A DIEU TRÈS GRAND
Épitaphe et tombeau de très illustre Nicolas Le Jay, garde des sceaux des ordres du Roy, premier président en la cour du Parlement.
Il remplit les deux fonctions de conseiller du Roy en ses conseils d*état et privé avec autant de désintéressement que de zèle ; il s'appliqua également à l'une et à l'autre de ces charges avec autant de prudence que d'babileté, d'empressement, d'aménité, de persévérance et de science du droit, ce qui ne fut pas facile pour commencer : C'est pourquoi, passant, son heureuse mémoire demeure sans craindre ton jugement qui rappelle tant de différends tranchés, conformément à la loi et au droit. Il a réorganisé la justice ; sa vertu lui a valu d'être nommé président du Parlement et, grâce à ses mérites, le cumul de ces fonctions ajouta encore de l'éclat à ses vertus. Cette vertu fit qu'il devait être nonmié président de l'ordre le plus distingué en même temps que président de la cour du Roy. Telle autre témoigna qu'il était bien l'homme de la situation. Tout ce que les rois lui ont ordonné, ce magistrat, pendant une longue suite d'années, l'a accepté sans brigue et l'a accompli intégralement, comme s'il se fût cru lié par l'observation exaae de tous ses devoirs. Il mourut l'an de grâce 1640. La vie a plutôt paru être privée de lui que lui de la vie. Il est parti, pour une vie meilleure, recevoir les divins présents, ayant atteint ce qu'il avait jugé être juste. Né pour le bien public, il ne réclame que ce qui est juste ; passant, donne-le lui.
Par un pieux témoignage de reconnaissance pour leur oncle et d'amour filial plein de regrets, ses neveux Charles Le Jay, maître des requêtes, et Henri Le Jay, abbé, ont fUt ériger ce monument.
« même, selon son appétit^ et disait tout ce qui lui semblait bon ; « personne ne disant : mangez, buvez^ parlez ou taisez-vous.
« Chaque acteur jouait son rôle comme il l'entendait, et s'il ne « s*en acquittait pas bien, c'était sa pure faute et il ne pouvait s'en « prendre qu'à lui*môme ».
Guy Patin assure aussi dans ses lettres que ce grave magistrat aimait les petites joies.
De son mariage avec Madeleine Marchand, décédée en 163% Nicolas Le Jay n'eut aucun enfant, mais il laissa des bâtards de ses relations avec Louise Simony, sa maîtresse.
Nous lui en connaissons quatre: 1^ Alexandre Guillaume Le Jay; 30 Henri Antoine Le Jay \y Louise Marie Le Jay et 4® Anthoyne Le Jay, desquels nous parlerons dans quelques instants. Ils furent tous légitimés par lettres patentes du roi Louis XIII, du mois de novembre 1630, vérifiées en la chambre des comptes le 33 décembre suivant (i).
Nicolas Le Jay avait obtenu, le 5 janvier 1633, de M»' Henry de Bourbon, abbé de St-Germain des Prés, l'érection en fief, en sa faveur, de la maison, jardin, enclos, ferme et dépendances appelés « la terre de Malabry », sise à Paray (canton de Longjumeau) (s).
Par le contrat d'érection, il lui était permis, entre autres choses, de faire planter des ormes ou autres arbres en la voirie et grand chemin qui va de Paray à Villeneuve-le-Roi, pour servir d'avenue, avec faculté, attendu qu'ils étaient plantés à ses frais, de les faire élaguer pour lui et à son profit.
Il avait aussi la faculté d'avoir banc et chapelle en l'église de Paray.
Par acte passé devant Giraux et Levasseur, notaires à Paris, le 13 octobre 1636 (3), avant midi. M* Nicolas Le Jay, se qualifiant de « chevalier, lep Président « en la cour du Parlement, conseiller du Roy en ses conseils d'estat et privé, baron « de Tilly^ Maison Rouge et Saint Fargeau, seigneur de Salles, Villiers, Saintry, « Brétigny-sous-Monts, Malabry, Constans, les Carrières, et rivières en dépenc( dant, Garde des sceaux des ordres du Roy, surintendant des deniers de ses M ordres, demeurant en son hôtel, dans Tenclos du Palais à Paris, de son bon gré,
(i) Arch. Nat. S 3935 M 441.
(a) Arch. Nat. 82955.
(3) Arch. Nat. S 2935. — Arch. da Château de St-Germain-lès-Corbeil.
« pure, franche et liberalle volonté, a donnée ceddé, quitté et transporte^ du tout « dès maintenant par donnation, pure, simple et irrévocable, faite entre vifs, sans « espérance de la pouvoir jamais rappeler ni révoquer, en quelque sorte et manière « que ce soit, à Alexandre Guillaume Lejayy fils naturel et légitimé du dit seigneur « donateur par lettres patentes du Roy du mois de novembre 1630, veriffiées en la « chambre des comptes le 23 décembre du dit an ; M. Jean Ruffin, procureur au « Chàtelet de Paris, y demeurant, curateur créé et estably aud. Alexandre Guil- « laume Le Jay et d'Henry Antoine Le Jay, et Lcmise Marie Le Jay, ses frères et « sœur, toîis enfans naturels et légitimés du d. seigneur donnateur, même à l'effet « des présentes, par sentence du prévôt de Paris ou son lieutenant, du 1 5 novembre « 1634, à ce présent et acceptant pour le dit Alexandre Guillaume Le Jay. Et « pour les dits Henri Antoine Le Jay et Louise Marie Le Jay, respectivement, et « en tant que chacun d'eux en leur particulier, les clauses et conditions de la « donation les regarde et conserve,
« La terre et seigneurie de Saintry, près Corbeil, avec ses apartenances et doit pendances sans en rien réserver ni excepter... même tous les héritages de « quelque nature, qualité qu'ils soient et que le dit seigneur donnateur pourra « acquérir jusques au jour de son décès, à deux lieues proches de la dite maison « et terre de Saintry, du côté de la rivière, où elle est assize, quand bien, par les a contrats d'acquisition qu'il en sera fait, il ne fit mention de l'union des d. dote maines à la dite terre de Saintry.,. y avec tous les meubles meublants, tapisserie et « autres choses générallement quelconques, servant à meubler et garnir tous les a lieux ci-dessus mentionnez, et qui se trouveront sur les dits lieux au jour du « décès du donateur ».
Nicolas Le Jay se réserva la jouissance sa vie durant de tous les biens légués.
