C.CX. LE VICOMTE DE CHATEAUBRIAND A M. DE YILLliLE
« Jeudi 7, 3 heures.
« Réponse avant demain midi.
«LaBourdonnaye est revenu, mon chefami. Je lui ai dit en l'adoucissant ce que vous disiez dans votre billet. Il est outré qu'on ne veuille pas la paix à des conditions si modérées, et j'ai eu toutes les peines du monde à l'empêcher de s'inscrire ce matin môme contre la loi. Je l'ai supplié d'attendre au moins vingt-quatre heures : il me les a accordées.
« Franchement l'ambassade des Pays-Bas, et la pairie sur la tête du fils de La Bourdonnaye est si peu de chose (surtout quand on envoie de Serre àNaples) que je crois qu'on pourrait obtenir cela du Roi. Vous pensez qu'un discours de La Bourdonnaye ne pourra vous nuire dans le moment? Je n'en suis pas aussi convaincu que vous. Il divisera nécessairement les royalistes et vous pouvez être sûr que cela dérangera vos prochaines élections : voilà le vrai danger. Réfléchissez-y. Je crois que vous êtes assez bien et assez fort aujourd'hui pour emporter ce point d'assaut avec le Roi ; La Bourdonnaye satisfait, toute la France royaliste est à vous sans division.
« La Bourdonnaye est la grande capacité de la Chambre dans les députés royalistes et son caractère répond à la force de son esprit ; il faut le conquérir. L'idée que vous avez cédé à une menace ne peiit venir à personne : comme royaliste vous appelez et vous servez un royaliste, comme homme d'Etat vous vous emparez d'un talent et vous vous sou-
mettez à une nécessité. Je no m'effraie guère de ma nature el je n'obéirais pas plus que vous à une menace, mais je suis pénétré des conséquences de cette monarchie que nous avons; et sans hésiter je prendrais dans mes rangs quiconque me pourrait nuire. « Mon cher ami, au nom de l'intérêt commun et de votre intérêt particulier, arrangez cela. Vous le pouvez. La majorité que vous avez obtenue vous rend lout-puissant auprès du Roi.