‹ Mémoires et journal de J.-G. Wille (volume 2)Chapitre 4 sur 53 · U UN AL · texte numérisé non relu

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1res parties; le pont Royal en étoit garni d'un bouL à l'autre, et ce fut là où je m'arrêtai fort longtemps. Enfin le tout se passa, Dieu merci ! aussi tranquillement que le 31 de may. Mon fils vint enfin me trouver, extrêmement fatigué d'avoir patrouillé pendant deux nuits de suite.

Me trouvant un des dimanches ensuite dans la rue de la Harpe, nous y vîmes enfiler la route d'Orléans par une trentaine de pièces de canon neuves, le tout destiné, disoit-on, pour la Yendée, et cela étoit aisé à croire.

Ce mois, mais je ne me souviens pas du jour, j'ay écrit ou répondu à M. Klauber en faveur de M. Daudet. Je prie M. Klauber d'envoyer ma lettre à M. Scheis, car elle est arrangée en conséquence. J'ay aussi répondu à madame Klauber avec plaisir. Mes lettres sont parties avec celles de M. Daudet, qui mérite bien d'être récompensé de ses soins et peines qu'il a eus par rapport à ['héritage de feu M. Baader.

Le 6. D'après une convocation générale, je me rendis avec mon fils, vers les dix heures, à notre section, dont le rassemblement étoit dans le jardin des Cordeliers, et c'étoit pour porter en masse et processionnellement, sans armes, notre adhésion complète à la Convention de la nouvelle constitution qu'elle nous a donnée. Nous nous mîmes en marche vers midy, les tambours et canonniers en avant. Je donnai avec plaisir le bras à mademoiselle Berger. Il y avoit grand nombre de femmes. Nous fumes introduits un quart d'heure après notre arrivée. Notre président prononça un discours devant la Convention nationale, et le président de celle-cy répondit avec di-

DE JEAN-GEOUGES WILLE. 583 gnilé. Nous étions tous assis pendant ce temps. Je revins au logis tout Irempé; la chaleur étoit excessive.

Le 15. Vers le soir, en revenant des Thuilleries, je vis un grand rassemblement, de monde vers le pont Neuf. Je m'informai, et j'appris en frémissant que Marat, député à la Convention nationale, venoit d'être assassiné par une femme; que cette femme étoit venue exprès de Caen pour commettre ce forfait, mais qu'elle avoit été arrêtée ^

Le 15. Je me rendis avec mon fils, et d'après une convocation extraordinaire du directeur, à l'assemblée de notre Académie. Après nous allâmes voir la grande galerie du Muséum (elle a quatorze cents pieds de longueur), que Ton arrange actuellement. Le nombre des tableaux des plus grands maîtres, déjà placés, est trèsconsidérable. Il n'y a que les membres de l'Académie qui puissent y aller librement actuellement; d'autres personnes doivent obtenir une permission expresse. S'il en étoit autrement, la foule seroit grande, et les commissaires, inspecteurs et ouvriers seroient absolument dérangés dans leurs travaux, qui doivent être faits avec soin et intelligence. Cette galerie nationale sera une des plus superbes de l'Europe.

* La plus jjelle représentation de la mort de Marat a été peinte par Louis David, iyiarat, étendu dans une baiguoire de bois, tient de la main gauclie un papier sur lequel on lit : />« 15 juillet 1795, Marie-Anne-Cliarlotte Corclay au citoyen Marat. Il suffit que je sois bien malheureuse pour avoir droit à votre bienveillance. A côté de la baignoire, sur un billot portant cette inscription : A Marat, David, l'anU, sont un encrier, une plume et une feuille sur laquelle sont écrits les mots suivants : Vous donnerez cet assignat à cette mère de cinq enfants dont le mari est mort pour la défense de la patrie, llhrat tient de la main droite, étendue par terre, une plume, et on voit à côté le couteau qui vient de le tuer, dette composition, d'une grande simplicité, mais aussi d une grande noblesse, a été gravée d'une façon fort remarquable par Morel, graveur souvent moins habile.

