L : 15. M. Barri, commissaire de la marine, à Toulon
m'est venu voir; élant amateur, il désire tous mes ouvrages que je ferai avant la lettre.
Le 17. J'ay envoyé une caisse remplie de curiosités a M. Winckler, à Leipzig.
Écrit le même jour au même, comme aussi à MM. Kreichauf, Wolckmann et M. le baron de Kessel, ce dernier, à Dresde.
M. de Mechel, mon ancien élève, prit congé de nous, après avoir été huit années à Paris, dont près de trois ans chez moi. Il va clans sa patrie, c'est-à-dire à Bâle; mais il compte revenir vers le printemps qui vient.
Le 18. Répondu à M. le comte de Werthern, chambellan de S. À. S. l'électeur de Saxe. Je lui envoyé une liste de nombre d'estampes qu'il désire avoir.
Est revenu d'Italie M. Weirotler, après une absence d'une année. Il soupa avec nous, et nous conta bien des histoires.
Le 20. Écrit à M. Eberts, à Strasbourg, pour lui donner avis du départ de la caisse, pour M. Winckler, à son adresse.
Répondu à M. Wieland, directeur de la chancellerie de la ville impériale de Biberach, en Souabe. Je lui mande que M. Wieland, joaillier de la même ville, est encore en vie, selon mes informations, et qu'il demeure sur la place Dauphine.
Répondu à M. Zingg, qui m'a fait une description de son voyage, depuis Paris jusqu'à Schaffhouse, où il a, me dit-il, dessiné les cataractes du Rhin. Mais j'ay adressé ma réponse à Saint-Gall, lieu de sa naissance, où il doit être arrivé actuellement.
Le 21, qui étoit un dimanche, nous sommes partis
dans une calèche, moi, ma femme, mes deux fils, mademoiselle Martinet, MM. Fessard jeune, graveur, Krause et Baader, peintres, etSchmuzer, mon élève, de Vienne, pour Sceaux. Après notre promenade et notre dîner, nous avons été à Arcueil, de là, nous sommes revenus la nuit à Paris. Nous avons eu bien du plaisir, le temps étant parfaitement beau . Tout ce monde a soupé chez moi , et nous avons encore bien ri.
Le 22. Répondu à M. Usteri. Je lui donne avis que les estampes qu'il m'a demandées ont été remises à M. Frémi n.
Le 25. J'allai à Arcueil avec mon fils aîné, MM. Sehmu zer, Krause, de Francfort, et Fessard ; ce dernier est élève de M. de Longueil, mon ancien élève. Nous y avons dessiné le paysage ; mais il faisoit un peu froid, quoique beau temps.
Répondu à M. Winckelmann, président des antiquités du pape, et bibliothécaire du cardinal A . Albani, à Rome. Je le remercie d'abord de m'avoir envoyé son Histoire de l'art de l 'antiquité, en allemand, et en deux volumes in-4°, et, comme il avoit appris que l'on traduisoit icy sa Lettre sur les découvertes d'Herculanum \ il désiroit envoyer des changements et augmentations ; mais je lui mande qu'il est trop tard, que l'ouvrage a paru et a été bien
1 A propos de cette lettre sur les antiquités d'Herculanum, l'un de nous possède l'exemplaire même de Mariette, qui est indiqué ainsi au n° 1322 du Catalogue de la rente : « Lettre de l'abbé Winckelmann sur les découvertes d'Herculanum, traduite de l'allemand avec l'original dans le même volume. Dresde, 1764; in-4°. Et une notice manuscrite de M. Mariette, qui avoit travaillé à cette traduction. Nous renvoyons ceux de nos lecteurs qui désireront prendre connaissance de cette note à YAbecedario de P.-J. Mariette, que publient en ce moment MM. Ph. de Chennevières et Anat. de Montaiglon; ils la trouveront transcrite en entier à la page 342 du tome Ier.
reçu du public. Je ie prie aussi que, s'il trouve quelques desseins d'Italie, mais pas trop chers, bien conditionnés et originaux, qu'il m'obligeroit de les acquérir pour moi. Ma réponse est recommandée icy à M. l'abbé Porte, secrétaire de Son Éminence Monseigneur le nonce du pape.
Répondu à mon frère Jean Wille, sur l'Ober Bibermùhle, à Kônisberg, en Hesse, près de Tiessen. Je le prie de m'envoyer une vieille monnaie d'or.
Le 3. Répondu à M de Bissing, à Vienne. Je lui mande que les estampes qu'il m'a demandées sont parties le 2, et je lui ay dit de remettre l'argent à M. Wâchter.
Répondu à M. Brandt. Je lui dis que la place me manque pour les deux tableaux qu'il offre de me faire; mais je désire ses desseins; et que le tableau que vouloit avoir un particulier anglois ne peut avoir lieu, qu'il est parti sans ressource.
Le 7. Répondu à M. Thibaut, procureur au parlement de Flandre, rue du Yieil-Gouvernement. Il m'a demandé les Musiciens ambulants, première épreuve, qui est le double du prix ordinaire, avec la Dévideuse et la Liseuse, c'est la même chose.
Répondu à M. Joubert1, à Lyon, qui rentre dans le
1 Nous ignorons si Joubert eut d'abord un établissement à Lyon; mais nous le trouvons à Paris, en 1797, succédant à J.-F. Chereau, et publiant un catalogue des planches dont il était propriétaire. En voici le titre : « Catalogue alphabétique des estampes gravées d'après les meilleurs maitres anciens et modernes, et d'un grand nombre d'autres objets gravés relatif* à l'instruction et à l'étude du dessein ; à l'usage des artistes de tous les genres, des écoles centrales, des maisons d'éducation, etc., etc., qui se trouvent chez Joubert, graveur, marchand d'estampes, successeur de
commerce avec madame la veuve Daudet, à la place de M. Daudet fils. Je lui envoyé le compte de ce qui m'est dû de l'ancienne association,
Répondu à M. Eberts, à Strasbourg. Je lui dis que je lui ay adressé un rouleau qui est parti d'icy le 2.
Il m'est venu voir M. le baron de Dewitz, qui est attaché au duc régnant de Mecklenbourg-Strélitz, frère de la reine d'Angleterre. 11 me proposa, de la part de la cour d'Angleterre, de graver le portrait de la reine, et il voulut savoir le prix que je prendrois; mais je me suis excusé honnêtement, car ma vue ne me permettroit plus de faire le portrait, et que je n'en gravois plus depuis plusieurs années.
Le 10. Répondu sur plusieurs lettres de M. Schmidt, graveur du roi de Prusse, mon ancien ami. Je lui dis que ses quatre planches de cuivre sont actuellement chez M. Riderer, pour lui être expédiées. Ces cuivres ont coûté soixante-sept livres seize sols; mais malgré cela je dois encore à M. Schmidt soixante-seize livres quatre sols. Je lui dis aussi que M. Esperendieu, qui doit bientôt retourner à Berlin, lui porteroit de ma part les Musiciens ambulants.
Répondu à M. Rode, peintre à Berlin, mon ancien ami. Je lui mande que M. Schmidt lui remettra de ma part les Musiciens ambulants. Il y a dans sa lettre, comme celle-cy est dans celle de M. Schmidt, une lettre pour M. Nicolai, libraire à Berlin.
Le 11. Écrit à M. Nicolai, libraire et auteur à Berlin. Je le remercie des deux journaux qu'il m'a constamment
J.-F. Chereau, rue de Sorbonne, dans la maison neuve, aux Deux Piliers d'or, cy-devant des Mathurins, à Paris. Imprimé Fan VI de la République (année 1797, vieux style); in-4° de quarante-neuf pages. »
envoyés, entre autres celui -cy : dos Neueste in der Litteratur, qui est un des meilleurs de l'Allemagne. Sa manière d'agir en cela est très-généreuse, d'autant plus qu'il n'a jamais rien exigé de moi ; mais je sçais trèsbien qu'il aime les estampes. C'est pourquoi je lui mande que M. Rode lui remettra de ma part les Musiciens ambulants, qui les recevra de M. Schmidt.
J'ay fait présent d'un de mes desseins paysages à M. de Livry, qui étoit de passage, revenant de Fontainebleau.
Le 20. Écrit à M. Winckler. Je lui dis que j'ay pris de l'argent chez MM. Papelier et Eberts. Je le prie en outre de me faire faire un croquis d'après son tableau, de Vander-Neer, à trois figures, en entier.
Le 21. Répondu à M. Oets, peintre à Amsterdam, in die Middelste Liesveldse Byhel. Je lui donne avis d'avoir remis le Comte de Saint-Florentin à trente livres, ainsi que M. Quenay à six livres, chez M. Rasan, comme il l'avoit désiré, et que cet argent m'auroit été payé par MM. Paillieux frères, rue du Petit-Champ-Saint-Martin. Je lui promets aussi de lui garder, comme à l'ordinaire, quatre épreuves avant la lettre, et huit avec la lettre, de la nouvelle planche que je grave actuellement, et dont il m'a prié de nouveau.
Écrit à M. Ridinger, directeur de l'Académie de peinture à Augsbourg. Je lui dis que j'ay remis dans l'envoi d'estampes que M. Surugue fait pour M. Schropp de mes Musiciens ambulants une bonne épreuve pour lui, que je le prie d'accepter comme à l'ordinaire. Je le prie
aussi, s'il rencontre quelques bons desseins, soit italiens, soit flamands* de les acheter pour moi.
