par le ministre autrichien. MM. les plénipotentiaires se rendirent même à Theure indiquée chez celui-ci. Mais après bien des [)ourparlers, la conférence en règle fut ajournée, et c'est encore par les motifs dont je vais vous informer, et qui firent chercher un moyen d'abréger et de simplifier le travail.
« Le duc de Wellington avait témoigné à plusieurs reprises aux chefs de cabinet l'embarras et le regret qu'il éprouvait d'être obligé, surtout dans les conférences générales, d'opposer à chaque instant une sorte de protestation ou de dénégation contre les principes énoncés par les alliés. Il poussait le scrupule à ce point qu'il voulait combattre ceux que le prince de Metternich avait placés dans son très court travail, comme préparant et motivant ses dernières propositions. Il demandait le retranchement de ses phrases sur l'Espagne, pour pouvoir à son aise délibérer ensuite sur les conclusions ; il consentait volontiers, à une telle condition, à ne pas faire mettre au protocole sa première réponse, idée que j'ai saisie et qui me convenait fort. D'un autre côté, la Russie attachait beaucoup de prix à proclamer, à répéter ses déclarations énergiques, ses réserves sur ce qu'il y aurait à faire. Nous avons entrevu que nos conférences allaient se passer en discussions inutiles et pénibles, surtout entre ces deux puissances, sur des principes et des vues si divergentes; qu'il fallait tenter d'entrevoir et de fixer d'avance le but auquel on pouvait arriver, sauf à revenir ensuite sur les choses de pure formalité et protocole.
« Une idée a été présentée par les plénipotentiaires russes et après avoir pris les ordres de leur empereur: c'était de préparer d'abord le mode d'exécution du parti pour lequel la majorité se prononçait, de s'exprimer vis-à-vis de l'Espagne par des notes ou instructions séparées de chaque légation, dans des termes modérés, propres à les éclairer encore, s'il était possible, et surtout à donner de la force au bon parti ; qu'on se communiquerait ces projets d'instructions basés sur des vues communes, mais en laissant une grande latitude aux convenances de chacun ; qu'on les communiquerait aussi au duc de Wellington, pour qu'il jugeât en connaissance de cause s'il ne pouvait pas promettre une instruction ou mesure semblable de son cabinet, qui, sans aller tout à fait du m^'me pas que les autres, pourrait marcher à côté et surtout ne pas se prononcer contre ; que dans le cas oîi il prendrait un semblable engagement, l'avantage inappréciable de cette sorte de concours pouvait et devait être acheté par beaucoup de sacrifices; qu'on ferait celui de beaucoup de choses à insérer au protocole ; qu'on le simplifierait, qu'on l'abrégerait, qu'on en finirait en une ou deux conférences, parce que tout serait convenu d'avance; que dans le cas contraire, si l'on n'avait rien du tout à espérer de l'Angleterre, on suivrait la marche naturelle, et sans plus s'enquérir de ses oppositions. Cette idée des Russes a été adoptée pour la marche du travail, et nous sommes actuellement occupés, chacun de notre côté, de ces projets d'instructions. Je n'ai pas manqué de rappeler aux autres ministres ce qu'ils devaient pressentir d'avance de ma position
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particulière : que n'étant pas comme eux rapproché de mon souverain, je ne pourrais leur communiquer que quelques bases, un projet conditionnel, tel que je me proposais de le communiquer au Conseil et de le soumettre au Roi à mon retour. Je n'en sens pas moins tout ce qu'il y a de délicat dans ce travail, qui doit être fait en présence de la pensée qu'il peut être rendu public et qu'il doit être justifiable à toutes les tribunes du monde. Je m'en occupe activement, et j'espère que d'ici à deux jours, nous pourrons nous faire nos confidences réciproques. Il faudra ensuite faire en sorte que la note de la Russie ne soit pas trop vive, trop conduisant à la guerre. Nous nous entendons dans ce désir avec les trois autres cours. Je joins donc ici ce que je devrais dire à la deuxième conférence, ce qui avait été concerté avec nos plénipotentiaires aune parfaite unanimité. J'ajoute la pièce que M. le comte de Nesselrode m'a communiquée et qu'il se proposait de faire insérer au protocole.
(( J'ai déjà eu des conversations avec Al. le comte de la Tour, ministre de Sardaigne, avec le cardinal Spina, etc. : je vous en donnerai quelques détails par mon premier courrier. J'ai causé aussi à fond avec M. de Serre, arrivé depuis deux jours. Il m'a montré votre réponse à son dernier envoi, dont vous ne m'avez pas encore parlé, mais qu'il me communiquera. J'ai déjà fait ma cour aux souverains d'Italie, arrivés le 31 elle 1", le roi et la reine de Sardaigne, et le roi de Naples. Nous avons aujourd'hui un grand bal chez l'impératrice d'Autriche, dont la fête a été célébrée hierpar une assez belle illuminatio n
« Vous connaissez, mon cher collègue, tous mes sentiments que je vous renouvelle, ainsi qu'à nos autres collègues, en mettant mes respects aux pieds du Roi.
(C M et N T .M 0 R E N C Y . )>