Le même jour, vers le soir, j'allay voir dans l'église des Cordeiiers le corps de l'infoi tuné et malheureux Maral, si indignement assassiné. Il étoit moitié couché enveloppé de draps, moitié assis sur une élévation; la partie supérieure de son corps étoit découverte, et la playe visible et bien triste à voir. La presse étoit étouffante; car chacun voulut voir un homme qui s'étoit rendu célèbre par ses écrits; il l'étoit trop par sa mort.

Le 24. M. Schmuzer m'ayant écrit de Vienne qu'il me prioit de prendre l'argent qu'il avoil enire les mains de M. Dunkel et de l'envoyer à M- Eberis, à Strasbourg, je lui réponds amicalement qu'il m'est impossible de me mêler de l'envoy de son argent hors d'icy. Je lui conseille d'attendre jusqu'après la paix. M. Eberts me mande qu'il a également refusé par lettre à M. Schmuzer de se charger de cette même affaire. Cela est très-bien, car je pense qu'il ne faut jamais agir contre les lois.

Passant dans la rue de la Barillerie, je vis courir beaucoup* de monde vers la cour du palais, j'y courus également, et une belle voiture entourée d'une garde nombreuse se rendit près des prisons de la Conciergerie. Un aide de camp descendit de cette voilure et fut mis én prison. Tout le monde disoit que c'étoit l'aide de camp du général Custine, qui lui-même est à l'Abbaye. Allant de là sur le pont Neuf, je vis venir une garde considérable ayant plusieurs municipaux à leur tête; elle menoit environ quarante à cinquante hommes tous bien vêtus, même plusieurs femmes, le tout, à ce qu'il parut, pour être aux arrêts soit à l'Abbaye, soit au château du Luxembourg. C'éloit une capture faite au palais de l'Égalité. Dans la rue de l'Arbre-Sec je rencontrai encore une compagnie du même genre, fortement es-

cortée par une garde nationale et ayant un municipal à sa tête, et venant également du palais de l'Égalité et prenant le chemin de ceux que j'avois vus sur le pont Neuf. Ce jour, vers le midy, ledit palais avoit été cerné et entouré de toutes parts par la garde nationale, pour y chercher et arrêter tous ceux qui paroissoient suspects. Vers les sept à huit heures du soir tout étoit fini, et je vis défiler les troupes avec leur artillerie vers leurs sections respectives. L'on disoit qu'il y avoit plus de dix mille hommes sous les armes pour celle expédition.

Le 28. J'allay au jardin du Luxembourg y voir l'autel érigé dans la grande allée en mémoire du malheureux député Marat, que la fille Corday, de Caen, avoit assassiné. Le cœur de ce martyr de la liberté devoit être porté à ce monument, qui étoit de forme antique et très-étendu: au-dessus et aux arbres éloient attachés en croix de larges draps tricolores. Aux quatre coins de l'autre il y avoit autant de candélabres, dont les flammes l'éclairoient parfaitement. J'avois trouvé une Irès-bonne place pour y voir la cérémonie qui devoit avoir lieu; mais un vent très-froid du nord me souffloit au dos avec tant de violence, que je cédai celle place à un jeune homme qui étoit dans la foule par derrière et [)ar terre, qui ne pouvoit rien voir et qui me parut digne de l'occuper; il m'en remercia beaucoup. Je me retirai donc chez moi de crainte d'être enrhumé.

Le 50. J'allay sur les anciens boulevards pour y voir, exactement derrière la Comédie-Italienne, le commencement de la construction d'un arc de triomphe, qui doit être prêt pour la grande fête du 10 août prochain.

Le 4. Mon fils ef moi nous passâmes dans la matinée par la rue de l'Arbre-Sec, où nous fûmes obligé de montrer nos cartes civiques pour avoir la permission de passer outre. Ce jour, toute cette section étoit en armes et postée dans toutes les rues. Dans notre section du Théâtre-François tout étoit parfaitement tranquille.