Le 2. J'ay mené mon lils et M. Huber, à la Comédie- Française, voir jouer le Malade imaginaire.
Le 4. Répondu à M. Gabriel Feldmeyr, à Iéna, que je crois marchand d'estampes, puisqu'il m'en demande. Je lui dis qu'il doit envoyer son argent icy d'abord, car je ne le connois pas, et il sera servi.
Le 6. Répondu à M. Wàchter. Je me plains de ce qu'il ne m'a pas répondu sur plusieurs articles de ma dernière du 17 juin. Je lui renouvelle l'idée du tableau d'Ostade, de M. de Dorn, et de deux ducats. Je lui demande actuellement conseil sur la dédicace de ma nouvelle pièce. Le reste est en faveur de M. Schmuzer, mon élève.
Mon fils aîné a livré son premier dessein de sa composition, qu'il a fait pour un louis d'or, et pour être gravé par M. de Longueil. Il doit être mis à la tête d'un livre de poésies des cinq sens pour lequel il doit faire le reste des desseins. Ce premier est l'Ouïe, et il est de deux figures chantant dans un livre de m isique, A côté de la femme, il y a quelques instruments. Il est très-fini au crayon rouge.
Le 7. Répondu à M. de Trattner, imprimeur libraire de la cour impériale, à Vienne. Je le remercie de son bon souvenir, et lui promets de lui envoyer autant d'estampes qu'il voudra, mais que préalablement il devroit m' envoyer de l'argent pour cet effet.
Le 10 et les quatre jours suivants, j'ay assisté à la vente des tableaux et autres curiosités 1 provenant pour
1 Voici le titre de ce catalogue, qui contient un certain nombre de pastels J. 18
ni JOURNAL
la plupart de la vente des tableaux de feu l'électeur de Cologne, qui s'est faite Télé passé, à Bonn, et où nos marchands de Paris les avoient achetés ainsi qu'à Dorstein, au delà du Rhin. Elle s'est faite icy à l'hôtel d'Aligre, rue Saint-Honoré. J'ai acheté un beau tableau peint par G. Poelembourg \ sur bois, représentant un Repos en Egypte. 11 y a nombre d'enfants qui voltigent dans les nuées au-dessus de la Yierge assise, tenant l'enfant Jésus emre ses bras; à côté d'elle sont saint Joseph et l'âne debout. H y a une belle masure sur ce tableau.
Le dernier jour de cette vente, j'ay acheté un petit tableau sur bois par Adrien vanOstade \ qui est excellent. Il représente un paysan qui mène un cochon à un marché de village que l'on voit dans le lointain; derrière lui est un autre paysan qui prend Je même chemin, ayant un porc sur une brouette; il y a encore deux figures qui les regardent à côté d'une maison où il y a des arbres. Ce beau petit tableau est peint en 1644, et il est de la plus grande conservation ; il m'a été fort disputé à la vente, car chacun vouloit l'avoir, cela a fait que je l'ay payé six cents livres; mais il me fait plaisir.
Le 15. Répondu à M. Thibaut, procureur au parlement de Flandre, rue du Yiel-Gouvernement. J'ay remis ses estampes demandées à M. Courlesvau, procureur,
de la Rosalba : Catalogue de tableaux, pastels, miniatures, bustes, médaillons et compositions en marbre, bronzes, porcelaines et autres curiosités. La plus grande partie venant de la vente de feu S. A. l'Électeur de Cologne, qui s'est faite à Bonn, sur le Rhin, et qui seront vendus à Paris le 10 décembre 1764, à l'hôtel d'Aligre, rue Saint-Uonoré, ci-devant le Grand- Conseil. A Paris, chez Boileau, Colins et Joullain; 1704. ln-12.
1 N° 27 du Catalogue. Ce tableau porte quatorze pouces et demi de large sur onze pouces et demi de haut.
2 N° 4 i du Catalogue. Le rédacteur du Catalogue dit que ce tableau est du bon temps du maitre et a deux pouces de haut sur. huit pouces et demi de large.
rue du Coq-Saint-IIonoré, et j'ay louché le louis par la poste.
J 'ay mené, pour la première fois, mon fils aîné à la comédie italienne*. Cela lui a fait un plaisir infini, car il ne connoissoit encore ce spectacle que par la lecture.
Répondu à M. Zingg, à Saint-Gall. Je lui conseille de ne pas se mettre en chemin pour revenir icy que vers le printemps; que l'hiver me paroit très-incommode, surtout pour lui, qui a la santé délicate. Je badine en outre beaucoup sur M. Sauter, graveur cy-devant, mais actuellement corroyeur et mégissier à Arbonne. J'ay connu ce M. Sauter icy, à Paris. Jla logé dans la même maison que moi et M. Preisler, actuellement graveur du roi de Danemark. Nous mangions tous trois ensemble et étions bons amis. Il étoit assez petit-maître et toujours extrêmement propre ; cela n'est cependant pas trop compatible avec son état actuel. Mais on dit qu'il est riche, cela pourroit être en sa qualité de peaussier; car, s'il avoit continué la gravure, il ne le seroit certainement pas, car son talent, dans cet état difficile, étoit médiocre. C'étoit dans la rue de l'Observance, près les Cordeliers, où nous demeurâmes ensemble plus d'une année.
M. Vangelisti, de la ville de Florence, qui m'avoit été envoyé par Lempereur pour être mon élève, est resté chez moi près de quatre ans, en qualité de pensionnaire; mais, comme je suis actuellement trop étroitement logé, je l'ay prié d'aller demeurer en chambre garnie dans notre voisinage; cela lui parut un peu dur, mais il a consenti et il n'est pas moins encore mon élève. Je lui fais payer actuellement, à lui, les douze cents livres que Lempereur me faisoit toucher par an pour sa pension.
Tous ces jours-cy, j'allay à la vente des desseins et es-
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tampes de feu M. Le Clerc1, fils du fameux graveur de ce nom. Mais jusqu'icy j'ay acheté peu de chose. Le plus intéressant sont les estampes et quelque peu de desseins deSéb. Le Clerc.
Le 20. Répondu à M. le baron de Rautenfeld, à Riga. Je lui dis que j'ay remis ses estampes demandées à M. Boucher, comme il l'avoit désiré et qui m'avoit aussi payé de sa part.
Le 25 Répondu à M. de Mechel, à Baie. Il m'avoit mandé qu'il s'étoit marié depuis peu avec une demoiselle Haas et qu'il avoitpris possession aussi de sa charge de conseiller. Voilà donc un de mes élèves bien établi. J'ay badiné beaucoup dans ma réponse.
Ces jours-cy, j'allai dans une vente le soir, chez M. Basan ; mais à l'exception de quelques estampes de Rembrandt, j'ai acheté peu de chose.
Le 27. Répondu à M. de Merz, à Nuremberg. Je lui donne encore quelques conseils par rapport à la nouvelle édition de Sandrard, et j'ajoute une lettre à son beau-frère, M. Mann (en réponse à la sienne), qui est le libraire qui va entreprendre l'édition; et, comme M. Krubsacius, architecte de la cour de Dresde, que j'avois recommandé pour la révision et les changements de cet ouvrage, s'en est excusé, j'ay aussi ajouté une lettre à M. Krubsacius pour l'exhorter à l'entreprendre, etc.
Le 51. Écrit à M. de Livry, pour lui souhaiter une bonne année; j'ay ajouté un petit dessein, Rôtisseuse de marrons, que j'ay fait pour lui.
1 Catalogue do desseins, estampes, bronzes et autres curiosités provenant de la succession de M. Le Clerc, peintre du roi, par Joullain fils. — Paris, 17 décembre i 764 ; in-12. La vente produisit sept mille huit cent quarantedeux livres dix neuf sols.
J'allai à l'assemblée générale de l'Académie, où M. Strange 1 fut agréé, sur les estampes et desseins qu'il avoit exposés aux yeux de l'assemblée.
Le 3. Toute notre académie alla en corps cbez M. le marquis de Marigny, directeur général, par rapport au renouvellement de Tannée. Nous fûmes introduits à midy, et, après notre audience, l'académie d'architecture fut appelée à son tour.
Le 4. Répondu à M. Gottfried Winckler, à Leipzig. Je lui marque mon contentement de ce qu'il a trouvé à sa fantaisie les tableaux que je lui avois envoyés l'automne passée. Je lui donne aussi avis de quelques autres que je lui avois achetés, et lui promets aussi des estampes anglaises.
Le 5. Il nous est arrivé un pâté d'Amiens que M. Bourgeois nous envoyé en considération d'une épreuve des Musiciens qu'il a eue de moi, sans que j'aie voulu recevoir de l'argent.
Le 7. Nous avons été au mariage et à la noce, moi, ma femme et mes deux fils, de mademoiselle Beauvais, fille unique de M. Beauvais, mon imprimeur. Elle a épousé M. Michelet, marchand mercier, n'ayant que dix-sept ans moins deux mois. C'est une belle et bien digne fille que j'ay toujours estimée. Je lui souhaite bien du bonheur!
