JUIN 17GG
Le 9. M. Scbuldheis, jeune voyageur de Zurich, m'est venu voir, m'apportant des lettres de recommandation.
Le 11. M. le baron de Fletscber, directeur de la manufacture de porcelaines de Saxe, m'a rendu visite. Il m'a apporté deux tableaux que madame Wagner a faits a Meissen. Ce sont de très-jolis paysages, peints à l'huile i. 21
sur toile, et il m'a fait présent de deux très-petits paysages, peints par la même dame, également à l'huile, mais sur porcelaine.
Le 12. M'est venu voir un graveur, arrivé d'hier de Leipzig, sa patrie, nommé M. Crusius \ Qui connoît ses talents ?
M. le comte Moltke, fils du grand maréchal de la cour de Danemark, et M. Hellfried me sont venus voir, m'apportant plusieurs lettres de différents amis en Allemagne. Ils sont fort aimables. Us éloient déjà venus trois fois sans me trouver, dont je fus bien fâché.
Le 13. Deux jeunes peintres saxons sont arrivés et venus chez moi. L'un, M. Grosmann, et l'autre, M. Wiedner.
Le 14. J'ay mené M. le comte de Moltke et M. Hellfried, chez M. Greuze, de qui j'ay acheté deux testes superbes, représentant deux filles. Je les ay payées quarante louis d'or pour M. le comte de Moltke. J'avois carte blanche pour cela.
Le 19. Répondu à M. de Bissing. Je lui dis que j'ay donné les trois estampes de ma nouvelle planche, roulées, à M. Weber pour les lui remettre. Je le prie de ne pas les laisser voir jusqu'à ce que l'impératrice eût reçu les siennes.
Le 20. Répondu à M. Hummitsch, à Meissen. Je le prie de poursuivre l'achat des desseins. Il y a dans la même lettre une à M. Wagner père et une à madame Wagner, femme digne de remarque, par rapport à son talent pour la peinture.
1 Gottlieb Lebreclit Crusius, dessinateur et graveur, né en 1750, mourut à Leipzig en 1804. Il grava un assez grand nombre de portraits et de vignettes.
DE JEAN-GEORGES WILLE. 523 Mon tailleur m'a fait un habit de soye noir.
Le 26. Je menai M. le comte de Moltke et M. Hellfried voir la galerie de Rubens, au Luxembourg, et le reste des tableaux du roi. Ils ont de la connoissance et du goût.
Le 29. J'ay assisté à l'assemblée de l'Académie royale.
Répondu à M. Weitscb. Je lui dis que la lettre de change est acceptée. Je le prie de continuer à me ramasser de bons desseins; que je suis fâché que cette fameuse collection de desseins ait passé de Hanovre à Pétersbourg, pour la petite somme de huit mille livres.
Le 50. Répondu à M. Dietrich ou Dietricy. Je lui dis que j'ay donné quatre cents livres à M. Gartner, selon ses ordres, et que je pensois qu'il seroit inutile de me les renvoyer de Dresde, supposé qu'il lui plût de me faire pour ladite somme deux petits tableaux; en ce cas il pourroit garder cet argent, que j'ay avancé de ma bourse. J'ay mis la quittance du sieur Gartner dans la lettre.
Les lettres du 20 à M. Hummitsch, M. et madame Wagner, à Meissen, ont été remises à M. Ferber, sous enveloppe, à M. de Hagedorn.
M. Ferber, secrétaire de légation de l'électeur de Saxe, a soupé chez nous.
Le 6. J'allai avec notre société académique, au nombre de quatorze, à Saint-Ronet de la Râpée. C'est là que nous dînâmes avec joye et plaisir sous les ormes, au bord de la rivière. Nous ne revînmes qu'avec la nuit, très-contents de notre excursion hors de la ville. Nous
avons résolu unanimement de retourner au même endroit le premier dimanche du mois d'août, car nous y avons été traités au mieux, pour notre argent; surtout la matelote étoit un précieux manger.
Répondu à M. Lienau, à Bordeaux.
Répondu à M. Volekmann, à Hambourg.
Le 7. Nous avons donné à dîner à M. le comte de Moltke, les barons de Fletscher et de Kronstern, MM. Ferber et Messager, et M. et madame Huber et M. Hellfried.
Le 9. J'ay dîné chez M. le comte de Moltke, en grande compagnie.
Le 40. J'ay dîné chez M. Messager, où étoit aussi M. le général de Fontenay, envoyé extraordinaire de Saxe, etc.
Le 16. M. le baron de Fletscher a pris congé de nous après que je l'eusse encore mené à l'Académie royale : c'est le plus excellent homme de la terre. Je l'ay chargé d'une pièce d'étoffe de soye pour un habit dont je fais présent à madame Wagner, à Meissen, femme de bien de talents.
Le 17. M'est venu voir M. Goll, fameux négociant et curieux de desseins, à Amsterdam. 11 est Allemand de nation, et de Francfort-su r-le-Mein. J'ay conçu de l'estime pour lui. Il m'a demandé plusieurs desseins, que je lui ay promis pour l'automne qui vient.
M. Schuldheis, jeune \oyageur de Zurich, a pris congé de moi. Je lui ay cédé trois desseins de moi, et Tay chargé d'un rouleau d'estampes pour M. Usteri.
J'ay dîné chez M. le baron de Kronstern, en bonne compagnie. M. le comle de Moltke y étoit, comme aussi notre ami, M. lluber, etc.