Le 6. Avertis par le bruit des tambours et la proclamation de nous rendre chez notre capitaine, pour présenter et faire montre de nos cartes civiques, qui furent inscrites sur 1rs registres de la compagnie. Le citoyen Berger vint nous y trouver et nous mena moi et mon fils au jardin des cy-devant Cordeliers, pour y voir la construction sous les arbres du tombeau de Marat, que personne n'a encore eu la permission d'approcher, pour ne pas déranger les ouvriers; mais le citoyen Berger peut faire entrer dans l'enceinte qui lui plaît sans que la garde s'y oppose, étant un de ceux du comité qui sont à la tète de bien des affaires de notre section.

Le 8. Les députés des divers départements arrivent en foule pour assister à la fête fédéra tive, civique et fraternelle, qui doit avoir lieu après-demain 10 de ce mois. Le nombre de ces braves étoit ces derniers jours si grand, ^|ue plusieurs avoicnt de la peine à trouver du logement, surtout ceux qui n'avoient jamais élé à Paris; deux de ces derniers, députés des Pyrénées-Orientales, arrivèrent en voilure et de nuit près de chez nous, et ne sachant ou plutôt ne trouvant nulle part à se loger, je les fis diercher par mon domestique; je leur donnai à souper, el après, le coucher, étant très-fatigués, dans un lit de

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Thérèse. Ils me parurent touchés de ma façon d'agir envers eux, et me remercièrent heaucoup. Ils avoienl de l'esprit et raisonnèrent amplement avec moi pendant notre petit repas; il ) avoit trois semaines qu'ils étoient en voyage.

Le 10. Je sortis de bon malin, accompagné de mon domestique, et me rendis sur la place des Invalides; c'est laque nous vîmes la figure colossale d'Hercule, haute de vingt-quatre pieds, debout sur un rocher plus haut encore. Cet Hercule avoit le pied gauche posé sur la gorge de la contre-révolution, figurée moitié femme et moitié serpent, cherchant à s'accrocher aux faisceaux des départements sur lesquels Hercule étoit appuyé du bras gauche, tandis qu'il paroissoit frapper d'une massue, qu'il tenoit à la main droite, le monstre qui étoit à ses pieds ^ — Comme j'étois bien aise de parcourir le champ

^ Outre cet Hercule, qui a été bien des fois reproduit, il parut à cotte époque une planche dessinée et gravée par Debucourt, et destinée à entourer les Droits de Phomme et du citoyen. Cette estampe, outre son mérite de gravure, est composée avec grande science, et chaque objet y offre un singuHer intérêt; voici la description que nous lisons au bas, faite sans doute par Fauteur lui-même; nous ne pourrions en donner une plus exacte :

« Au miUeu de.> débris mutilés des odieux monuments de la tyrannie renversés par le courage du peuple français, les droits sacrés de rhommc et du citoyen, ensevehs depuis tant de siècles, reparoissent dans tout leur éclat. C'est sur cette base impérissable qu'est élevée la République française, couronnée des étoiles de l'immortalité et ayant à ses côtés les statues de la liberté et de régahté, ses compagnes inséparables. Elle est assise sur un vaste siège environné d'épis et de ceps, qui indiquent Theureuse fertilité de son territoire; d'une main elle tient la foudre, pour anéantir les ennemis de son indépendance et de ses lois ; de Tautre, elle s'appuie sur le faisceau de l'unité, qu'elle accompagne d'une branche d'olivier, symbole de l'union et de la paix. Sur son front est écrit sagesse, sur sa poitrine pudeur, sur sa ceinture tempérance. A sa droite c<t un livre qui renferme ses hommages à l'Être suprême ; le pus, brisé sous ses pieds, indique ses triomphes sur le despotisme et la nature de son gouvernement, qui ne reconnaît pas plus d'esclaves que de maîtres. Une ruche d'abeilles, placée près d'elle au milieu

