CCI.XXXVn. LE GÉNÉRAL COMTE GUILLEMINOT AU COMTE
DE Vn.LÈLE.
(( Bayonne, le 27 mars 1823.
« Monseigneur,
« J'ai reçu, avec la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'adresser le 22 du courant, la proclamation que doit publier M^' le duc d'Angoulême en entrant en campagne. Cette pièce doit produire le meilleur effet sur les Espagnols et je ne puis douter que, si nous parvenons à tenir les sages résolutions qu'elle annonce, la guerre ne soit bientôt terminée avec peu d'effusion de sang. Les deux seules difficultés considérables de notre intervention sont de
pourvoir aux besoins de l'arméo en Espagne et de contenir le parti qui nous y secondera. V. Exe. se charge de la première, et les mesures qu'elle veut bien me faire connaître me donnent lieu d'espérer que nous pourrons payer régulièrement la solde des troupes et suffire même aux premiers approvisionnements à faire dans le pays.
(( Quant à la seconde, nous travaillons à la lever en préparant pour l'armée de la Foi une organisation régulière, qui la soumette à l'autorité du prince général en chef et y introduise de l'ordre et de la discipline. Mais il ne faut pas se dissimuler que nous aurons beaucoup à faire, pour ne parvenir à ces résultats que bien imparfaitement.
« Santos-Ladron, principal chef des guérillas de la Navarre, vient de récuser l'autorité du général O'Donnell, et a entraîné presque toutes les troupes de Navarre que nous venions d'habiller et d'armer. Ceux de la Catalogne et de la Biscaye, sans faire de déclaration formelle à cet égard, n'ont guère de relation avec les ciiefs qui sont en France, que pour les besoins de leurs troupes ; ils parcourent le pays en se livrant à toutes sortes d'exactions, de vengeances, et s'y font craindre à tel point que les classes les moins portées à favoriser les révolutionnaires, concourent pourtant à la destruction de ces bandes. Quel que soit Téloignement de (|uelques-uns des membres de la Régence pour le général Eguia, je pense qu'il serait bon de l'admettre dans le nouveau conseil, parce qu'il a une grande influence sur les chefs des guérillas; son mécontentement serait dangereux. S. A. R. doit déjà savoir à quoi s'en tenir
LKTTHK I)K S. A. W . M"" LK DUC D ' A N G OU LÉ M t:. 293
sur les moillcurs moyens de rapprocher entre eux les partis de Alatatlorida et d'Eguia et rattacher ainsi à la nouvelle junte le plus grand nombre possible d'Espagnols marquants.
« J'attends l'arrivée de MM. de Martignac et de Caux et suis prêt à agir de concert avec eux pour toutes les relations délicates que nous devons entretenir avec la nation espagnole. D'après les intentions de V. Exe, l'ordre du jour basé sur la proclamation aux Espagnols sera lu à l'armée le jour même de la publication de cette pièce.
'( J'accepte avec autant d'espoir que de reconnaissance les vœux que V. Exe. a la bonté de m'adresser; je puis au moins lui promettre que je ferai tout pour qu'ils soient bientôt réalisés.
<( Je suis avec un profond respect, Monseigneur, de V. Exe, le très humble et très obéissant serviteur.
« Le Mdjo)' général,
« CoilTE GUILLEMINOT. )>
CCLXXXVni. s. A. R. M^''' LE DUC d'aNGOULÊME AU COMTE
Touluuse, ce 27 mars 1823.
« Monsieur le comte de Yillèle,
J'ai reçu hier matin votre lettre du 23, ainsi que celle du maréchal duc de Bellune. Sa nomination comme major général ne m'étonne pas, car depuis longtemps je savais qu'il y travaillait; je ne me permets aucune supposition, mais ma position devient toute différente, et craignant de ne pouvoir plus être
204 MARS lS2;j.
d'aucune utilité au service du Uoi, je désirerais qu'il voulût bieu s'occuper de mou remplacement. Je serai le 34 à Bayonne, je verrai les choses par moimême, et si le 7 avril je n'avais pas reçu de nouveaux ordres du Roi, il serait possible que je fusse obligé de remettre provisoirement le commandement de l'armée au maréchal duc de Bellune.
