‹ Mémoires et fragmentsChapitre 177 sur 212 · DANS LE SYSTÈME HIÉROGLYPHIQUE · texte numérisé non relu

DANS LE SYSTÈME HIÉROGLYPHIQUE

DBS ANCIENS ÉGYPTIRNS *

L'honneur d'avoir le premier reconnu les principaux signes hiéroglyphiques servant à la notation des nombres revient à M. Jomard, de l'Institut, dont nous avons à regretter la perte toute récente. Dès 1819*, il apprenait au monde savant la valeur des chiffres suivants : l'unité, I; la dizaine, fl; la centaine, Q.; les mille, T, et de plus, le signe exceptionnel et rarement usité de l'étoile, ^c, pour le nombre 5. A ces caractères, Champollion ajouta le doigt, 11, comme exprimant les dizaines de mille. Cette série de chiffres bien déterminés suffisait pour lire tous les nombres connus dans les inscriptions, dont aucim n'atteignait 100,000. Restait à savoir s'il existait des signes particuliers pour l'expression de ce dernier nombre et des unités d'ordres supérieurs : c'est ce que je crois avoir été assez heureux pour découvrir.

Une planche lithographiée séparément au Musée britannique, avec la lettre K pour toute marque, contient quelques

1. Publié dans la Reçue archéologique, nouvelle série, 1862, t. II, p. 253-26.3.

2. Notice sur les signes numériques des anciens Égyptiens, etc. Paris, septembre 1819, in-12, 31 p.

BiBL. ÉGYPT., T. IV. 17

exemples de comptes d'un recensement fait, par ordre du pharaon, des biens de toute nature dépendant de la demeure ou du temple d'Ammon. Le tout est écrit en beaux caractères hiératiques, et parmi ces comptes, je marque les deux nombres suivants :

En voici la transcription en signes hiéroglyphiques ;

MMlllliçnnni un Uiiiiiii rinnim^ 4 X + 21,362 et 8 x + 64,168 + V».

Le premier s'applique aux 5^(| JftkT t^ i bestiaux et bêtes à cornes, etc., et l'autre aux mesures des champs, ^^8 ». Dans ces deux exemples, le .signe '^i»., qui représente un têtard de grenouille, précédant les dizaines de mille, doit nécessairement avoir une valeur supérieure. M. Birch Ta en effet reconnu pour un signe numérique, en lui attribuant la valeur d'un million ^ . Mais comme dans nos deux exemples le têtard précède immédiatement les dizaines de mille, il serait plus naturel de lui supposer la valeur de cent mille.

En visitant Thèbes pour la seconde fois, au commencement

1. Bunsen, Egnpi's Place, vol. I, p. 519-520, n" 341-342; M. E. de Rougé a dit avec raison million ou cent milles dans son cours au Collège de France.

de cette année, j'ai trouvé, dans le magnifique tombeau de S'â-m-hâ, connu des Arabes sous le nom de Memnoun, à *Abd-el-Qurnah, une courte légende* qui donne la preuve que dans la série hiéroglyphique des signes numériques, il n'en existe aucun entre le doigt et le têtard, et l'on peut conclure de là, en s'appuyant sur la progression des signes connus : I, 1; n, 10; ^, 100; J, 1,000 et |, 10,000, que le signe suivant^ le têtard, '^is., vaut 100,000. Les deux nombres hiératiques que je viens de citer doivent donc se lire, l'un : 421,362. l'autre : 864,168 + Vi-

La légende numérique dont je viens de parler est sculptée dans un bas-relief qui fait pendant à celui qu'a reproduit M. Prisse [Mon,, pi. 39), et Lepsius [Denkm., III, 76 6). Le roi Aménophis III y est représenté sur son trône, et on lit auprès de lui :

Page 1