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Le roi, moDtô sur le grand trône, reçoit les listes des revenus du Midi
XB(Î).
et du Nord.
De nombreux grammates ' apportent en effet avec le plus grand respect ces listes, sous forme de rouleaux de papyrus, devant Sa Majesté. C'est au-dessus de ces volumen et pour en indiquer le contenu que sont tracés les caractères en question :
Si Ton essaye de lire cette courte légende dans son sens propre, c'est-à-dire, ici de gauche à droite, et de droite à gauche sur le monument, on est arrêté après le premier mot,
1. Depuis mon retour, i*ai reconnu que cette légende avait déjà été publiée, mais non interprétée; cf. Lepsius, Denkm,, III, 77.
2. Ils n*ont pas été copiés sur la planche de Lepsius, Denkm,^ III, 77, où cette légende est reproduite ainsi que d'autres relatives au même tableau.
/^ , total, totalité, par un groupe de signes dont la valeur est embarrassante; mais si au contraire on cherche à la déchiffrer dans l'ordre rétrograde, c'est-à-dire ici de droite h gauche, on remarque de suite la série progressive des signes numériques ©, 100; T, 1,000; \ 10,000, ef^^^^, 100,000 répétés chacun trois fois, puis un nouveau caractère, Mr , au-dessus du nombre 1 1 1, 3, et qui, en suivant la même progression, devrait exprimer les millions \ et enfin l'anneau, û, encore trois fois répété, pour les dizaines de millions. En acceptant ces deux dernières valeurs, et en les appliquant à l'interprétation de notre légende lue dans son sens naturel, ou ici de gauche à droite, on traduira de suite :
Total : 33,333,300.
Il est évident que ce ne peut être la véritable signification de ces caractères et qu'il faut considérer la triplicité des signes numériques, ou l'adjonction des trois unités, m, qui remplacent cette triplicité, non pas comme indiquant trois fois la valeur de chaque signe, mais comme exprimant simplement le pluriel par voie figurative, comme on en a tant d'exemples dans les textes hiéroglyphiques. Alors on pourra traduire sans difficulté :
ÛQÛ "g
Totalité des disaines de millions, des millions, des centaines
m ffl
de mille, des di:sQines de mille, des milliers et des centaines, ou en d'autres termes : Totalité des comptes, ce qui répond parfaitement au contenu supposé des volumes.
1. M. E. de Rougé lui a attribué cette valeur dans son cours du Collège de France, mais d'une manière dubitative, et même sans afiQrmer que ce caractère ait jamais eu une valeur numérique bien déterminée.
Quant à la prononciation de ces différents caractères, on sait que les noms de nombre sont très rarement écrits phonétiquement; ainsi après celui de Tunité simple, i , uA, un, et de quelques autres nombres inférieurs à dix, nous n'avons les noms de la dizaine et de la centaine que par le copte juHT, ju€T, ou juitT et ige; mais le signe des milliers, T, a la valeur syllabique xÀ; il est même parfois accompagné de compléments phonétiques T'^^, xAu, mille, millier, grand nombre, beaucoup, et répond au copte igo, mille. Il en est de môme pour le doigt, ||, tb, qui est le type primitif des mots ikfK, en dialecte thébain, et -aÊ*., en memphite, pour exprimer dix mille.
J'ignore tout à fait la valeur phonétique du têtard, *^>^, qu'il ne faut pas confondre avec la grenouille, 5^, H*Q-t * ; cette dernière, d'après le seul fragment connu de Chseremon, exprimait le retour à la vie, la résurrection^. C'est sans doute pour cela que dans les bas-reliefs du grand temple d'Abydos, sculptée dans des proportions colossales, elle est qualifiée Dame du ciel et reçoit les hommages du roi Séti !«'. Le choix du têtard de grenouille pour l'expression des centaines de mille s'explique assez bien par le nombre immense qu'on en observe dans les eaux du Nil peu de temps après l'inondation. Il faut remarquer que ce caractère ainsi que ceux qui expriment des nombres plus grands peuvent se prendre dans le sens général de myriades, multitudes; en voici un exemple :
JUUttUIIL A/WV\A
hM
Ferme pour exterminer des myriades'.