Le 21 . JPay dîné chez M. le comte de Moltke, avec plusieurs autres personnes, entre autres un abbé italien de quatre-vingts ans, qui prétend aller le printemps prochain en Egypte, par amour pour les antiquités de ce fameux pays, et pour mesurer les pyramides, dont grand bien lui en fasse.
Le 27. M. Barré, secrétaire d'ambassade de Leurs Majestés Impériales, me remet un paquet cacheté aux armes de S. A. le prince de Kaunitz-Rittberg, chancelier de cour et d'État. Ce paquet contenoit une bague de diamants brillants superbes et une lettre remplie d'expressions bien flatteuses pour un artiste. Elle m'instruisoit que Sa Majesté l'impératrice douairière m'envoyoit cette bague comme une marque de son souvenir, et dont je ne pouvois être que pénétré de reconnoissance. C'est par rapport à la dédicace de l'Instruction paternelle à Sa Majesté Impériale qu'elle m'a honoré de ce beau présent.
Le 29. M. Moreau m'a rendu une planche qu'il a gravée à l'eau-forte, d'après M. Greuze. C'est la seconde.
Répondu à M. l'évêque de Callinique, à Sens. Je lui dis que les deux tableaux de M. Merelle l, que mon fils a été voir, doivent coûter deux cent quarante-quatre livres pièce, et un troisième, quinze louis d'or.
Le 50. J'allay avec M. Huber chez le banquier, pour assurer et faire payer l'argent pour son voyage de Leipzig.
1 Peut-être Wille. veut-il parler de P. Merelle, peintre de portraits qui, nous apprend Nagler, travaillait à Paris, de 1660 à 1710? Nous ne voyons pas d'autre artiste du même nom pouvant s'accorder avec l'époque où écrit Wille.
Le 1er. Répondu à M. Zimmermann, marchand d'estampes, à Hanovre.
Ecrit à madame de Mechel, à Bâle. Je lui dis que j'ay reçu des lettres de son mari, de Rome, et que les estampes partiront demain.
Répondu à M. Hess, à Deux-Ponts, qui n'est pas content de son fils, qui est icy, à Paris, parce qu'il lui mange trop d'argent, etc. Je lui propose de le mettre chez M. Chevillet pendant deux ans ; que cela seroit avantageux pour le père et le fils, etc.
Le 2. J'ay remis à M. Ingouf 1 la planche que M. Moreau m'a gravée à F eau-forte, d'après un dessein de M. Greuze, et qu'il doit finir au hurin, d'après une retouche de M. Greuze: car le dessein même n'est plus à Paris, mais à Zurich.
Le o. J'ay dîné chez M. le comte de Moltke, en bonne compagnie.
Le 8. J'ay dîné chez M. le chevalier de Damery. De là nous allâmes au cabinet de feu M. de Julienne.
Répondu à madame Pinard2, qui étoit autrefois mon élève. Elle est la femme du médecin de ce nom, à Rouen, et professeur de botanique de la même ville. Elle m'avoit envoyé quelques plantes qu'elle a dessinées et joliment gravées pour savoir mon sentiment.
* François-Robert Ingouf naquit à Paris en 1747 ; il était éK've 3c J. -Jacques Flipart, et vivait avec son maître clans une grande intimité; il mourut à Paris le 18 juin 1812.
* Cette artiste n'est pas mentionnée clans le Dictionnaire des artistes do Ragler.
J'allai dans la matinée avec M. Yangelisti, qui a été plusieurs années mon élève, chez M. Barré, secrétaire d'ambassade de la cour impériale, pour lui faire toucher l'argent pour son voyage, et après-demain il doit partir pour Florence, sa patrie.
Le 9. J'ay écrit une lettre à Son Excellence monseigneur le marquis de Botta, feld-maréchal et ministre plénipotentaire de l'impératrice, reine en Italie, etc., en faveur de mon élève, M. Vangelisti, qui a gravé le portrait de ce seigneur, en dernier lieu. Il doit présenter le portrait et la lettre en même temps.
Après avoir soupé avec nous, M. Vangelisti a pris congé de toute notre maison, les larmes aux yeux. Il est parti le lendemain de grand matin. J'avois envoyé mon domestique pour lui aider. M. Yangelisti, que le défunt empereur m'avoit envoyé en sa qualité de grand duc de Toscane, est de Florence, d'une trèshonnête famille. 11 a été mon élève plus de cinq ans. 11 étoit grand et bien fait de sa figure, vif et prompt, concevant aisément, mais d'un cœur excellent. Son burin est ferme et aisé, et il peut devenir très-habile s'il continue sévèrement, comme il se le propose d'après mes exhortations. Il voyage en compagnie d'un avocat de Borne.
J'ay répondu à Son Altesse monseigneur le prince de Kaunitz-Bittberg, chancelier de cour et d'État de Leurs Majestés Impériales et Boyales. Ma lettre est remplie d'expressions sincères, comme mon cœur est rempli de gratitude envers Sa Majeslé l'impératrice reine douairière, par rapport à la bague de brillants superbes dont elle a bien voulu m'honorer. De plus, des remercîments pour Son Altesse, qui a agi très-dignement et très-noble-
olS JOURNAL
ment, en conduisant l'affaire de ma dédicace à mon ample satisfaction et qui a eu un succès si parfait sous sa protection.