Après avoir été au mariage de mademoiselle Beauvais,
1 M. Leblanc n'a pas connu cette date et n'en fait pas mention dans la Vie de Strange, qui précède le catalogue de l'œuvre gravé de cet artiste.
je me suis esquivé et j'ay acheté chez M. Lempereur, fameux jouaillier et mon ami, une paire de boucles d'oreilles de diamants brillants, pour en faire présent à ma femme ; elles sont magnifiques et m'ont coûté deux mille sept cents livres. Après les avoir portées chez nous, je me suis rendu au repas de la noce, que je quittai vers les cinq heures, pour aller à la vente, chez M. Basan, mais ma femme et mes enfants restèrent et ne revinrent au logis que vers les huit heures. C'est alors, à mon retour, que je présentai les boucles en question à ma femme. Cette action fut bien agréable à cette bonne mère, elle m'en sçut beaucoup de gré, et moi je l'ay fait de grand cœur.
Tous ces jours-cy, j'allai à une vente de curiosités, chez M. Basan, rue du Foin. J'ay acheté quelque peu de chose.
Le 15. Répondu à mon ancien élève Romanet, qui est chez M. de Mechel, aussi mon ancien élève, à Bâle.
Répondu à M. Bourgeois, commis au bureau de M. Jacquin, directeur des domaines, à Amiens. Je le remercie de son pâté de canards d'Amiens, qu'il m'a envoyé pour le jour des rois, et je refuse de graver un portrait pour un libraire de ses amis.
Ecrit une lettre de remercîments à M. de Livry pour m'avoir envoyé un morceau de chevreuil.
Ecrit à M. Resler. Je le prie de m'envoyer six fois les estampes gravées par M. Dietrich, et que je n'ai pas pu faire partir vingt mains de papier gris par occasion.
Le 18. Répondu à M. Zingg. Je l'exhorte toujours à attendre le beau temps pour son retour à Paris.
Le 17. Répondu sur deux lettres de M. Paderborn,
peintre actuellement à Francfort. Je lui conseille plutôt à dessiner qu'à faire des vers à mon honneur, car ils ne valent rien.
Le 28. J'allai dans la vente de feu M. Slodtz Vpeinlre, où il n'y avoit pas grand'chose, ne valant pas la peine d aller jusqu'aux Porcherons.
Le 29. M. de Livry nous a annoncé que mademoiselle sa fille devoit se marier avec un commissaire de guerre, des gardes du corps.
Répondu à M. Wolckmann, à Leipzig.
Répondu à M. Usteri, à Zurich. Je lui dis que les Yernet sont au jour, etc.
Le 1er. Répondu à S. E. Mons. le baron de Kessei, maréchal et grand maître des cuisines de la cour de Saxe. Je le prie de continuer à me procurer toujours quelques beaux ducats bien conservés.
Répondu à M. de Hagedorn , conseiller privé de légation et directeur général de l'Académie électorale. Je lui envoyé, selon sa demande, le plan de l'assemblée de l'académie, c'est-à-dire la manière dont sont placés les chaises et les tabourets, et par qui ils sont occupés selon Tordre et les rangs. Je le remercie des soins qu'il se
1 Catalogue des tableaux, desseins et estampes qui seront vendus après le décès de M. Michel-Ange Slodtz, sculpteur du roi et dessinateur des Menus- Plaisirs de Sa Majesté, par Fr. Basan, graveur. Paris, 1765. On remarque, dans ce catalogue, « plusieurs planches de cuivre gravées à Peau-forte, dont une par M. Pierre, représentant une cavalcade faite à Rome par les pensionnaires du roi à l'Académie de peinture. » Ces planches furent vendues quatre-vingt-trois livres quinze sols.
donne pour que les deux volumes de la galerie de Dresde soient de belles épreuves.
Répondu à M. Dietrich. Je l'exhorte toujours à peindre pour moi, à m' envoyer de ses desseins, et que j'espérois avoir pour lui l'œuvre de la Fage et la galerie du Luxembourg, qu'il m'a demandés.
Répondu à Strahlborn, négociant à Saint-Pétersbourg, que j'ay connu à Paris, il y a plus d'un an. Je lui dis que le peu d'estampes que je devois lui envoyer pour sa curiosité ne sont, pour la plupart, pas encore au jour. Je le prie de me mander le prix des quatre petites pièces d'or qu'il m'a envoyées.
Le 2. Répondu à M. Wâchter, secrétaire du prince de Kaunitz, à Vienne. Je lui promets de mes desseins et de ceux de mon fils. Je l'exhorte aussi de presser M. Rrandt pour un pareil objet.
Le 5. J'ay donné un grand dîner aux gens delà noce, suite du mariage de la fille de M. Reauvais, mon imprimeur. Outre les nouveaux mariés, le père et la mère, M. et madame Gaillard, M. et madame Chevillet et M. de Longueil y étoient. On s'est séparé à onze heures et demie
de nuit.
Le 5. Répondu à notre neveu Gudin, caporal dans la compagnie d'Obsonville, du régiment des gardes françoises. Je l'exhorte a être honnête et galant homme, comme il a été jusqu'à ce jour, et qu'il feroit son chemin, puisqu'il a choisi l'état militaire.
Ecrit à M. Hecquet l? graveur à Abbeville. Je lui de-
1 C'est Robert Hecquet Fauteur de : Catalogue des estampes graver* d'après Rubens, auquel on a joint l'œuvre de Jordaens et celie de Wisscher, avec un secret pour blanchir les estampes et en ôter les taches d'huile, par I». ll rquet, graveur. A Paris, chez Briasson et Ch.-Ant. Jombert, 1751,
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mande s'il veut se défaire du Couronnement d'épines et du Christ en croix, d'après Van Dyck, gravés par Bolswert, qu'il a encadrés chez lui, et que j'ay vus lorsqu'il demeuroit encore à Paris.
Le 8. J'ai eu le plaisir de recevoir de M. le baron de Kessel huit ducats en or et un double ducat, tous différents les uns des autres. C'est une vraie curiosité pour moi. C'est M. le baron de Forell, capitaine aux gardes suisses de France, qui me les a apportés, en ayant été chargé par M. de Kessel, à Dresde.
J'ai répondu à M. de Kessel le 9 de ce mois.
Le 11. Écrit à M. l'abbé de Vallin, chanoine de Saint- Pierre, à Mâcon. Je lui donne avis que les Ports de mer sont au jour.
Répondu à monseigneur l'évêque de Callinique, à Sens. Je lui donne aussi avis que j'ay remis son rouleau d'estampes au monsieur qui m'a apporté sa lettre.
Répondu à M. Bourgeois, commis au bureau de M. Jacquin, directeur des domaines, à Amiens. Comme, à mon refus, il m'a demandé que je lui donne le nom de quelques graveurs, pour graver un petit portrait, je lui propose MM. Beauvarlet et Cathelin, etc.
Le 12. J'allai, invitation faite, dîner chez MM. Papelier et Eberts, où il y avoit MM. Flipart et Choffard, graveurs, et MM. Chardin, Roslin et Vien, peintres, avec
in-12 , et de : Catalogue de V œuvre de F. de Poilly, graveur ordinaire du roi, avec un extrait de sa vie, où Ton a joint un catalogue des estampes gravées par Jean Wisscher et autres graveurs, d'après les tableaux de Wouvermans, avec un secret pour décoller les desseins à Y encre de la Chine et au bistre, etc., le tout recueilli par R. Hecquet, graveur. Paris, Duchesne, 1752; in-12. Ces deux volumes sont devenus rares aujourd'hui, et les renseignements que Ton y trouve sont très-exacts et très-précis.
plusieurs autres personnes. Nous y avons forlbien passé notre temps.
Le 15. Me sont venus voir trois jeunes voyageurs zurichois, l'un esl cousin germain de mon ami, M. Usteri.
Répondu à M. Strecker, à Bouxwiller, en Alsace. Je lui dis que son rouleau d'estampes doit être entre ses mains actuellement, et que ses deux tabatières sont, chez M. Eberts, qui s'est chargé de les lui faire parvenir.
Écrit à M. de Wasserschleben, conseiller d'État du roi de Danemark, à Copenhague. Je lui mande en outre que j'ay retiré ses onze souscriptions et que j'ay souscrit pour onze nouveaux ports, qui ne seront cette fois-cy que de deux pièces.
Tous ces jours-cy, j'allai à la vente (faubourg Saint- Honoré) des effets délaissés par feu M. Slodtz, sculpteur du roi. J'y ai achetés plusieurs desseins, etc.
Répondu à M. Kilian, graveur à Augsbourg. Je le remercie de l'histoire et de la vie du fameux peintre d'histoire Holzer l, et de la vie de Ridinger, qu'il m'a envoyées, composées par lui et de son propre mouvement. J'avois déjà celle de ce dernier, de M. Ridinger même.
Le 1er. Répondu à M. le docteur Wolckmann, à Leipzig.
M'est venu voir M. Schrôter, de Lubeck.
Le 2. Répondu à M. Winckler, à Leipzig.
Le 9. Me sont venus voir MM. le baron et le chevalier
1 Jean Évangeliste Holzer, né en 1709 et mort en 1740.
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de Bremsen, gentilshommes du Holstein. De même que M. le baron de Liebenheim.
Le 14. M'est venu voir M. le comte Podewils, iils de feu M. le comte de Podewils, premier ministre du roi de Prusse.
Le 12. J'ay mené MM. le baron de Bremsen et le chevalier son frère, après avoir déjeuné avec eux, à la bibliothèque du roi, voir le cabinet des estampes *.
Répondu à M. de Mechel. Je le remercie, quoique un peu tard, du baril de sauerkraut qu'il m'avoit envoyé, etc.