Cette donation ainsi faite par lui, pour assurer à son fils « le mq^en de vivre dedans la qualité de sa naissance, et pour y pourvoir:^ avait eu lieu à la charge et condition expresse :
« Que si le donnataire décédoit sans enfans, ou ses enfans sans enfans, en telle « sorte que sa ligne directe vint à desfaillir », la terre et seigneurie de Saintry re- « viendraient « à Henry Ant. Le Jay, son second fils naturel et légitimé, et après « luy à ses enfans nez en loyal mariage, et aux enfans de ses enfans, et tant que « sa ligne directe durera (i)... et que si les dits Alexandre Guillaume et Henry «c Antoine Le Jay, frères, décéderoient sans enfans, et leurs enfans sans enfans, « la jouissance de la dite terre et seigneurie appartiendroit à Louise Marie Le Jay, « leur sœur... sa vie durant seulement; et en cas qu'elle fut mariée, à ses « enfans, sy aucuns elle a, aussi leur vie durant seulement ».
(i) A cette époque la substitation était permise.
Enfin, par une prévoyance extrême, Nicolas Le Jay voulait et entendait que :
« tous les susdits cas arrivant, la propriété dMcelle terre et seigneurie de Saintry, « apartenances et dépendances avec les acquisitions qu'il pourroit faire, telles « que cy dessus, appartiendront à Charles Le Jay (i) son nepveu, fils de Jacques Le « Jay son frère, gentilhomme de la chambre du Roy, et aux descendants du d. « Charles, en telle façon que les d. Alexandre Guillaume Le Jay et Henry Antoine « Le Jay et leurs descendans en ligne directe ne pourront de leur vivant engager « ou hipothéquer la dite terre de Saintry, ses apartenances et dépendances et autres, « que le d. seigneur donnateur pourra acquérir..., sy ce n*est pour achcpter « autres, lesquels, ou les deniers qui proviendront d'iceux, demeureront subjets n aux dites clauses, ou en cas de mariage, les hipothéquer aux conventions de « celles qu'ils pourront espouser, et non les vendre ».
Cette donation fut insinuée au Châtelet, le 6 novembre 1636.
Quelques mois avant de décéder, Nicolas Le Jay agrandit notablement le clos attenant à son château seigneurial, et ce, au moyen de vingt-trois acquisitions par lui faites devant M« Sourdeau, notaire à Corbeil, le 17 octobre 1640.
Les archives de Seine-et-Oise(2) possèdent Tétat des cens, rentes, poules, chapons et vin, « deubs» à M. le président Le Jay, à cause de sa seigneurie de Saintry, suivant les déclarations à terrier, faites devant Hideulx, notaire à Corbeil en 1636. Nous citerons parmi les censitaires : Jean Regnault, greffier de la gruerie de Corbeil ; Spire de Chartres, pâtissier à Corbeil ; Marie Martin, veuve de Jacques du Hamel ; Nicolas de Mustel, sieur du Jard ; Jean Rigault -, Jacques d'Autan ; Claude Lemerle *, Pasquier Picard ; Hubert Séneschal, chirurgien à Corbeil ; Daniel Rapinat, sieur de TEspine ; Charles Seneschal, curé de St Jacques de Corbeil ; Jean Boisneuf, procureur ; Gilles Rollet, chapelain de St Spire ; Leroy, curé de Saintry ; Le Prévost, seigneur de Champlâtreux ; Charles de Mouchy; Denis Picard, sieur delà Cosmerie; Innocent Cothais ; Michel de Guinand ; Guillaume de Launay ; Téglise de Saint- Try (sic).
(i) Charles Le Jay, sieur da Tronchay, fut conseiller du Roi en son grand conseil et Grand rapporteur de France. Il épousa Anne de Joffre Martin, fille de Girard de Jo&e Martin, écuyer, et de Esther Dufour. Le contrat de mariage fut passé le a8 janvier 1641.
(a) Ârch. de S.-et-O. E. 654. -— Arcb. du château de St-Gerinain-lès-Corbeil.
Nicolas Le Jay avait légué ses autres biens à ses autres enfants, également avec clauses de substitution.
C'est ainsi que la terre de Malabry fut donnée à Louise Marie Le Jay, avec charge de substitution au profit de Alex. Guil. Le Jay, et, après lui, au profit de Henri Antoine Le Jay.
La seigneurie de Brétigny et de Mons sur Seine fut attribuée à Antoine Le Jay, avec charge de restitution au profit de Henri Antoine Le Jay^ et de ses descendants.
Henri Antoine Le Jay eut le surplus.
Nous voyons, en outre, par son testament (i), que Nicolas Le Jay avait neuf maisons à Paris, en la rue Neuve St Louis, proche le Palais, et qu'il en avait disposé, savoir : « deux à la petite-fille de « feu son frère, le lieutenant général de Vitry (a) ; trois autres à « Marie Louise, sa fille naturelle légitimée, et trois aussi à ses deux « fils Alexandre Guillaume Le Jay et Henri Anthoine Le Jay » ; le loyer de la neuvième, s'élevant à 550 livres, devait servir : i« jusqu'à concurrence de 400 liv. à payer une rente viagère donnée par Le Jay à M« Noblet, « advocat en Parlement, et à la ville d'Amboise « lieu de sa naissance »^ qui eut, dit-il, « le soin et la conduite de « mes neveux, en leurs estudes, et demeuré depuis, avec moy, « domestiquement, si auparavant mon décès je ne luy fais tailler € quelques petits bénéfices » ; 2« et jusqu'à concurrence de 100 liv. à payer une rente à un ancien cuisinier. Ces deux rentes éteintes, la propriété de cette 9™* maison appartenait à Al. Guil. Le Jay et à son frère Henri, indivisément, puis ensuite à Charles Le Jay.
Ainsi qu'on le voit, Nicolas Le Jay était un riche propriétaire.
Les armes de la famille Le Jay sont : d'azur, à un aigle cantonné de 3 aiglons de même, regardant un soleil placé au canton dextre du chef, le tout d'or (3).
C'est en exécution de la donation que nous venons de relater, que Guillaume Alexandre Le Jay devint possesseur de la seigneurie de Saintry, après le décès de son père.
Il en fit sa résidence, à raison de sa proximité de Paris.
(i) Arch. Nat. M 441.
(2) Philippe Le Jay.
(5) Le Chesnaye des Bois.