Le 10. Ma femme et moi, avons dîné chez M. Massé. Cet habile homme et digne vieillard avoit rassemblé pour le même objet plusieurs artistes avec leurs femmes, et autres qui sont garçons.
M. Creuze, intendant deM. le prince d'Aversberg, étant à Paris, m'est venu voir.
Ecrit à M. Hess, arquebusier du duc de Deux-Ponts, à Deux-Ponls. L'objet êtoit de raccommoder le père et le fils, qui est à Paris pour étudier la gravure. Cette lettre a opéré si bien, que le jeune Hess est entré pour deux ans chez M. Chevillet, mon beau-frère. C'est le 18 août que commence ce temps.
Le 21. Répondu sur plusieurs lettres démon ancien élève, M. Schmuzer, actuellement graveur de Leurs Majestés Impériales, à Vienne, et directeur d'une Académie de gravure érigée en cette ville. Je le félicite sur son avancement et sa pension, et lui renvoyé le plan d'un cabinet d'estampes qu'il m' avoit envoyé dont je lui fais plusieurs questions. Je l'exhorte en outre de se rendre constamment digne des faveurs de l'impératrice reine et du prince de Kaunilz-Rittberg.
Le 25. Répondu à la lettre de S. À. S. madame la margrave de Rade-Durlach. J'envoye en même temps à cette princesse le résultat de mes observations qu'elle m'avoit demandées sur une collection de tableaux.
Répondu à M. Fleischmann, conseiller de la régence de S. À. monseigneur le prince héréditaire de Hesse, à Strasbourg. La lettre à madame la margrave est dans la sienne.
Répondu à M. Hess, arquebusier du duc de Deux-Ponts. Je lui dis que M. Chevillet, chez qui j'ay mis son fils, est très-content de lui, et qu'il ne veut absolument pas m'envoyer ses créanciers pour les payer, quoique M. son père m'en eût prié.
Répondu à M. Bissing, à Vienne. Je lui dis qu'il est impossible d'avoir des épreuves du portrait de M. de Lalli, décapité en dernier lieu; la police les a confisquées et la planche est saisie.
Ecrit à M. Oesser, directeur de l'Académie de peinture, à Leipzig. Je lui dis que l'écorché de Bouchardon que je lui envoyé en présent lui sera remis par M. le baron de Fletscher, etc.
Le 26. Répondu à M. Jean-Frédéric Bause l, jeune graveur, à Halle, en Saxe, qui m'avoit demandé, avec une politesse infinie, quelques instructions, que je lui ay données avec plaisir.
Le 27. Répondu à M. le docteur Wolckmann, à Hambourg. Je lui dis qu'il m'a fait payer neuf livres de trop.
Le 28. Répondu à M. Weitsch, peintre du duc de Brunswick, à Brunswick.
Le 50. J'assistai à l'assemblée générale de notre Académie royale pour le jugement des prix de peinture et de sculpture des jeunes gens. Le sieur Menageot 2 a rem-
1 Né en 1738, J.-F. Bause mourut à Weimar en 1814; il grava un grand nombre de portraits, et entre autres celui de J.-G. Wille, d'après Hahn.
- François-Guillaume Menageot, peintre d'histoire, né à Londres en 1744, mort à Paris en 181 G. Macret a gravé, d'après cet artiste, la Mort de Léonard de Vinci.
porté celui de peinture, et le sieur Sénéchal1, celui de sculpture.
Le 31. Je partis de Paris, accompagné de mon fils aîné, de M. Pariseau, mon élève, de MM. Baadcr; Fretideberg et Dunker, peintres. Nous étions dans une calèche et arrivâmes à Longjumeau pour y dîner. Je n'ai fait le même jour que deux desseins dans cet endroit. Le lendemain et le surlendemain nous dessinâmes toute la journée à Sceaux-les-Chartreux. Le mercredy, nous prîmes un guide de grand matin pour nous conduire à Marcoucy, pour y dessiner l'ancien château de ce nom. Nous y restâmes la nuit dans la plus misérable auberge qui existe peut être en France; les poux qu'il y avoit nous inspirèrent d'en partir vers l'après-midy. Le jeudi, nous étions à dessiner de nouveau à Sceaux-les-Chartreux et à Villers, comme aussi le vendredy. Les habitants de ces endroits nous aiment beaucoup. Le samedy, nous partîmes de Longjumeau, notre demeure ordinaire, pour nous en retourner à Paris. J'ay fait en passant un dessein à Chamblanc, et un autre à Antony, et vers la nuit nous arrivâmes chez nous, où tout le monde se portoil bien; cependant ma femme avoit été mordue par le chat à un doigt, dont elle souffre encore. Elle avoit été au-devant de nous jusqu'à Montrouge et s'en étoit retournée sans nous attendre, à cause de l'approche de la nuit.
J'ay prié M. Van den Yeklen, à Leyde, de me faire acquisition de quelques tableaux que je lui indique de la vente qui a commencé le 8 septembre.
1 Sénéchal était élève de G. Fulconet et de J.-B. Lemoine; il travaillait ;*i Paris en 1770, selon Nagler.
Le 6. Nous sommes revenus de noire voyage de Longjumeau, etc.
Le 7. M'est venue voir madame Therbusch l, de Berlin, peintre du roi de Prusse.
Le 8. M. le baron de Scbulembourg m'est venu voir. Il vient d'Italie et retourne en Saxe, sa patrie, où il est chambellan de la cour électorale.
Le 14. J'allai rendre ma visite à madame Therbuscli. J'ayvu chez elle plusieurs portraits de sa façon.
