‹ Mémoires et journal de J.-G. Wille (volume 2)Chapitre 5 sur 53 · VI · texte numérisé non relu

VI

M. CoLLiN DE Vermont cst uu asscz bon peintre d'histoire. Il n'a ny grands défauts ny grands talents; il f<»if également le grand et le petit.

M. Oudry est un excellent peintre d'animaux. Depuis (jue nous avons perdu le très-excellent M. Des Portes le père, il est le meilleur. Il excelle aussy aux fleurs.

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;iux fruits, aux oyseaux; en un mot, à tout ce qu'on jippelle choses naturelles. Il fait bien le paysage et les petites figures qu'il y introduit.

M. Adam l'aisné, sculpteur, travaille bien le marbre; il finit extrêmement les chairs et les détails. Son goust de dessein est sec, maigre, et ce qu'on appelle mesquin et de petite manière. Ses testes de femmes sont souvent laydes. Il a esté en Italie.

. M. LE MoYNE est ce qu'on peut appeler un très-joly sculpteur. Il compose finement, élégâment, spirituellement; son goust de dessein est de même, et fort svelte. 11 cherche la manière du Bernin, mais la sienne est moins grande. Ses femmes sont plus jolies que belles : il est à peu prez en sculpture ce que Boucher est en peinture, un peu maniéré. Il n'a point esté en Italie. 11 est élève de son père, qui a esté un assez bon sculpteur, ainsy que son grand-père; il a fait entre autres deux excellents morceaux, la statue équestre du roy, en bronze, qui est ;i Bordeaux, et le mausolée de madame la marquise de Feuquières, qui est aux Jacobins de la rue Saint-Honoré. 11 fait actuellement une statue pédestre du roy, en bronze, pour la ville de Rennes.

M. Parrocel est un excellent peintre de batailles. Sou dessein est grand, fier et terrible, ainsi que son pin-

ceau. Il compose bien; beaucoup d'expression. Sa couleur est bonne ; il a trop de feu pour finir ses tableaux, de façon que souvent ce ne sont presque que de belles esquisses quelquefois un peu dures. Sa manière est grande et large, ainsi que son exécution. Il peint actuellement les conquêtes du roy; il demeure aux Gobelins. Il y a actuellement dans l'école de M. Yanloo un jeune homme qui, selon toutes les apparences, sera un jour un grand peintre de batailles; il ira bientôt en Italie.

M. BoucHARDON cst cc qu'ou pcut appeler un trèsgrand sculpteur, peut-estre égal aux meilleurs Grecs, et fort supérieur aux Romains. Il imite le bel antique, et surtout la nature ; mais quelquefois il l'imite peut-estre trop exactement, et ne l'embellit pas assez. Il compose sagement et de grande manière. Son exécution est parfaite, ses chairs sont de la chair ; il termine beaucoup ses détails, et ne néglige rien. Il dessine parfaitement, et ayme beaucoup à dessiner; aussy ses desseins sont de la plus grande beauté. Il a esté longtemps en Italie, où il a fait des ouvrages considérables à Rome. Ses principaux ouvrages, à Paris, sont à Saint-Sulpice, exécutez par ses élèves, d'après ses modelles, c'est-à-dire les deux Vierges et les Apôtres; le petit tombeau de madame la duchesse de Lauragais est beau comme le bel antique, aussy pur et aussy sage. 'Il a fait aussy les deux anges de métail qui portent les deux pupitres; ils sont de toute beauté. Tout le monde connoît sa belle fontaine de la rue de Grenelle, faubourg Saint-Germain. L'architecture est de luy ; il possède la théorie de F architecture, en ayant fait une étude particulière et raisonnée en Italie. Il vient de finir

un Amour de grande nature pour le roy. C'est un morceau achevé : peut-estre le jeune homme qui luy a servi de modelle n'avoit pas les jambes assez belles et avoit les pieds un peu plats et trop longs, les bras un peu maigres, surtout le gauche, il va faire la statue équestre du roy en bronze, qui sera posée vis-à-vis le pont tournant du jardin du palais des Thuilleries.

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M. GousTOU. Elève de son père, qui estoil un bon sculpteur, il ne peut mieux faire que de tâcher de ressembler à son oncle Coustou, qui esloit un très-grand sculpteur : on peut l'espérer. 11 a esté longtemps en Italie.