Alexandre Guillaume Le Jay fut coiiseiller« aumônier du roi et du duc d'Orléans, abbé de Notre-Dame-du-Vœu-lès-Cherbourg,
En 1668, par suite du décès de Louise Marie Le Jay, sa sœur, religieuse aux Ursulines de Pontoise (i), et en exécution de la substitution contenue dans la donation faite à celle-ci en 1636, il devint possesseur de la terre de Malabry. Il fit aveu à St Germain des Prés le 21 juillet 1668 (9).
Le 14 octobre 1671, suivant acte reçu par Jamyn, notaire à Corbeil, il fit bail à ferme d'un arpent ou environ de terre en friche de temps immémorial, sis à Saintry, à Michelle Roussel, veuve Saulnier (3). En 1687, il reçut de M® Hilaire Rouillé, procureur général en la chambre des comptes, hommage pour raison du fief des Murs au Coudray (4).
Il eut à résister aux prétentions de M. Thibeuf, seigneur de St Germain lès Corbeil et du Val Coquatrix, conseiller à la cour, très chicanier, qui, armé de vieux titres, prétendait avoir en sa mouvance la maison de Champlâtreux ainsi que le fief Pelletier situés en la paroisse de Saintry. Le Jay se vit dans l'obligation d'invoquer la prescription de 40 ans pour faire échec à ces réclamations.
En 1698, Tabbé de Cherbourg, seigneur de Saintry, abandonna aux Récollets de Corbeil, les droits seigneuriaux qu'il possédait sur leur immeuble construit sur un de ses fiefs {^), et ce, à charge par eux d'acquitter une messe la veille de TAssomption.
Les registres paroissiaux nous apprennent que A. G. Le Jay tint quatre fois des enfants de Saintry sur les fonts baptismaux. Il fut parrain :
i« le ao juin 1650, de Louise Marie, fille de noble homme Denis Picard, seigneur de la Cosmerie (6).
a^ le 33 octobre suivant, de Alexandre Guillaume, fils de Jehan du Glan, receveur de la terre de Saintry; la marraine fut damoiselle Anne Prévost, fille du baron d'Oysonville qui possédait Champlâtreux.
(i^ Elle était entrée en religion en 1634; une bulle du pape Urbain VIII l'avait dispensée pour défaut de naissance (Ârch. de la Manche, H. 2163).
(2) Arch. Nat. M 441.
(3) Arch. de S.-et-O., E. 6915.
(4) Abbé Lebeuf, XIII, 169.
(5) Ce fief était U dos du petit St Jean,
(6) Le château de la G>8merie ou de la Garenne, situé à Saintry, fut détruit yers la fin du xvn"* siècle.
3« le 35 septembre 1694, de Alexandre Vivier, fils de Nicolas Vivier, M* pêcheur sur la Seine ; sa commère fut Marguerite Perdue, veuve de messire François du Portail, capitaine de vaisseau du roi.
401e 13 octobre 1700, de Anne Catherine Jumelle, fille de Charles Jumelle, receveur de la terre de Saintry; la marraine, dame Anne Catherine de Brossamin, épouse de Claude, comte de Novion, brigadier des armées du Roi.
Il mourut âgé de 77 ans, le onze mai 1704, et non en 1693, comme l'indique La Chesnaye des Bois, qui paraît l'avoir confondu avec son frère Henri Antoine.
Nous venons de relater les faits venus à notre connaissance, concernant A. G. Le Jayy seigneur de Saintry.
Il nous reste à parler de ce dernier, considéré comme abbé. On sait que, à cette époque, pour devenir abbé il suffisait de se faire tonsurer, de porter un habit élégant qui n'était ni celui des nobles, ni celui des prêtres et de promettre qu'on recevrait dans l'année les ordres et la bénédiction épiscopale, promesse qui n'était pas toujours réalisée. L'abbé administrait les fonds de sa communauté, s'attribuait une grande partie des revenus et vivait à ses dépens à la cour, et dans le monde, où il était fort recherché.
Alexandre-Guillaume Le Jay ne fit pas exception à la règle. Agé de neuf ans environ, déjà clerc du diocèse de Paris, Le Jay fut néanmoins présenté par le roi au pape Urbain VIII, à l'effet d'être pourvu de l'abbaye de Notre-Dame du Vœu (i), à Cherbourg, devenue vacante à la suite du décès de François Hotman, abbé, décédé au commencement de 1636, sans y avoir jamais résidé.
En attendant que ce pontife accordât les dispenses nécessaires, les juges de Valognes, par procès-verbal du 26 mai 1636, mirent le receveur de la Sainte Chapelle du palais, en possession des fruits et revenus de l'abbaye, pour en faire l'administration (2).
Par une bulle portant la date du ij des calendes de décembre 1637, Urbain VIII annonce à A. G. Le Jay qu'il est relevé de son défaut de naissance afin qu'il puisse entrer dans les ordres et recevoir ensuite toutes dignités ecclésiastiques (3).
(i) Ainsi nommée en souvenir du vœu fait par Tlmpératrice Matliilde, reine d'Angleterre, qui aborda à Cherbourg vers 114 5, au milieu d'une tempête qui faillit engloutir le vaisseau qu'elle montait.
(a) Arch. de la Manche, H. 2160.
(3) Ibid. H. 2163.
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Enfin par une lettre du i8 avril 1641, Louis Leblanc, offîcial de Paris, mande au prieur claustral et aux religieux de Notre-Dame du Vœu, qu'il a publié les lettres apostoliques qui investissent A. G. Le Jay de l'abbaye de Cherbourg, et a reçu son serment de fidélité ; il ordonne, en conséquence, aux notaires apostoliques du diocèse de Coutances de mettre le dit sieur Le Jay, en possession du siège abbatial (i).
C'est ainsi que Le Jay obtint la dignité d'abbé commendataire de Cherbourg, à Tâge de quatorze ans. La sentence d'entérinement des lettres lui ayant accordé le bénéfice d'âge ne fut rendue qu'en
Notre petit abbé reconnaissait lui-même qu'il n'était pas en mesure de gérer et administrer la grande abbaye dont il était pourvu. Il déclare, en eiFet, en 1643, à Laurent le Limousin, chargé du recensement des biens aliénés par les ecclésiastiques « qu'il n'a conu naissance d*aucun bien qui ait été aliéné, soit à bail emphitéose ou autrement ; « qu'il n'est pourvu de Tabbaye que depuis peu de temps ; qu'il n'est âgé que de <r setT^e ans environ ; qu'il n*a point encore été à Cherbourg, ayant toujours demeuré m en la ville d'Orléans oà il fait ses études ; partant que le dit Limousin ou ses « commis, se doivent adresser au prieur et aux religieux auxquels ledit abbé a « mandé de donner l'état au vraydes biens aliénés » (2].