Après avoir soupe chez nous, M. et madame Huber ont pris congé de nous tous pour partir, le lendemain de grand matin, pour Strasbourg, et de là pour Leipzig, où il est appelé pour enseigner la langue françoise, Sa pension est de douze cents livres. Cette séparation nous a fait grande peine. Ils étoient de nos vrais et anciens amis. M. Huber a eu de moi un paysage qui est à la plume et au bistre. Mon fils a dessiné son portrait en profil, qui ressemble très-bien, à M. Huber; M. Halm, mon ancien élève, a dessiné pour lui mon portrait d'après le tableau de M. Greuze, dont il fut fort flatté. Notre fils Frédéric s'est aussi mis sur les rangs, en composant un paysage au crayon rouge, qui nous a plus réjoui que lous les autres; mais il n'a pas moins fait plaisir à M. Huber, de même que le compliment que le petit dessinateur lui fit en le lui présentant.
1 Anne-Dorothée Liscewska naquit à Berlin vers 1 7 2 '2 ; elle peignait l'histoire et le portrait. Elle épousa un homme nommé Therbusch, et c'est de là qu'elle a gardé ce nom, mais elle est beaucoup plus connue sous celui de A.-L). Liscewska.
552 JOUKNAL
Le 15. Ma femme est partie avec notre fils Frédéric, èl ses deux sœurs (sœurs de ma femme), pour aller passer quelques jours à Palaiseau, avant le mauvais temps.
Le 18. Répondu à M. F. -G. Yan den Velden, à Leyde, qui a acheté pour moi quelques tableaux. Je lui envoyé une lettre de change sur MM. Anthony Grill et (ils, à Amsterdam, de la somme de quatorze cent cinquantequatre rixdalers, de Hollande, ou trois mille cent soixante-douze livres sept sols trois deniers.
Le 19. J'ay expédié une caisse dans laquelle il y a des curiosités à M. le comte de Moltke.
M. le comte de Moltke a pris congé de nous. Il a été constamment honnête et aimable; il retourne à Copenhague, étant chambellan de la nouvelle reine.
M. Hellfried a aussi pris congé de nous. Il est toujours vif et spirituel. Il compte quitter M. le comte de Moltke à Hanovre, pour aller recommencer ses études à Leipzig.
Ma femme est revenue ce samedy, en bonne santé, comme aussi notre (ils Frédéric et les autres.
Le 20. Répondu à M. J.-T. Richter, à Leipzig. Je lui dis entre autres que j'ai chargé M. Huber de sa planche que j'ay fait imprimer pour lui, etc.
Le 21. M. le baron de Saldern me montra et me proposa un grand portrait, à graver; mais, comme je ne me mêle plus d'en faire, je lui proposai d'autres graveurs.
Un jeune peintre de Dulmen, en Westphalie, nommé Mâurer, est venu pour prendre congé de moi; mais je n'étois pas au logis. Il retourne dans sa patrie. Il ne laisse pas d'avoir la tete un peu dure. Je lui ay donné maintes instructions sans que je me sois aperçu qu'aucune eût grandement fructifié.
J'ay renvoyé à M. Giraud le dernier des quatre tableaux de Metay, qu'il m'avoit prêtés il y a environ cinq ans, avec douze épreuves des deux dernières planches, par M. de Longueil.
Le 25. Écrit et répondu (ce que je pouvois avoir omis dans la grande lettre à M. Wasserschleben, dont M. le comte de Mollke s'est chargé). Je lui donne avis que je tire une lettre de change sur lui, mais à Hambourg.
Les 24 et 25. M. de Livry, de Versailles, étant de retour du voyage de la cour, à Compiègne, m'est venu voir ces deux jours avec plaisir, avant de retourner à Versailles. Il m'aime constamment et je l'aime de même.
Le 5. Ecrit à M. Wagner, à Dresde. Je le fais souvenir des promesses qu'il m'a faites de travailler pour moi. Cette lettre est dans celle que j'ay écrite à M. Resler.
Le 9. Répondu à M. Schmuzer. Son rouleau d'estampes est parti le H.
Le 11. Répondu à M. Wachter. Je lui dis qu'il recevra deux estampes gravées par M. de Longueil, qu'il nous a dédiées. Les mêmes pour M. Schmuzer.
Le 12. Répondu à mon frère. Je lui dis que j'ay adressé un rouleau d'estampes à M. le professeur de mathématiques Roehm, à Giessen, pour le lui remettre.
Répondu à M. Roehm, professeur de mathématiques, membre de l'Académie électorale d'Erfurlh et de la société littéraire de Duisbourg. Je lui dis que je lui ay adressé, à lui, un rouleau d'estampes, dont il gardera l' Instruction paternelle; le reste est pour mon frère.
Le 10. M. Daudet, de Lyon, est, entré chez moi en ijiialité d'élève. Son père éloit marchand d'estampes à Lyon.
Le 17. Répondu à M. Zimmermann, à Hanovre. Je lui dis qu'il recevroit les catalogues, mais francs de port, jusqu'à Francfort.
Répondu à M. Schmidt, à Hambourg.
Le 18. M. Krauss, peintre de Francfort-sur-le-Mein. a pris congé après avoir soupé avec nous. C'est un bien honnête garçon, aimable et serviable, qui a du talent. Je l'ai chargé d'un rouleau d'estampes pour Giessen, d'un pour M. Wirsing, à Nuremberg; et d'un petit paquet pour M. Zimmermann, à Hanovre, avec une lettre pour M. le professeur Roehm. J'ay fait présent de deux estampes de moi à M. Krauss, pour se souvenir de moi.
