‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 67 sur 158 · CCLXIII. LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE · texte numérisé non relu

CCLXIII. LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE

DE Vn.LÈLE,

« Véi'one, ce 1!) novembre 1822.

a Je reprends avec plus de détail, mon cher collègue, ce que je vous ai annoncé rapidement par une lettre de ce matin, destinée à un courrier de Rothschild, ou, à son défaut, au courrier anglais. Mes dépêches précédentes vous avaient informé du travail dont s'occupaient les différents ministres et que je pressais de tous mes efforts. xMon travail à moi, que je vous porterai avec le leur, n'avait été qu'une sorte d'essai, destiné à être revu avec mes collègues, corrigé, soumis au Roi, dont la seule utilité ici pouvait être de donner pour ainsi dire le ton aux autres notes, ou instructions, surtout d'empêcher qu'elles ne dépassassent une certaine mesure. Cependant le caractère de modération sans faiblesse, que je crois avoir imprimé à notre langage séparé, seul mode en effet qui, comme vous le dites dans vos lettres, pût nous convenir, n'a pas empêché qu'il n'y eût plus que de l'énergie, et peutêtre un peu de violence, dans les premiers projets d'instructions qui m'ont été communiqués delà part do la Prusse et de la Russie. Je leur ai présenté mes objections avec franchise, mais d'une manière toute confidentielle. Plusieurs ont été admises et l'empe-

reur Alexandre m'a fait l'honneur de me dire ce matin m^Miic qu'il avait ordonné de changer plusieurs choses sur K'squclles j'avais appelé l'attention de son ministre. Il en restera assez pour ne laisser aucun doute sur la manière dont les trois souverains envisagent la révolution d'Espagne. C'est ce qu'ils semblent attacher tous beaucoup de prix à faire connaître pour leur propre honneur, pour l'effet moral à produire sur leurs sujets et sur toute l'Europe. Le résultat probable et évident, si ce n'est même le but direct de ces énonciations de principes et de sentiments, doit être la cessation de rapports diplomatiques. Les trois ministres, interpellés par moi à plusieurs reprises, m'ont avoué que c'était ce qu'ils désiraient eux-mêmes, comme devant leur rendre une liberté infiniment précieuse dans tous leurs mouvements à l'égard du gouvernement ou des gouvernements d'Espagne, s'ils se dédoublaient par des avantages soutenus des royalistes. Deux des ministres no poussent pas leurs désirs au delà, et seraient même fâchés que la guerre dût s'ensuivre. La Russie seule sourit à cette chance-là, et pour se justifier de la désirer, la présente comme inévitable. C'est sur les conséquences vraisemblables de semblables mesures à l'égard de la France, et sur les graves inconvénients qu'il y aurait à se séparer des trois grandes puissances continentales, dont la plus prononcée de toutes sera toujours notre alliée naturelie, que le Conseil du Roi aura à prendre une grande et importante délibération, que je m'efforcerai d'éclairer, non pas tant de mon avis, que de toutes les lumières qui peuvent servir à préparer les

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