MADAME DE TALARU. — FAITS HISTORIQUES
Après TabandoQ que leur avait fait de ses biens M. de Noinville, suivant contrat homologué par arrêt du Parlement du 37 juin 1747, ses créanciers, au nombre desquels figurait François- Paul Lenormand de Tournehem, seigneur HEHolles^ arrêtèrent qu'au lieu de suivre l'adjudication de la terre et seigneurie de Saintrjfy et ses dépendances, maison de Ma^eline^ et autres biens, sur la saisie qui en avait été commencée, l'adjudication en serait faite en la direction et en la forme prescrite par le contrat d'union.
La vente fut donc poursuivie, à la requête des quatre créanciers syndics directeurs, choisis par la masse, qui étaient : i® M^ Louis Davy de la Fautrière, chevalier, seigneur de Blennes, conseiller du roi; — 2*» M« Etienne le Texier de Menetoux, écuyer, conseiller du Roi, receveur général des finances de la généralité de Limoges; — )^ M« Claude Antoine Barrassy, écuyer, conseiller secrétaire du roi, maison, couronne de France et de ses finances; — 4» Et M. Jacques Bouijot, marchand bourgeois de Paris, demeurant tous en cette ville.
La dernière publication eut lieu le 12 février 1750, et la seigneurie de Saintry fut adjugée sous le nom de M« Antoine Lequeulx, l'aîné, procureur, pour le prix de 460^0 livres, outre les frais s'élevant à 1600 livres; et la maison de Mazeline et autres héritages, sous le nom de M* Pierre Augier, aussi procureur, moyennant 6130 livres, plus soo livres pour les frais.
Le lendemain, les procureurs déclarèrent que cette adjudication était faite pour le compte et au profit de c très haut et très puissant € seigneur, Monseigneur Gaspard, marquis de Clermont-Tonnerrb, € chevalier des ordres du Roy, maréchal de France, demeurant à « Paris, en son hôtel, quai de la Tournelle, paroisse St-Nicolas du € Chardonnet > (acte Guesnon, notaire à Paris du 13 février 1750).
En conséquence de cette adjudication, les mandataires des créanciers, par acte devant le même notaire des 6 et 8 mars 1730, déclarèrent vendre, céder^ quitter et transporter à M. le Maréchal d$ Clermont Tonnerre:
« La terre de Saintry et la maison de Ma^^eliney situées à Saintry, près Corbeîl, « consistant :
Ladite terre et seigneurie de Saintry, en :
c Un château et maison seigneurialle, couvert en thuilles, en mauvais état, « composé par bas, de cuisine, salle, chambres, escalier, office, caves dessous.
a D'un premier et deuxième étages, composés de chambres, antichambres, « cabinets, garde-robbes et chambres de domestiques, grenier au dessus, aussi « couvert en thuilles.
< Une petite cour dans laquelle sont plantés des arbres en espalier, et dans « laquelle est la porte d'entrée de la prison de la dite seigneurie.
« D'une cour ensuitte par laquelle est l'entrée de la cave et un escalier pour « monter à la cour en façon de terrasse, par où on entre dans le d. château ; une M grande basse cour séparée par un mur, et d'une porte grillée de fer dans lace quelle est la maison du concierge du château, étables, écuries, un toit â porc, « collombier couvert de thuilles.
€ Un grand jardin et enclos par derrière ce château ;
« ledit jardin et enclos composé d'un potager d'arbres fruitiers, tant en espace lier qu'autres, vignes, luseme et bois séparés par des avenues.
«f Le tout entouré de murs.
« Droit honoriâque, cens, rentes, fie£s, arrière-fiefs, haute moyenne et basse « justice, et autres droits attribués â la seigneurie de Saintiy, circonstances et « dépendances.
« Le parc du château, contenant vingt-cinq arpents dont huit environ de bois « taillis.
— ii6 —
<r Une garenne, appelée la Garenne de Saintry, de quarante-quatre arpents ou « environs de bois taillis.
« Cent quatorze arpents ou environ de terre, tant en terres labourables que <K prés, situés paroisse de Saintry pour la plus grande partie, et pour le sui-plus «c sur la paroisse de Saint-Germain.
« Mouvances sur le Coudray, Monceaux en partie, le Val Coquatrix, en partie, « et autres terres et fiefs, notamment le fief Pelletier , dont le maréchal était pro- « priétaire, avant l'adjudication , et dont il entendait jouir séparément.
« Plus, relève en censive de ladite terre de Saintry, les maisons et héritages de « ChampldtreuXy annoncés par erreur, dans Taffiche, comme fief, ainsi qu'il a été <c reconnu par Texamen des titres ».
Telle était la consistance de la seigneurie de Saintry, lors de l'aoquisition faite par le maréchal de Clermont-Tonnerre.
La maison de Mazeline et les autres héritages, situés à Saintry, achetés en même temps comprenaient : la grande propriété (dénommée encore aujourd'hui la Mazeline), située grande rue, une autre maison, même rue, et six arpents 1/4 de terre et vigne, en huit pièces, en différents lieux-dits.
Le maréchal de Clermont-Tonnerre avait un an pour payer son prix ; il fît ensaisiner son contrat par le Duc de Villeroi, à la date du 10 mai 17^0.
De même que M. le Président de Noinville, M. de Clermont-Tonnerre eut recours à des deniers d'emprunt pour se libérer, soit : 35000 livres qu'il paya le 19 janvier 1751, à Messieurs Jean Camuset et Antoine Darayne, et qui lui provenaient de M« Antoine Jacques Monnerot de Brouilly, chevalier, et seigneur du Coudray- Delaunay, capitaine du maître de camp de la cavalerie; et encore .15000 livres à lui prêtées par M« Antoine Lequeulx, son procureur, ainsi que l'attestent trois quittances subrogatives des 23 janvier, 9 février et 21 mai 1751 (minutes Guesnon).
Au nombre des pièces remises à M. de Clermont-Tonnerre, lors de son acquisition, figurait le terrier de Saintry, commun au seigneur du Tremblay, à cause du fief du Val Coquatrix, qui avait droit de le demander en communication sur récépissé. Ce terrier paraît être perdu.
M. de Clermont-Tonnerre fit raser l'ancien château seigneurial qui était en très mauvais état. Il passa à cet effet, le 17 juin 1757^ un marché avec André Marin Dufour, entrepreneur de bâtiments, demeurant au faubourg Saint-Léonard^ à Corbeil, qui s'obligea «de
€ faire la démolition du château de Saintry, de mettre les pierres
< en toisés au bas de la terrasse du puits^ de mettre les pavés du
< dedans du dit château, aussi en toisés, dans les lieux qui lui « seront indiqués, cependant à portée du dit bâtiment, ainsi que la
< brique et les carreaux qui seront décrotés et rangés aussi en € toisés et à portée des voitures » (i),le tout moyennant 640 livres.
C'est à cette époque qu'il fît construire le pavillon ou aile du château de Champlâtreux, qui devint ainsi le manoir seigneurial de Saintry, et dans les dépendances duquel furent installés le tribunal et le greffe.
Il agrandit aussi la seigneurie de Saintry de quelques arpents de terre, au moyen de différentes acquisitions et réunions partielles, faites moyennant des sommes payées comptant, et à titre d'échange, depuis le 8 mai 17^1 jusqu'au 18 juin 1780, suivant plusieurs contrats datés et énoncés au procès-verbal de visite et d'estimation des terres et domaine, dressé par M« Bouillerot, greffier des bâtiments de Paris, le 28 Janvier 1783.
Outre la seigneurie de Saintry, M. le marquis de Clermont-Tonnerre était propriétaire de la terre d'Epinac et ses dépendances qui comprenaient la Forêt, Résille, Thurey, Beauchamps (Saône-et- Loire), qui lui avait été léguée, à titre particulier, par Madame Claude de Senevoye, veuve de Anne Georges Louis Deperne, chevalier, comte d'Epinac, brigadier des armées du Roi, aux termes de son testament, passé devant un notaire d'Autun, le 30 octobre 1733, avec charge de substitution graduelle au profit de ses enfants mâles (â).
Mais, par un acte du 11 avril 1750, M. de Clermont de Tonnerre, pour s'acquitter en partie envers Charles Henri Jules, comte de Tonnerre^ son fils aîné, des 8000 livres de rente qu'il avait promis lui payer, par son contrat de mariage du 4 juin 1741, avait cédé la jouissance de la terre d'Epinac, sur le pied de 6300 livres par an.
Et aux termes du contrat de mariage de Gaspard Paulin^ marquis de Tonnerre, son petit-fils, il s'était désisté, en faveur de celuici, du consentement du comte de Tonnerre, son père, de la propriété et jouissance de cette terre d'Epinac et de ses dépendances, par anticipation de restitution du fidéicommis, à la charge duquel, lui, le maréchal, possédait cette terre.
(i) Arch. de S.-et-O. E. 654.
(a) Arch. Nat. T. xo49*-«.
— ii8 —
Enfin, Gaspard de Clermont Tonnerre et Antoinette Potier de Novion, sa femme, possédaient aussi, comme donataires, par acte devant Deshayes, notaire à Paris, du 26 août 1737, de dame Anne Françoise Louise Boucherat, veuve de Pierre Louis Thomas de Lisie, conseiller du Roi en ses conseils, président au Grand Conseil : 10 la moitié du droit de surcens, soit cent livres à prendre annuellement, sur les maisons sises à Paris « dans l'estendue de Tisle Notre Dame » (i), Tautre moitié appartenant à l'Hôtel-Dieu ; 2^ 36^ livres, 13 sols, 6 deniers de rente, au principal de 14.62^1. à quoi, par acte, devant Chèvre, notaire à Paris, le 18 octobre 1720, avaient été réduites 585 1. de rente, constituées sur « les aydes et gabelles, au profit de Messire Emery Simon de Vire (a), conseiller du Roy en son grand Conseil »,par acte passé devant Durand, notaire à Paris, le 23 mai 171^.