Le 13. J'ay mené MM. les barons de Bremsen frères, M. le comte de Podewils, MM. les barons de Raben frères, M. le baron de Liebenheim, M. de Saldern, M. Schrôter et M. Rumphe, de Hambourg, à notre Académie royale. Ils furent forts satisfaits de tous les beaux ouvrages produits par le pinceau, le ciseau et le burin, répandus dans les différentes salles de l'Académie. Au sortir de là, je menai les deux frères, MM. les barons de Bremsen, au Luxembourg, voir les tableaux du roi et la galerie de Rubens, les autres messieurs nous ayant quittés pour aller au jardin du roi voir le cabinet d'histoire naturelle.
Le 20. M. Meinhard, gouverneur de M. le comte de Moltke, m'est venu voir.
Le 25. Répondu à M. de Hagedorn. Je lui donne avis que les estampes de mon œuvre qu'on me demande pour être placées dans le cabinet électoral de Dresde sont parties le 24 mars avec l'œuvre de M. Vernet et celui de
1 En 1782, le Prince publia un Essai sur la bibliothèque du roi. Le chapitre relatif au cabinet des estampes est plein de curieux détails.
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M. de Marcenay. Au mien il manque sept pièces ; il fut impossible de les découvrir cette fois-cy.
Répondu à M. Dietrich. Je lui envoyé l'adresse dont il doit se servir pour m'envoyer le petit tableau.
J'allai pour la seconde fois voir la fameuse tragédie : le Siège de Calais.
Répondu à M. Zingg, à Saint-Gall.
Le 24. Ecrit à M. Resler, à Dresde. Je lui dis que les estampes de M. Dietrich étoient arrivées; je lui en demande encore.
Répondu à M. Eberts, à Strasbourg. Je lui donne aussi avis du départ des œuvres d'estampes, pour Dresde, qui sont à son adresse.
Répondu à M. le chevalier de Vallin. Je lui donne avis du départ des quatre derniers ports de France pour M. son frère, et le prie de faire se charger quelque autre personne pour continuer de souscrire pour lui.
Répondu à monseigneur l'évêque de Gallinique, actuellement à Sens.
Tous ces jours-cy, j'allai à la vente des effets de l'art délaissés par M. Deshayes l, professeur de l'Académie royale ; je n'ay cependant acheté que quelques articles de desseins délaissés par ce peintre.
Le 50. J'allai à l'assemblée de l'Académie royale. M. Frago ou Fragonard 2 y fut agréé avec applaudisse-
1 Catalogue des desseins, tableaux et estampes, après le décès de M. Deshayes, peintre du roy, par Pierre Remy. « La vente se fera le mardi, 26 mars 1765, et jours suivants, trois heures de relevée, dans l'appartement du défunt, rue Neuve-des-Petits-Champs, à côté de la porte du jardin du Palais- Royal. Paris, 1765; in-12. » Ce catalogue est curieux, en ce qu'il contient un grand nombre de desseins de la main de M. Deshayes.
2 Jean Honoré Fragonard, né à Nice en 1752, mourut à Paris en 1806. Il était peintre et graveur, et son portrait a été très-spirituellement gravé à Peau-forte par C. Le Carpentier.
ments. Il avoit exposé aux yeux de la compagnie un très-grand tableau d'histoire, qui étoit très-beau, et plusieurs paysages bien faits et bien coloriés, comme aussi des desseins de diverses manières qui avoient bien du mérite. Au sortir de là, j'allai voir mon ami M. Greuze.
Le 1er. Répondu à M. Lienau, à Bordeaux, et, comme il m'avoit touché fort délicatement quelque chose sur mes ouvrages, que mes amis et autres désiroient constamment voir paroître, je lui dis aussi en termes couverts que je pourrois peut-être punir son impatience par une dédicace ou réjouir par des preuves de mon amitié de cette manière, etc.
M. le chevalier delà Tour-d'Aigues, étantde retour de la Provence, sa patrie, m'est venu voir après une absence de dix-huit mois.
Le 6. Répondu à M. Weitsch, à Brunswick. Je lui dis mon sentiment sur les quatre tableaux de sa façon qu'il m'a envoyés, dont l'un représente le fameux Blocksberg, la plus haute montagne de la Basse-Saxe; l'autre, la forteresse de Regenstein, située sur une roche escarpée et qui a été prise et reprise plusieurs fois dans la dernière guerre, mais qui est à présent très-ruinée.
Le 8. J'ay donné à souper à M. le chevalier de Broembsen et à son gouverneur, M. Sch roter (M. le baron de Broembsen ne put venir à cause d'une indisposition). M. Huber et d'autres étoient du repas.
Le 10. J'allai dîner chez M. le chevalier de Damery, avec M. Chevillet. M. le chevalier de la Tour-d'Aigues y
étoit aussi. Après le repas nous allâmes tous, avec madame de Damery, au Luxembourg. Après que cette dame fut retournée à son logis, nous allâmes, nous autres hommes, chez M. Greuze, de là chez M. Huquier, marchand d'estampes, qui part demain pour Bruxelles assister à la
vente du prince de R nous y restâmes voir un
portefeuille de desseins, comme j'ay fait souvent chez le même marchand, depuis plus de vingt ans, car il a de fort beaux desseins.
Le 13. Madame Huet, étant revenue de Dresde, où elle étoit allée pour son commerce de porcelaine de Saxe, m'a apporté de la part de M. Hutin, directeur de l'Académie de Dresde, toutes les estampes qu'il a gravées successivement à l'eau-forte, qui sont remplies d'esprit. Elles étoient accompagnées d'une lettre fort polie de sa part.
Le 14. J'ay écrit de nouveau à M. Weitsch (en adressant ma lettre à M. Thilecke, secrétaire des postes impériales, à Brunswick). Je lui commande encore deux tableaux, paysages d'après des endroits connus et remarquables. Je lui donne de nouveau quelques remarques sur ses opérations en peintures, lesquelles il prendra en bien, s'il a l'esprit bien fait.
Le 16. J'allai voir Madame Huet, la remercier des soins qu'elle avoit eus des effets qui avoient été envoyés de Saxe, et je lui fis compliment sur son heureuse arrivée.
1 C'est la vente du prince de Rubcmpré. Les tableaux se vendirent le 14 avril, et les estampes et desseins le 15 et jours suivants. La vente des tableaux produisit quatre-vingt-neuf mille trois cent trente livres neuf sols, et celle des desseins et estampes, vingt-cinq mille quatre cent cinquantedeux livres dix sols.
Le 17. M. Ryland graveur du roi d'Angleterre, étant venu de Londres en celte ville, me vint voir et me fit par là grand plaisir. Je l'avois déjà connu lorsqu'il étoit venu à Paris, il y a sept ou huit ans.
Le 18. J'ay donné à dîner à M. Ryland. C'est un brave homme, qui a bien du talent et est fort à son aise. Il a cinq mille livres de pension de son roi, qui lui paye nonseulement généreusement les ouvrages qu'il lui commande, mais lui fait, aussi présent de l'ouvrage même, lorsqu'il est fini. Chose sans exemple !
Le 20. M. Grimm, secrétaire du duc d'Orléans, m'écrivît une lettre dans laquelle il me proposa, au nom d'une société d'honnêtes gens, qui veut faire la dépense de graver la famille infortunée de Calas, en six figures, dessinées par M. Carmontelle2, mais je me suis excusé par ma réponse que j'ay faite sur-le-champ à mon compatriote, M. Grimm.
Répondu à M. Kreuchauf, Je lui dis que les tableaux qu'il prétend envoyer à moi pour les Faire vendre icy n'est, point selon la bonne politique. Je lui conseille de les envoyer, comme cy-devant, à M. Eberts ; mais point de copies ni pièces noires ou endommagées. Que personne ne cherchoit des tableaux chez moi, n'étant nulle-
1 William Vynne Ryland, né à Londres en 1732, fut pendu en 1785, pour avoir fabriqué de faux billets de banque. Ryland gravait au pointillé, dans le goût de Bartolozzi. Il a gravé fort habilement à Feau-forte deux paysages d'après François Boucher.
2 Carmontelle est né à Paris le 25 août 1717 ; il y est mort le 26 décembre 1806 ; c'était un artiste plein d'esprit et de finesse. Ses quelques eauxfortes sont très-justement recherchées des amateurs. Le dessein dont parle ici Wille a été gravé, et on lit au bas de l'estampe : La malheureuse famille Calas, la mère, les deux filles, avec Jeanne Viguière, leur bonne servante, le fils et son ami, le jeune Lavaysse. L -C. de Carmontelle delineavit 1765. Delafosse sculpsitl
ment connu sur le pied d'en faire commerce ; qu'il pourroit cependant envoyer le catalogue à M. Eberts avant tout.
Le 26. Jay remis à M. Schiïtz, secrétaire de l'ambassade de Danemark, bien des choses demandées par M. le conseiller d'Etat de Wasserscbleben, à Copenhague, pour être envoyées à cet ancien ami. Et, le même jour, j'ay touché mes déboursés chez MM. Papelier et Eberts.
Le 27. Répondu à M. Wasserscbleben. La lettre a été remise aussi à M. Schutz.
Le 1er. MM. Wincke, de Brème, et Mùller, de Hanovre, me sont venus voir. Ils viennent de Bordeaux. Le premier m'a apporté une planche de cuivre brut, de Hambourg, et une médaille d'argent. Il avoit été chargé de ces deux objets, par mon ami M. Lienau, à Bordeaux. La médaille a été frappée en Hollande, sur la fameuse banqueroute d'Amsterdam et de Hambourg, il y a deux ans.