Le 20. Je fus surpris d'un grand mal de gorge et obligé de me faire saigner deux fois dans la journée du 22, car les saignées blanches avoient été infructueuses. Ce cruel mal m'a retenu plus de quinze jours au lit, et presque sans aucun repos ni jour ni nuit. Heureusement je n'ai pas eu la moindre fièvre; mais un gros rhume s'est déclaré et qui ne sera rien, quoique je tousse encore aujourd'hui, 21 octobre.
Mon fils est aussi fort incommodé de la coqueluche, qui le tourmente extrêmement, si bien que ma femme et nos domestiques n'ont point de repos, étant constamment obligés à nous veiller, ce qui ne les met pas trop à leur aise. Mais aujourd'hui, 21 novembre, celte coqueluche a beaucoup diminué; elle l'avoil pris avant que j'eusse mal à la gorge.
Pendant ma maladie, M. le comte et la comtesse de Ilarach, seigneurs autrichiens, se sont présentés; mais il me fut impossible de les recevoir, ce dont je fus fort fâché.
Répondu à M. Dilsch, à Nuremberg! Je lui dis que je lui renvoyé les desseins, excepté pour dix florins, et que je lui envoyé trois estampes à la place, selon ses désirs. Dans sa lettre est une à M. Wirsing.
Le 9, Écrit à madame la veuve Masset et fils, à Saint- Valéry, pour savoir si une petite caisse contenant des tableaux que M. Yan den Yelden m'envoye par mer, du port de Rotterdam, leur est parvenue.
Le 14. Un jeune architecte, nommé M. Gunkel, qui esta deux lieues de chez moi, m'est venu voir; mais je n'a y pas pu lui parler à cause de mon indisposition.
J'ay quitté la coiffure d'un malade, me suis fait friser les cheveux, et cela seul me donne l'air d'un homme en bonne santé.
Le 16. M. Le Hardy de Famars, amateur de Yalenciennes, m'est venu voir. Il demeure dans ladite ville, rue de Cambray. Si je fais, comme je compte, le voyage de la Hollande, j'irai le voir, et il m'en a beaucoup invité.
Le 17. Répondu à mon ami, M. Dietricy (première lettre que j'ay écrite depuis ma maladie). Je lui marque mon contentement sur le plaisir que lui a fait son portrait que j'ay fait graver par mon élève, M. Schmuzer. Je le fais aussi souvenir des promesses qu'il m'a faites de me faire quelques tableaux.
Il m'est venu voir un jeune architecte, nommé M. Gunkel, qui est à deux lieues de chez moi; mais je n'étois pas encore visible.
Le 18. J'allay pour la première fois, depuis ma maladie, à la Comédie-Françoise. J'y menai MM. Pariseau et Daudet, mes élèves.
Le 19. J'ay rendu une partie des visites que je devois aux personnes qui m'étoient venues voir pendant ma maladie ou qui y avoient pris part, en envoyant journellement savoir de mes nouvelles.
Le 20. Je continuai à rendre des visites, et vers le soir je menai ma femme et mon fils aîné à la Comédie-Italienne, voir Tom-Jones.
Le 21. Répondu à M. V. Lienau, à Bordeaux, an den
ich meinen neuen Kupferstich dediciren will \
Le 22. Répondu à M. J.-V. Meyer, à Bordeaux. Je lui envoyé une épreuve de ses armes, qu'il m'avoit prié de lui faire graver. C'est mon fils qui en a fait le dessein, qui représente une figure nue avec une faux sur l'épaule, et Halm l'a gravé.
Le 28. Répondu à M. Schmuzer, mon ancien élève. Je lui fais mes compliments sur la dignité de directeur de la nouvelle Académie impériale de gravure, que l'impératrice a fondée à Vienne. M. Schmuzer demeure in der Stadt, in der Annagasse, im Diebelhofe 2.
Ecrit aussi à M. Wàchter. Je lui fais mes compliments sur ce que l'impératrice l'a fait conseiller. Je lui parle aussi d'un malentendu par rapport à une lettre de re-
1 A qui je veux dédier ma nouvelle plauche. - En ville, vue Suiute-Anne, ;i l'hôtel Diebel.
mercîment que je lui devois. Celte lettre est dans celle de M. Sehmuzer.
Le 29. Répondu à M. Krauss (il demeure au Serpent blanc), jeune peintre et fort joli garçon, que nous avons connu icy pendant plusieurs années. Il m'avoit donné avis de son heureuse arrivée à Francfort-sur-le-Mein, sa patrie.
Répondu à M. Huber, ce célèbre traducteur de la Mort d'Abel et autres ouvrages d'esprit. Je lui fais de sincères compliments sur son arrivée à Leipzig, où il doit être professeur de la langue françoise, à ce bon ami, comme aussi sur la bonne réception que lui a faite la cour de Saxe, lorsqu'il fut présenté à l'électeur, au prince administrateur, etc. Ma femme a ajouté une lettre en réponse à celle que madame Huber lui avoit écrite, et madame Chevillet, sœur de ma femme, a écrit une lettre à madame Huber, qui y étoil jointe aussi. M. Huber demeure à Leipzig, in der Petengasse im Weinstocke l.