M. le Maréchal de Clermont-Tonnbrrb, qui était en même temps marquis de Vauvillars-Mangerelle, comte d'Epinac, est, sans contestation possible, le plus illustre des seigneurs de Saintry.
La maison de Clermont-Tonnerre est originaire du Dauphiné. Le premier des membres connus est Sibaud, seigneur de Clermont et de Saint-Geoire, en Dauphiné, mentionné dans un titre de la chartreuse de Sibénite de l'an 1080. Il se maria et eut postérité.
Cette maison compte d'illustres personnages. Plusieurs de ses membres furent tués au service de la France et du Roi.
Ce ne fut qu'en 1496, et par le mariage de Bernardin de Clérmont, vicomte de Tallart^ avec Anne de Husson, héritière du comté de Tonnerre, que ce dernier nom fut ajouté à celui de Clermont.
Henri, premier de cette famille qui porte le titre de Clermont et de Tonnerre, était gouverneur du Bourbonnais et de l'Auvergne, capitaine de 50 hommes d'armes, colonel de l'infanterie du Piémont; il fut nommé duc de France par brevet du i^mai 1^71, confirmé par un autre du 10 juin 1^72. Blessé à la bataille de Jarnac, en 1369, il se trouva à la bataille de Moncontour la même année, où il porta la cornette blanche du duc d'Anjou, et fut tué au siège de la Rochelle
(i) Arch. Nat. Ti049«-«.
(2) n était frère utérin de Madame de Lisle. Leur mère était Catherine Lemurier, épouse de Aynard Jean-Baptiste Boucherat, conseiller dlionneur au Parlement, veuve en i"** noces de Simon de Vire, seigneur d'Arcueil.
en I373* Il avait épousé le 17 mai 1^70, Diane de la Marck dont il eut postérité.
Cette famille a formé trois branches : les Clermont-Montoison, les Clermont-Mont-Saint-Jean et les Clermont-Tonnerre-Crusy- Thourez. C'est de cette dernière branche, qui a pour auteur un des fils de Charles Henri, comte de Clermont et de Tonnerre qui mourut en 1640, que sortit le maréchal de Clermont-Tonnerre.
Le père de ce dernier, François Joseph comte de Clermont- Tonnerre, duc et pair nommé des dits comtés, i<^' baron et connétable du Dauphiné, grand maître héréditaire de la maison des dauphins et dauphines de France, décédé en 170;, fut le dernier possesseur du comté de Tonnerre, qu'il vendit en i68j au marquis de Louvois ; la veuve de celui-ci l'échangea contre d'autres domaines avec Louis XIV en 1696 (i).
Gaspard de Clermont-Tonnerre était petit-neveu de François de Clermont-Tonnerre, sacré évêque de Noyon, le 2 octobre 166 1, et reçu en 1694, membre de TAcadémie française, célèbre, dit saint Simon (a) c par sa vanité et les faits et dits qui en ont été les € fruits ».
Toute la maison de cet évêque^ qui occupait aussi une des trois places de conseillers d'Etat d'Eglise, raconte cet historien : « étoit < remplie de ses armes, jusqu'aux plafonds et aux planchers, de € manteaux de comte et pair dans tous les lambris, sans chapeau € d'évêque ; des clefs partout, qui sont ses armes, jusque sur le « tabernacle de sa chapelle; ses armes sur sa cheminée, en tableau, « avec tout ce qui se peut imaginer d'ornements, tiare, armures, « chapeaux, etc.. et toutes les marques des offices de la couronne; « dans sa galerie, une carte, que j'aurois prise pour un concile^ « sans deux religieuses aux deux bouts : c'étoient les saints et les « saintes de sa maison, et deux autres grandes cartes généalogiques, € avec ce titre de Descente de la très auguste maison de Clermont € Tonnerre, des Empereurs d'Orient y et à l'autre, des empereurs € d'Occident >.
La haute opinion que ce personnage avait de sa naissance et de son mérite lui valut^ après sa mort, l'épitaphe suivante :
(i) Arch. Nat. T 1049 •^.
(a) Mémoires de saint Simon.
Ci-gii qui repose humblement^ De quoi tout le monde s'étonne, Dans un si petit monument^ Lillustre Tonnerre en personne.
On dit qu'entrant en paradis^ H fut reçu vaille que vaille ; Mais il en sortit par mépris^ N*y trouvant que de la canaille,
Gaspard était aussi neveu de François de Clermont-Tonnerre, évêque et duc de Langres, qui fut chargé de Toraison funèbre du duc d'Orléans, frère de Louis XIV.
Né le 9 août 1688, du mariage de François Joseph de Clermont- Tonnerre, avec Mademoiselle Marie de Hanyvel^ marquise de Crèvecœur (elle vivait encore en 17 19), Gaspard de Clermont-Tonnerre fut d'abord cornette et capitaine de cavalerie (1703). Il se trouva aux batailles d'Hochstedt (1704), d'Oudenarde (1708) et de Malplaquet (1709), livrées pendant la guerre de la succession d'Espagne et gagnées par le fameux général anglais Marlborough ; nous le voyons ensuite maître de camp de cavalerie d'un régiment de son nom en 1709 ; commissaire général de la cavalerie légère, brigadier des armées du roi le i*'^ janvier 1716; commandant de l'ordre de Saint-Louis en 1730.
Nommé chevalier des ordres en 1794, il fut fait maréchal de camp en 1733» et agréé comme gouverneur du Mont-Dauphin, sur la frontière du Dauphiné, le 29 mai 1734.
Gaspard de Clermont Tonnerre commanda toute la cavalerie pendant les campagnes de 1733 et 1734 en Allemagne, à cause de l'absence du comte d'Evreux, colonel général, et parce que le comte de Châtillon, maître de camp général, servait en Italie ; il fut promu lieutenant général le premier avril 1734.
Le quinze août 1736, il traita avec le comte qui devint ensuite duc de Châtillon, pour la charge de maître de camp de cavalerie dont il eut l'agrément ; au mois de janvier 1739, il fut pourvu du gouvernement de la ville et citadelle de Belfort en Alsace, vacant par la mort du maréchal du Bourg, et il remit le gouvernement du Mont-Dauphin que le roi donna à Guillaume Testu, marquis de Balincourt, alors lieutenant général des armées du Roi, mort doyen des maréchaux.
— lai —
Il prend part ensuite à la guerre de la succession d'Autriche (1740-1748), pendant laquelle il se distingue en plusieurs endroits : à l'armée de Bohême en 1741, au combat de Sahay, dans la défense de TÂlsace, au siège de Fribourg, à la célèbre bataille de Fontenoy où il commande Taile gauche de l'armée française ; on sait que cette victoire remportée par le maréchal de Saxe sur les Anglais, les Hollandais et les Autrichiens, eut lieu en présence de Louis XV et du dauphin (1745). — Clermont-Tonnerre se trouve également à la prise deTournay, à celle de Bruxelles, à la bataille de Raucoux (1746), gagnée contre le prince Charles, et à celle de Lawfeld (1747), (Limbourg), où il eut sous ses ordres trente-deux escadrons ; cette grande bataille gagnée par le maréchal de Saxe sur le duc de Cumberland, permit la conquête du Brabant hollandais.
Enfin Gaspard de Clermont-Tonnerre fut élevé à la dignité de maréchal de France le 17 septembre 1747, et se démit la même année de la charge de maréchal de camp général de la cavalerie. Il commanda alors en chef comme lieutenant général de la province du Dauphiné, et fut reçu au Parlement de Grenoble en
En qualité de doyen des maréchaux, le seigneur de Sainiry représenta le connétable au sacre de Louis XVI en 177^.
Tels sont les brillants états de service du maréchal de Clermont- Tonnerre, seigneur de Saintry.
Gaspard de Clermont-Tonnerre avait épousé à Paris, le 10 avril 17 14, Antoinette Potier de Navion, née en la même ville le 18 novembre 1685, fille de Louis-Anne- Jules Potier, marquis de Novion, comte de Montauglan, chevalier, ancien maître de camp du régiment d'infanterie de Bretagne, alors major général des troupes de Bavière (i) et d'Antoinette de Montauglan.
Le contrat avait été passé la veille devant Courtois et Dupuis, notaires au Châtelet de Paris (a).
De ce mariage naquirent plusieurs enfants. Cinq nous sont connus :
I. — Marie-Françoise, née à Paris, paroisse Saint-Nicolas duChardonnet, le 17 janvier 1717 ; baptisée le 19 ; elle eut pour parrain
( i) Son grand père, Nicolas Potier, premier Président an Parlement de Paris, éuit seigneur de Champlâtreux.
(2) Arch. Nat. T X049 *-•.
— laa —
Bernard- François Potier, duc de Tresnet, pair de France, i«' gentilhomme de la chambre du roi, gouverneur de Paris. Elle est décédée en bas âge.
II. — Charles-Henri-Jules, né le 6 avril 1720, appelé le comte; il fut lieutenant général, duc et pair de France, gouverneur du Dauphiné, et pérît sur l'échafaud le 7 thermidor 1794. deux jours avant la chute de Robespierre. Il avait épousé, le 4 juin 1741 Marie- Anne- Julie Le Tonnelier de Breteuil, une des dames de la Reine, qui lui donna quatre enfants : !<> Charles Gaspard, né le 30 juillet 1747, qui servit Lyon pendant le siège de cette ville en 1793, et fut guillotiné lorsqu'elle tomba au pouvoir des troupes de la Convention. — ao Anne-Antoine- Jules, né le i*' janvier 1749, décédé à Toulouse le 21 février 1830 ; grand vicaire de Besançon, évêque de Châlons en 1782, député aux États-Généraux, il émigra en Allemagne pendant la Révolution; créé pair de France en 1814, il obtint Tévéché de Châlons en 1820, l'archevêché de Toulouse en 1821, et le chapeau de cardinal en 1822. — y Gaspard Paulin, né le 23 août 1753, décédé avant mars 1806, fut le père de Aimé-Marie Gaspard de Clermont-Tonnerre, ministre de la guerre et de la marine sous Charles X. — 40 Et Anne-Louis-François-Antoine-Jules, né le 12 mars 1756, chevalier de Malte ; décédé à Saintry, le 27 novembre 17^7, à Tâge de 20 mois, il fut inhumé le lendemain dans le chœur de TANaENNE église (i).