Il est exact que par lettre du 28 janvier 1643, portant sa signature et son sceau, l'abbé Le Jay avait nommé Jacques Bonamy, religieux de son abbaye, son vicaire général et lui avait donné pleins pouvoirs d'administrer (3). Cinq ans plus tard il lui donnait encore procuration pour l'administration du temporel de Tabbaye.
Un accord fait entre Bonamy et ses religieux, relativement au gouvernement et à l'entretien de la table commune, contient de curieux détails du déjeuner, du dîner et du souper des moines aux jours ordinaires et aux jours de fête (4).
L'abbaye de Cherbourg, attribuée au seigneur de Saintry, n'était pas la moins riche du royaume. Une déclaration baillée au roi, en la chambres des comptes de Normandie, par Le Jay, tant pour lui que pour les prieur et religieux, indique que cette abbaye était
(i) Ârch. de la Manche, H. 2163.
(2) Ibidem, H. 2125.
(5) Ibidem, H. 2164.
(4) Ibidem, H. 2x70.
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€ de fondation royale de Mathilde, reine d'Angleterre et impéra- « trice (i), du depuis, dotée et enrichie par Henri II, roi d'Ângle- « terre ».
Au nombre des possessions de Tabbaye, l'aveu mentionne : « dans Tîle de Gersay, un manoir ou chasteau de Saint Hélier, et « plusieurs biens, circonstances et dépendances; six prieurés, c'est- « à-dire les prieurés de la Taille, de Herqueville, de Jobourg, de « Gatteville et Barâeur et le prieuré de Notre-Dame de Visle de « Gersay, où l'abbaye s'étend au manoir ou château de St Helier, « et autres lieux d'Angleterre ;
« Item, le noble fief de Tlslet, en la baye d'Hectot :
« L'abbaye a tous droits de varech, gravage et sauvetage sur le « bord de la mer, depuis le pont de la paroisse de Haineville, jus- « qu'au pont aux Charettes de Tourlaville, pour les tenures qui « bordent la mer ;
« Item, la baronnie de Sainte Geneviève, au Val de Saire et la « baronnie de Neuville au Plain ;
« Item, le moulin de Quincampoix, moulin royal auquel sont « moutains les bourgeois et habitans de Cherbourg ; le moulin du « Roule, moulin seigneurial de la ville de Cherbourg ; le moulin « de Thion^ moulin seigneurial de la paroisse d'Equeurdreville ; « le moulin du Pré, moulin seigneurial de la paroisse d'Octe- « ville » (a).
Enfin, l'abbé de Cherbourg avait droit de haute justice, le patronage d'un grand nombre d'églises paroissiales, et était seigneur de Cherbourg, de moitié avec le roi.
Il résulte d'une sentence rendue par le Châtelet de Parisien 1681, que Le Jay avait seul le droit de nommer et présenter aux bénéfices séculiers étant à la présentation de l'abbaye (3).
Le Jay vivait en mauvaise intelligence avec ses religieux ; il eut de nombreux démêlés judiciaires et autres avec eux. Sa gestion et son administration, pendant les 6a ans qu'il conserva sa dignité, furent telles qu'elles faillirent entraîner la ruine de l'abbaye. Les moines n'étant ni conseillés, ni dirigés, se livraient à tous les désordres et ne faisaient même point le service divin.
(i) Mère de Henri II, roi d'Angleterre et duc de Normandie, vers Tan 1145. (2)Ârch. delà Manche, H. 1991.
(}) Ibidem, H. 2x74.
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Il est rapporté dans un mémoire : « qu'en 1688, il n'y avoit plus dans « Tabbaye que sept anciens religieux et qu'elle étoit tombée dans le plus grand « désordre, par rapport à la discipline des religieux et à leurs mœurs » (i).
Le Jay essaya cependant de rétablir la discipline affaiblie, en obtenant du Roi que son abbaye soit et demeure à perpétuité unie à la congrégation de France; dans la supplique qu'il adresse à ce sujet à Louis XIV, en 1689, il expose : « qu'il y a en cette abbaye plu- « sieurs places vacantes de chanoines, de sorte qu'il n'en reste qu'un petit nombre « pour acquitter les charges et fondations et qu'ils ne sont point en estât de rece- € voir, d'instruire et de former des novices qui acquittent à l'avenir les dîtes « charges et fondations ».
Les religieux chanoines réguliers furent introduits dans Tabbaye du Vœu de Cherbourg, à la fin de janvier 1690, à la suite du traité intervenu le 7 octobre précédent entre Claude Héron, prieur claustral de l'abbaye, et dom Jean Moulin, prieur claustral de St- Lô, aux termes duquel dom Héron a consenti « que la vie com- « mune et les institutions de chanoines réguliers y soient remises « en leur pureté, selon l'esprit primitif de l'ordre, et conformé- « ment aux pieuses intentions des tondations, pour la gloire de Dieu et l'édification du public >... Ce traité fut confirmé par de Loménie de Brienne, évêque de Coutances, le ; janvier 1691 (a).
A la mort de Le Jay, l'abbaye ne s'était pas encore relevée.
Ce fut sous la minorité de Louis XIV, et pendant que Alexandre Guillaume Le Jay était seigneur de Saintry, qu'éclatèrent les troubles causés par la guerre civile de la Fronde, qui ramenèrent la ruine et la désolation dans notre contrée.
La faveur de Mazarin à la cour, l'augmentation de l'impôt, qui est toujours dans un Etat la cause ou l'occasion de désordres, excitèrent le mécontentement des Parisiens et donnèrent naissance à cette guerre ridicule dont le fond fut formé par l'amour-propre, les jalousies et toutes les petites passions des partis. Le cardinal de Retz en fut l'âme (3).
Le Parlement de Paris n'avait pas craint de rendre un arrêt portant défense à toutes les villes, à 90 lieues à la ronde, de recevoir
(i) Arch. de la Manche, H. 2181.
(a) Ibidem, H. 2179.
()) De St AuLADŒ, Hist. de la Fronde.
les troupes de Sa Majesté. Il fut cassé par le Conseil d'Etat le 1 1 janvier 1649 (')•
Corbeil et ses environs subirent le contre-coup des événements qui se passèrent dans la capitale. Ils tombèrent, au commencement de 1649, au pouvoir du prince de Condé, chef des troupes royales, qui les fit occuper par de l'infanterie. Turenne était alors le chef des Frondeurs.
La paix de Ruel, conclue en mars 1649, mit fin à la première période de la guerre ; mais quelques mois après elle recommença avec plus d'ardeur: les esprits s'étaient animés.