Le 5. Un jeune artiste d'une ville de la forêt Noire est venu chez moi, me portant une lettre de recommandation de M. le baron de Sickingen. Il se nomme M. Harscher et parle par le nez.
Le 9. M. Ryland, graveur de Londres, a pris congé de moi pour s'en retourner dans sa patrie. Il avoit commission du roi d'Angleterre d'acheter de moi mes pièces historiques, mais des premières et magnifiques épreuves, et je les ay fournies comme pour un roi.
Le 12. Répondu à M. Meil \ dessinateur et graveur, à Berlin. Je lui dis que les deux estampes qu'il me demande avec instance, mais premières épreuves, sont en présent pour lui, et que M. Cavalier les a déjà entre les mains pour les lui envoyer.
Répondu à M. Rode, peintre d'histoire, à Berlin. Je le remercie d'avance des trois desseins de sa façon, qu'il a fait partir à mon adresse. Je lui dis en outre que les planches des mascarons de l'Arsenal ne pourront pas être placées, que de telles estampes ne pourront qu'être confondues dans la foule, quoique bien faites.
Le 20. M. l'abbé de Grimaldi, de la maison des princes de Monaco, amateur qui me vient voir souvent, me présenta à M. le prince de Monaco, qui me reçut fort bien et me fît voir tous les tableaux et autres curiosités de la maison, me disant même que tous ses tableaux étoient à mon service, si l'un ou l'autre pouvoit m'être utile pour la gravure.
Mon fils Frédéric a été habillé à la françoise, ayant été jusque-là en hussard.
Le 22. Un jeune homme de Deux-Ponts, Zioey-Brùcken en allemand, nommé M. Hess, me vint voir: il veut être graveur et désire que je lui enseigne. Je le ferai avec plaisir, ayant connu son père, il y a vingt-neuf ans. Il a dessiné plusieurs années à l'Académie de Manheim, et paroît fort joli garçon, qui se présente bien. Son père m'avoit déjà écrit par rapport à lui et je lui en ai répondu.
Tous ces jours-cy, j'ay acheté plusieurs tableaux dans une vente qui se fait chez M. le Brun, marchand.
1 Jean Guillaume Meil, peintre, dessinateur et graveur, né à Altcnburg en 1755, mourut à Berlin en 1805.
Le 25. Répondu à M. Harpeter, docteur en philosophie, à Nuremberg. Il étoit chargé de me proposer le portrait d'un sénateur de la même ville de la part de sa veuve, mais que j'ai refusé. Peu de jours après, M. Wirsing, graveur, aussi de Nuremberg, m'écrivit en me priant de le recommander pour le faire, c'est ce que j'ay fait avec plaisir le 26.
Le 24. M. le baron de Hammerstein, Hanovrien, me vint voir. Il vient d'Italie.
Le 25. M. de la Haye, mon tailleur, m'a livré un habit de soie jaspé et assez richement galonné en argent, et un autre à mon fils aîné, de bouracan avec boulons d'argent. Huit jours auparavant, mon fils Frédéric eut un habit de soie à fleurs, mais uni, avec chapeau et épée, au lieu d'habit de hussard, bonnet et sabre, et accoutrement analogue, qu'il avoit porté jusqu'à ce jour; mais il portera encore, les jours ouvrables, le même habillement qui est vert et argent, cet été, pour l'user.
Ces jours passés, M. Boehmer, de Dresde, m'a remis, de la part de mademoiselle Dinglinger, une miniature qu'elle a faite d'après un tableau du Tilien, de la galerie de Dresde, et qu'elle veut vendre deux cents louis d'or. Je doute de la réussite de cette affaire. La pièce est jolie.
Le 27. J'ay répondu à M. Yàchter, Je lui dis que, quoiqu'il m'ait obtenu, à mon insçu et sans que je Paye demandé, la permission d'écrire à l'impératrice, pour lui dédier une de mes pièces, je ne croyais pas que la chose soit praticable pour le présent et que je prévoyois plusieurs difficultés. Je le remercie cependant beaucoup de son intention louable à mon égard. Je lui mande
DE JEAN-GEORGES WILLE. 291 aussi que M. Schmuzer, mon élève, a fini sous ma direction, le portrait du prince de Kaunitz -, et j'ay parlé fort en sa faveur pour que sa pension soit augmentée.
Le 28. M. le chevalier de Brômbsen et M. Schrôter, son gouverneur, sont venus prendre congé de moi. Ils vont aller voir les provinces méridionales de la France.
Le 29. M. Schrôter a encore soupé chez nous quoiqu'il eût déjà pris congé le jour d'auparavant. Je lui ay fait présent de plusieurs estampes, car c'est un fort brave garçon, joyeux et de bonne humeur.
Le 50. M'est venu voir M. Papelier, chancelier du prince Frédéric de Deux-Ponts et frère du banquier du même nom qui est mon ancien ami et duquel il étoit accompagné. Il me paroît un bien digne homme, parlant l'allemand et le françois dans une rare perfection et ayant un esprit très-solide.
Le 1er. Répondu à M. Gagino, à Hildesheim. Il me paroît marchand et veut avoir de mes estampes. Je lui dis que son argent doit être icy avant le départ des estampes, dont je lui ay envoyé le catalogue.
J'ay mis un habit neuf, que M, de la Haye, mon tail-
1 Le prince de Kaunitz est debout, à mi-corps, la main posée sur un livre qui est sur une table. On lit au bas rénumération de tous les titres du prince; les voici : « W. A. PR1NCEPS A KAVNÎTZ, COMES A 1UTTBERG. Quondam Augg. ad Sardinix Regem ablegatus. Belgii Austr. Proconsul ad paceni Aquisgrani sanciendam Plenipotent. apud Gallix Regem Orator. JSunc vero, Augg. a Sanctior. Consiliis. Cancellarius. Administer Germanix Belgii et Italix Provinciarum rébus cum exteris gerendis prxfectus, etc. A. CI0I3CCLXV. » On reconnaît en plus d'un endroit, dans cette planche, la main de Wille ; l'habit du prince a surtout dû être beaucoup retouché par le maître de J. Schmuzer.
leur, m'a fait; il est de soie, galonné en argent, et m'a coûté quatre cents livres.
Le 10. Répondu à M. Winckler. Je lui envoyé la reconnoissance de la somme qu'il m'a fait toucher, de la part de M. de Hagedorn, pour les estampes que j'avois envoyées à celui-cy. Je lui envoyé aussi la liste des desseins avec les prix, mais qui resteront encore une huitaine de jours chez moi et parliront avec les autres effets.
Le 14. M. Usteri, de Zurich, troisième frère de ce nom, étant arrivé, m'est venu voir sur-le-champ.
M. Garttner, ébéniste de Dresde, m'a apporté des lettres de M. Dietrich ou Dietricy.
Le 20. Répondu à M. de Livry fils. Je lui mande que, n'ayant pu joindre M. Vien, je lui ay fait faire deux paysages vues de Rome, coloriés, que je les ay fait remettre aujourd'hui à M. Ripert, selon ses désirs.
M. Griesbach, jeune, jurisconsulte, ayant pris congé de moi pour partir pour Londres, je lui ay fait une lettre de recommandation pour M. Fabian1, peintre allemand dans cette ville, à qui j'ay promis par la même lettre un dessein de moi, qu'il me demande depuis longtemps.
Tous ces jours-cy, j'allai cà la vente de tableaux de madame de la Roissière, où j'en ay acheté plusieurs, entre autres deux Rartholomé Rréemberg, très-finis.
J'allai chez le notaire signer un écrit portant mon consentement que la veuve Deforge pût être tutrice de ses enfants; son mari, frère de ma femme, étant mort depuis peu laissant deux filles en bas âge.
Le 21. Écrit à M. Weiss, à Leipzig. Je lui dis que
1 Nagler no mentionne pas le nom de ce peintre dans son Dictionnaire
des artistes.
M. Winckler lui remettra le nouveau livre de M. Dandré-Bardon 1 de ma part, comme aussi deux estampes gravées par M. Cheville!.
Le 21. Répondu à M. Kreuchauf, M. Winckler est aussi prié de lui remettre ses estampes. Je lui dis en outre que je ne croyois pas que le petit tableau de mademoiselle Dinglinger pût être vendu.
Le 22. Répondu à M. Wolckmann; M. Winckler doit également lui remettre ses estampes et brochures. Je lui ay aussi fait compliment sur son mariage.
Répondu sur plusieurs lettres de M. Winckler. Je lui donne un détail de tout ce que je lui envoyé, et la liste de mes monnoies d'or; comme il m'en avoit envoyé quatre en dernier lieu, je l'en remercie et lui fait présent de deux paysages que j'avois dessinés l'année passée. Il a aussi ordre de remettre un de mes desseins, à M. Oeser, directeur de l'Académie de dessein, à Leipzig, qui avoit désiré en avoir.
Répondu à M. de Mechel, à Baie.
Une lettre en réponse à M. Humitsch, commis de la fabrique deMeissen, est dans la lettre à M. Dietrich.