III. — Madeleine-Louise-Jeanne, née vers 1722, épousa le 23 avril 1743, dans la chapelle du château de Champlatreux, à Saintry, François-Louis-Antoine de Bourbon-Busset, comte de Busset et autres lieux, fils de Louis de Bourbon, comte de Busset et de Marie Gouffier de Thoix (2). Elle décéda en 1769, laissant deux enfants.
IV. — Jean-Louis-Aynard, né le 30 août 1724, nommé en 1743 à l'abbaye de Luxeuil (3). Le maréchal, son père, sollicita vainement pour lui Tévêché de Digne. Aynard de Clermont-Tonnerre a consacré l'église actuelle de Saintry, le 12 septembre 1780, et a donné le 26 du même mois le baptême à Jean-Louis Gaspard Dru, fils de Jacques-Louis Dru et de Marie-Thérèse Perrin ; le parrain fut J.-Bap-
(i) Registres paroissiaux de Saintry.
(2) Registres paroissiaux de Saintry. — Thoix, canton de Conty (Somme).
(3) Il était encore abbé de Luxeuil, en 1790, où il fut dépossédé. Il est décédé au chdtcau de Hamonville, le 27 février 1800.
tistd Grandfils, fils de la concierge du château de Champlâtreux.
V. — Et François-Joseph, né le ii janvier 1726, maréchal de camp des armées du Roi, premier gentilhomme du roi Stanislas, duc de Lorraine et de Bar, décédé le 30 avril 1809; il avait épousé en !'«' noces Marie-Anne de Gimel, comtesse de Lentilhac, dame de l'ordre royal et impérial de la croix étoilée de Marie*Thérèse d'Autriche, reine de Hongrie ; elle mourut à l'âge de 48 ans, à Champlâtreux, le 38 novembre 1776, et fut inhumée dans Téglise Notre-Çame de Corbeil le lendemain.
De ce mariage sont nés trois enfants : Stanislas Marie Adélaïde, comte de Clermont-Tonnerre^ dernier seigneur de Saintry, dont nous parlerons plus loin, et deux filles, nées en 1760 et 1765, décédées en bas-âge à Hamonville. De son second mariage avec Marie-Louise Guilloteau de Montusson, née en 17^8, célébré peu avant la Révolution, François-Joseph eut quatre enfants; le dernier, André Aurore^ né en 1799, est décédé le ai janvier 1878, 86 ans après Stanislas, son frère consanguin !
Les armes des Clermont-Tonnerre sont : de gueules, à deux clefs d'argent passées en sautoir ; et pour cimier la tiare papale avec cette devise : Si omnes te negaverint^ ego te nunquam negabo. La tradition rapporte qu'elles ont été données dans le xu* siècle par le pape Calixte II, à Sibaud de Clermont, deuxième du nom, qui avait contribué à la restauration de ce pontife.
Les personnages que nous venons de citer, enfants et petitsenfants du maréchal, résidèrent à Saintry, au château de ChamplâtreuXf que le maréchal de Clermont-Tonnerre avait acquis en 1727, ainsi que nous le verrons au chapitre suivant. Le château, qui tombait de vétusté, avait été restauré. Des jardins et un parc tracés à la manière de Le Nôtre, des bosquets ornés de statues, des pièces d'eau communiquant entre elles au moyen de canalisations à ciel ouvert, l'agrémentaient. C'est à l'occasion de ces travaux qu'il se servit d'une partie du chemin qui avait été concédé aux habitants de la commune, par la duchesse d'Angouléme, en 1669, ainsi que nous l'expliquerons dans la seconde partie.
La famille du maréchal et lui-même, lorsqu'il n'était pas retenu aux armées, y passaient toute la belle saison et se retiraient l'hiver dans l'hôtel du Quai de Tournelle à Paris.
Il y avait alors grand train de maison si nous en jugeons par le
nombre des domestiques employés. On y comptait en efifet, un maître d'hôtel, un cuisinier, deux filles de cuisine, un valet de pied, deux valets de chambre, deux femmes de chambre, deux jardiniers, un cocher, voire même un postillon. En outre, le maréchal avait un secrétaire qui contresignait ses ordres et remplissait aussi la fonction de régisseur. Le dernier connu fut tnessire Antoine de la Roche, ancien avocat au Parlement de Paris. La famille de Clermont-Tonnerre aimait à conserver longtemps ses serviteurs ; c'est ainsi que Denis Carré, jardinier, resta trente ans à son service ; Claude Bellot, maître d'hôtel, vingt ans ; et Grandfils, coacierge^ vingt-cinq ans.
Les enfants du maréchal passèrent les premières années de leur jeunesse à Saintry. Les voûtes du château retentirent longtemps de leurs cris joyeux et de leurs rires enfantins ; le parc et les bosquets furent les témoins de leurs ébats et de leurs jeux innocents. Moins innocents étaient ceux de leur gouvernante, Marie Bernard, qui, malgré l'exemple qu'elle devait donner, poussa si loin l'audace de ses fredaines avec un valet de chambre de son maître, qu'elle perdit du coup et sa vertu et sa place. Le 22 août 1728, jour du baptême de Marie-Angélique, enfant née de leurs relations, on ne s'ennuya pas à Saintry, les langues allèrent bon train.
En dehors de ceux nécessités par la vie civile, plusieurs actes religieux attestent la présence des membres de la famille de Clermont-Tonnerre à Saintry :
Charles-Henri- Jules de Clermont-Tonnerre, le futur pair de France et gouverneur du Dauphiné, tint le 8 août 1736, sur les fonts baptismaux de l'ancienne église du village, le fils de François Bachelier, valet de chambre-tapissier de Madame de l'isle, auquel il donna ses prénoms ; la marraine était Madame la Marquise de Clermont-Tonnerre, sa mère.
Le 93 avril 1743, tous les membres de la famille se trouvaient réunis au château de Champlâtreux, à l'occasion du mariage de Mademoiselle de Clermont-Tonnerre avec le comte de Bourbon- Busset (i).
Quelques années plus tard, ils se retrouvaient au chevet de Madame la Maréchale de Clermont-Tonnerre dgnt le décès survint le 29 août 17^4, ainsi qu'en fait foi Tacte suivant (2) :
(i) Registres paroissiaux, (s) Ibidtm.
« L'an mil sept cent cinquante-quatre, le dimanche premier « jour du mois de septembre, le corps de haute et puissante dame € Antoinette Potier de Novion^ âgée d'environ soixante-neuf ans, « épouse de haut et puissant seigneur Gaspard, Marquis de Cler- « mont-Tonnerre, maréchal de France, seigneur de ce lieu, décédée « le 29 du mois dernier (i), en sa maison de Cham plâtreux ^ dépen- « dant de cette paroisse, a été transporté de cette église en celle de « Saint Nicolas du Chardonnet (3), à Paris, ou nous l'avons con- « duit, assisté de Messire Jean Louis Advielle, curé d'Ormoye en « Brie, du père Albert Hellot, gardien des récolets de Corbeil et « du père Cyrille Masson, diacre, religieux au dit couvent, qui ont « signé avec nous. — Signé : Albert Hellot, Cyrille Masson, « Advielle, Fleury (curé de Saintry) ».
Cet événement apporta la tristesse dans la vie familiale et champêtre menée au château, où se trouvait alors la famille de Charles- Henri-Jules de Clermont-Tonnerre.
Cependant le maréchal de Clermont-Tonnerre, qu'on appelait aussi le maréchal des darnes^ à cause de la cour assidue qu'il leur faisait, épousait en secondes noces, quelques mois après, Marguerite-Pauline Prondre, veuve du marquis de la Rochefoucault, fille de Paulin Prondre, Président, et de Marguerite Petit de Ravanes. Ce mariage dura peu. Le 29 juillet 1736, la maréchale mourait à Paris, à l'âge de 60 ans, sans postérité. Elle fut inhumée à Saint-Sulpice.
Ce deuil fut suivi de celui du dernier enfant du comte de Clermont-Tonnerre, décédé à Champlâtreux, le 27 novembre 1757, ainsi que nous l'avons relaté ci-dessus.
Le vieux maréchal ne dédaigna pas d'être parrain à Téglise de Saintry, le 10 août 1765, de Julie Gaspard, fille de J.-B. Grandfils, son concierge et de Anne-Françoise-Scholastique Bourdin. La marraine fut sa bru : Julie Le Tonnelier de Breteuil, épouse de son fils aîné. Il devait encore, avant de quitter ce monde, assister aux funérailles de la comtesse de Lentilhac {}), épouse de François-Joseph, son troisième fils (4) morte le 28 novembre 1776. La dernière céré-
(i) C'est à tort que la Chesnaye des Bois a indiqué ce décès comme étant du 27 août. (3) Cest par erreur que Pinard a écrit que cette inhumation avait eu lieu dans Téglise Notre-Dame. Il a confondu la maréchale avec sa bru, née de Lentilhac.
(3) Son frère, Hubert de Lentilhac, était grand prévôt de Tinsigne chapitre de Remiremont, comte de Lyon, abbé de Saint-Cyprien.
(4) Le marquis François-Joseph de Clermont-Tonnerre a été reça colonel des chevaliers de l'arquebuse de Corbeil le 8 septembre 1771 (abbé Gniot).
monie qui réunit les membres de la famille du maréchal^ avant le décès de celui-ci, fut celle qui eut lieu le la septembre 1780 à Toccasion de la dédicace de Téglise de Saintry, qu'il avait aidé à construire.
Gaspard de Clermont-Tonnerre s'éteignit doucement à Paris le 16 mars 1781. Il était dans sa 93» année. Sa vie avait été bien remplie.
Un de ses portraits figure dans la galerie de Versailles. Celui qu'il avait fait faire en 1759 par Aved, peintre du Roi, son voisin de campagne à Saintry, paraît être resté dans la famille de Stanislas de Clermont-Tonnerre.