Dans cette seconde période, les Frondeurs passèrent sous l'autorité de Condé. Turenne était redevenu fidèle au roi, dont il commanda les troupes.
Les délibérations de la municipalité de Corbeil relatent que le 30 avril 1650 (3), en exécution d'une lettre du duc d'Orléans, lieutenant du roi, les échevins ordonnèrent de prendre les armes pour la garde de la Ville et du pont, et demandèrent des armes et munitions ; on fit murer les poternes, réparer les murailles et les portes; on éleva des barricades.
Après le combat de Bléneau (avril 1633), Condé vaincu^ repoussé de Gien, marcha sur Paris et appela Charles VI de Lorraine à son aide. Turenne, par sa marche forcée à travers le Gâtinais, aux fins d'empêcher Condé de s'emparer des villes situées sur le cours de la Seine, contraignit celui-ci à se reporter sur Etampes.
La cour, après avoir quitté Gien, vint coucher à Corbeil le 33 avril 16^3 et alla se fixer à St-Germain ; mais, ne se sentant pas en sûreté, elle revint à Melun en passant par Corbeil, escortée de troupes et suivie d'une foule de gens sans aveu, de soldats déserteurs et de vagabonds.
Après la levée du siège d'Etampes par Turenne, qui avait établi son camp à Arpajon, plusieurs combats eurent lieu dans la banlieue de Paris, notamment à Soisy-sous-EtioUes, Ablon, Wissous et à Villeneuve St Georges où Turenne, ayant pris une position favorable, tint la troupe ennemie en échec plus d'un mois. C'est à cette occasion qu'il écrivit de nombreuses lettres actuellement conservées aux archives de Corbeil. La Fronde se termina en octobre i6^a.
(x) Cheruel, Lettres de Mazarin.
(a) Ai:ch. de Corbeil.
Pendant son cours, les villages situés entre Melun et Corbeil furent dévastés, tant par l'armée royale que par les mercenaires allemands, par Tarmée de Turenne et par les bandes de pillards qui la suivaient.
L'armée royale se livrait à des désordres inouïs dans les campagnes où elle passait ; sa présence était une cause de terreur et de désolation générale. Les malheureux villageois étaient pillés, rançonnés, battus, tués même. A défaut de solde, les soldats vivaient aux dépens des paysans, exigeant par force ce qui était nécessaire à leur subsistance, s'appropriant les bestiaux, les grains, les fourrages, levant les contributions, se livrant à tous les excès comme ils auraient pu le faire en pays ennemi : « s'escartant de leur camp, « et allant piller à la campagne, dans les villages, n^espargnant pas « même les maisons seigneuriales »(i). La misère du peuple était « épouvantable, dit La Porte, dans ses mémoires, et dans tous les « lieux où la cour passait, les pauvres paysans s'y jetaient, pensant « y être en sûreté, parce que l'armée désolait la campagne ». Témoin le fait suivant :
Le i^ janvier i6;i, le régiment de la marine était logé à Saintry. Des soldats < s'estant désbandez du corps dudit régiment » allèrent loger dans la ferme de Villededon où ils mirent le feu, ce qui causa « perte des bleds qui estoient dans la grange et de plusieurs « meubles et choses qui estoient en icelle » (2).
Cet incendie acheva la ruine du fermier, Robert Duchesne qui, quelque temps auparavant, avait perdu déjà « 9 à 10 chevaux d'une « valeur de plus de 3000 livres » (3).
Cette ferme et les 65 arpents environ de terre en dépendant qui lui avaient été loués le 7 juin 1647 (4), appartenaient à Michel Guynand, procureur du roi, à Corbeil (5).
(x) Lettres de Turenne au Roi, a8 avril 1653.
(2) Arch. de S.-ct-O, E. 6889.
(3) Ibidem.
(4) Ârch. de S.-et-O. £. 6888.
(5) Les Guynand ou Guinand se sont établis à Corbeil dans la seconde moitié du xvi"* siècle ; le premier en nom est Jehan Guynand, homme d*armes de la compagnie du sieur de Marivault, capitaine de 50 hommes d'armes des ordonnances du roi ; il contracta mariage en premières noces avec Madeleine Perrichon, de laquelle il n'eut aucun enfant, et en secondes noces avec Etiennette d'Auvergne qui lui donna un fils, Jacques, marchand, qui épousa^ suivant contrat de novembre 1598, Jeanne Nicolas, et qui tesu en 163}. De son union naquit Michel Guynand, procureur du roi, propriétaire de la ferme de Ville-
En présence de ces ravages, des maladies épidémiques qui les accablèrent^ les habitants de Saintry^ dans une misère extrême, abandonnèrent leurs demeures et se réfugièrent pour la plupart à Corbeil ; le village devint presque désert; du § décembre i6§i au la avril 1633, il n'y eut à Saintry qu'un seul baptême.
Les actes notariés attestent aussi cette émigration, à la suite des guerres de la Fronde. En 1658 (31 juillet), JuUien Prévost vend à Vergeon, charron à Saintry, un quartier de friche et vigne c délaissé et abandonné cf^^Mij les guerres dernières^ sis au terroir de Saintry, lieu dit au dessus du vieil cimetière du dit lieu » (i).
Enfin, la tranquillité revenue, les paysans reprirent leurs travaux avec courage-, ils eurent néanmoins encore à supporter les épidémies de 1659, 1660, 1675 et Tinondation de la Seine de 1701, qui rendit inaccessible le passage de la plaine de Villeneuve-St-Georges.
