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S. A. R. M'^''" le duc d'Angoiilèmc immédiatement après son arrivée à Bayonne, hier à 7 heures du soir. Je ne puis pas dire avoir été bien accueilli de S. A. R. ; sa contenance paraissait pénible et sans me donner le temps de lui faire mes compliments, elle me dit : « Monsieur le maréchal, je vous préviens « que j'ai écrit au Roi pour lui demander la révoca- « lion de l'ordonnance qui vous nomme major géné- « rai de mon armée et que si elle m'est refusée, je « quitterai le commandement qui m'a été confié, « pour vous le céder. Je suis bien décidé à ne pas « jouer ici le rôle secondaire que l'on paraît « vouloir m'imposer. Les raisons sur lesquelles « on a d'ailleurs fondé votre nomination , ne « sont pour moi qu'un prétexte d'éloigner de « moi le général Guilleminot, dont je suis très sa- « iisfait. ))
(( A cette sortie à laquelle je ne m'attendais pas, je répondis que j'étais venu près de S. A. R. d'après les ordres du Roi, sans les avoir provoqués et dans l'intention de contribuer à la gloire du prince et au succès de nos opérations en Espagne autant qu'il dépendrait de moi; mais que puisqu'elle me voyait avec déplaisir, j'allais attendre les nouvelles dispositions que le gouvernement croirait devoir adopter à mon égard. Tout ceci s'est passé entre le prince et moi dans son cabinet, et je ne pense pas que qui que ce soit de l'armée en soit instruit. Ce n'était pas le moment d'entrer avec lui dans des explications, qui auraient eu pour objet la position où se trouve le général Guilleminot depuis l'arrestation de son aide de camp. Je n'eusse été que faiblemeni écouté et
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peut-être aurais-jo ajouté à l'iiTitatioii que le prince ne pouvait pas dissimuler.
(( Les choses sont d'ailleurs ici dans un état très satisfaisant et je ne pense pas que l'incident qui me concerne puisse le changer. L'armée est dans les meilleures dispositions; les régiments qui la composent ont une altitude imposante, leur tenue est belle et on ne se rappelle pas d'avoir vu des troupes plus disciplinées.
« Les approvisionnements en subsistances devraient être considérables, si mes ordres avaient été ponctuellement exécutés. Sous ce rapport, j'ai à me plaindre de M. le comte Andréossy. Toutefois le service ne souffrira pas. Les magasins contiennent de quoi alimenter l'année pendant son séjour sur la ligne qu'elle occupe et on pourra faire marcher à sa suite, "au moment de son entrée en Espagne, des provisions suffisantes pour la nourrir pendant quinze jours. Des bâtiments chargés de grains et de farines sont attendus, deux sont ari'ivés hier. Ces ressources nouvelles suivront les premières en Espagne, où il est probable que l'on en trouvera abondamment moyennant paiement. Les denrées existantes et celles que l'on attend incessamment doivent alimenter l'armée pendant plusieurs mois. Ainsi nous pouvons être tranquilles à ce sujet.
(( A mon arrivée ici, je me suis occupé de la traduction du premier paragraphe de la proclamation du prince aux Espagnols, les autres étant déjà traduits. Cette pièce va être imprimée, comme nous en sommes convenus, en français et en espagnol. Elle
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sera immédiatemeiiL a])i'ôs onvoyée aux Espagnols et à 110 tie armée.
« Les nouvelles que je reçois de Paris sur ce qui so passe au ministère de la Guerre, m'alVcctent sensiblement. Les procédés inconcevables de M. le général Digcon sont de nature à me faire croire qu'il se trame quelque chose contre mes intérêts; mais rassuré toutefois par les témoignages de bienveillance que j'ai reçus de mes collègues au moment de mon départ et pendant tout le temps qui s'est écoulé depuis que S. M. a daigné me confier le portefeuille de la Guerre, j'ai lieu de croire que les projets des personnes qui me sont contraires seront déjoués.
v< La position où je suis placé n'est pas soutenable ; repoussé en quelque sorte par M" le duc d'Angoulème ; poursuivi, à Paris, par la méchanceté et peutêtre les calomnies, je dois demander qu'il me soit incessamment adressé de nouveaux ordres. Je me sens supérieur à tout ce que la malveillance peut débiter et entreprendre contre moi. Les actes de mon ministère sont là pour y répondre, et leur examen prouverait au besoin que personne ne sert le Roi avec plus de zèle, de loyauté et de désintéressement que moi ; mais il est pourtant bien dur, après avoir tant fait pour le trône et pour mon pays, d'être ainsi le jouet des passions. J'attends donc de votre amitié, monsieur le comte, et de celle de mes collègues, qu'il sera pris très promptement une résolution qui me fasse sortir de l'état pénible où je me trouve.
(( Je ne terminerai pas cette lettre sans vous
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annoncer que la conduilu de M. le général Giiilleminot est sans reproches, que l'on se loue des dispositions qu'il a faites jusqu'à présent pour assurer le bien-être de Tarmée et pour la préparer à entrer en campagne. Je pense que les opérations pourront commencer dans cinq ou six jours.
« Agréez, monsieur le comte et cher collègue, l'assurance de ma haute considération et de mon sincère attachement.
« Le Ma h kc h al de Bellune. »
CCXCH. s. A. K. MONSIEUR, AU COMTE DE VILLÈLE.
« Lundi :jl mars, 4 heures et demie.
« Je VOUS renvoie, mon cher Yillèle. les lettres que VOUS aviez confiées à la duchesse d'Ang-oulême. Xe vous attristez ni ne vous tourmentez pas trop de tout ceci: vous deviez pressentir ce que mon fils a éprouvé ; mais soyez bien sûr qu'il ne pense et ne pensera plus à la demande de son retour; ce n'est que l'effet d'un premier mouvement. Quant aux Espagnols, ce n'est que sur les lieux que l'on pourria juger le meilleur parti à prendre. Les demandes de la Régence ne sont pas acceptables.
« Je joins encore ici une lettre pour mon fils, que je vous prie de faire partir par le courrier que vous envoyez aujourd'hui.
« Ménagez-vous, mon cher Yillèle, suivons bien notre route, et le ciel nous protégera. Vous connaissez de reste tous mes sentiments pour vous.