I. — INTERPRÉTATION DES TEXTES HIÉROGLYPHIQUES
L'étendue de ce chapitre ne nous permet point d'entrer dans de longs développements sur la question du déchiffrement des textes de Tantique Egypte. Nous nous bornerons donc à citer la curieuse ligne qui termine la stèle de Rosette ' .
Voici d'abord le texte hiéroglyphique égyptien et la version grecque de cette phrase, tels qu'on les trouve gravés sur la pierre de Rosette :
iTEPEOYAI0OYTOI2TEIEPOI2KAIENXnPIOI2 KAlEAAHNIKOlirPAMMAZINKAIITHZAIENEKAZTniTnN TEnPnTnNKAlAETTEPn ilIBi^ ^ ^^
Le texte grec a été restitué conjecturalement, ainsi qu'il suit, par Letronne '. La partie incluse entre deux crochets [] manque sur la stèle originale :
1. Inscription grecque de Rosette. Texte et traduction littérale, par Letronne (Paris, 1840), pag. 6. Voy. également H. Brugsch, Inscriptio Rosseitana hierogh/phicaf pag. 27; Ad. Uhlemann, Inscriptionis Rosscttanœ hicrogli/phicœ décréta m sacerdotale, etc., pass.
2. (( La fin de cette ligne, dit Letronne (Lib, citât.), ne pouvait être
restitu(^e complètement, sans le secours du texte égyptien Sans la
connaissance du texte hiéroglyphique, le savant helléniste serait porté, avec Porson, à restituer le texte grec de manière à donner le sens de : (que le décret soit placé) dans chacun des temples des dieux, du premier, second et troisième ordre, sv à)tà(jTt|j xwv te Tiptoxcov xai 8£ux£po)[v xa: xp'Twv Up^j] (mais, en ce sens, il faudrait mettre ôewv avant lept}»). »
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[To Se <|;r;(pi<jjia xoûxo àyoiyp^on iizi (jtïîXtjv èx çjjTepeou X(9ou xoTç te UpoT; xal £v;(wpioi; xat IXXtjvsxoTc Y?*|^fJi*<'i>' xal Tzi^don ev àxàaxqj xwv T6 TcpwTwv xat 8€i>T£p(o[v xai to'Itwv Upwv irpoç T^ ToO alwvoêi'ou padtXiwç e'.xovi.]
C'est-à-dire :
« Enfin, que ce décret soit gravé sur une stèle de pierre dure, en caractères sacrés, locaux et grecs, et placé dans chaque temple des premier, second et troisième ordres, près de l'image du roi toujours vivant. »
Passons maintenant au déchiffrement, caractère par caractère, du texte hiéroglyphique, en nous guidant sur le texte grec, qui nous fournit le sens que le texte égyptien doit avoir :
[/t] syeouï pn hr a'hî^ ntl a'e. roui m
soit gravé décret ce sur une stèle de pierre dure en
àva^pâ^l^at TO 51 <|;ïî<pi<ijia touto lizX œttjXtjV âx XtGou dTcpcou xoTç xe
9 iO 11 12 13 14 15 16
lia "- 1 li % v^^n p«n
«ye n ntr djt-ou sje n cha'i sye
écriture de divines paroles, écriture de livre, écriture
Ypififiafftv lepoTç xai (Yp(X|i|JLa<Ttv) i'^yjapioiç xat (Ypi|JL|JLa^iv)
n Hcouînn rta ha-f m ous/j-ou m
de Ioniens, afin que il soit placé dans les grandes salles, dans
IXXtjvixoTç xal oxf^aat Iv
1. L'a' avec apostrophe est ici usité pour transcrire le son de Va'in V.
168 Sï>ÉCIMEN DE l'interprétation
rou-pe ae nb hr r-a'n f m mh-1 mh-^
les temples du pays entier au nom de lui de premier second
Upwv èxacrcy xwv t£ ttûw-cwv xat ôEutEpto
W//-3 /-/ï^a yn. a soutnyb ptlniis «'^X ^-/^^
troisième ordre où (est) la st si lue du Roi Ptolémôe vivant toujours,
Y,7.\ Tpixcov irpo;; tt; èi>C':vr. xoO ^affiXiox; alwvoS'-ou
33En ^ -- ffi
Pf/i mrt ntr hr nb nfr-ou
de Pthah chéri, Dieu Épiphaiie, Seigneur très excellent.
Le fragment qui précède du texte hiéroglyp^iiq^^ ^^ ^^ triple inscription de Rosette avait déjà été interprété par plusieurs égyptologues étrangers. M. Thcodule Dcvériu a bien voulu rédiger, pour cet ouvrage, la traduction qu'on vient de lire, ainsi que les remarques suivantes, qui se rapportent à chacun des groupes numérotes à la page ci-contre. 1. — Le sxEOUï, signe initial de ce groupe est presque détruit, et ceux qui le précédaient ont disparu sur le monunieiit; mais la restitution de ce premier caractère, y s, est ccvXnine d'après la dernière ligne des deux décrets de Pbilai, où la formule qu(.' nous reproduisons se trouve répétée avec de légères vunantes: notre premier groupe est en etïet tout entier dans la premièie de ces deux inscriptions, et il réj>ond, ih\ns la seconde, â une autre forme du môme radical : I Ï'^V ^^'^'^'^o^^' ^-^ signe dëterminatif ^ « l'iiomme invoquant » ou plus correctement qq « riiomme portant la
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main à sa bouche » s'applique à toutes les actions de la bouche et à tout ce qui a rapport à la parole; il détermine ici ridée de la « prescription, de Tordre ». Les dérivés coptes du thème antique sye, sont c^, c^h, c^i, c^«.i, c^oti, c*.^, cé.^. etc. ; ci6«.i veut dire « scribere » et ç^^\ e&oA « jubere, edicto proponere ».
2. — PN. Article démonstratif afRxe masculin singulier. (Cf. le copte n«.i, nci « hic, hoc, ille, illud », etc.)
3. — HR. Signe symbolico-phonétique représentant la face humaine, copte ^p«. « faciès », répond au mot ^p«.i « in » ou €^p«.i (( super ». Le trait placé au-dessous parait être un signe d'attention pour prévenir le lecteur qu'il faut prendre le caractère dans un sens symbolico-phonétique.
4. — a'hI. Ce groupe, dont le signe déterminatif représente la stèle elle-même, dérive de la même racine que le copte o^i « stare, manere », hiérogl. y ' • C'est « la stèle, le monument érigé pour perpétuer le décret ».
LV a initial diacritique, est placé après le syllabique
^ a'h, mais il est très probable qu'on ne devait pas tenir compte de sa place dans la prononciation de ce mot; on le trouve d'ailleurs quelquefois écrit le premier \ (Cf. note du groupe 20.)