Par ses testaments et codicilles olographes des i«' et 22 juin 1774, 10 février 1777 et 20 août 1778, déposés à M« Trudon, notaire à Paris, le lendemain de son décès, le maréchal de Clermont-Tonnerre avait pris les dispositions suivantes^ en ce qui concerne Saintry :
« Quant à M. Joseph (Franjois-Joseph) de Clermont Tonnerre, je le déclare « mon héritier et légataire universel, généralement sur tous les meubles et droits a mobiliers et immobiliers qui se trouveront m'appartenir au jour de mon décès <c et dont il m'est permis de disposer, suivant les dispositions qui les régissent, « soit en pays de droit écrit, soit dans tous autres lieux que mes dits biens soient <c situés, et où ils se trouveront, pour à compter du jour de mon décès, jouir faire « et disposer des biens compris au dit legs universel en toute propriété...
c Je veux et j'entends que ma terre de Saintry et château de Champlâtreux^ « circonstances et dépendances, dont mon légataire universel n'aura que la jouis- « sance^ ainsi que tous les meubles qui se trouveront au jour de mon décès dans n mon château de Champlâtreux (i) et toute ma vaisselle d'argent soient substi- « tués à Stanislas, mon petit-fils et à ses enfants mâles, et au défaut d'enfants « mâles de mon dit petit-fils, j'appelle à ma substitution Gaspard Paulin, mon V petit-fils et ses enfants mâles ».
ff Je charge mon fils Joseph de Clermont Tonnerre, de l'entretien du château (c de Champlâtreux et de la terre et ferme de Saintry y circonstances et dépendances, c( tant qu'il en aura la jouissance et d'en user en bon père de famille, pour que « son fils Stanislas de Clermont Tonnerre trouve la dite terre de Saintry et châ- « teau de Champlâtreux, en bon état ».
La clause de substitution que nous venons de relater devait entraîner de longs procès entre les membres de la famille de Clermont-Tonnerre.
(i) S'y trouvaient notamment le portrait -et le buste du testateur.
François Joseph de Clermont-Tonnerre ayant renoncé, par acte du 34 avril 178a, à exercer son droit d'usufruit sur la terre de Saintry et le château de Champlâtreux, la substitution fut dès lors ouverte au profit de Stanislas Marie Adélaïde de Clermont-Tonnerre qui obtint, le 8 mars 1783, une sentence du palais qui l'autorisa à se mettre en leur possession.
Jean Louis Aynard de Clermont-Tonnerre et les héritiers de Madame de Bourbon-Busset attaquèrent cette décision en prétendant que Stanislas, leur neveu et cousin germain, ne pouvait, pendant la vie de son père, demander à son profit l'ouverture de la substitution. Le Parlement leur donna tort et maintint sa décision par arrêt du 8 janvier 1784.
Cest à partir de cette époque seulement que Stanislas put jouir librement de la seigneurie de Saintry.
Bien que nous réservant de parler encore de lui dans la troisième partie de cet ouvrage, nous dirons ici que :
Stanislas de Clermont-Tonnerre, seul fils de François-Joseph et de Marie- Anne de Gimel, comtesse de Lentilhac, naquit en 1757 le 8 novembre (et non en 1747, comme l'indiquent les biographies), dans l'Est, à Hamonville (Meurthe-et-Moselle), ainsi qu'en fait foi l'acte suivant, certifié parle maire d'Hamonville :
« L'an mil sept cent cinquante sept, le huitième novembre, est né au château « de Hamonville, le fils légitime de très haut, très puissant et très illustre sei- « gneur François Joseph, marquis de Clermont Tonnerre, chambellan de sa « Majesté le roi de Pologne duc de Lorraine et de Bar, mestre de camp de a cavalerie, et capitaine factionnaire au régiment de mestre de camp général « cavalerie, et de très haute, très puissante et très illustre dame Marie Anne née *( marquise de Lentiîîac, seigneur et dame d'Hamonville (i), y résidant, dépen- « dance de la paroisse de Mandres aux 4 tours ; il a été ondoyé le lendemain «r neuf du môme mois. Les cérémonies de son baptême ont été différées avec la « permission de monsieur le Grand vicaire de Toul, ce qui a été fait par moi « soussigné, le jour et an susdits, en présence de Joseph Blanzey, régent d'école, « et de Joseph Billon, marguillier, et d'Anne Martin, sage femme dudit Ha- « monville qui ont signé avec moi. Signé au registre : Joseph Blanzey, Joseph « Billon, Anne Martin et Pillement, curé de Mandres et d'Hamonville » (2).
(i) Registres paroissiaux de Mandres aux 4 tours (Meurthe-et-Moselle).
(a) François Joseph de Clermont-Tonnerre avait acquis ce château de François Remy Tardif, chevalier, colonel d'infanterie, par acte du 35 avril 175$ (Arch. de Meurthe-ct Moselle, H. 2917). Ce château a été démoli U y a 35 ans, et sur son emplacement un cimetière a été créé en 1904. Ironie du son I
Ce fut lors de son baptême, célébré quelque temps après, que Tenfant, objet de Tacte ci-dessus, reçut les prénoms de Stanislas Marie Adélaïde^ de Stanislas I«' Leczinski, roi de Pologne, et de la fille aînée de Louis XV, ses parrain et marraine.
De même .que son grand-père, Staaislas. avait embrassé la profession des armes. En 1783, il était : c maistre de camp en second du réginàént royal Navarre cavalerie »; Il fut nommé colonel peu de temps avant la révolution et démissionna au moment où elle éclata.
Député de la noblesse aux Etats-Généraux, il fut élu Président de la minorité privilégiée qui se réunit au tiers-état.
Dans la nuit du 4 août 1789, il vota l'abolition de tous les privilèges ; quelque temps après, il fit accorder le droit de cité aux protestants, aux juifs et aux comédiens.
Il présida deux fois avec distinction fAssembléé nationale, du 17 au 38 août et du 14 au 28 septembre 1789, et fut président du comité de la constitution.
Le 2i février 1790, il. proposa d'investir le roi de toute la puissance executive, afin qull pût réprimer les troubles des provinces.
La même année, il fonda, avec Malouet, un club sous le nom de Club des amis de la Monarchie^ en opposition avec celui des Jacobins, et rédigea, avec Fontanes, le Journal des Impartiaux, La publication de cette feuille, dont les principes étaient en opposition directe avec ceux qui dominaient, excita contre lui un mouvement populaire qui mit ses jours en danger. Le maire de Paris dut protéger sa maison et sa personne (27 janvier 1791) (i).
Il fut aussi arrêté par le peuple en juin 1791, après la fuite du roi. L'Assemblée constituante le fit remettre en liberté, et il continua d'y siéger. Il périt, massacré par la populace, dans la sanglante journée du 10 août 1792(2), journée célèbre qui, en renversant le trône, renversa aussi la constitution de 1791.
Stanislas de Clermont-Tonnerre était colonel, commandant général de la Garde nationale de Corbeîl et des lieux circonvoisins. Il figure sur la liste des gardes nationaux de Saintry. Cest en sa présence et devant la municipalité de Corbeil que, le 4 octobre 1789, eut lieu, sur la place Saint-Guenault, la prestation du serment national par la milice et la garde bourgeoise.
(x) Arch. Nat. C 54, n» $35.
(2) Les Révolutions de Paris, page 282.
C'est lui qui présenta, le 34 octobre 1790, Baron, nommé colonel, à l'assemblée municipale de cette ville, aux fins de prestation de serment.
En sa qualité de commandant général, Stanislas de Clermont- Tonnerre assista à plusieurs cérémonies, célébrées aux églises Saint-Spire et Notre-Dame, à Corbeil.
Il assista :
I». — Le 31 février 1790, à Saint-Spire, au Te Deum solennel, en actions de grâce de la présence et du discours du Roi à l'Assemblée Nationale du 4 février 1790.
30. — Le dimanche 38 février 1790, après midi, à Notre-Dame, à la bénédiction du drapeau de la i''^ compagnie de la Garde Nationale de Corbeil. Ce drapeau, présenté par le comfây fut ensuite remis à Louis Pannetier, porte-enseigne; l'ancien drapeau fut déposé au chœur de l'église (t).
3«. — Le lundi, 13 septembre 1790, à Saint-Spire, au service célébré pour les citoyens morts à Nancy pour le soutien de la loi et de l'ordre public.
4». — Le dimanche 3 avril 1791, à Notre-Dame, au Te Deum j chanté en actions de grâce du rétablissement du roi, en présence des Maire, conseillers, notables, formant la municipalité de Corbeil, et aussi en présence des juges composant la justice, et des procureur, syndic et commissaire-adjoint aux fonctions directoriales du district de cette ville.
Stanislas de Clermont-Tonnbrre s'était marié en 1783 avec Marie- Louise Joséphine Delphine de Rosière de Soran^ dame de compagnie de Madame Elisabeth, sœur de la reine Marie-Antoinette, épouse de Louis XVI.
Cette union fut des plus heureuses ; Stanislas, qui était poète à ses heures, nous a fait part de son bonheur, dans une jolie romance, écrite avec autant de grâce que de naturel, qu'il a dédiée à sa Delphine^ et que nous ne pouvons nous empêcher de reproduire ici :
Qjiatre ans y a que trouvai ma Delphine :
Quatre ans y a que trouvai le bonheur 1 Or, dans quatre ans souvent bonheur décline : Chez moi quatre ans ont doublé sa douceur.
(i] Registres paroissiaux de Notre-Dame.
Chagrin aucun pendant ces quatre années ; One n'éprouvai que ceux qu'eUe a sentis !
Tout est commun dans nos deux destinées, Au même joug fûmes assujettis.
Point il n*est lourd, pour moi ni pour Delphine ; Chacun des deux porte plus que sa part :
S'il en est un que Fortune lutine, Contre ses coups, l'autre sert de rempart.
A nous aimer nous passons notre vie ; La vie est douce à la passer ainsi :
D'un autre bien n'avons aucune envie, Avons bonheur, avons plaisir aussi.