Le 4. Répondu à M. le baron de Kessel, grand maître des cuisines de l'électeur de Saxe. Je lui dis qu'il recevra son rouleau par Leipzig, et je le prie de donner l'argent à M. Wagner fils.
Répondu à M. Winckler sur trois lettres. Il y a une lettre à M. Kreusauf dans la sienne.
Répondu à M. Richter, à Leipzig. Je lui dis que ses estampes sont avec celles de M. Winckler.
Le 7. Répondu à M. Halbusch, à Londres, qui avoit eu
1 Dans la rue Saint-Pierre, à la Vigne,
538 JOUKNAL
la bonté de me proposer neuf planches à graver d'une grandeur énorme. Je l'ai remercié de son intention honnête, en lui marquant que le plus intrépide graveur pourroit être effrayé d'un tel ouvrage, et que, pour moi, je ne travaillois plus pour personne, excepté pour moi et à ce qui pouvoit m'être agréable.
Le 9. Répondu sur plusieurs lettres à monseigneur Tévêque de Callinique, à Sens. Je lui dis que ma maladie m'avoit empêché de lui faire plutôt sa commission, et que sa caisse avec les deux bordures étoit partie aujourd'hui.
J'ay reçu de Hambourg un petit portefeuille avec d'anciens desseins; mais il n'y a guère que deux ou trois qui puissent me convenir. C'est M. Ellermann, qui me les a envoyés.
M'est venu voir M. Medicus, cy-devant médecin de la garnison électorale, àMannheim, mais aujourd'hui conseiller de l'électeur palatin et premier médecin du duc de Deux-Ponts. Il compte rester pendant l'hiver à Paris. 11 paroît fort joli homme.
Le 11. J'ay reçu de Leyde, par Saint-Valery, ma petite caisse si longtemps attendue avec les quatre petits tableaux que j'ay fait acheter par M. Van den Velden, dont un par Metzu, deux par François Mieris, et un par J. Steen; celui-cy est le moindre. Ces quatre tableaux, quoique petits, me reviennent à plus de trois mille trois cents livres, mais ils sont payés.
Le 12. Écrit et répondu à M. Van den Velden, pour lui dire que mes tableaux sont arrivés et que j'en suis content.
Le 17. Répondu à M. Wagner, à Meissen. Je lui dis
que je garde un des zioey Bande Zeichnungen die er mir gesandt hat1, et je lui envoyé un ordre sur M. Resler, à Dresde, pour y recevoir cent quatre-vingt-treize réichsthalers ; sur cette somme sont compris vingt-trois reichsthalers pour les douze pièces que je désire du second volume.
J'ay aussi répondu à la lettre obligeante que madame Wagner, habile dans la peinture, m'avoit écrite. Elle doit me faire encore deux petits paysages.
Répondu à M. Hummitsch, à Meissen. Je le remercie de m'avoir négocié les desseins, etc.
Le 19. Ecrit à M. P. Resler, à Dresde, pour lui dire qu'il doit payer la susdite somme sur mon compte, à M. J. -Jacob Wagner.
M'est venu voir M. Fouillet, secrétaire de M. le maréchal de Broglie, pour me proposer la gravure d'une comédienne de Bruxelles, mais j'ay recommandé M. Ghevillet.
Le 20. Répondu à M. de Livry. Les deux petits tableaux que j'ay achetés pour lui sont de G. de Heusch. Je lui mande que je les ay fait remettre, selon ses désirs, à M. l'abbé Aubert, qui part demain pour Versailles.
J'ay remis une lettre (en réponse à celle du directeur de l'Académie de gravure, M. Schmuzer, à Vienne) à M. Weirotter, pour lequel je l'avois faite en allemand. Il fut si enchanté de la manière dont elle étoit pensée et écrite, qu'il me força d'accepter deux paysages coloriés qu'il avoit faits. Je ne devois pas le fâcher en les refusant, d'autant plus qu'ils sont très-jolis, et une curiosité ne se refuse pas. Un conseiller de Vienne lui avoit aussi
1 Deux volumes de dessins qu'il m'a envoyés.
composé une réponse, mais la mienne plut beaucoup mieux à M. Weirotter, et c'est elle qui est partie sur-lechamp. Sa fortune en dépend en quelque sorte. Il faut être utile quand on le peut..
Le 21. Répondu à M. de Mechel, mon ancien élève. Je lui dis que je suis ravi de son retour d'Italie et fâché de sa maladie, et que j'avois été malade aussi; que j'ay reçu son argent, etc.
Le 30. J'ay écrit une lettre de compliments du jour de Tan à M. de Livry, à Versailles. Elle étoit comme à l'ordinaire accompagnée d'un petit dessein que j'avois fait pour lui.
Le dernier jour de cette année, je fus à l'assemblée de notre Académie.
A la fin de ce mois, j'allay plusieurs fois à une vente de tableaux qu'un comédien de province en a voit apportés. Il y avoit entres autres six tableaux de M. Vernet, dont les Baigneuses et la Tempête, gravés par Baléchou. Ce comédien, nommé Gourville, n'eut pas lieu d'être content avec nos amateurs; il jura et fit cesser la vente, etc.
Pâtés d'Amiens et de Versailles, fromages de Lyon et de Rouen, nous sont venus pour étrennes du jour de Tan.
Le 1er. Mon fils aîné m'a donné un dessein représentant un mort-aux-rats avec sa femme, qui est derrière lui. Ce dessein au crayon rouge est très-joliment fait.