Alexandre -Guillaume Le Jay, étant décédé postérieurement à Louise-Marie Le Jay, qui n'avait laissé aucun descendant, et à Henri-Antoine Le Jay, ses frère et sœur, la seigneurie de Saintry, ainsi que le fief et seigneurie de Malabry, revinrent à Françoise Le Jay, épouse de Benoist Perrot, chef d'échansonnerie de la maison du roi, unique héritière de Henri-Antoine Le Jay son père, comme donataire substituée de Nicolas Le Jay, en exécution de la donation du 13 octobre 1636.
dedon, qui eut pour femme Marguerite Joguain, de laquelle il eut plusieurs enfants ; nous lui en connaissons deux : i* Anne, épouse de M. Guion, qui donna naissance k Marguerite Guion, laquelle se maria avec Christophe Pajot, grand audiencier de France : sf Jean-Baptiste Guynand ou Guinand, président prévôt de Corbeil de 168 1 à son décès, y arrivé le 13 août 1718 ; il était aussi maire perpétuel de cette ville et subdélégué de l'intendant de Paris ; ce dernier eut trois enfants de son mariage avec Marguerite Pourier : I* Jean-Baptiste, qui lui succéda comme prévôt de Corbeil, charge qu'il abandonna avant 1736; il fut ensuite avocat à Paris ; a» Claude Marguerite, décédée à St-Florentin (Yonne) le 17 mars 1753, veuve de Patrice Defeu, écuyer, seigneur de Linières, bailli et maire perpétuel de St-Florentin ; elle ne laissa aucun héritier; 30 Anne Marguerite qui, en 1754, était veuve de Jean Gaspard Dansse^ écuyer, capitaine et maître de camp général de cavalerie ; aux termes du partage de la succession de Mme veuve Defeu dont il était héritier pour x/2, la ferme de Villcdedon revint à Jean-Baptiste Guynand (acte Gouvion, notaire à Paris, du 17 mars 1754), qui la revendit le }i janvier 1755 à Michel Bouret, seigneur de Morsang-sur-Seine, l'un des fermiers généraux du Roi, moyennant 6000 livres. Plusieurs Guynand ont été inhumés dans l'église Saint Léonard. Ils habitaient place St-Lconard, dans l'immeuble, dit aujourd'hui la Gn'/Z^, demeure actuelle de M. Marc Pasquet, architecte de l'arrondissement de Corbeil, l'un de nos plus aimables sociétaires. — Arch. S.-et-O. E. 6869, 6876. — Minutes nouriales.
(1) Minutes de Nicolas Regnault, notaire à Corbeil.
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Benoist Perrot demeurait à Paris, rue de Guénégaut, paroisse St- André des Arts ; il rendit foi et hommage de la seigneurie de Saintry, au château de Villeroy, à François de Neuville^ duc de Villeroy, pair et maréchal de France, le 17 juin 1704 ; ce duc était au droit du seigneur de Villepesque.
Il rendit aussi hommage du fief de Malabry à St-Germain des Prés, ainsi que le constate un acte de M* Jacques Brière, conseiller du Roi, notaire à Paris, le 21 juin 1704.
Françoise Le Jay était aussi propriétaire de la seigneurie de Brétigny et de Mons-sur-Seine, qui avait été léguée en 1636 à Anthoine Le Jay, son oncle, et qu'elle avait également recueillie comme donataire substituée.
Anthoine Le Jay, écuyer, seigneur de Brétigny et Mons, demeurant à Paris, rue et paroisse Ste Croix, 4" enfant naturel légitimé de Nicolas Le Jay, avait contracté mariage avec Madame Elisabeth Ballin, veuve en premières noces de Fremin Leclerc, c vivant € escuier, capitaine receu sapeur et mineur de France >, et en secondes noces de Benoist Denisart, sieur de la Forte-Maison et d*Esenoy en partie, commissaire ordinaire des guerres. Le contrat eut lieu devant Philippe Le Cat, notaire à Paris, le ; mai 1639 (i).
Il décéda sans laisser de postérité ; c'est pourquoi sa nièce bénéficia par représentation de Henri Antoine Le Jay, son père, de la donation de 1636.
La famille de Benoist Perroi était déjà ancienne à Mons ; Marie Marguerite Perrot, fille de Jacques, épousa Pierre Viole, seigneur d'Athis en 1576 ; Espérance Perrot épousa, en 1582, Robert Hurault de l'Hospital, seigneur de Juvisy (3).
Éloi Perrot, père de Benoist, a été le créateur d'un clos qui porte encore son nom (3). Voici la description que nous en donne M« Jean de Corneillan (4), son contemporain, dans son voyage, en vers, de Paris à Corbeil, manuscrit conservé au Britisch Muséum :
(i)Arch.Ntt. M. 441.
(2) La Chesnaye des Bois, V. Hnnnlt.
(3) Pinard. Histoire du canton de Longjunuauy p. 85.
(4) n était écuyer, conseiller au Châtelet de Paris ; a laissé un petit poème intitulé le Voyage de Viry,
Puis tombant sur la grosse corde^ Je chanterai d'un ton plus haut Les beautés que le ciel accorde Au logis de mons Perrot ; Sa grotte, son bois et sa vue,
Et son vivier qui diminue^ Sans qu'on puisse arrêter son eau.
Zi, f arrêterai mon ouvrage^ Ne pouvant finir mon voyage Dedans un lieu qui soit plus beau.
L^ancien fief de Brétigny, le clos Perrot sont actuellement réunis au domaine de M. de Courcel. Le château de Brétigny a été détruit en 1818.
Françoise Le Jay mourut avant 1710, jeune encore, laissant son mari et trois enfants : deux fils et une fille, qui possédèrent indivisément la seigneurie de Saintry, pour chacun un tiers :
Pierre Paul Perrot, Taîné, rendit hommage à François de Neuville, tant pour lui que pour ses frère et sœur, le i» février 17 10 ; le cadet des fils mourut peu de temps après.
Son père, Benoist Pbrrot, lui ayant survécu, hérita du tiers de la seigneurie de Saintry. A cette époque, la succession des enfants naturels et légitimes était dévolue aux père et mère survivants et, à leur défaut, aux aïeuls, à l'exclusion des frères et sœurs (i).
La troisième partie de la seigneurie de Saintry appartenait à Marie Elisabeth Perrot, épouse non commune en biens de Samuel Capon (a).
Pierre Paul Perrot, son frère, habitait le château seigneurial de Saintry. Les registres paroissiaux fournissent le nom de plusieurs de ses domestiques. Il fut deux fois parrain dans l'église du village ; la première fois, le 3 1 mars 1712, de Pierre Poupelle, fils de son jardinier^ la marraine: Marie Elisabeth De Launay, épouse de Louis Cadou, receveur de la terre de Morsang sur-Seine; la seconde fois,
(x) Ordonnances de XS94. Coutnme de Paris. Art. 31X.
(a) Nicolas Capon, avocat au Parlement de Paris, proche parent de Samuel, si ce n'est son frère, a été inhumé dans l'église d'Athis, le 4 novembre 1707. Sa femme, née Jacque* Une de la Gissagne, l'avait été le aa janvier précédent.
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le 15 avril 171 5, de Pierre Livry, fils d'un jardinier; la marraine fut Marie Anne Cheminée, fille de feu Nicolas Cheminée, maître chirurgien à Corbeil.