de la Fédération avant que la foule fût trop grande, nous y allâmes promptement. Devant l'autel de Ja Fédération il y avoit une colonne d'une hauteur considérable; on y travailloit encore, et je crois qu'une figure représentant la Liberté devoit être posée sur le sommet. Plus haut, vers l'École-Militaire, on travailloit également avec force à un temple circulaire, dont les colonnes étoient figurées de marbre blanc et couronnées, au dehors comme au dedans, de têtes en relief qui dévoient représenter les têtes ,des guerriers morts en combattant pour la liberté. Plus près de l'École-Militaire il y avoit deux thermes à l'égyptienne d'une hauteur énorme, et peints comme étant de porphyre. Je considérai ces deux objets avec plaisir, en m'imagiiiant être au bord du Nil. Nous allâmes alors vers la rivière, on y étoit occupé encore à la construction de la forteresse; mais mon envie étoit de retourner vers le pont et la place de la Révolution, pour nous procurer quelque place commode pour voir la cérémonie qui y devoit avoir lieu. Nous montâmes sur un théâtre construit avec des planches presque pourries sur de3 tonneaux fort délabrés, et dont un crieur proposoit à quinze sols la place; nous n'y restâmes que quelques minutes, car on n'y voyoit presque rien de ce que je désirois voir. Nous descendîmes donc promptement et je dis au maître : (( Adieu, seigneur, je vous fais présent de trente sols. » Après cela nous fûmes bientôt sur le pont, où, ayant trouvé à nous placer agréablement, nous y vîmes et près de nous la marche très-complétement et avec grand plaides instruments de Tagriculture et des attributs des sciences et des arts, offre Temblème du caractère intelligent et laborieux qui distingue le peuple français. Ue l'autre côté, un génie rend la liberté à des oiseaux qui, emblèmes des peuples dont la République a brisé les fers, s'empressent de faire usage de ce premier des biens pour ie réunir autour d'elle. »

sir. Si je n'avois pas mal nux yeux en ce moment, j'en ferois la description pour moi et pour m'en souvenir; mais je dois absolument cesser d'écrire.

Le même jour, 10 août, je sortis vers le soir pour me promener un peu autour des ponts; déjà il faisoit presque nuit, et étant au pont au Change, je vis une foule <ie monde; je m'approche, et plusieurs coups de canon, en réjouissance de la fête, partent à mes oreilles, dont je me sentis non-seulement étourdi, mais très-sourd. Je reviens au logis, mes domestiques me parlent, mais je ne les comprcnois pas. — Ça se passera! me disois-je.

Le citoyen Berger a pris congé de moi, car il doit partir pour Strasbourg et en commission par ordre du ministre de la guerre. Je l'ay exhorté à prendre bien garde, afin de ne pas tomber entre les mains de nos ennemis.

Voilà déjà douze jours, et ma surdité subsiste encore! Comment faire? Les uns disent qu'il faut aller chez Loches, les autres, cliez le citoyen Joliot, médecin, qui est de la famille de Créhillon, célèbre tragique. Le citoyen Daudet, mon ami, étant de ce sentiment, comme ayant (^nteridu parler très-avantageusement de lui, principalement pour la guérison de la surdité, et demeurant même dans sa section, je me rendis donc, accompagné de mon fils, chez ce médecin, qui, après m'avoir regardé dans les oreilles, m'y mit du coton trempé dans une liqueur et m'assura qu'il me guériroit. Je le souhaite et l'espère, car l'espérance est une très-belle chose.

J'allay en même temps sur la place de la Bastille, pour y voir la figure colossale représentant la Nature, et qui faisoit de l'eau par les mamelles à la journée du 10 aoust passé, et je la contemplai avec un plaisir singulier. Elle est conforme aux statues des Égyptiens, et la masse en

général est très-bonne. Je voudrois que quelque jour cette figure fût érigée en bronze sur cette même place.