Nous nous disons, quand vient chaque soirée : « Sommes heureux, bénissons notre sort 1 »
Le lendemain, quand vient la matinée, Nous nous disons : ce Nous le sommes encor ! »
Point n'est besoin de peindre son visage :
Si la voyez, la reconnaîtrez bien ; Car c'est l'amour avec un maintien sage.
Et la sagesse avec un doux maintien.
Or, quand le sort voudra couper la trame De ces beaux jours qui coulent doucement, Sans murmurer lui remettrons notre âme, Pourvu que soit dans le même moment !
Hélas I le pauvre Stanislas fut loin de voir exaucer son dernier vœu. On sait sa triste fin. Ne semble-t-il pas, d'ailleurs, qu'il ait lui-même douté de sa réalisation? Les poètes n'ont-ils pas la vision de l'avenir ?
Trois enfants naquirent de cette union :
1^ Louise-Elisabeth-Célinie, née à Paris en 1783 (i«' semestre) devenue épouse de M. Savary, comte de Lancosme. Nous en reparlerons plus loin.
2<* Charles-Louis-Gaspard , né aussi à Paris, en novembre 1785, décédé le 3 mai 1787, à l'âge de 17 mois, au palais du Luxembourg, transporté à Saintrj^ et inhumé dans la chapelle seigneuriale de l'église actuelle (i). Cette sépulture eut lieu en présence de : M*
(i) Registres paroissiaux de Saintry.
Antoine Maillet du Clairon, consul général et ancien commissaire de la marine et du commerce de France en Hollande ; de Louis- Pascal Glain, de l'Académie de Florence, de celle de Saint-Luc à Paris ; et de Edouard Mathez, M* en chirurgie à Corbeil.
3® Et Athénaïs-Henriette-Esther, née également à Paris, en décembre 1786, décédée à Tâge de 90 mois, et inhumée aussi dans la chapelle seigneuriale de V église de Saintry^ le 9 août 1788, en présence de Jean Nicolas Dubois, bourgeois de Saintry, et de Jacques le Bouc, habitant de Corbeil.
Ces deux enfants reposent encore dans la chapelle de la Vierge, ancienne chapelle seigneuriale des Clermont-Tonnerre, en l'église de Saintry ; il serait à désirer qu'une plaque rappelât leur souvenir, ne fût-ce qu'en reconnaissance du bien que leurs parents ont fait aux habitants.
Stanislas de Clermont-Tonnerre et la comtesse se plaisaient à Saintry. Sans fierté ils aimaient à se mêler aux villageois et à paraître aux fêtes populaires, qu'ils provoquaient même.
C'est ainsi que nous les voyons assister, le 94 janvier 1785, au mariage de Jean-Baptiste Fessou, vigneron à Saintry, et le 22 mai suivant, à celui de François-Charles Charot avec Françoise-Angélique Jobard, élue rosière du village, quelques jours auparavant. La tradition rapporte que le comte lui-même conduisit celle-ci à Téglise.
A l'occasion du couronnement de cette rosière, qui était fille majeure de Pierre Jobard, carrier, et d'Angélique Manuel, des réjouissances publiques eurent lieu; on dansa dans le parc du château.
Le jour du mariage, on procéda à l'élection d'un « bon vieillard"^ en la personne de Jean Bourlet et les réjouissances continuèrent.
Ces fêtes furent rehaussées par la présence de Madame Marie- Louise-Elisabeth de Maillé de Karman marquise de Soran , mère de la comtesse ; de Athénais de Soran ^ sa sœur; et de Hubert de Lentilhac, grand prévôt de l'insigne chapitre de Remiremont, comte de Lyon, abbé de Saint-Cyprien, oncle maternel de Stanislas.
Le 30 avril 1786, le comte et la comtesse Stanislas de Clermont- Tonnerre furent parrain et marraine, dans l'église de Saintry, du premier né des époux Charot-Jobard, qui reçut les prénoms de Louis-Stanislas.
— ija —
Le 35 janvier précédent, la* comtesse avait été marraine de Armande-Marie-Delphine Bouquet, fille du garçon-jardinier du château de Champlâtreux ; le parrain était Cosme-Ârmand du Bouchard, officier de cavalerie.
Le 7 février 1 791, le comte, ancien président de l'Assemblée nationale, sera encore présent au mariage de Jean Minier avec Geneviève Jobard, sœur de la rosière (i).
En mourant le 10 août 1793, dans les circonstances dramatiques que l'on sait, Stanislas de Clermont-Tonnerre n'avait laissé qu'une héritière : Louise-Elisabeth-Célinie de Clermont-Tonnerre, seule enfant lui restant, alors mineure sous la tutelle de sa mère.
Celle-ci se mit, sans opposition, au nom de sa fille, en possession de la terre de Saintry et du château de Champlâtreux^ grevés de substitution, dans les termes que nous connaissons, ainsi que du surplus de la succession de Stanislas.
Cependant, à cette époque, Gaspard Paulin de Clermont-Tonnerre, appelé à les recueillir, n'était pas encore inscrit sur la liste des émigrés> où il ne fut porté pour la première fois que le 21 novembre 1793 ; mais il était, de fait, sorti de France, et la loi abolitive des substitutions, du 14 novembre précédent, qui conservait aux appelés'la faculté de réclamer les droits acquis, était également antérieure à son inscription.
Amnistié en Tan X et rendu à la vie civile, il réclama le bénéfice de la substitution en se basant, entre autres motifs, sur ce que Stanislas de Clermont-Tonnerre n'avait point laissé d'enfant mâle et que, par suite, aux termes du testament du maréchal de Clermont- Tonnerre^ les biens substitués devaient passer entre ses mains et à ses enfants mâles.
L'action qu'il dirigea contre Mademoiselle de Clermont-Tonnerre, représentée par sa mère, alors remariée au marquis de Talaru, ainsi que nous le verrons plus loin, aux fins d'obtenir la restitution de la terre de Saintry et du château de Champlâtreux, fut repoussée par jugement de la y section du Tribunal de la Seine du 34 thermidor au XI (13 août 1803), P^^ ^^^ motifs :
« Qjue, si dans l'ordre naturel le bénéfice de la substitution « portée au testament du maréchal de Clermont-Tonnerre, appar- « tenait à Gaspard Paulin de Clermont-Tonnerre, cet ordre avait
(z) Registres paroissitiiz de Saintry.
c été inverti et changé par les lois antérieures et subséquentes > (Lois des 9 février et 33 octobre 1793 et 38 mars 1793).
« Que l'héritière de Stanislas de Clermont-Tonnerre ayant joui c pendant près de onze ans, comme propriétaire avec bonne foi et c titre, du moins apparent, la prescription lui était acquise^ parce « que la République par laquelle seule le demandeur pourrait pré- « tendre avoir conservé son droit, était présente, et que, dans Tes- « pèce, la prescription devait s'acquérir par dix ans >.
Sur l'appel de ce jugement interjeté par Gaspard Paulin de Clermont-Tonnerre, intervint, le 33 Messidor an XII (11 juillet 1804), un arrêt de la cour de Paris qui, tout en ne retenant pas le motif tiré delà prescription, confirma ce jugement*
Mademoiselle de Clermont-Tonnerre était devenue majeure.
Gaspard Paulin ne se tint pas pour battu : il se pourvut en cassation. Il soutenait qne la mort civile et conséquemment l'incapacité de recueillir la substitution, n'avait commencé pour lui qu'à partir du jour de son inscription sur la liste des émigrés, c'est-àdire postérieurement à l'ouverture de la substitution. .
La cour suprême rejeta ce pourvoi le 18 floréal an XIII (8 mai 1805) par l'arrêt suivant que nous donnons in-extenso, vu son importance (i) :
« La cour, — Vu le décret du 23 octobre 1792, portant que : « Tous les « émigrés français sont bannis à perpétuité du territoire de la République et que «r ceux qui, au mépris de cette loi y rentreraient, seront punis de mort ;
«r Vu Tarticle 3, du décret du 25 octobre 1792, abolitif des substitutions, le dit « article décrété le 14 novembre suivant, et portant : « les substitutions ouvertes « lors de la publication du présent décret, n'auront d'effet qu'en faveur de ceux a seulement qui avaient alors recueilli les biens substitués ou le droit de les « réclamer ».
« Attendu qu'en jugeant que, pour pouvoir, demander les biens substitués à « leur profit, il fallait que les appelés eussent conservé le droit de les réclamer ce jusqu'au jour de la publication du décret^ l'arrêt attaqué n'a contrevenu à au- « cune loi, mais s'est, au contraire, conformé aux dispositions et à l'intention de « la loi du 14 novembre ; que, pareillement, l'arrêt attaqué n'a contrevenu à au- « cune loi, en jugeant que Gaspard Paulin de Clermont-Tonnerre, inscrit le 21 « novembre 1792 sur la liste des émigrés du district de Neufchateau, ne peut «c pas dater de cette époque, celle de son émigration ; que le fait de cette émic gration est nécessairement antérieur à son inscription sur la liste» au moins de
(x) Journal du Palais.
c planeurs jours, et, par conséquent, d l'époque de la publication du décret du « 14 novembre 1792 ; d où s'ensuivrait que, banni à perpétuité du territoire de la « République, par décret du 23 octobre précédent, il n'avait plus à la date de «f cette publication du décret du 14 novembre, le droit de réclamer les biens « substitués dont il s'agit. Rejette... etc.. »
Cet arrêt aurait dû mettre fia au procès, il n'en fut rien.
En efiet, Gaspard Paulin étant décédé quelques mois après, son fils aîné, Aimé Marie Gaspard de Clermont-Tonnerre (i) attaquait et contestait à nouveau, par les mêmes motifs que son père, le droit de propriété de M"* de Clermont-Tonnerre,
Cette seconde action fut éteinte par la transaction qui intervint devant M« Péan de Saint-Gilles, notaire à Paris, le 21 mars 1806.