M. Pierre. La nature et son gor t l'ont fait pein- Ire. Il a tous les talents; comme Boucher, il fait également bien le grand et le petit, le sérieux et le galant. Quelquefois, pour se réjouir, il fait ce qu'on appelle des bambochades : elles sont charmantes, et dans le goust de Berghem.

M. LA Datte est un joly sculpteur, facile. Il compose et dessine bien; il est à Turin, où il fait des ouvrages considérables pour le roy de Sardaigne. Il y a de ses ouvrages dans le jardin de feu M. Dufaur, rue Coq-Héron, et dans celuy de M. delà Poplinière, à Passy; entre autres un Enlèvement de Proserpine, joly nfiorceau. Je crois que II. m

dans ce même jardin il y a quelques morceaux de M. le

Moyne. Il a esté en Italie.

M. PiGALLE. Excellent sculpteur, connu, entre autres, par un Mercure et une Véwm que le roy a envoyés au roy de Prusse; le Mercure supérieur à la Vénm, il fail actuellement le buste de madame de Pompadour. Il a esté longtemps en Italie.

M. Nattier, peintre de portrait. Ordinairement il fait ressembler, et en beau surtout, les femmes; ses habillements sont galants, mais maniérez, et sentent ce qu'on appelle le mamieqiiin. Le coloris de ses chairs est souvent fort mauvais, plombé, gris, tirant à l'encre de la Chine, à la brique et au noir. Il veut donner de la force, et il devient, dur; il a voulu imiter Sanlerre, et cela l'a gasté. Il ébauche bien et de bonne couleur, et, quand il vient a finir, il la gaste; elle devient livide, et son travail paroist tout estampé dans ses chairs et indécis comme une teste qu'on regarderoit à travers une gaze noire. Son gendre, M. Tocqué, lui est bien supérieur, surtoul dans cette partie. C'est un excellent peintre; il n'est pas assez connu, on ne Testime pas assez.

M. Lepicié. Bon graveur, il a de l'esprit et des lettres; il écrit assez bien en j)rose, et fait d'assez jolis vers, qu'il écrit ordinairement au bas de ses estampes:

il est secrétaire de l'Académie, et y loge. Il faut le roir. 11 est poly, obligeant et commiinicatif.

M. Massé a esté un excellent peintre en miniature. Sa veûe ne lui permet plus de peindre; c'est grand dommage. 11 est homme d'esprit; il s'énonce difficilement et obscurément, mais il écrit bien. 11 a fait, en dernier lieu, un Mémoire qu'il a lu à l'Académie^ qui est excellent. 11 faut le lire; je crois qu'il le communiquera avec plaisir. Tous les genres de peinture y sont traitez supérieurement: M. Massé est un excellent connoisseur dans ces matières.

MM. RoETTiERS père et fils sont d'excellents graveurs en médailles, ainsi que M. Marteau, qui, de plus, grave en pierres fines. 11 excelle au portrait. Il n'est poinl de l'Académie, mais il mérite d'en être.

M. Chardin a les mêmes talenls que M. Oudry, excepté le paysage. Il excelle aux petits sujets naïfs, dan.s le goust flamand. 11 compose bien, il dessine bien; son coloris est quelquefois un peu gris. Sa manière de peindre est singulière ; il place ses couleurs l'une auprez de l'autre sans presque les mêler, de façon que son ouvrage ressemble un peu à de la mosaïque ou pièces de rapport, comme la tapisserie faite à l'aiguille qu'on appelle poinl carré.

M. TocQuÉ est un excellent peintre de portraits. U n'est élève de personne, il s'est fait luy-même; cependant sa manière ressemble beaucoup à celle de M. de l'Argilière, et c'est faire son éloge. Il dessine bien et compose bien ses portraits; il les habille bien, et galamment. 11 fait tout d'après nature, et l'imite parfaitement; ses éloffes sont belles, vrayes, brillantes, et d'un beau finy. Sa couleur est belle, vraye et fraische; son pinceau est léger et fondu; sa touche est fine, spirituelle et finie: enfin, si quelqu'un a jamais approché de Van Dyck, c'est M. Tocqué. J'avoue que c'est mon peintre favory pour le portrait, parce que je le crois le meilleur.