« Mettez, je vous prie, aux pieds du Roi l'hommage de mon respect, de mon dévouement et de mes regrets de Fimpossibilité où je crois me trouver de pouvoir le servir, ainsi que notre patrie, comme je l'aurais désiré.
<( J'ai vu hier, d'après leur demande, l'archevêque de ïarragone, avec M. de Gispert, M. de Mataflorida avec M. d'Ortafïa ; ils tiennent beaucoup à la régence. Je leur ai dit qu'elle ne serait pas reconnue, et que l'archevêque serait seul admis dans le nouveau conseil ; je joins ici une partie des papiers qu'ils m'ont remis : je ne désespère pas que l'archevêque ne se détermine à se rendre seul à Bayonne; il m'a promis d'y penser.
« Je profite avec empressement de celte occasion pour vous assurer de toute ma considération.
« Louis-Antoine.
« J'oubliais de vous accuser la réception de la proclamation aux Espagnols, qui me paraît très bien. »
LETTRK Df GÉMÔRAL G l' r LL KM INOT. 29.".
CCI.XXXIX. — LE C.ENEKAL COMTE (lUILLEMIXOT AU COMTE DE VILLÈLE.
« Bayonne, le 27 mars IHi'.L
« Monseigneur, V. Exe. doit être informée que le ministre de la Guerre a cru devoir faire arrêter un de mes aides de camp. D'après des avis reçus postérieurement, le fait qui avait donné des soupçons sur cet estimable officier, doit déjà être éclairci, puisqu'on a pu arrêter les gens qui ont mis à son adresse une caisse d'eiïets militaires aux emblèmes do la révolte. Cet événement m'a profondément affligé par le mauvais effet qu'a nécessairement produit sur la ville de Bayonne et dans l'armée l'arrestation d'un aide de camp du major général, faite la nuit dans la propre maison de son général et sans son intervention. Un instant de réflexion aurait suffi pour éviter ces irrégularités aussi fâcheuses qu'offensantes pour moi. Je demande qu'elles soient réparées dans la personne de cet officier par le seul moyen qui reste à S. Exe. le ministre de la Guerre : c'est que M. de Lostende, mon aide de camp et mon ami, me soit renvoyé avec le grade que je sollicite pour lui depuis plusieurs années et qu'il mérite depuis bien plus longtemps encore.
(( Je suis avec respect, Monseigneur, de V.Exc.,etc-
« Le Major général «Comte G l" i l l e mi .\ o t. »
ccxc. — S. A. I!. M'" LI-: DUC d'angoulème au comte
u Bayonne, le 31 mars 1823.
« Monsieur le comte de Villèle,
« Ayant appris que ma présence était absolument nécessaire pour calmer les inquiétudes, j'ai hâté mon arrivée de vingt-quatre heures, qui a eu lieu hier à sept heures et demie. Le duc de Bellune m'avait précédé de quelques heures; je lui ai fait part de ce que je vous avais mandé de Toulouse, et que j'étais décidé à laisser les choses comme elles étaient jusqu'à ce que j'aie reçu votre réponse ; il voulait repartir sur-le-champ, je l'en ai empêché. D'après l'ordre qu'il m'a apporté, je vais faire l'impossible pour passer la frontière au plus tard le 7, et je vais faire imprimer la proclamation aux Espagnols. M. de Caux est arrivé ce matin. Je vous renouvelle l'assurance
de toute mon estime.
<( Louis -Antoine.
« M. de Martignac est arrivé ce soir ; je lui ai remis tous les papiers que j'avais, qui ont rapport aux Espagnols; il en prendra connaissance et vous en rendra compte. »