Par cet acte, Aimé Marie Gaspard de Clermont-Tonnerre renonçait « pour (( lui et les siens à pouvoir jamais en aucune manière, troubler Mlle de Clermont- (c Tonnerre dans la propriété absolue et incommutable des terres et domaines de « Saintry, château de Champlâtreux et dépendances, sur lesquels il a été reconnu ff que M. Aymé de Clermont-Tonnerre et les siens n'avaient et ne pouvaient « avoir, à aucuns titres, des droits et prétentions à exercer ».
M"® de Clermont-Tonnerre possédait ainsi définitivement le domaine de Saintry.
Après la mort de son mari, Delphine de Soran s'était retirée à Saintry avec la marquise de Soran, sa mère, et Célinie, sa fille. Elle passait ses journées à soulager les infortunés et à faire le bien.
Néanmoins, sans qu'aucun mandat eût été délivré contre elle, Henriot, commandant de la garde nationale de Paris, vint procéder à son arrestation, ainsi qu'à celle de ses domestiques, au château de Champlâtreux, le 22 Octobre 1793. Emmenée à Paris, détenue à la maison de santé dite Montpin, elle fut remise en liberté après la chute de Robespierre, sur l'ordre de la Convention, le 4 vendémiaire an III (25 Septembre 1794).
Elle était restée près d'un an en captivité pendant laquelle elle fit
(i) Né en 1780, mort en 1865. Il sortit de l'Ecole polytechnique en 1801, pour entrer dans l'artillerie, devint sous-lieutenant, aide de camp de Joseph Bonaparte et fut nommé, au retour des Bourbons (1814], lieutenant des mousquetaires gris, puis maréchal de camp. Après la Restauration, il entra à la Chambre des Pairs (181 5), et fut appelé à prendre en 182 1, le portefeuille de la marine qu'il échangea, en 1823, contre celui de la guerre. Il réorganisa l'armée et réprima énergiquement les troubles de la rue St-Denis, au sujet du droit d'aînesse. Il tomba du pouvoir avec M. de Villèle en 1827. Se démit de son siège à la Chambre des Pairs après 1830 et vécut dans la retraite.
— ïJ5 — la connaissance du littérateur Laharpe. Nous aurons occasion de revenir sur ces faits dans la troisième partie de cet ouvrage.
Pendant son absence, sa mère (i) malade et sa fille étaient seules restées au château.
Revenue à Saintry, après sa captivité, Mme de Clermont-Tonnerre mena une vie retirée et continua d'être la Providence des malheureux. Son souvenir est encore vivant dans le pays. Parmi les rares privilégiés qu'elle recevait au château, figurait le comte Gabriel de Chavanat ; celui-ci, arrêté aussi par Henriot, puis relâché^ devint maire de Saintry ; elle l'institua plus tard son légataire particulier.
Dès que sa fille fut devenue majeure, et sans doute aussi pour avoir un appui lui permettant de résister aux prétentions de Gaspard Paulin, sur le domaine de Saintry, Delphine de Soran se remaria, après dix ans de veuvage, avec M. Louis Justin Marie, marquis de Talaru, pair de France, demeurant à Paris, rue de Grenelle-Saint-Germaia (a), propriétaire du château de Chamarande.
Le contrat eut lieu devant M« Péan de Saint-Gilles, notaire à Paris, le 36 thermidor an X (14 Août 1802) ; les futurs époux, qui avaient adopté le régime de la communauté, ne se firent aucune donation, sauf un douaire et un droit d'habitation.
M"« Célinie de Clermont-Tonnerre, mise en pension à Paris, dans la maison des dames anglaises, de la rue des Fossés Saint- Victor, où elle fit ses études, s'y trouvait encore lors de son mariage.
Ses droits sur la terre de Saintry lui ayant été reconnus, elle épousa au commencement d'août 1806, M. Esprit Louis Charles Alexandre Savary de Lancosme, officier de cavalerie, demeurant à
(i) Madame la marquise de Soran dut à sa grave maladie de n'être pas arrêtée.
(a) Monsieur le marquis de Talaru, diplomate français, né en 1773, mort à Paris, en 1850, appartenait à une ancienne famille qui comptait parmi ses membres un cardinal, plusieurs archevêques, et qui était alliée aux Montmorency, aux Luxembourg, aux Béthnne, etc.. Maître d'une très grande fortune, il passa sa jeunesse à voyager, devint pair de France en 1833, et fut nommé, cette même année, ambassadeur en Espagne, au moment où le gouvernement français envoyait une armée expéditionnaire, sous les ordres du Dauphin, pour rétablir, dans l'intégrité du pouvoir royal, Ferdinand VII, prisonnier k Cadix. Revenu en France, il reçut le titre de ministre d'Etat et celui de membre du conseil privé et vécut, depuis lors, à l'écart des affaires. Après le décès de sa seconde femme, 11 voyagea i l'étranger. 11 légua eu mourant uue grande partie de sa fortune à des établissements de bienfaisance.
Lancosme (Indre), alors logé à l'hôtel de Bourbon, rue Jacob, faubourg Saint-Germain.
Aux termes de son contrat de mariage, passé le 4 août, devant M* Péan de Saint-Gilles, notaire à Paris, elle apportait en dot, notamment le domaine de Saintry^ le château de Champlâtreux^ ainsi que les objets mobiliers qu'elle avait recueillis dans la succession de son père.
Nous devons dire qu'après le rejet, par la cour de Cassation, le 8 mai 1805, du pourvoi de Gaspard Paulin, la veuve de Stanislas, pensant que sa fille ne pouvait plus être dépossédée de la terre de Saintry, avait fait procéder à la liquidation de ses reprises, suivant acte passé devant M* Péan de Saint-Gilles, le 7 Messidor an XIII (26 juin 1805), par suite de la renonciation qu^elle avait faite, la veille, à la communauté de biens qui avait existé entre elle et M. de Clermont-Tonnerre, son premier mari, suivant acte dressé au Greffe du Tribunal civil de la Seine.
Lors du mariage de Célinie, M»* de Talaru, sa mère, consentit à restreindre à la somme de 6.000 francs le droit d'habitation et les créances qu'elle avait à exercer contre celle-ci, comme seule héritière de Stanislas de Clermont-Tonnerre, son père.
Pour se libérer de cette somme, M"« de Clermont-Tonnerre, aux termes mêmes de son contrat de mariage (article 6), fit abandonnement à sa mère des biens suivants, sis à Saintry :
i^. — Une maison connue sous le nom de Ma^eline, avec jardin et dépendances (contenance 50 ares 62 centiares). — 20 34 ares 17 de vigne, tenant au jardin du château. — 30 74 ares de vigne en friche, tenant au Grand chemin de Melun. — 40 9 ares 28 centiares, tenant à la ruelle du Sabot. — 5° S ares 27 centiares de vigne, tenant au chemin de Corbeil à Saintry. — 6* Un terrain planté en bois et clos de murs, appelé la petite garenne de Saintry, aboutissant au Grand Chemin de Melun (contenance 4 hectares 11 ares 26 centiares soit 9 arpents 75 perches). — 70 Un potager (i) situé en face de la maison de Mazeline, clos de murs de trois côtés et du 4* par la rivière ; ce terrain appelé Tancien cimetière tenant d'un côté au potager de Champlâtreux avec lequel il était dit qu'il y aurait mitoyenneté de puits (contenance, 42 ares 18 centiares). — 8® Enfin un pré, dit le Petit Pré, situé entre le potager ci-dessus, la rivière, et le port de Tlsle, (contenance, I hectare 26 ares 54 centiares).
Cet abandon de biens constitue le premier morcellement de la terre de Saintry.
(i) L'Ancienne église était construite sur une partie de ce pouger.
Après leur mariage, les époux de Lancosme allèrent habiter le château de Laocosme, commune de Vandœuvre (Indre), et cherchèrent à vendre la partie de la terre de Saintry qui ne leur était d'aucun rapport.
C'est ainsi qu'ils aliénèrent, moyennant 70.000 francs, suivant acte passé devant M. Noël, notaire à Paris, le 21 mars 1809, à M. Louis Pasquet, marchand épicier à Corbeil, place Saint-Léonard, le château de Champlâtreux et ses dépendances, d'une contenance de 10 hectares 3; ares, soit 23 arpents environ.
Quinze jours après, le 4 avril 1809, par acte devant le même notaire, ils vendaient à Gabriel Marie Jars, receveur général du département de Seine-et-Marne, demeurant alors à Melun, les immeubles suivants, sis à Saintry :
« 10. — Une pièce de bois taillis, essence de chêne et de châtaignier, entouré « de fossés, contenant 59 arpents 90 perches ou 25 hectares 28 ares 28 centiares, « située lieu dit la Grande Garenne, tenant des deux côtés aux Friches désignées « sous le n^ 2 ci-après, d'autre bout vers le levant au chemin de Corbeil à la « Forêt de Rougeaux.
«r 2° — Une pièce de terre en friches et bruyères, entourant la pièce ci-dessus « indiquée et contenant 23 hectares 73 ares dd centiares ou 56 arpents, lieu dit « les Uzelles, tenant, d*un côté vers le nord, aussi d'autre côté vers le septentrion, « à plusieurs particuliers, d'un bout vers le levant aux terres de la Cômerie, et « d'autre bout, vers le couchant, au chemin de Morsang.
ff 30. — Une autre pièce de bois taillis, essence de chêne pour la plus grande « partie, dans la forêt de Rougeaux, contenant 35 hectares 45 ares 50 centiares i* ou 84 arpents, tenant d'un bout vers le levant, au bois du Tremblay et d*Her- « belet, d'autre bout et des deux côtés à Jars, acquéreur.
« 40. — Et une autre pièce de bois taillis, essence de chêne, entourée de fossés, « contenant 16 hectares 88 ares 33 centiares, dans la forêt de Rougeaux, lieu dit « le carrefour du Roi, communément appelée la vente de Bourgogne, tenant d*un « côté, vers le midi, aux bois de Saint-Jean en l'Isle et de M. de Varennes, (un « fossé entre les deux), d'autre côté et d'un bout à S. A. le Prince de Ponte- « Corvo, et d'autre aux représentants de M. Cousin ».