Le 25. Il m'est arrivé de Meissen une petite caisse que M. Dietrich m'envoye. Elle contenoit un tableau paysage sur bois, très-bien fait par cet habile homme. Il sera gravé par M. de Launay, pour faire pendant à celui qu'il grave actuellement. De plus, il y avoit deux tableaux de M. Dietrich en grisaille, mais qui ne sont pas si bien. De plus, un rouleau de desseins de lui, au
1 Ce dernier ouvrage de Dandré-Bardon avait pour titre : Traité de peinture, suivi d'un Ess.i sur la sculpture, pour servir d'introduction à une Histoire universelle relative aux beaux-arts. Paris, Dessaint, 1765, 2 vol. in-12. Cet ouvrage est aujourd'hui fort peu recherché.
29 i JOURNAL
nombre de plus de vingt pièces, tous de sa main, trèsbien faits et que je dois remettre à M. Mariette de sa part.
Ce même jour, j'ay répondu à M. Dietrich. Je l'exhorte constamment à me faire encore des paysages, et que son portrait est très-avancé.
J'allai faire ma contre-visite à M. le chancelier Papelier.
Le 27. Nous fûmes réveillés, à quatre heures du matin, par le frère de M. Zingg, qui étoit venu en courrier de Troyes, en Champagne, où leur voiture, qui conduisoit les deux frères et un de leurs amis, en France, avoit été arrêtée avec les quatre chevaux parles commis, qui les accusèrent que le tout étoit au voiturier, et que cela étoit contre les ordres et règlements. Après avoir fait prendre le café au jeune M. Zingg, je le fis mettre au lit, et je sortis pour trouver quelques moyens pour faire relâcher cet ami, à Troyes. J'employai toute la journée à courir de part et d'autre, sans avoir beaucoup avancé cette vilaine affaire. M. Coindet s'y employa aussi avec ardeur.
Le 28. Je poursuivi l'affaire de M. Zingg, de même que M. Huber.
Le 29. Je dînai chez M. Blondel de Gagny1, qui m'avoit fait inviter. Le matin et l'après-midy furent encore employés pour M. Zingg. Le même jour, M. Huber fit dresser une requête qui fut présentée à M. l'intendant de Champagne, de la part de M. Zingg, par M. Huber. M. Turgot, intendant de Limoges, prit cette affaire à
1 M. Blondel do Gagny mourut en 1 7 7 C , et la vente de son cabinet se lit le 10 décembre de cette année.
DE JEAN-GEORGES WILLE. 295 cœur et alla parler lui-même à celui de Champagne, en laveur de M. Zingg. Cecy étoit le 51.
Le 50. M. Huber alla, quoique malade, sur ma représentation, chez M. Turgot pour avoir des nouvelles de l'affaire.
Le 2. M. Turgot écrivit à M. Huber que M. l'intendant de Champagne avoit ordonné qu'on laissât partir M. Zingg de la ville de Troyes, mais il fut obligé de faire sa soumission pour douze cents livres, sauf le jugement définitif de M. l'intendant.
Le 6. Nous reçûmes un tonneau de vin que M. Lienau, mon ami, m'envoya de Bordeaux en présent. C'est un excellent vin blanc.
Le 7. Nous allâmes tous au-devant de M. Zingg, jusqu'à Charenton, mais inutilement : M. Zingg ne vint point.
Le 8. Nous reçûmes une lettre de M. Zingg, par laquelle il nous instruisit qu'il seroit le même jour, dans Taprès-midy, à Charenton. Mon fils, M. Zingg le jeune, qui avoit logé tout ce temps chez nous, MM. Schmuzer et Halm, allèrent jusqu'à ce village au-devant de lui, el il arriva chez nous vers les sept heures du soir en bonne santé, mais rempli de chagrin à cause de son affaire. Nous le reçûmes avec toute l'amilié possible. Il soupa chez nous de même que le lendemain, avec M. et madame Huber, etc. Il me remit une médaille d'argent représentant le célèbre M. de Haller, que M. Môrikofer, de Berne, m'envoye en présent, comme aussi un
double ducat de Berne, un simple et un double de Zurich, que M. Usteri, de Zurich, m'envoye, mais que je lui ai payés.
M. Millier, de Hanovre, a pris congé de moi. C'est un bien brave voyageur. Il s'est chargé d'un rouleau d'estampes pour M. Boehm et mon frère à Giessen, il est parti le 14.
Le 14. Répondu à M. Boehm, professeur de mathématique de l'université de Giessen, membre de l'Académie électorale d'Erfurth et de la société littéraire de Duisbourg, à Giessen. Ma réponse est remplie de politesse et de choses indifférentes, qui roulent sur les arts. Je lui dis en outre qu'il doit garder un exemplaire des différentes estampes que je lui ai adressées et dont M. Mûller, de Hanovre, s'est chargé. Je le prie de remettre le reste à mon frère.
Répondu à mon frère. Je lui mande que les estampes que je lui ai promises sont parties à l'adresse de M. le professeur Boehm, à Giessen, qui les lui remettra.
Répondu au curé de Kônisberg, près de Giessen. Je lui parle art et morale, et finis par lui dire que mon frère lui remettra deux estampes de ma part, comme il en doit remettre à d'autres personnes que je lui nomme. Ces deux lettres sont dans une qui est à l'adresse de M. le professeur Boehm.
M. le baron de Steinberg, de Hanovre, m'est venu voir.
Le 17. J'allai à l'enterrement de M. Carie Vanloo1, premier peintre du roi, écuier, chevalier de l'ordre de Saint-
1 On connaît un certain nombre de biographies de Carie Vanloo, et la plus curieuse, selon nous, est celle que Dandré-Bardon publia en 1705; in-12 de soixante-huit pages.
Michel, directeur de l'Académie royale de peinture et sculpture, directeur des élèves protégés par le roy. Ce grand homme mourut d'apoplexie, le 15, dans la matinée. Il a été enterré à Saint-Germain-l'Auxerrois. Un monde prodigieux étoit à son enterrement. Il y avoit environ vingt-quatre ans que je le connoissois. Il étoit âgé de soixante-trois ans.
Le 28. Nous allâmes tous vers les nouveaux boulevards, où nous avons goûté bien du plaisir.
Le 51. M'est venu voir M. de Ziegler, jeune gentilhomme aimable, de Schaffouse. Il m'apportoit des lettres de recommandation de M. Lindiner, actuellement établi à Strasbourg, et cy-devant aide de camp du général de Lochmann.
Le 4. Répondu à M. Lienau, ù Bordeaux. Je lui envoyé dans la lettre une épreuve d'une lettre de change, quej'ay fait graver pour lui. J'attends si elle doit être imprimée icy.
Répondu à M. Lindiner, cy-devant officier au régiment de Lochmann, au faubourg de Krautenau, à Strasbourg, quej'ay connu autrefois icy. C'est un aimable homme qui vit actuellement en philosophe heureux. Je le remercie de deux bouteilles de kirschwasser, qu'il m'avoit envoyées. Je lui ay promis une estampe en revanche, les Musiciens ambulants.
M. Rode/ peintre d'histoire, de Berlin, m'a envoyé trois desseins qui sont bien, de sa façon, par M. Sylingk.
Le 8. M. Meyer, de Hambourg, m'est venu voir avec un jeune voyageur, de Heidelberg.
Me fut proposée la gravure du portrait de M. de Steiger \ le premier magistrat de Berne, mais je l'ay refusée à mon ordinaire. J'ay nommé plusieurs autres graveurs à choisir.
M. le baron de Hammerstein, m'est venu voir aujourd'hui. Il est Hanovrien et officier dans les troupes de cet électorat.
M'est venu voir, avec une lettre de recommandation de M. Rode, un peintre de Berlin, nommé M. Rosenberg.
Le 18. Répondu à M. Strecker, à Bouxwiller. Je lui dis que, M. Ravenel étant parti, j'ay trouvé une autre occasion pour faire passer ses estampes à Strasbourg.
Répondu à M. Winckler. Je lui mande que c'est par oubli que la note des tableaux étoit restée icy ; que j'ay de nouveau de quoy piquer sa curiosité.
Le 19. M. Rigal, de Heidelberg, a pris congé de nous pour passer en Angleterre, d'où il compte revenir au mois de m a y de l'année qui vient, pour s'en retourner en Allemagne. C'est un bien brave garçon.
M. Hackert, peintre de paysages, de Berlin, avec un autre peintre, de Stralsund, étant arrivés hier à Paris, sont venus aujourd'hui m'apporter une lettre de recommandation de M. Sillem, négociant à Hambourg. Ils paroissent des gens qui savent fort bien vivre.
Le 25. Monseigneur l'évêque de Callinique, qui étoit de retour de son abbaye de Sainte-Colombe, à Sens, me vint voir, de même que M. de Livry, son frère, pour m'engager, le matin, de les mener au salon voir les tableaux, etc., de l'exposition, qui n'éloit pas encore pu-
1 Ce portrait a été grave par Claude Drcvet, d'après Joh. Hudolff. Huber, peut-être sur la reeonunandation de Wille. C'est un portrait in-folio au bas duquel on lit: Cln'islopJiorus Steigerus consul lieipublicâs Bernefiïis.
blique. Après avoir passé là avec eux jusqu' à une heure, M. Huet, qui m'avoit rencontré, m'entraîna chez lui pour y dîner; et, vers les quatre heures, je me rendis à l'assemblée de l'Académie, où les prix des jeunes gens éloient exposés aux yeux de l'assemblée. On fit un directeur, un recteur, un adjoint à recteur et un professeur. M. Leprince l, peintre, qui a été en Russie, mon ancien ami, y fut reçu académicien avec applaudissements. Son tableau représentant un baptême russe, et qui doit rester à l'Académie, est un fort bon tableau.
