H. effiieées
ANTOINE CORNELISSEN.
Antoine Cornelissen descendait d'une des plus andennes et des plus opulentes familles d'Anvers. On ne trouve dans ses diverses biographies , ni la date de sa naissance^ ni celle de sa mort. Ses parents le destinant à Téglise , l'envoyèrent étudier la théolo^e à l'université de Louvain, où son assiduité et son talent lui valurent de grsoides distinctions. Il fiit toutefois subitement arraché à sa carrière par son père qui , ayant perdu sa femme et trois de ses enfants , le rappela chez lui , dans l'espoir que sa société lui ofiGrirait quelque consolation.
Le jeune homme, ainsi délivré de l'étude de la théologie, tourna ses vues vers celle de la littérature et des beaux-arts. La belle galerie de sculptures grecques et romaines, et la collection de pierres précieuses, que renfermait le cabinet de Rubens, frappa surtout ses r^rds et l'attira constamment vers la demeure de l'illustre peintre. C'est là qu'il acquit l'amitié de Van Dyck et d'autres artistes célèbres à cette époque , dont il devint le généreux et constant protecteur. Ce fut une source de regrets pour Cornelissen, lorsque Rubens, tenté par l'offre royale de dix mille livres, transmit sa collection au duc de Ruckingham ; d'autant plus qu'il avait souvent cherché et espérait réussir à obtenir de Rubens la permission de devenir un jour, moyennant une somme convenable, le possesseur d'une partie des objets les plus précieux.
Devenu, à la mort de son père, maître d'une fortune considérable, il ne négligea rien pour acquérir les plus belles productions de l'art. Il sut mettre sagement à profit le goût et le jugement d'un grand
nombre d'artistes qui avaient visité l'Italie, et les chargea du choix et de Tachât des objets qu'ils croiraient dignes de leur attention • de cette manière, il parvint à se former une des plus belles collections qu'on connût dans les Pay^-Bas.
Son portrait le représente comme un homme d'une taille élevée , d'un âge mur, d'un visage animé, la tète un peu rejetée en arrière, mouvement qui lui était sans doute particulier ; il parait être en train de parler. La gravure est pleine de vie, et d'une exécution à la fois hardie et délicate.
Il porte un simple collet en toile, rabattu et venant jusque près de la joue. Le bras droit traverse la poitrine , les bouts des doigts s'étendent au-delà du contour du bras gauche; une manchette de toile se replie sur le poignet, et sur l'épaule droite s'attache un manteau qui descend jusqu'au bas du dessin ; il cache en partie le dessus du bras.
La grisaille originale, d'après laquelle Yorsterman acheva la gravure, appartient aujourd'hui au duc de Buccleugh.
Hauteur, 9 p. Vs lig. — Largeur, 5 p. 10 Vi lig.
L'exécution de cette eau-forte est correcte, la tète expressive et soigneusement achevée. Le collet est à peine esquissé; les boutons et l'espace qu'ils occupent ne sont que légèrement indiqués. Il n'y a d'ombre , ni sur le manteau , ni au-dessous du bras ; il ne s'en trouve qu'une petite partie, immédiatement au-dessous de la main. Les extrémités des doigts ne sont pas marquées, cette partie du cuivre ayant été endommagée. Quant au fond , quelques lignes horizontales tracées au-dessus de l'épaule droite, sont croisées près des cheveux et de l'oreille , mais les lignes croisées s' étendant jusqu'au collet, il y a lieu de croire à quelque faute dans l'impression. Le bord
inférieur est seul et légèrement indiqué. Il n'y a ni inscription , ni encadrement.
Les épreuves de cette eau-forte sont rares. Elle fut gravée plus tard par Yorsterman ^, et la gravure une fois achevée, fut inserrée par lui dans le c Centum Icônes^ » avec Tinscription suivante : Antonius Cornelissen, Pictoriœ Ârtis Âmator, Antverpiœ.
* Evelyn, dans son ouvrage intitule Seulptura, prétend que Van Dyck aida Vorsierman dans l'exécution des gravures que celui-d fit de ses portraits « Et pour montrer comkien U meilleur des peintres avait d^ estime pour cet art. Sir Jnt, Van Dyck grava lui-même plusieurs sujets à Veau- forte, entre autres une Madone, un Ecce Homo, le Titien et sa maîtresse , Erasme de Rotterdam et retoucha plusieurs d^entre les têtes qu'ion a regardées Sabord comme gravées par Forsterman. »
Ce beau portrait de lui-même, parait avoir été fait lorsqu*il était âgé d'environ trente ans. Il y a dans la figure beaucoup de pointillage , mais les contours des traits sont fortement marqués , et il y a beaucoup de grâce et de liberté dans le jeu de la chevelure. L'ensemble de la tète est on ne peut plus expressif. Les cheveux se séparent sur le front et pendent en boucles touffues des deux côtés. Il y a une légère indication d*un collet rabattu.
Hauteur, 9 p. Vs lig. — Laideur, 5 p. 9 Vs lig.
Tète bien exécutée ; une ligne faiblement marquée, indiquant le collet. Ni bord ni inscription.
Isaac Neefs ajouta plus tard à cette gravure, Tépaule et les draperies qui y manquaient, mais laissa intact le dessin de Yan Dyck, en formant un buste, placé sur un piédestal. Sur celui-ci est gravé le titre de l'ouvrage des Centum Icônes , publié par Gilles Hendrix en 1645 ^
* Le deisin original de ce titre, se trouve dans la belle coliectlon des Portraits de Van Dyck, an Musée Britannique. Il est fait au crayon noir et à Tencre de Chine, à Texception de la tête, qui est une épreuve de la gravure.