Le prix fut de soixante-huit mille francs.
Le surplus de la terre de Saintry étant loué, avec la ferme, à la veuve Hardy, puis à Louis Paul Haquin, ne fut mis en adjudication qu'en 1831 et années suivantes, à la fin du bail de ce dernier, après le décès de M™® de Lancosme et de M™« de Talaru,
De son mariage avec M. le comte de Lancosme, Célinie de Clermont-Tonnerre eut deux enfants :
i«. — Louis Stanislas Savary de Lancosme, comte de Brèves, officier de cavalerie, qui épousa M""" Marie-Antoinette Gaudard de la Verdine, vers 1832 (i).
2». — Louise Elisabeth Savary de Lancosme, qui devint, en juillet 1828, épouse de M. le comte de Coislin.
M"^^ de Lancosme, d'un tempérament maladif, mourut jeune encore ; elle s'éteignit doucement à Châteauroux, dans les bras de son mari, le 3 août 1827, avec la résignation qu'inspirent la religion et la vertu.
Par son testament portant la date du 8 novembre 1826, elle avait institué ce dernier son légataire universel, en toute propriété et jouissance, avec stipulation qu'en cas de second mariage, l'avantage qu'elle lui faisait serait révoqué. Par suite de l'existence d'enfants, ce legs fut réduit à la quotité disponible.
M. de Lancosme se trouva donc avoir droit à un quart en propriété et à un quart en usufruit des biens composant la succession de sa femme, qui comprenait notamment ce qui restait de la terre de Saintry.
Mme de Lancosme avait légué et donné à sa fille Elisabeth, sa parure en topaze et perles fines, plus son anneau en diamant et ses bagues ; tous ses autres bijoux devant appartenir à son mari.
Enfin, par ses dernières dispositions testamentaires qui peignent, mieux que toute narration, ses souffrances, son cœur et sa vertu, la fille de Stanislas de Clermont-Tonnerre demandait à son mari « d'ordonner rouverture de son corps trois jours après son décès, désirant être « examinée avec soin, particulièrement dans la région du cœur, pour éviter à i( mes chers enfants les vives douleurs que j*ai éprouvées pendant la plus grande « moitié de ma vie. Ceci est plus qu'un désir, c'est une volonté. Je demande, « dit-elle, à mon mari d'ordonner la réunion de nos cendres à l'époque doulou- « reuse où il sera arraché à ses enfants. Je me recommande à sa pieuse ten- «( dresse, h celle de mes enfants pour les secours spirituels dont mon âme aura « si grand besoin ».
(x) M. le comte de Lancosme-Brèves, né à Vendœuvre en Brenne (Indre), en 1807, quitta la cavalerie avec le grade d'officier, puis s'adonna d'une façon toute spéciale à l'étude des questions chevalines.
En 1855, il fonda le Guide de Tami du cheval, revue mensuelle, scientifique, qui parut pendant deux ans. On lui doit plusieurs écrits estimés.
- «39 - « Je recommande à mon fils de conserver dans toutes les actions de sa vie» le « souvenir de sa mère, et celui des vertus de son père, ne pouvant lui souhaiter « d'autre bonheur ni d'autre gloire pour ce monde, et pour l'autre, que de lui ff ressembler ».
Les dernières volontés de Mme de Lancosme furent exécutées ponctuellement.
Mlle de Lancosme, épousa, vers la fin de juillet 1828, M. Pierre- Adolphe de Camboust, comte de Coislin, alors sous^lieutenant au quinzième chasseurs à cheval, demeurant avec M. le marquis de Coislin, son père, au château de Carheil, situé commune du Plessé (Loire-Inférieure).
Le contrat fut passé devant Cottenet, notaire à Paris, les 26 et 27 juillet i8a8.
En faveur de ce mariage, Monsieur de Lancosme fit donation à sa fille de la moitié des droits qu'il possédait, tant en pleine propriété qu'en usufruit, sur Saintry, aux termes du testament de sa femme.
Le comte de Coislin, devenu marquis, à la mort de son père, sortait de la famille noble de ce nom, originaire de Bretagne, qui descendait de Gilbert de Cambout ou Camboust, qui vivait en 1347, et dont les chefs reçurent, en 1634, le titre de marquis, et en 1663 celui de Duc (i).
Le Marquis de Coislin, gendre de M. de Lancosme et petit-gendre de Stanislas de Clermont-Tonnerre, fut page du roi Charles X, et officier de la garde nationale. Il s'engagea en 1870, malgré son âge, dans un régiment de l'armée de la Loire et se battit héroïquement à Patay et à Orléans. Il mourut des suites de la campagne de
Quatre ans après le décès de Madame de Lancosme^ ses héritiers liquidèrent sa succession. Ils profitèrent de ce que le bail, consenti à Louis Paul Haquin, de la ferme et des terres restant du
(i) Trois membres de cette famille furent membres de 1* Académie française : Armand, lieutenant général, reçu en 1652, décédé en 170a ; Pierre, né à Paris en 1636, qui devint évèque d'Orléans et cardinal, reçu en 1702, décédé en 1710 ; et Henri Charles, duc de G>islin et pair de France, évêque de Metz, x*' aumônier du Roi, reçu en 1710, décédé en 1752.
(i) Intermédiaire des cbercbeurs et curieux, XXIV, çax-çsa.
domaine de Saintry, arrivait à expiration le i*'' Mars 1833, pour mettre ces biens en vente.
La première adjudication eut lieu devant M« Alexandre Jozon, notaire à Corbeil, le 27 février 1831 (i). Elle comprenait 6 hectares 44 ares 48 centiares de terres labourables, sis terroir de Saintry, en différents champtiers, et 9 hectares 76 ares 36 centiares de terres labourables sis terroir de Saint-Pierre du Perray, lieux dits : la Pointe du Carrefour, les Mazures, champtier de TOrme ou le chemin de Villededon, et Malmort.
Ces immeubles divisés en 3a lots furent adjugés à /. Lenoir, M.-N. SilvaiftyP.'N. Bourlef, JrB. Fessou, L.-A. Dufourny.F.-C. Levdque^ Ch. Levêque, J.-L. Silvain, L,-G. Fessou, T.-P. Muret, A.-C. Quinardy P.-M. Bourlet, /.-C. Fessou, J.-L. Mitais, J.-G. Guyot, A. Dru père, P. Mignié, J.-N. Tessier^ C. Gallet, tous habitants de Saintry ; et à V. Henry de Corbeil, et Léonor, comte de Marcieu demeurant au Perray. Les prix varièrent entre 7 et 14 francs la perche.
La seconde mise en vente eut lieu devant le même notaire, le dimanche ; Juin 183 1 (2). Elle se composait des bâtiments, jardin clos, terres et prés formant le restant de la ferme qui comprenait, savoir :
10 — Un corps de ferme (3) situé au village de Saintry, sur la rue de l'Église, prenant son entrée sur cette rue par une grande porte charretière, qui se trouvait vis à vis de la grande rue de Saintry.
2« — 18 ares 10 centiares, clos de murs, attenant au cimetière de Saintry.
30 — Un clos d'une contenance d'un hectare 55 ares, prenant son entrée par le jardin de la ferme.
4« — Douze pièces de terre et pré, sises terroirs de Saintry et de Saint-Pierre du Perray, d'une contenanee totale de 31 hectares 37 ares 90 centiares.
50 — Une grande pièce, partie en prés naturels, et partie en terre ensemencée en prairie artificielle, dite h pièce du bas, au dessous des jardins, au bas de Saintry sur le bord de la Seine.
Ces immeubles, lotis, furent aliénés à divers, tant aux termes d'un procès-verbal dressé par M» Jozon le ^ Juin 1831, que par plu-
(i) Renseignements hypothécaires.
(2) Renseignements hypothécaires.
(3) Cette ferme n'existe plus ; plusieurs maisons bourgeoises occupent son emplacement.
sieurs actes postérieurs passés devant le même notaire en 1831, 183a, et 1833.
C'en était fait du domaine et de la seigneurie de Saintry.
Madame Louise Joséphine Marie Delphine de Rosière de Soran^ marquise de Talaru, veuve en premières noces de Stanislas de Clermont-Tonnerre, est décédée à Paris, en son domicile, rue de Grenelle-Saint-Germain, n® 81, le 35 octobre 1833 (i).
Un acte de notoriété dressé par M« Cottenet, notaire à Paris, le 13 Avril 1833, constate qu'elle ne laissait aucun enfant de son second mariage, et que ses seuls héritiers étaient M. Stanislas de Lancosme et Mme de Coislin, ses petits-enfants, par représentation de Madame de Lancosme, leur mère.
Aux termes de son testament, en date à Paris du i; Décembre 1821, déposé à M* Péan de Saint-Gilles, notaire à Paris, le 26 Octobre 1833, Madame de Talaru avait, entre autres dispositions, légué à M. Louis Stanislas Savary de Lancosme, son petit-fils, toute la portion dont la loi lui permettait de disposer.
Elle avait légué, en outre, à titre particulier, au comte Gabriel de Chavanat, qui avait partagé sa détention en 1793, et pour lequel elle avait conservé la plus vive amitié, la maison de campagne appelée c Maieline », qui lui avait été abandonnée par l'acte du 4 Août 1806. Délivrance de ce legs fut consentie à M. de Chavanat le 20 Avril 1833.
Le surplus des immeubles dépendant de la succession de Madame de Talaru fut mis en vente et adjugé en l'étude de M* Jozon le 4 Août 1833, ^ MM.Alfroy,Thorin,Houllier et autres. Le partage entre ses héritiers eut lieu le 24 Juin suivant.
Ainsi^ les descendants des Clermont-Tonnerre ne conservèrent pas un pouce de terrain à Saintry ; leur domaine seigneurial était complètement morcelé.