Le 24. M. Hartmann, jouaillierde Munich, prit congé de moi pour s'en retourner dans sa patrie. Je l'ai chargé d'un grand rouleau d'estampes qu'il doit remettre à M. Eberts, à Strasbourg, pour être envoyé par celui-cy à M. Strecker, à Bouxwiller. Je lui ay fait présent aussi de trois estampes de moi et lui ay donné un petit rouleau de quatre estampes pour qu'il les remette à M. Scheke, habile graveur de médailles, à Munich, avec une lettre à celui-cy, dans laquelle je lui demande la médaille de M. Desmarets 2, peintre, qu'il a gravée depuis peu, comme aussi trois autres pièces que je désirerois avoir en argent.
Le 26. M. Yan den Velden a pris congé de moi et est parti pour la Hollande.
Le 28. M. Meyer, de Hambourg, a pris congé de moi. Il s'est chargé de deux petits rouleaux pour M. V. Lienau, à Bordeaux, où il va en droiture. Je lui ay fait un petit dessein colorié dans son livre, qu'on nomme en allemand Stammbuch, livre de généalogie.
1 Jean Baptiste Leprince naquit à Metz en 1755 et mourut le 50 septembre 1781. Il était élève de Boucher.
2 Desmarets, peintre d'histoire, né en France, mourut en Toscane en 1805. Son meilleur tableau est, dit Nagler, Pindare mourant entre les bras de Theoxéne.
Le 51. J'allai à l'assemblée de l'Académie royale pour y donner ma voix pour les prix des jeunes artistes. Après, je me suis arrêté longtemps au salon où tous les ouvrages des académiciens sont exposés. Mon portrait, peint supérieurement par M. Greuze1, y est aussi; mais je n'y ai exposé que mes Musiciens ambulants. Le concours du public pour voir le salon est extraordinaire.
Le 8. Je partis pour dessiner le paysage d'après nature. Mon fils, MM. Schmuzer, mon élève, Weirotter, Kraus, Hackert de Berlin et M. Becker m'accompagnèrent pour le même objet. Nous allâmes le même jour à Longjumeau, où nous dessinâmes; le lendemain et les jours suivants à Sceaux-lès-Chartreux, où il y a d'excellentes choses. M. Hackert devint malade le second jour, et le troisième il repartit en chaise de poste pour Paris. Le mercredy, ma femme, sa sœur et mon lils Frédéric vinrent en carrosse, accompagnés de M. Usleri, nous trouver à Longjumeau; ils y passèrent la nuit et repartirent le jeudy au soir très-contents de leurs excursions. Nous dessinâmes jusqu'au samedy à midy, et retournâmes à Paris, où nous arrivâmes à huit heures du soir, fort contents de notre voyage et des objets que nous avions rencontrés.
M. Lienau, mon ami, à Bordeaux, m'a envoyé une médaille d'argent qui a été nouvellement frappée à Hambourg. Celte médaille est très-mal faite.
Le 25. Répondu sur deux lettres de monseigneur Vér
1 Mathonde la Cour, dans Lettres à monsieur"' sur les peintures,. les sculptures et les gravures exposées dans le salon du Louvre en 1765, dit, page 57 : « Les portraits de M. Wille et de M. Caflîcri sont traités avec feu et comme on devroit toujours peindre les artistes. »
vêque de Callinique. Je lui dis que mon fils compte faire son portrait au crayon rouge incessamment, et que je lui ferai emplette des estampes.
Le 24. J'ay rendu, par ordre de mademoiselle Dinglinger, le petit tableau en miniature qu'elle a fait d'après le Titien, à M. Riederer, banquier, qui doit le faire passer à Londres, car il ne m'a pas été possible de le faire placer icy pour la somme de cent louis d'or qu'on vouloit avoir pour cette pièce.
M. Chevillet, graveur, est déménagé de notre maison
après y avoir demeuré Il est allé demeurer avec sa
femme, dans la rue Saint-Victor, où il est fort bien logé.
Le 5. Écrit à M. Winckler. Je lui dis que j'ay touché de l'argent le 4, chez MM. Papelier et Eberts.
Je ne me suis pas bien porté tous ces jours passés, jusqu'au 12 de ce mois, sans être cependant malade.
Deux gentilshommes courlandois me sont venus voir avec leur gouverneur.
Le 10. M. le général de Fontenay, envoyé de l'électeur de Saxe, m'a envoyé à la maison une magnifique tabatière que S. A. S. électorale m'a envoyée en présent.
Le 14. Répondu à M. V. Lienau, à Bordeaux. Je lui donne avis du départ de ses lettres de change que j'ay fait imprimer, et le remercie de la médaille d'argent que la ville de Hambourg a fait si mal exécuter; mais enfin ce n'est pas la faute de M. Lienau.
Le 16. Répondu à M. Usteri. Je lui dis que j'ay acheté,
selon ses désirs, l'œuvre de Crozat, l'ancienne édition, que M. son frère, qui est allé en Hollande, et avec qui j'ay manqué de partir, lui doit apporter lorsqu'il sera de retour icy.
Le 20. Répondu à M. Strecker, qui a été plusieurs années peintre du prince héréditaire de Hesse, à Bouxwiller, mais qui a été appelé par le landgrave de Hesse- Darmstadt pour être son peintre, depuis la mort de M. Fiedler, dont il aura la pension et de qui il est élève. Je lui mande que je désirerois un petit tableau de Breughel de Velours que M. Fiedler possédoit, et je donne commission à M. Strecker de me l'acheter dans la vente du défunt peintre, s'il est véritable.
Le 27. M. le baron d'Àderkas, m'est venu voir.
Le 28. M. Meyer, jeune peintre qui m'est connu depuis longtemps, est de retour de chez M. le duc de Deux- Ponts, où il a été plusieurs années. Il a quitté ce prince et m'est venu voir avec M. son frère, qui est joueur de harpe très-habile.
Répondu à M. l'évêque de Callinique, à Sens. Je lui dis que j'ay fait sa commission chez le sieur Tremblin, et que mon fils a déjà dessiné un de ses portraits.
Le 29. Répondu à M. Weitsch, à Brunswick. Je lui dis que j'ay souscrit, selon ses désirs, pour dix exemplaires de l'estampe de Calas; que j'attends ses tableaux avec deux desseins.
Répondu à M. de Mechel, mon ancien élève, à Baie. Je lui fais une description comique de notre dernier voyage de Longjumeau, et lui demande pour de l'argent un ducat de Baie.
Me sont venus voir deux voyageurs de Hambourg, MM. Schmidt et Kôîiigj gens d'esprit.
Tous ces jours-cy, j'ay retouché les estampes dont M. Zingg me grave les planches d'après Metay. De même j'ay retouché une épreuve du portrait de M. Dietrich, que M. Schmuzer, mon élève, grave l.
Le 51. Répondu à M. F.-J. Van den Velden, à Leyde. Sa lettre étoit une lettre de politesse et ma réponse aussi; son adresse est : Aftegeeven in 't Waapcn van Gelderlarid op de lange Brurjge te Leyden \
Le 1er. M'est venu voir M. le comte Reuss. Ce jeune seigneur voyage et cherche à voir tout ce qui est digne de remarque. La famille des comtes de Reuss est des plus illustres de l'Allemagne. M. le baron d'Aderkas est son gouverneur.
M. Usteri, notre ami, qui étoit parti pour la Hollande, étant de retour au bout d'un mois, nous est venu voir.
MM. Schmidt et Kônig ont passé la matinée avec moû Ils sont très-instruits, quoique négociants, surtout M. Schmidt, qui étoit même poêle et a traduit Zelmire en allemand, pour le théâtre de Hambourg, où elle a été représentée avec beaucoup d'applaudissements.. T'ay donné à celui-cy cinq ducats que j'avois doubles, en le priant
1 On lit au bas de ce portrait : « Christian-Guillaume-Ernest Dietrich, peintre d'Auguste II et d'Auguste III, rois de Pologne et électeurs de Saxe,, membre des Académies de Dresde, d'Augsbourg et de Bologne, né à Weimar le 50 octobre 1712, peint par lui-même, et gravé à Paris, en 1765, par Jacques Schmuzer, élève de M. Willc, graveur du roy. »
2 Remettre à la voiture du pays de Gueldres, près du long pont de Leyde.
de me les échanger contre d'autres de coins différents. Je lui ay remis une boîte avec des pinceaux pour M. Dietrich, à Meissen.
Le 11. Répondu à M. Dietrich. Je lui dis qu'il recevra, par Hambourg, une petite boîte dans laquelle sont douze douzaines de pinceaux en tuyaux de plumes et quatre douzaines de brosses de Lyon aussi en tuyaux. Je lui en fais présent. Je le prie de songer à moi pour desseins ou tableaux de sa main.
Le 12. M. Usteri, de Zurich, a pris congé de nous, après qu'il eut dîné au logis. Il a fait présent d'une épée d'argent ciselé et doré alternativement dans les ornements, à mon fils aîné, qui lui avoit un peu enseigné à dessiner. Mon fils lui donna le même jour un joli dessein de sa composition, représentant le Roi et son Fermier, de la comédie italienne.