Le 4. J'ai dîné en notre société académique. MM. Hackcrt et Grimm m'ont présenté chacun deux desseins coloriés. Cela m'a fait plaisir.
Le 7. J'ay commencé, vers le soir, à assister à la vente que fait M. Basan de desseins et estampes, à l'hôtel d'Espagne, rue Dauphine,
Le 12. J'ay remercié, par lettre, M. de Livry, du pâté de six faisans qu'il m'avoit envoyé.
J'ay remercié M. Jacques, à Rouen, des fromages de Normandie.
J'ay reçu de M. Wagner fils quatre petits tableaux à la gouache et cinq petits desseins, les uns et les autres Irès-jolis et bien spirituellement faits. Je lui dis, par ma lettre d'aujourd'hui, qu'il doit toucher le payement chez M. le baron de Kessel, qui en est prévenu de ma part. M. Wagner, peintre, engagé à l'Académie électorale des arts, im Schàfermeyerischen Hause, auf der grossen Fmherstrasse \
Le 18. Répondu à M. Marbach, à Strasbourg, place Saint-Thomas. Je lui donne avis, comme il l'avoit désiré, de la réception des journaux allemands qu'il avoit envoyés pour moi à madame Suttermeister.
J'ay répondu et demandé au juste les armes de M. Lienau, à Bordeaux, qui doivent être mises au bas de ma nouvelle planche.
Répondu à M. Meyer, à Bordeaux. L'estampe de ses armes, que je lui ay fait graver, est dans la lettre, et cellecy dans la lettre de M. Lienau.
Le 19. Reçu un baril de sauerkraut, que M. Eberts, directeur des chariots de poste de l'empire, à Strasbourg, m'envoye en présent.
Avant-hier j'ay acheté un tableau de Rottenhammer. C'est un Bain de Diane. Il est beau et peint sur cuivre.
1 Dans la maison de M. Schœfermeyer, dans la grande rue des Pêcheurs.
Le 20. A été enterré M. Pierre-Charles-Alexandre Helle1, écuyer, ancien ingénieur du roi. Il fit avec moi et M. Schmidt, graveur du roi de Prusse, le voyage de Strasbourg à Paris, en 1736, et depuis ce temps il a toujours été mon ami, comme tous les artistes qu'il aimoit. Il etoit bon connoisseur et il arrangeoit ordinairement les cabinets d'estampes et les desseins des curieux. Je le regrette beaucoup, l'ayant connu de plus de trente années. Il a laissé son bien à M. Paignon, secrétaire du roi, qui est très-riche.
Le 23. Répondu à S. A. S. madame la margrave de Bade-Durlach. Je lui rends compte des observations que j'ay faites pour elle, par rapport aux tableaux du cabinet de M. de Julienne. Je lui en envoyé le catalogue imprimé et que j'ay fait relier en maroquin fort propre pour lui en faire présent. J'ay mis ma lettre dans une que j'ay écrite à M. Fleischmann, conseiller de la régence de Son Altesse monseigneur le prince héréditaire de Hesse, à Strasbourg, en le priant de faire parvenir promptement et ma lettre et le catalogue à cette princesse.
Répondu à M. Gottfried Winckler, à Leipzig.
Écrit à M. J. Goll. Je lui demande par quelle voye je lui dois envoyer les desseins qu'il veut avoir de moi, et que j'ay à présent bien des Dietrich.
M. Rigal, voyageur de Heidelberg, étant revenu de l'Angleterre, après un séjour de dix-huit mois dans ce pays, a déjà soupé plusieurs fois avec nous en nous contant mille choses.
Le 28. Répondu à M. Winckler en l'assurant que je n'achèterai plus de curiosités pour lui, jusqu'à nouvel
1 Nous avons publié sur cet homme, dans ce volume, page 51, une notice faite évidemment par quelqu'un qui le connaissait particulièrement.
ordre; car il craint de nouveau du tapage dans son pays, chose qui ne me paroît pas bien fondée et que le temps cependant nous apprendra.
Le 30. M'est, venu voir M. le comte de Schnlenbourg, nouvellement arrivé à Paris. Il défendit ou du moins ce fut son grand oncle qui défendit si courageusement, pour les Vénitiens contre les Turcs, la ville de Corfou. Il est amateur.
Le 51. Répondu à M. de Mechel, à Bâle. Je lui dis qu'il ne peut pas mieux faire que de faire de très-bon noir pour les imprimeurs; que j'ay reçu son ducat; que . je lui garderai les estampes nouvelles pour son portefeuille; que M. Remond n'est pas encore venu; que M. Weirotter part pour Vienne; que M. Hackert est studieux et honnête, que, que, etc.
Le 6. M. Rigal, de Heidelberg, a pris congé de nous; il s'en retourne droit à Mannheim.
Le 8. M'est venu voir M. le comte de Zinzendorf. Il étoit déjà venu deux jours auparavant sans me trouver. Je le soupçonne fils du célèbre comte de Zinzendorf, chef et instituteur de la secte des Herrenhutter ou frères Moraves, qui sont fort nombreux en Allemagne.
Le 9. M'a visité M. Matsen, de Hambourg, qui paroît aimable et curieux. Il voyage.