Nous ne saurions terminer ce chapitre sans jeter un coup d'œil rapide sur les événements qui se passèrent alors que Perrot^Avenai^
(i) Madame de Talaru a été inhumée dans une chapelle annexe à Téglise de Chamarande, où repose aussi Louise-Marie-Ernestine de Rosières de Soran, sa nièce, fille de Gabriel Théar de Rosières de Soran et de Marie- Victoire de Qairon-d*Haussonville, décédée à Chamarande, le 7 novembre* 1858, à 34 ans, et que M. de Talaru avait épousée en secondes noces.
de Noinvilky et le maréchal de ClermonUTonnerre étaient seigneurs de Saintry, événements qui eurent leur répercussion dans notre contrée.
Au commencement du xviii* siècle, alors qu'éclata la guerre de la succession d'Espagne, Louis XIV était arrivé au déclin de la fortune.
De 1701 à 1704, la France, bien que dans un grand embarras financier, soutint victorieusement la lutte, mais bientôt, de 1705 à 1709, commencèrent les grands revers qui furent suivis du cruel hiver de 1709, lequel mit le comble aux malheurs publics. Pendant quatre mois d*un froid qui tenait les rivières glacées, le peuple souffrit de grands maux ; les vignes, les arbres fruitiers et jusqu'aux chênes des forêts furent gelés ; le printemps fut sans germes, et l'été ne vit pas mûrir de moissons, ce fut la famine. Du pain et la paix était le cri général en France. Un fait nous révélera la misère à Saintry : dans la nuit du mardi au mercredi 13 Novembre 1709, une enfant de quinze jours environ fut trouvée abandonnée dans le jardin de la seigneurie.
Malgré les propositions faites par Louis XIV, dès 1709, la paix ne put être signée qu'en 1713, après la victoire de Denain, remportée par le maréchal de Villars (traité d'Utrecht). Le 10 Juin 1714, après la signature du traité de Rastadt, qui assurait à la France la possession de l'Alsace, la milice bourgeoise de Corbeil fit chanter un Te Deum et bénir un drapeau (i).
Quand Louis XIV mourut, en 171^) il laissait la France épuisée, son commerce anéanti, sa marine presque détruite et deux milliards 1/2 de dettes à payer; mais il laissait aussi des provinces importantes nouvellement acquises, le souvenir d'une lutte héroïque soutenue contre l'Europe entière sans que le royaume eût été entamé, le canal du Midi, des monuments dignes de la grandeur romaine, la réformation des lois, les progrès de l'industrie, de l'administration et de la civilisation générale, les monuments éternels de la pensée des grands hommes qui avaient vécu à l'ombre de la royauté, encouragés, protégés par elle, c II est vrai de dire, qu'à c commencer depuis les dernières années du cardinal de Richelieu c jusqu'à celles qui ont suivi la mort de Louis XIV, il s'est fait c dans nos arts, dans nos esprits, dans nos mœurs, comme dans
(z) Abbé Gniot, Almanach de Corbeil (1791).
— 14? — c notre gouvernement une révolution générale qui doit servir de c marque éternelle à la véritable gloire de notre patrie » (i).
Louis XV, son arrière-petit-fils, faible enfant de cinq ans, orphelin de père et de mère, lui succéda ; mais à peine les obsèques royales furent-elles terminées que le régent, Philippe d'Orléans, prit le pouvoir ; le cardinal Dubois fut son ministre. Cette Régence est restée tristement célèbre par la corruption de ses mœurs.
En 1735 Louis XV, majeur depuis deux ans, épousa Marie Leezinska, fille de Stanislas Leczinski, roi de Pologne, dont François Joseph de Clermont-Tonnerre était le premier gentilhomme.
La même année, un lit de justice fut tenu pour l'enregistrement d'un impôt du cinquantième, charge qui souleva de très vives réclamations ; cet impôt devait être levé en nature pendant douze ans sur tous les fruits de la terre et en argent sur les autres revenus de toute espèce.
Le cardinal Fleury, dont le ministère dura dix-sept ans (1726- 1743), releva le pays de la détresse où il avait été réduit, pendant les dernières années du règne de Louis XIV, par tant de guerres désastreuses, ainsi que par le système de Law. Il réduisit et supprima le cinquantième, et encouragea l'agriculture.
Bien que recherchant la paix à l'intérieur, il se laissa entraîner dans la guerre de la succession de Pologne, qui se termina par le traité de Vienne (1738).
Deux ans plus tard, Fleury soutint la Prusse contre Marie-Thérèse dans la guerre de la succession de Charles VI, empereur d'Autriche. Tout d'abord nos armes ne furent pas heureuses, mais les belles campagnes du maréchal de Saxe dans les Pays-Bas, les victoires de Fontenoy, de Raucoux^ de Lawfeld, auxquelles prit part le maréchal de Clermont-Tonnerrây seigneur de Sainiry^ nous permirent de signer une paix honorable à Aix-la-Chapelle (1748).
Les huit années qui suivirent, furent la plus belle époque du commerce français, au xvm« siècle. Mais l'Angleterre, jalouse, s'effrayant de la renaissance de notre puissance navale, nous déclara la guerre ; elle devait durer sept ans (1756-1763). Louis XV misérablement influencé par Madame de Pompadour, compliqua la guerre maritime d'une guerre continentale et s'allia avec Marie- Ci) Voltaire, U SikU de Louis XIV.
Thérèse d'Autriche contre la Prusse. De nombreux revers expièrent cette faute.
Les conséquences de cette guerre, dans laquelle l'incapable Soubise^ favori de Madame de Pompadour, se fit battre, notamment à Rosbach par Frédéric II, furent le désastreux traité de Paris (lo février 1763), qui mettait fin à notre empire colonial et donnait à l'Angleterre la prépondérance maritime.
Cette paix fut publiée à Corbeil le ai Juin 1763 (i).
L'année 1764 vit la mort de Madame de Pompadour et l'expulsion des Jésuites.
Le 10 Février de cette même année^ les registres paroissiaux de Saintry relatent que, par suite du débordement de la Seine, on ne pouvait pénétrer dans l'église du village. Au mois de Novembre, les eaux de ce fleuve couvrirent le pavé de la Pêcherie à Corbeil (2).
Le ministre Choiseul (1758-1770), homme habile, essaya de réparer les ruines causées par la guerre de Sept ans, d'arrêter la désorganisation intérieure, de tenir tête, avec des réformes faites à propos, à la Révolution qui s'approchait ; mais à Madame de Pompadour, avait succédé, comme favorite du Roi, la comtesse du Barry (3). Le duc de Choiseul ayant refusé de plier devant la maîtresse du Roi, elle obtint son renvoi ; il fut exilé dans sa terre de Chanteloup.
Les affaires du gouvernement furent alors dirigées par les favoris de Madame du Barry : le chancelier de Maupeou, l'abbé Terray, contrôleur des finances et le duc d'Aiguillon.
Les quatre années de ce triumvirat (1770-1774), furent les plus tristes du règne de Louis XV ; l'abaissement de la France fut complet ; à l'extérieur la Pologne était démembrée, TEspagne abandonnée à la haine de l'Angleterre ; à l'intérieur, le Parlement était dé truit et remplacé par une cour de justice que l'opinion flétrissait du nom de Parlement Maupeou ; le trésor était livré au gaspillage, des spéculateurs éhontés exploitaient la misère du peuple en organisant le Pacte de Famine, pour l'accaparement des grains; ce pacte créait des famines artificielles qui furent une des causes de la Révolution.
(i) Abbé Guiot, Almanach de Corbeil 1789.
(2) Archives de Corbeil, BB. 9.
(5) Marie- Jeanne deVaubemier, comtesse du Barry, avait une résidence à Villiers-sur- Orge (arrondissement de Corbeil), où elle possédait un pavillon et Timmeuble dit la Maison Rouge.
Louis XV mourut en 1774 ; il était assez intelligent pour prévoir la terrible expiation qui approchait^ mais il s'en consolait en disant : € Ceci durera bien autant que moi, mon successeur s'en ti- € rera comme il le pourra ».
Vers la fin de ce règne, le drame marcha vite à son dénouement ; les écrivains travaillaient à niveler le sol, à saper le vieil édifice social. Rousseau prophétisait la Révolution ; la royauté elle-même abolissait les jésuites et le parlement détruisait les derniers restes du moyen âge.
Voltaire écrivait dès le 2 Avril 1764 au marquis de Chauvelin : € Tout ce que je vois jette les semences d'une révolution qui arri- € vera immanquablement et dont je n'aurai pas le plaisir d'être té- € moin. Les Français arrivent tard à tout, mais enfin ils arrivent. € La lumière s'est tellement répandue de proche en proche qu'on € éclatera à la première occasion, et alors ce sera un beau tapage. € Les jeunes gens sont bien heureux, ils verront de belles choses :^.
Ces belles choses furent malheureusement mêlées à d'affreuses catastrophes qu'on eût pu prévenir en cédant plus tôt à des vœux légitimes.
Louis XVI, petit-fils et successeur de Louis XV, n'était âgé que de 20 ans, quand il monta sur le trône; à son sacre, qui eut lieu à Reims le II Juin 1775, Gaspard de Clermoni-Tonnerre^ seigneur de Saintry, en sa qualité de doyen des maréchaux tint la place de connétable.
A l'occasion de ce couronnement, un Te Deum fut chanté à l'église de Saint-Spire de Corbeil, et des feux de joie furent allumés dans la ville.
Louis XVI, d'un esprit peu étendu, d'une timidité de caractère et de parole extrême, trop faible pour savoir imposer sa volonté, essaya vainement d'impuissantes réformes. La remise du droit de joyeux avènement, l'affranchissement des derniers serfs du domaine, l'abolition de la torture, l'appui qu'il prêta aux Américains pour conquérir l'Indépendance, ne retardèrent pas même d'un instant l'heure suprême de la vieille Société ; la royauté absolue avait fait son temps et elle s'abîma dans ce naufrage oi!i furent englouties les traditions d'un passé souvent glorieux, sans doute, mais qui n'était plus en rapport avec les idées du temps.
La nation allait se charger elle-même des réformes que son roi et ses ministres n'avaient pu accomplir.
La Révolution de 1789 était devenue inévitable.