Pendant ces jours-cy, je ne fais qu'aller chez le citoyen Joliotj pour y faire visiter mes oreilles.

Le 7. J'ay remis, après avoir été requis par la commune des Arts, en son assemblée de ce jour, ma patente de membre de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Rouen (elle étoit de l'année 1756); de même que ma patente de l'Académie cy-devant royale de peinture de Paris. Toutes deux, je les ay mises sur le bureau, comme il étoit ordonné, avec promesse d'y remettre également celles des académies étrangères.

Le 9. Ayant trouvé quatre de ces patentes, je les ay portées chez mon ami le citoyen Ghoffard, qui doit aller ce soir à la commune des Arts, le priant de remettre les patentes cy-après dénommées sur le bureau, ce qu'il a promis de faire avec plaisir; car je ne pouvois pas m'y rendre moi-même à cause d'un mal à l'oreille.

La patente que m'envoya l'Académie impériale d'Augsbourg, sans que je l'eusse demandée, et qui me nommoit membre honoraire de cette Académie, étoit d'Augsbourg dur^mayl756.

La patente que m'envoya l'Académie impériale de Vienne, sans que je l'eusse demandée, étoit signée par le prince de Kaunitz, et qui me nommoit académicien, étoit de 17G8.

La patente que le roy de Danemark m'envoya signée de

sa main, et qui me iiommoit.son graveur avec rang de professeur, sans que je l'eusse sollicitée, étoit datée de Copenhague, 1770.

L'Académie des arts de Berlin m'envoya une patente pour on être membre; elle est datçe de Berlin du 28 janvier 1791.

J'ay déjà remis ma patente de notre cy-devant Académie royale de Paris, de même que celle de l'Académie de Rouen, sur le bureau de la commune des Arts, le lundy 7 octobre 1793, pour être anéanties. — Je remettrai de même celles cy-dessus nommées, pour avoir le même sort.

Je cherche actuellement la patente de l'Académie de Dresde, mais je ne l'ay pas encore trouvée, pour la remettre également à la commune des Arts.

J. G. WiLLE.

Quelquhin ayant probablement demandé à Wille des remeufnemen ts sur sa vie y celui-ci écrivit la note suivante, que nous trouvons encore à la bibliothèque impériale :

ce Jean-Georges Wille, graveur, naquit à Kônigsberg, au landgraviat de Darmstadt, le 5 novembre 1715. Il vint à Paris au mois de juillet 1736, fit un voyage en son pays en 1746, revint promptement, et se maria avec Marie-Louise Deforge en 1747; de ce mariage il eut plusieurs enfants, dont l'aîné, né en 1748, existe. En 1758, Louis XV lui donna des lettres de naturalisation, et le fit agréer, comme son graveur, à l'Académie, alors royale.

de peinture el de sculpture; cela l'empêcha d'accepter des pensions considérables de Dresde et de Vienne, où il fut appelé pour y former des élèves : au lieu de cela, il en a formé d'excellents pour la France. Veuf depuis plusieurs années, il a vécu en philosophe, remplissant avec plaisir les devoirs, autant que possible, d'un bon patriote françois. Il est dans la soixante-dix-huitième année de son â^e, el demeurant, depuis 1745, dans la même maison, quay des Augustins, n° 55. — Fait à Paris, le 9 septembre 1795, Tan II de la République françoise.

c( J. G. WnxE. »

Nous donnons ici en appendice quelques notes inédites de Bachaumont, qui sont tirées des papiers de la bibliothèque de l'Arsenal. Cet ingénieux critique parle d'artistes que Wille a mentionnés plus ou moins souvent dans le courant de cet ouvrage, et ces notes trouvent ainsi leur place à la suite de notre publication ; nous y joindrons encore une petite lettre de madame Geoffrin, relative à un tableau appartenant au comte de Burzinski; Wille parle de ce seigneur à la page 547 du premier volume. Cette lettre est tirée de la bibliothèque Palatine, à Florence.