M. AvED, peintre de portraits. Assez souvent il fait ressembler, mais en laid et en dur. Sa couleur est acre, et tire au noir et à Içi brique; son pinceau est lourd, dur, et sec; il ne sçait ny fondre ny finir. Ce qu'il a fait (le mieux est le portrait de Rousseau, celuy de l'ambassadeur turc, ceux de Crébillon et de Roy; celuy de Rous»seau est gravé.

iM. Servandoni, Italien, excellent architecte pour les grandes choses dans le gousl grec, et du bel antique dans le goust de Michel-Ange. Excellent peintre d'archifecture, de bonne couleur, sa touche est ferme, s|)iriluclle, el de grande manière; son pinceau est gra<

APPENDICE. 405 et léger. II invente bien, il compose de même; il excelle nnx belles mines. Les figures qu'on voit dans ses tableaux ne sont pas de luy; il les fait faire ordinairement par nos .meilleurs peintres de figures. Il est très-grand décorateur, et fort ingénieux : la décoration du feu d'artifice (ju'on fit pour le mariage de l infante, près le cheval de bronze, estoit de lui : c'estoit une très-belle chose; elle est gravée. Il a fait longtemps des décorations de l'Opéra, et avec beaucoup de succez. Son tableau de réception à f Académie est très-beau; il est dans une des salles de .l'Académie.

M. CocHiN le fils est ce qu'on peut appeler un trèsjoly graveur. Il dessine très-joliment, agréablement, gracieusement, très-finement et très-légèrement. Il a le génie très-facile, très-élégant et très-abondant; il invente et compose au mieux. Il ne .ravaille giières qu'en ipelit. Il a beaucoup gravé: presque toutes les fêtes de Versailles et de Paris, beaucoup de vignettes, de frontispices et d'estampes pour des livres. Il est fils d'un bon graveur anssy de l'Académie. Il est actuellement en Italie avec M. de Yandières, pour y dessiner d'après nature.

M. Cars est un très-bon graveur, et notre meilleur pour l'histoire. Il a excellé à rendre la manière des peintres d'après lesquels il a gravé. Il a gravé presque tous les tableaux de feu le Moyne, premier peintre du Toy, parfaitement. Il a presque abandonné la gravure pour faire le commerce des estampes.

M. MoYREAu a beaucoup gravé, d'après les tableaux de VouvernianSj passablement.

M. ViNACHE est un fort médiocre sculpteur. Toutes ses testes de femmes sont laydes^ et toutes ses testes d'hommes luy ressemblent, et il n'est pas beau; il est cependant employé par le roy. Il fait actuellement pour Bellevue, en marbre un^^ copie du très-excellent groupe de Sarrasin qui est dans le jardin de Marly; il représente deux enfants qui badinent avec une chèvre. Il est 'plus propre à copier qu'à produire.

M. NoNOTTE a esté (juelqnes moments élève de feu M. le Moyne. Il fait le portrait passablement: il promettoit plus qu'il n'a tenu.

M. Daullé grave fort bien le portrait , etc.

M. LE Bas est un graveur à peu prez dans le goust do Cocliin, à la différence qu'il n'invente ny ne dessine gnères d'original. Il copie bien, surtout Vouvermans ctTénicrs; il a beaucoup gravé d'après ces deux pein-

très, il ne grave qu'en petit. Il néglige beaucoup la gravure pour le commerce; ce qu'il a fait de mieux sont ses premiers Vouvermans.

M. Antoine le Bel n'a point eu de maître que l'inspection de la nature; ce qu'il fait le mieux^ ce sont les marines. Il faille paysage assez bien. Sa touche est un peu lourde; ses figures de môme, et un peu dures.

M. DE LA Tour, excellent peintre de portraits au pastel, n'a point eu de maître que la nature; il la rend bien, sans manière. Il se donne beaucoup de peine, et ne se contente pas aysément, ce qui nuit à beaucoup de ses portraits. Il ne sçait pas s'arrester à propos : il cherche toujours à faire mieux qu'il n'a fait; d'où il arrive qu'à force de travailler et de tourmenter son ouvrage souvent il le gaste. Il s'en dégoulte, l'efface, et recommence, et souvent ce qu'il fait est moins bien que ce qu'il avoit fait d'abord; de plus, il s'est entélé d'un vernis qu'il croit avoir inventé, et qui très-souvent luy gaste tout ce qu'il a fait. C'est grand dommage; le pastel ne veut pas être tourmenté, trop de travail lui oste sa fleur, et l'ouvrage devient comme estompé.

