‹ Mémoires et correspondances du comte de VillèleChapitre 66 sur 158 · CCLXII. LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE · texte numérisé non relu

CCLXII. LE VICOMTE DE MONTMORENCY AU COMTE

DE VILLE LE

« Vérone, ce i9 novembre 1822.

« Je profite d'un courrier de M. Rothschild pour VOUS accuser réception, mon cher collègue, de votre lettre du 11, arrivée hier matin par le courrier anglais, et celle du 12, que M. le prince de Metternich m'a fait passer ce matin comme venue par le courrier du baron de Vincent. Je commencerai par vous exprimer la part sincère que je prends à la perte que vous venez de faire; je connais votre bon cœur et je vous plains doublement d'avoir été partagé d'une manière si cruelle entre votre douleur et les affaires qui appellent si impérieusement votre attention. La baisse de nos fonds a été un des sujets qui ont dû vous occuper, quoique je sois bien sûr du calme très sage avec lequel vous l'avez jugée. J'en ai parlé ici dans le même sens et l'on n'était nullement disposé à s'en inquiéter. On peut dire qu'elle était inévitable un jour ou un autre, à cause de l'agitation de l'esprit de parti et de la puissance des fausses nouvelles. Il est exact que ce n'est pas d'ici qu'ont pu venir celles qui feraient croire le plus vivement à la guerre. L'effet qui s'étendrait sur les élections serait beaucoup plus grave; j'espère qu'il aura pu être paré. Il n'a pas dépendu de moi que du moins ma portion d'affaires ici ne fût

LETTUKS DE M. HE M ONTMO H ENC.Y. 223

terminée avant les élections. J'ai pressé et je presse tous les jours. Mais je crois enfin toucher au terme et pouvoir fixer mon départ du 22 au 23 au plus tard, sans aucun autre délai. J'ai déjà pris congé ce matin des principaux souverains et en particulier de l'empereur Alexandre dans une conversation do plus d'une heiu'e. Quoique j'en réserve une grande partie pour mes récits de vive voix, j'entrerai cependant dans plus de détails par une dépèche que j'expédierai demain soir ou après-demain, en vous renvoyant Fitz-James et son compagnon, qui seront comme nos précurseurs et vous porteront la clôture de ma correspondance. Je garderai pour moi-même et avec toutes les explications dont vous aurez besoin, les pièces originales : la seule qui doive être signée ici par nous, ce soir à ce que je crois, et qui est le mode d'exécution diplomatique, rédigé dans les formes les plus simples, des réponses et promesses que vous connaissez déjà ; ensuite les pièces confiées par les autres cabinets et sur lesquelles /«^ réservé l'entière liberté des délibérations du Conseil et des décisions du Roi. Le tout vient d'être communiqué aujourd'hui dans une conversation confidentielle au duc de Wellington, en l'absence duquel nous avions travaillé, comme je vous l'ai mandé, pour ménager son propre embarras. Bien décidément il refuse d'y prendre une part directe; mais il laisse de l'espérance sur ce que son cabinet pourrait faire, en marchant, comme on dit, à coté. Du reste, il nous a donné sur l'affaire du Portugal, dont vous me parlez, une très bonne réponse, que je vous manderai plus positivement dans ma dépêche de demain. Je finis

celle-ci pour ne pas manquer le courrier et vous renouvelle, ainsi qu'à tous nos collègues, mes inviolables sentiments.

« MO.NTMURENCY. »

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