7m APTENniCE.

MllECRS PfflTRES, SCULPTEURS, GRAVEURS ET ARCHITECTES

DES ACADÉMIES ROYALES DE PEl.MUnE, SCULPTURE ET ARCHITECTURE SUIVANT LEUR RANG A l'aCADÉMIE. 1750

M. CoYPEL, premier peintre du roy, et directeur de l'Académie. Il composa fort bien ; son goust de dessein est correct; il mest beaucoup d'expression dans ses testes et dans ses figures, quelquefois un peu trop, surtout dans les yeux. Autrefois on trou voit son coloris un peu rougeâtre et briqueté, comme estoit quelquefois celuy de son père; mais depuis il a beaucoup acquis du côté de la couleur : son pinceau est fin, léger et spirituel; il règne beaucoup d'esprit et de poésie dans ses tableaux. Il traite également bien l'bistoire et le portrait à buille et au pastel. Il n'a point esté en Italie; il est élève de son père, aussy premier peintre du roy. Il écrit bien en prose et en vers; il a fait beaucoup de comédies pleines d'esprit et de mœurs; il les lit volontiers à ses amis, et les lit bien.

M. Restout, élève de feu Jouvenet, peint dans le goust de son maître, mais moins grand; il est propre

APPENDICE. 597 aux grands sujets, surtout ceux de dévotion. Il compose bien son dessein, n'est pas entièrement correct, mais de grande manière; sa couleur tire trop au jaunâtre, son pinceau est facile et large. Il mest peu d'expression dans ses testes; en général, sa manière est peu finie. Ses tableaux demandent à estre vus de loin, et font de l'effet.

ni

M. DuMONT le Romain est un bon peintre d'histoire. Il a esté longtemps à Rome. Il est propre aux grands sujets, surtout aux sérieux ; son dessein est un peu court et lourd, mais correct. Il compose bien; peu d'expression; sa couleur tire au brun, son pinceau est un peu lourd, ses femmes et ses testes souvent ignobles.

♦ M. Carle Vanloo a esté longtemps à Rome; aussy sa manière tient beaucoup des bons peintres italiens, surtout des modernes. Il compose bien, il dessine bien; sa couleur est fraîche et suave, son pinceau coulant, mais quelquefois un peu coullé. Point d'expression dans ses testes; ses testes de femmes se ressemblent presque toujours, et ne sont pas assez nobles. Il y a plusieurs beaux tableaux de îuy à Saint-Sulpice et aux Petits-Pères delà place des Victoires; il peint également bien en grand et en petit.

M. RoucHER, élève de feu le Moyne, premier peintie du roy. Il a esté longtemps en Ilalicc II a tous les talents

(ju'un peintre peut avoir; il réussit également en grand et en petit. Il peint bien l'histoire, le paysage, rarcliitec- Lure, les fruits, les fleurs, les animaux, etc. Il compose bien, il dessine bien. Ses compositions sont toujours riches, abondantes, et de grande manière; sa couleur est agréable et fraîche, son pinceau facile, coulant et léger, sa touche spirituelle; peu d'expression. Ses testes de femmes sont plus jolies que belles, plus coquettes que nobles. Les draperies sont presque toujours trop chargées de plis, ses plis trop cassez, quelquefois vin peu lourds, et ne flattant pas assez le nud. Il a faitbeauoup de grands tableaux extrêmement riches^; d'après lesquels on a exécuté d'excellentes tapisseries à Beauvais. Ces tableaux ne sont pas extrêmement finis, ils sont faits presque au premier coup; mais cela suffît pour des tapisseries. Voyez-les chez M. Oudry.

VF

M. Natoire, Voyez ce qu'on nous a écrit de luy au sujet de ce qu'il a peint aux Enfants-Trouvez.

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