Charles de Eauson de Charny
Nous avons vu qu'il {tait arrivé en Canada le 23 Juin 1652. Dès le 12 Août suivant, il épousa Marie-Louise Giffard, fille de Robert Giffard, seigneur de Beauport, et de Marie Renouard, sa femme. Louise Giffard était née en 1639, Du moins elle fut baptisée le 30e jour de Mars de cette année.
De ce mariage est née, le 14 Octobre 1656, Marie, qui fut
baptisée le 16. Sa mère ne lui survécut que quelques jours.
Elle mourut le 30 Oct. 1656, et fut enterrée le lendemain. ‘“ Le 30, à 6 h. du matin, dit le Journal des Jésuites, Dieu appela à soi Madame Charny, après une maladie de seize jours, et une vie très pure et très innocente. Elle fut enterrée, le 31, dans le nouveau chœur des Religieuses Hospitalières.”—(Régistres de Québec.)
Nous avons déjà vu qu'après le départ de son père, M. de Lauson de Charny eut, pendant quelque temps, l’administration du gouvernement de la colonie. Le Journal des Jésuites nous apprend qu’il partit pour France, à bord du vaisseau du capitaine Poulet, le 18 Sept. 1657, et qu’il en revint en 1659, à bord du premier vaisseau, qui arriva le 16 Juin. Il avait été fait prêtre en France, et accompagnait Monseigneur l’Evêque de Pétrée au Canada, où il exerça son ministère pendant plusieurs années. Le Journal des Jésuites dit qu’il partit de nouveau pour la France le 17 Oct. 1666, à bord du Sf. Jean, ‘ avec toutes nos lettres.” Le même Journal finit au mois de Juin 1668, ou du moins le reste manque. Il n’y est pas fait mention du retour de M. Charny. Cependant il a dû revenir en cette
si
mème année 1668, car le 21 Octobre 1668, il céièbre, à Québec, le mariage de Jean de Chambre et de Catherine Paul. Le 16 Février 1671, il fait le baptême de Fabien Badeau. (Régistres de Québec.) Enfin il repasse en France en cette même année 1671, ou peut-être en 1672, pour ne plus revenir, selon l’ Histoire de lHôtel-Dieu de Québec, qui nous apprend que M. de Lauson Charny passa alors en France avec sa fille et la cousine germaine de celle-ci, Charlotte Magdelaine de la Ferté, et qu’il les conduisit toutes deux aux Hospitalières de la Rochelle où elles ont été Religieuses. |
On a vu que dans la concession du 15 Déc. 1652, que lui fit son frère, on donne à M. de Lauson Charny la qualité de ‘ Grand-Maitre des Eaux et Forêts en la Nouvelle-Fran- * Devenu Prètre, il parait qu’il conserva cette qualité, ou plutôt ce mème titre. En effet, le 7 Sept. 1661, nous voyons que Charles de Lauson, chevalier, seigneur de Charny, Grand-Mailre des Eaux et Foréts en la Nouvelle- France, à tous ceux qui ces présentes Lettres verront, salut,” concède à Jean Juchereau, Sieur de la Ferté, et à Nicolas Juchercau, Sieur de St. Denis, ‘“ la consistance des lieux qui ensuivent, en notre seigneurie de Charny (Isle d'Orléans), c’est à savoir, huit arpents de terre de front sur le fleuve de St. Laurent, du côté du Nord, pour le Sieur Jean Juchereau et autres huit arpents pour le dit Sieur Nicoläs Juchereau, faisant le tout la quantité de seize arpents de terre de haut sur le dit fleuve St. Laurent, etc. ete.” Cette conccssion aux deux MM. Juchereau, se termine ainsi : ‘“ Car a été ainsi accordé, en foi de quoi nous avons signé la présente concession, et à icelle fait apposer le cachet de nos armes, et contresigner par notre secrétaire à Québec, le 7 Sept. 1661 ; signé :—de Lauson Charny, plus bas, par Monsieur,
ce.’
P. Vachon, Secrétaire.”
14. L'Isle d'Orléans avait été concédée le 15 Janvier 1636, par la compagnie de la Nouvelle-France, à ‘ M. Jao-
ques Castillon, bourgeois de Paris.” (‘ Titres des Seigneuries,” p. 350). Un acte du dernier Février 1636, portait que la concession avait été faite tant pour le dit Sieur Castillon que pour Messieurs de Lauson et Fouquet, conseillers d'Etat, et six autres, chacun pour un huitième, du nombre desquels était le Sieur Cheffault ; et lon ajoute : ‘au moyen de ce que le dit Cheffault avait reconnu, par le dit acte susdaté, que les terres mentionnées par autre concession à lui faite (celle de la côte Beaupré, à lui concédée, le 15 Janvier 1636,” à ‘“ Paris, en l’Hôtel de Monsieur de Lauson, conseiller du Roi en ses Conseils, Intendant de la dite compagnie,” (Titres des Seigneuries, p. 342), étaient tant pour lui que pour les dits Sieurs Fouquet, de Lauson, etc. etc., chacun pour un huitième,” Tout cela appert par l’acte de mise en possession, donné par le Gouverneur, M. de Montmagny, ‘ fait au Fort St. Louis, au dit Québec, le ler jour de Juillet 1638.” Cet acte se trouve au grefle de Québec.