En janvier 1723, il accorda tant en son nom qu'en celui de son père et de sa sœur pour lesquels il se porta fort, des lettres de garde-scel de la justice de Saintry, à Petitjean Duruchanoy, notaire à Corbeil (i).
La seigneurie de Saintry, depuis 90 ans dans la famille Le Jay, allait bientôt en sortir.
En effet, Benoist Perrot, par acte du 13 septembre 1733, faisait donation à dame Catherine Le Picard de Montreuil, épouse de Claude CoNTiBR, marquis de Souné, gouverneur de Flavigny en Bourgogne, du tiers de la terre de Saintry qu'il avait recueilli dans la succession de son fils cadet; quelques mois après, cette dernière acquérait de Marie Elisabeth Perrot, le second tiers lui appartenant (a).
Enfin, cette seigneurie ayant été mise en vente sur licitation, François Avbnat ou Advenat, avocat au Parlement de Paris, intendant de la maison de Neuville de Villeroy^ s'en rendit acquéreur en 1724, et en prêta foi et hommage au maréchal de Villeroy la même année.
Nous savons peu de chose sur M. Avenat. Nous dirons seulement qu'il n'était pas en très bonne intelligence avec son vassal, le puissant marquis de Clermont-Tonnerre, seigneur de Champlâtreux, qui alla jusqu'à Taccuser de mauvaise foi dans un mémoire présenté au roi en 1730. (Voir a"* partie, chapitre XV).
Une fille d' Avenat, nommée Marie, avait épousé Jean-Baptiste Boyer, bourgeois de Paris ; Marie-Françoise Boyer, née de cette union, fut mise en nourrice à Saintry ; elle mourut à l'âge de deux mois le a mai 1731, et fut inhumée dans le chœur de l'ancienne église (3).
M" Avenat étant tombé en déconfiture, la seigneurie de Saintry fut saisie réellement sur lui, mise en vente, et adjugée par sentence des requêtes de Thôtel, du ^ mai 1739, ^ ^^ Jacques Bernard
(i) Arch. de S.-et-O. Série B.
(2) Hist. du diocèse de Paris, par l'abbé Lebeuf, xm, p. 150.
(3) Registres paroissiaux de Saintry.
DuREY DE NoiNYiLLE, Conseiller du Roi en ses conseils, maître des requêtes et président honoraire au Grand Conseil. Cette adjudication fut prononcée moyennant 4^000 livres. Pour se libérer, M. de Noinville emprunta même somme à maître Antoine Darayne, avocat au Parlement, conseiller du Roi, expéditionnaire en cours de Rome et des légations, demeurant à Paris, paroisse St-Gervais, suivant obligation devant Hachette, notaire à Paris, du 12 mai
Il acquitta les droits seigneuriaux dus à M. le duc de Villeroy,
également avec des deniers d'emprunt provenant de Jean Camuset,
écuyer, conseiller secrétaire du Roi, Tun des fermiers généraux de
France, demeurant à Paris, rue de Richelieu.
M« Durey de Noinville rendit foi et hommage au Roi, en la chambre des comptes à Paris, le 33 juin 1739; ^^^^ ^^^ aveu, il se qualifie de seigneur de Presle, Bierry, Magny, Estrées, Saintry et autres lieux (i).
Il fit en outre l'acquisition à Saintry de la maison de Ma^^eline^ encore existante, et de divers autres immeubles en ce village, des héritiers Mazeline, par contrat devant Junot, notaire à Paris, du a janvier 1741.
Il possédait aussi la terre et seigneurie du Tremblay-Chevreau, autrement dit le Grand et le Petit Tremblay, d'où dépendait le val Coquatrix qu'il avait acquis des héritiers de Pierre Moulin, secrétaire du Roi, les 35 avril et 37 mai 1741, par sentences de licitation du Châtelet de Paris (3).
Le 30 novembre 174;, suivant contrat devant M. Chambault, notaire à Corbeil, M« Durey de Noinville cédait et transportait na livres de rente au profit des œuvres et fabriques de l'église de St-Germain le Vieux Corbeil et de St-Jacques de Corbeil, qui lui était due par Michel Beltante, charretier à Corbeil^ sur une maison, rue de la Poterie. Ce transport était fait par lui pour demeurer quitte du principal et de 4 années i/n d'arrérages de 17 livres 16 sols 3 deniers de rente qu'il devait aux cessionnaires, à cause de sa seigneurie du Tremblay, et à la charge de laquelle rente elle lui avait été adjugée (3).
(i) Arch. Nat. P. 24, cote 35.
(2) Arch. du château de Saint-Germain-lès-Corbeil .
(5) Archives de la commune de Saint-Germain-lës-Corbeil.
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Ses nombreuses acquisitions, les obligations qu'il avait contractées, les dépenses par lui faites en constructions nouvelles, conduisirent vite Bernard Durey de Noinville à la ruine.
Dès le m novembre 174a, prévoyant une saisie réelle, qui était, en effet, pratiquée le 30 décembre suivant, il revendait la seigneurie de Saintry, ainsi que les autres biens qu'il avait dans ce village, à M. Lenoir de Mortange cFEspinacle ; mais celui-ci ayant été assigné en déclaration d'hypothèque, avait^ par acte reçu au greffe des requêtes du palais, le 6 mai 1744, déguerpi des biens et fait nommer pour curateur au délaissement, le 13 juin suivant, François Dubuisson, bourgeois de Paris. Le tout fut déclaré bon et valable par requêtes du palais des 6 mai, 13 juin, a6 août, 4 et s^ septembre 1744, confirmées par arrêt du 27 avril 174^.
Pour éviter la continuation des poursuites, M^ Durey de Noinville fit abandon de tous ses biens à ses créanciers, par acte passé devant Guesnon, notaire à Paris, le ; mai 1747 ; à la suite de cet abandon, ceux-ci se mirent en état d'union et nommèrent parmi eux quatre syndics et directeurs chargés de leurs droits et de la réalisation de l'actif. C'est à la requête de ces derniers que la seigneurie fut vendue les m février, 6 et 8 mars 1730, à M.le maréchal, marquis de ClermonUTonnerre, déjà propriétaire de Champlâtreux.
Jacques Bernard Durey de NomvnxB, historien et jurisconsulte, était d'une famille originaire du duché de Bourgogne, qui portait pour aimes : écarteU aux /«- et 4^ de sable à un rocher d'argent surmonte d'une croisette de mime ; aux a« et j^ d'azur à ) gerbes d^or, liées de même, posées 2 et /. Ces armoiries sont ainsi enregistrées dans Tarmorial gêné, al de France suivant l'arrêt du conseil du %o novembre 1696 n« 365 (i).