Le 12. J'ay acheté pour ma femme une tabatière d'or très-belle. Elle m'a coûté quatre cent soixante-seize livres; ainsi elle a également une tabatière du même métal que la mienne, mais qui est de la valeur de huit cent soixante livres.
Le 15. J'allai chez M. Marcel, trésorier du corps d'artillerie, pour faire viser un billet de recette de deux mille cent cinquante livres, signé de Valcourt, au profit de M. le chevalier de Damery, qui me l'a envoyé pour recevoir pour lui cette somme.
M. Moreau m'a gravé à l'eau-forte une planche d'après M. Greuze.
Le 16. M. Fournereau m'a remis pour M. Wàchter dix-sept cent cinquante-six livres. Le même jour j'ay
xîonne avis audit M. Wàchter, à Vienne, pour savoir la destinée de cette somme.
Écritsous l'enveloppe de M. dellagedorn, à M. Wagner, jeune peintre en Saxe, et dontj'ay vu hier des petites pièces qui m'ont beaucoup plu. Je lui en demande six en couleur, deux desseins au bistre et deux tableaux à l'huile. Je lui dis que je lui ferois toucher l'argent à Dresde ou à Leipzig, et qu'il doit tout envoyer à M. Eberts, à Strasbourg.
Au soir, a soupe avec nous mon ancien élève, M. de Mechel, qui se trouve depuis peu de jours en cette ville. Je l'ay revu avec plaisir.
Le 17. Répondu à M. Ellermann, négociant, à Hambourg.
Ecrit à M. Eberts. Je lui dis qu'il doit recevoir deux caisses, l'une pour Hambourg, l'autre pour Zurich.
Répondu à M. Usteri, à Zurich. Je lui parle aussi du départ de la caisse de M. son frère.
Le 18. J'ay achevé la lettre commencée le 26 octobre, en réponse à celle de M. de Hagedorn, dans laquelle est une à M. Wagner.
Tous ces jours-cy j'allai, soir et matin, assister à la vente des effets de feu M. le comte de Caylus1, de l'Académie des inscriptions et belles-lettres et de l'Académie royale de peinture. Il y avoit là un volume contenant les soixante desseins que M. Bouchardon avoit dessinés d'après nature (représentant les cris de Paris) pour
1 Anne-Claude- Philippe de Thubières de Grimoard de Pestels de Levi, comte de Caylus, naquit le 51 octobre 1092. Il fut en relation avec tous les artistes célèbres de son temps, et sut leur rendre tous les services que lui permirent sa haute position et sa parenté avec madame de Maintenon. P.-J. Mariette, l'ami intime de Caylus, nous apprend qu'il mourut « à la suite d'une longue maladie, qui avait fait de son corps un vrai squelette, le jeudi 5 septembre 1705, à sept heures du matin. »
M. le comte de Caylus, que celui-cy grava il y a plus de vingt ans. Ces desseins me plurent tant, que je les poussai à douze cents livres; mais ils furent adjugés à douze cent trente-cinq livres à un abbé Grimau, mais ils étoient pour M. de la Reinière, à ce qu'on assuroit. Je n'ay eu de cette vente que quelques portraits en émail; cependant je n'ay gardé pour moi et ma curiosité qu'un seul portrait, par Petitot % qui est très-beau, représentant le fameux duc d'Epernon. Quoique cette vente m'amusoit beaucoup, il faisoit cependant bien froid en revenant à neuf heures du soir par les Tlmileries jusques sur le quay des Augustins; cela me fit acheter un peu cher le plaisir que j'avois dans la vente même. J'ay acheté aussi une petite pierre gravée, ouvrage étrusque monté en bague, qui est gentil, et une autre bague en lapis-lazuli, dont la gravure est un ouvrage chinois, mais qui ne vaut rien.
Un de ces jours, revenant de la venle de M. le comte de Caylus, avec MM. Basan et Àumont, je les priai à dîner, ce qu'ils acceptèrent, et, lorsque nous étions à table, mon domestique vint me dire qu'il y avoit dans l'antichambre un monsieur qui désiroit me parler. J'allai, et je vis un homme fort bien mis avec un très gros manchon, selon la mode des gens comme il faut. Mes domestiques le gênoient, il auroit voulu parler francois, mais il eut recours à son très-mauvais allemand, se disant libraire de Genève, qui avoit eu bien des malheurs, etc. Mais, comme j'avois reconnu mon coquin qui m'avoit escroqué douze francs, dix-huit mois auparavant, se disant alors infortuné graveur de Kœnisberg, je le
1 Ce portrait m'a été adjugé pour deux cent soixante livres.
(Note de Willc.)
traitai cette fois-cy selon son mérite, et comme l'on doit traiter les filous.
Le 1er. J'ay fait recevoir deux mille deux cent cinquante livres, pour M. le chevalier de Damery, sur un billet qu'il m'avoit envoyé, ayant beaucoup de confiance en moi et dont il a raison. Je lui rendrai aussi un compte fidèle lorsqu'il sera de retour de sa terre.
M. le chevalier de Damery a touché cet argent chez moi.
Le 5. Répondu à M. Winckler. Je lui donne avis du départ de sa caisse.
Répondu à M. Wolckmann. Je lui mande que ses estampes et livres sont dans la caisse de M. Winckler.
Le 6. Répondu à M. Kreuchauf. Je lui promets qu'aussitôt que M. Eberts me demandera dix-huit livres de sa part, que je les lui avancerai avec plaisir.
Le 7. Écrit à M. Eberts, à Strasbourg, pour lui parler du départ de la caisse de M. Winckler.
Répondu à M. de Rissing, à Vienne, et je le prie aussi de parler pour moi à M. Rrandt, par rapport aux desseins qu'il m'a promis depuis longtemps.
Le soi-disant libraire malheureux a escroqué de l'argent à M. Peters, quoiqu'il en eût déjà eu de lui, lorsqu'il se disoit pauvre peintre de Kœnisberg. Car il faut remarquer que cet homme rare est de tous les talents. Mon ancien élève, M. de Mechel, qui est actuellement à Paris, a aussi été attrapé par ce fripon.
Tous ces jours-cy, j'allai à la vente de M. Rasan, où j'ay acheté quelques desseins et estampes.
Le 25. M. Zingg m'a annoncé qu'il avoit accepté la pension de deux mille livres par an de la cour de Dresde, et il doit s'y rendre le printemps prochain.
Le 26. Ma femme a acheté de l'étoffe pour faire faire deux habits noirs pour moi et mon fils aîné, pour nous mettre en deuil, comme font tous les honnêtes gens, de la mort de monseigneur le Dauphin.
M. de Mechel, mon ancien élève, a dîné au logis en prenant congé de nous, et demain il va partir pour retourner à Bâle.
Le 28. Remis à M. Cochin un nouveau portrait que M. Schmidt, de Berlin, nous avoit envoyé et qui est bien gravé par lui.
Le 29. Répondu à M. Schmidt, à Berlin. Je lui demande dix exemplaires de son petit œuvre.
Répondu à M. Rode, à Berlin. Je le remercie de trois desseins de sa façon qu'il m'a envoyés et qui sont bien.
Bépondu à M. Strecker, premier peintre du landgrave de Hesse-Darmstadt, en lui proposant de voir s'il y a moyen que l'on envoyé le petit tableau de Breughel de Velours, pour que je puisse voir s'il est original. Je l'exhorle aussi de presser M. Seckalz, pour mes deux tableaux que celui-ey me doit faire, comme aussi deux desseins. Je le remercie en même temps de la bonne réception qu'il a faite à mon frère, lorsqu'il alla à la cour pour être présenté au souverain.
Le 30. Nous avons reçu de la Champagne un petit baril de vin, sans aucune lettre d'avis. Cependant je soupçonne que c'est un présent de M. le chevalier de Damery. Au reste, j'espère que nous le boirons à la santé du bailleur.
DE JEAN- GEORGES WILLE. m
Le 51 . J'ay écrit une lettre de politesse à M. de Livry, dans laquelle j'ay mis deux desseins que j'avois faits pour ses élrennes.
J'allai à l'assemblée de l'Académie royale. M. Jollain, peintre, y fut agréé sur deux tableaux qu'il avoit exposés.
M. Miger1, mon élève, mais particulièrement de M. Cochin, nous a envoyé six bouteilles de liqueurs.
Le 1er. Répondu à M. Joseph Roose, peintre et professeur de l'Académie électorale de Dresde. Il m'a promis
1 Al. E. B. do la Chavignerie n'a pas su que Miger fût élève de Wille, car il n'en parle pas dans la curieuse monographie qu'il vient de publier sousce titre : Biographie et Catalogue de V œuvre du graveur Miger, par M. Emile Bellier de la Chavignerie. Paris, Dumoulin, 1856; in-8°. L'auteur de ce travail nous communique quelques renseignements qu'il a trouvés depuis la publication de son livre, et nous transcrivons fidèlement ses additions :
« Miger obtint, le 13 février 1815, une audience du roi Louis XVIII ; il remit au roi les portraits de Marie-Antoinette et des deux tantes du roi, ainsi qu'un manuscrit contenant quelques-unes de ses poésies. Ce manuscrit a été conservé à la bibliothèque du Louvre, et porte pour titre : Oblectamenta senectutis mex, dum fluerent setatis mex anni 77, 78, 79, 80. — Il est entièrement tracé de la main de Miger, et porte en tète cette dédicace :