Il résulte de tout ce qui vient d’être relaté, que M. le Gouverneur de Lauson, qui voulait établir ses enfants dans la Nouvelle-France, n’avait pas négligé les moyens de parvenir à ce but. En effet, dans plusieurs titres de concession de seigneuries, il est porté que les appellations des Juges des seigneurs, ressortiront ‘ pardevant le Grand Sénéchal de la Nouvelle-France, ou son lieutenant en la Jurisdiction de Québec.” (Titres des seigneuries, p. 352, du 15 Nov. 1653 ; p. 383, du 8 Février 1652 ; p. 341, du ler Avril 1656 ; p. 390 , du 15 Déc. 1653. Et le fils était le Grand Sénéchal.
Dans quelques autres titres de concession, le “ Mandement ” de mettre les concessionnaires en possession, est adressé au “ Grand Sénéchal de la Nouvelle-France, ou ses Lieutenants.” (Titres des seigneuries, p. 50, du 13 Mars 1651, fait à Paris ; p. 115, du 30 Déc. 1653 ; p. 341, du le Avril 1656 ; p. 75, du ler Juillet 1656 ; p. 88, du 5 Août
Dans d’autres titres, il est dit que la Foi et Hommage sera portée ‘ en la Sénéchaussée de Québec.” (Titres des seigneuries, p. 352, du 15 Nov. 1653 ; p. 383, du 8 Février 1652 ; p. 341, du ler Avril 1656.)
Toutes ces concessions me paraissent avoir été faites durant le gouvernement de M. de Lauson, à l’exception de celle du 13 Mars 1651, faite à Paris, par la Compagnie de la Nouvelle-France, avant l’arrivée de M. Lauson en Canada, mais après sa nomination comme gouverneur, puis-
que sa commission de gouverneur est en date du 17 Janvier 1651. (Ed. & Ord. t. 3, p. 16.)
15. C’est principalement dans les concessions faites par M. le Gouverneur de Lauson, que l’on voit la Coutume du Vexin-le-Français introduite.
Coutume de Paris, art. III,
Quand aucun fief échet par succession de père et mère, ayeul ou ayeule, il n’est dû au seigneur féodal du dit fief, par les descendants en ligne directe, que la bouche et les mains, avec le serment de fidélité ; quand les dits père et mère, ayeul ou ayeule, ont fuit et pavé les droits et devoirs en leurs tems ; en ce non compris les fiefs qui relèvent et se gouvernent selon la coutume du Vexin-le-Français; esquels fiefs quise gouvernent selon la
coutume du dit Vexin, est dû relief à toutes mutations ; et aussi ne sont dûs quints.
16. M. l’Abbé Ferland, qui nous promet une histoire remarquable du Canada, et surtout honnêtement écrite, a eu l’'obligeance de me communiquer l’extrait suivant d’un mémoire qui est entre ses mains : ‘“ Monsieur de Lauson, (le gouverneur,) ayant été prévenu qu’il ne pouvait plus être soutenu, il anticipa son rappel en repassant en France, où depuis, il a servi en qualité de Sous-Doyer du Conseil, logé
au Cloistre de Notre-Dame (à Paris,) chez son fils, chanoine de la dite Eglise.”
Voici donc un autre fils de M. de Lauson. Ne serait-il pas, par hasard, cet Abbé de Lauson, dont il est fait mention
\ 1] dans une concession donnée par le gouverneur de Lauson au Al sieur Jean Bourdon le 15 Décembre 1653? Cette concession | comprend toute l’étendue de terre qui se rencontre sur le il Fleuve St. Laurent du coté du nord depuis les bornes de la concession du sieur Abbé de Lauson jusques à celle du Géfunt sieur Des Chatelets.” (Titres des Seigneuries, p. l'A 390.) La ‘ Liste des Prêtres du Canada,” publiée à Québec en 1834, ne fait pas mention de cet Abbé de Lauson.
17. 11 faut convenir que M. de Lauson avait su faire à sa famille une part assez belle des terres du Canada : ‘ Les LL membres de la Société de Notre-Danie de Montréal,” dit M.
P'Abbé Faillon, Vie de Mademoiselle Mance, Introduction,
pp. XXXIHITet XXXIV,” songèrent à acquérir la propriété
L de l'Ile de Montréal. Elle avait alors pour maître, M. Jean de Lauson, Intendant du Dauphiné, qui ne Pavaii reçue que
sous la condition expresse d’y établir une colonie. M. de
Lauson ayant négligé jusque alors d’y faire passer des
celons, et d’y entreprendre aucun défrichement, la prudence
15 ne permettait pas aux Associés d’envoyer à grands frais, ji dans la même Ile, une recrue d'ouvriers avant d’en avoir assuré la possession à leur Compagnie. Ileut été à crain-
dre en effet que les dépenses qw'ils. se proposaient de faire
is pour cet objet, ne tournassent à l’avantage personnel du propriétaire, et ne missent par là un obstacle insurmontable à Li leur desseir. C’est pourquoi, conformément à la résolution {0h qu’ils avaient prise de se cacher aux yeux du monde, et de faire leur œuvre en secret, ils obligèrent M. de la Dauversière et M. de Fancamp à aller trouver M. de Lauson en Dauphiné pour lui demander la concession de cette Ile.
LE) « M. de Lauson, dont les vues n’élaient pas aussi pures ni aussi désinterressées que celles de la Compagnie, et qui