Cette famille a contracté des alliances directes avec plusieurs des maisons les plus anciennes et les plus illustres de France ; elle est recommandable par les services qu'elle a rendus à l'État, à différentes époques, tant dans de hautes charges de la magistrature que dans les premiers emplois de la carrière militaire où elle s'est particulièrement distinguée pendant la Révolution, par sa fidélité et son attachement inviolables à la cause royale.
Elle a donné, en effet, un lieutenant général et un maréchal des
(x) Bibl. Ntt. Pièces orig. 1041.
camps des armées du roi, lieutenant général au gouvernement de Verdun et pays verdunois, deux commandeurs de Tordre de Saint- Louis, plusieurs chevaliers du même ordre, deux lieutenants colonels, un président des requêtes et plusieurs autres personnages distingués.
Sa filiation suivie commence à Pierre Durey^ né en 1^64; celuici laissa un fils qui continua la postérité.
Jacques Bernard Durby db Noinvillb, arrière - petit - fils de ce dernier, né à Dijon le 3 décembre i68a, était l'un des enfants issus du mariage de Pierre- François Durey, seigneur de Trochères, Sauroy, Vieuxcourt, secrétaire du roi, receveur général des finances en Franche- Comté (i), et de Jeanne*Madeleine Brunet, fille de Philbert, baron de Chailly (2),
Nommé conseiller de la cour des aides et finances de Metz le 18 mai 1731, puis M* des requêtes ordinaires de l'hôtel du roi le 19 mars 1726, sur la démission de de Birague ; reçu président au Grand conseil le quinze janvier 1731, charge par lui exercée jusqu'en janvier 1738, il était honoraire en 1740.
Jacques Bernard Durey de Noinville, qui avait fondé en 1732, à l'Académie des inscriptions et belles lettres, un prix annuel d'une médaille d'or de 400 livres pour celui qui c traitera h mieux le sujet d'histoire qui sera proposé > fut reçu. Tannée suivante, associé libre de cette société savante ; il était aussi membre de la Société royale de Londres. En 1734, il obtint le prix de TÂcadémie des sciences (3).
Il épousa, le vingt-six juillet 1735, Marie-Françoise-Pauline de Simianây née en 1713^ alors pensionnaire demeurant dans le couvent des dames religieuses de St-Magloire, rue St-Denis^ à Paris, fille et seule héritière de Nicolas-François comte de Simiane, seigneur de Bayard, de la Terrasse d'Hunblin, de la Croix, etc. maréchal des camps et armées du roi, chevalier de St-Louis, et chevalier d'honneur de la duchesse d'Orléans, et de Marie-Suzanne Guihou (4).
Mademoiselle de Simiane était nièce de Alphonse-François de Simiane, comte et seigneur de Maligny, abbé de Marsillac, ancien M« de Toratoire du Duc d'Orléans, régent du royaume ; elle comp-
(z) Décédé le 30 juiUet 1710.
(2) Bibl. Nflt. dossiers bleus 344.
(}) Ibidem.
(4) Bibl. Nat. carrés de d'Hozier 334.
tait parmi ses cousins : de Melchior de Polignac, cardinal^ archevêque d'Âuch ; Charles Gaspard Guillaume de Vintimille des comtes de Marseille du Luc, duc de St-Cloud, pair de France, archevêque de Paris ; Honoré comte de Sabran, premier chambellan du Duc d'Orléans ; Louis, marquis à*Arpajon^ lieutenant général des armées du roi.
De ce mariage, naquirent trois enfants (i).
i<* Marie-Louise-Françoise, née le 13 juillet 1736, qui épousa le marquis de Prulay ;
2*» Alphonse-Louis-Bernard, né à Paris le 21 mars 1738, baptisé le même jour en l'église Saint-Nicolas des Champs ;
3« Bernard-Léon, né et baptisé le 13 août 1741.
DuREY DE NoiNViLLE, seigueur de Saintry^ est décédé en son hôtel, rue d'Orléans, au Marais, le vingt juillet 1768 et fut inhumé en l'église des R R. P P. de la Mercy (2).
Les représentants de sa famille étaient en 1895 : René Durey, comte de Noinville, alors capitaine d'infanterie, résidant au château de Bienfaite (Calvados) ; Christian Durey, comte de Noinville, au château de la Cressonnière (Calvados).
Pierre Durey d'Harnoncourt, écuyer, receveur général des finances de Franche-Comté, seigneur de Morsangsur-Orge, Ste-Geneviève des BoiSj et autres lieux, marié à Françoise de la Marque (3), décédé en son hôtel, rue de Vendôme, à Paris le 27 juin 1765, inhumé le lendemain en l'église des R R. P P. de la Mercy, rédemption des Captifs, au Marais, était l'un des frères du seigneur de Saintiy.
Durey d'Harnoncourt était le grand-père du malheureux Louis Bénigne- François Bertier de Sauviony, intendant de Paris, l'une des premières victimes de la Révolution, massacré le 22 juillet
Jacques Bernard Durey de Noinville a laissé les ouvrages suivants :
i« Histoire du Théâtre de l'académie royale de musique de France, depuis son établissement jusqu'à présent. Paris 1753, in-8.
(i) Bibl. Nat. Pièces origin. 1042.
(3) Ibidem,
()) Elle mourut à Paris le 17 août 1764 et fut inhumée le 19, en sa terre de Morsangsur-Orge.
2^ Recherches sur les fleurs de lys et sur les villes, les maisons et les familles qui portent des fleurs de lys dans leurs armes. Paris I755,in-i3,
y Table alphabétique des dictionnaires en toutes sortes de langues et sur toutes sortes de sciences et d'arts. Paris 1758, in-ia.
4» Dissertation sur les bibliothèques avec une table alphabétique, tant des ouvrages publiés sous le titre de bibliothèques que des catalogues imprimés de plusieurs cabinets de France et de pays étrangers (1758, in-12).
y Almanach nouveau pour Tannée 1763, avec une dissertation sur les calendriers, les almanachs, les étrennes et les éphémérides. (Paris, in-i6, 1762).
6^ Histoire métallique de la France, par les jetons. Ce manuscrit qui paraît inédit, est déposé à la Bibliothèque nationale, où il porte le numéro 10441.
Enfin il a continué la généalogie des M^ des requêtes, de François Blanchard ; son manuscrit est déposé à la bibliothèque de l'Arsenal.
Si nous en croyons Pinard, Durey de Noinville aurait aussi écrit sur Corbeil.