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M. PoRTAtL, garde des tableaux du roy, à Versailles, a les talents les plus aimables et les plus singuliers; il a beaucoup voyagé. Il se destinoit au génie et à l'architec-

408 APPENDICE, line, il s'est tourné du côlé de la mignature. Il dessine également bien la figure, le portrait, l'architecture, le paysage, les fleurs, les fruits, les animaux, les oyseaux, et tout ce qu'on appelle les choses naturelles^ le tout d'après la nalure, qu'il imite parfaitement et qu'il embellit. Il ne travaille guerres (ju'en petit; il employé, dans son travail, les crayons de mine de plomb, la pierre noire, la sanguine, lacraye, la plume, le pinceau, l'encre de la Chine et les couleurs en détrempe. Ses ouvrages sont dessinez, pointillez, hachez, lavez et peints; de tout ce différent travail, il en résulle les choses les plus aymables : s'il peint des fruits, ils ont cette fleur, celte espèce de duvet qu'on leur osle quand on les manie; il représente le luisant qu'ont les plumes des oyseaux et le caractère du poil des animaux; il ne manque à ses fleurs que l'odeur. Il faut avoir, pour produire de pareilles choses, la plus grande patience, le plus grand talent, la plus grande propreté et la plus grande légèreté de main, et surtout le goust le plus fin et le plus sûr. Ses compositions sont charmantes, élégantes, voluptueuses. 11 groupe à merveille; ses fonds sont de la plus grande suavité et vaguesse. Pour former ses principales lumières, ordinairement il laisse paroître le fond de son papier, qui est blanc.

M. LE Sueur peint assez bien le portrait; son pinceau est un peu lourd.

M. GuAY est un très-excellent graveur en pierres fines, comme le bel antique. Il dessine bien, finement, élégam-

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nient. Il excelle à taire des portraits en bague, et fort ressemblants. Ses ouvrages sont d'un beau liny; il a fait plusieurs morceaux où il y a plusieurs figures de la plus grande beauté. Il est supérieur à Bonier, qui estoit excellent.

M. OuDRY le fils marche sur les traces de son père, et dans le même genre, mais moins spirituel, moins fin et moins léger que son père dans son exécution.

Il y a plusieurs agréez qui ne sont pas encore reçus à l'Académie, parmi lesquels il y a d'excellents sujets.

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M. Adam le cadet, sculpteur. Sa manière est plus grande, plus large, et d'un plus grand goust que celle de son frère aisné; il n'est point maniéré comme luy. Il a fait, entre autres choses, le mausolée de la reine de Pologne, posé en Lorraine, assez bien composé, mais d'une exécution médiocre. Il a esté à Rome.

M. Falconet est un jeune sculpteur de la plus grande espérance. Il compose bien, et avec esprit; son exécution est bonne et raisonnée, et son dessein correct. Il a de l'expression; elle n'est point outrée, elle est sage et convenable avec décence. On a vu de luy, aux derniers Salons, un modelle d'une Érigone, celuy du génie de la France qui embrasse le buste (lu roy, et le buste de

M. Falconet, célèbre médecin, qui luy ont fait beancou[) d'honneur.

M. Sally. On peut (Jire de luy à peu prez les mêmes choses que de Falconet. Il est élève de feu Coustou le cadet. Il a esté a Rome, où il s'est distingué dans plusieurs ouvrages; il y a fait plusieurs portraits en buste. Il travaille bien le marbre. Il fait actuellement une statue pédestre du roy pour la ville de Rennes; elle sera de marbre. On voit de luy au Louvre, dans la salle des antiques, une belle copie du nouvel Anùnom jeune, plus beau que 1 ancien.

M. Miquel-Ange Slodz, sculpteur, a esté longtemps en Ilalie. Il y a fait plusieurs ouvrages considérables, qui luy ont attiré la plus graride estime et la plus grande réputation de la part des Italiens mêmes; il y a fait, entre autres, une statue colossalle de saint Rruno en marbre, qui est posée dans Saint-Pierre de Rome, et le mausolée du cardinal d'Auvergne, à Vienne en Dauphiné; c'est un très-grand et beau morceau.

M. Vernet, peintre, est à Rome. Il excelle aux marines et aux sujets qui représentent des nuits, des clairs de lune, des incendies. Ses paysage;^ ressemblent un peu à ceux de Salvator Rosa, par la touche, ainsi que les figures qu'il y introduit.

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