Sur les deux heures de l'après-mîdy, une maison de cinq étages tomba dans la rue de la Huchette, presque vis-à-vis la rue Zacharie. Cet accident terrible a causé la mort à nombre de personnes et en a estropié d'autres,
toutes habitantes de la maison, qui étoit un cabaret. Cette maison, quoique vieille, pouvoit cependant avoir été ébranlée de ce qu'on en avoit abattu une à côté depuis peu, pour la rebâtir.
Le 11. Répondu à M. l'évêque de Gallinique, à Sens. Je lui mande que j'ay vu les divers ouvrages dont il m'avoit parlé, chez M. Prault, libraire, et je lui dis mon sentiment sur chaque, comme il l'avoit désiré.
Le 12. Répondu à M. J.-J. Wagner, peintre, à Meissen. J'approuve de ce qu'il a touché chez Resler, à Dresde, l'argent que je lui devois. Je lui dis en outre que j'accepte l'échange d'une pièce contre de mes estampes, et que c'est M. Feber qui les lui remettra. M. Rrecheisen trouvera un portrait de M. Dietrich avec. Je lui donne commission pour M. son fils, à Dresde, etc.
Le 15. Me sont venus voir M. le comte et madame la comtesse de Harrach, seigneurs autrichiens. Ils se connoissent fort bien, sont aimables au possible. Madame la comtesse dessine fort joliment.
Répondu à M. Zingg, à Dresde.
A M. Weiss, à Leipzig.
A M. Huber, à Leipzig.
A M. Dietrich. Cette lettre étoit déjà écrite depuis quelques jours, mais M. Feber les emportera toutes ensemble.
Le 15. Répondu à M. J. Goll, négociant et fameux curieux de desseins, à Amsterdam. Je lui dis que les desseins qu'il me propose pour les quatre que j'ay faits pour lui me seront agréables, et que j'attends avec impatience M. P. Fouquet, puisque c'est lui qui doit me les apporter.
Le 17. Répondu à M. Richter, à Leipzig. Je lui dis qu'il feroit mieux d'envoyer ses estampes doubles en Hollande. Je lui demande les Ostade.
Répondu à i\f. de Mechel, à Bâle. Je lui mande que j'ay remis les estampes chez M. Levier.
Le 18. Répondu à M. Winckler, et je lui dis que je garderai icy les estampes et desseins pour environ près de cent pistoles; que son portrait s'imprime actuellement, et que M. Bause fait trop de trous en ces planches.
Répondu à M. Kreuchauf, dont la lettre est clans celle de M. Winckler. .
M. Muller, voyageur danois, m'est venu voir; il vient d'Italie.
Le 25. J'allai chez M. Clairval, comédien du roi, pour m'entretenir avec lui, en lui remettant une lettre des directeurs de la Comédie-Allemande, à Hambourg, qui lui demandent un opéra-comique.
J'ai mené ma femme et mes deux fils à la Comédie- Italienne, que Frédéric voyoit pour la première fois. On joua la Fée Urgèle et la Nouvelle Troupe. Cela le réjouit beaucoup.
Le 26. M. Clairval m'a envoyé ses idées par écrit, que je fais partir pour Hambourg, en répondant moi-même à M. Schmidt, conseiller des commissions de la cour de Saxe-Weimar.
Le 27. J'ay envoyé une lettre de M. Grimm, peintre, dans laquelle il ya un dessein d'une médaille avec ma réponse, à M. de Mechel, qui m'avoit prié de lui découvrir un dessinateur utile pour son entreprise de la gravure de tontes les médailles du fameux Hedlinger, qu'il veut
mettre au jour avec la vie de M. Hedlinger, un discours et la description de chaque pièce.
J'avois gagné un grand mal à un œil en revenant le 25 avec ma famille de la Comédie-Italienne.
Le 1er. J'ay renvoyé une lettre de change à M. Resler, parce qu'il avoit oublié de la signer.
M. le baron de Cronstern, étant revenu d'Angleterre, m'est venu voir tout de suite. J'ai revu avec grand plaisir cet ancien ami*
Le 13. J'ay mené M. le comte de Schulenbourg voir le cabinet de M. de Julienne. Nous y trouvâmes M. le comte de Nesselrode et M. de Gronstern.
Le même jour mourut à Versailles madame la Dauphine, princesse de Saxe, et digne de vivre plus longtemps.
Le 15. Répondu à madame la margave de Bade-Durlach. Je l'ay fait souvenir qu'elle a oublié de m'indiquer le banquier avec ordre de sa part de me faire toucher l'argent pour les acquisitions qu'elle désire que je lui fasse.
Le 16. Répondu à M. Joseph Mentele, marchand à Brunswick, qui désire avoir correspondance avec moi.
Le 18. Répondu à M. de Livry, à Versailles.
Le 26. On me proposa de graver le portrait d'un grand seigneur; mais serviteur au grand seigneur.
Le 2, M. François-Edmund Weirotter vint me trouver
dans la vente de M. de Julienne pour prendre congé, en me demandant le Bon Apôtre et la Bénédiction paternelle; il partit la même nuit pour Vienne en Autriche, où il sera professeur de l'Académie impériale de gravure.
J'ay acheté, à la vente du fameux cabinet de feu M. de Julienne l, un superbe tableau composé de cinq figures,
1 L'exemplaire du catalogue Julienne que possède la bibliothèque Sainte- Geneviève est très-curieux : outre les prix et les noms des acquéreurs, il contient une petite notice sur Julienne que nous croyons bon de reproduire :
« Jean de Julienne naquit à Paris le 29 novembre 1685; il eut de fort bonne heure un goût décidé pour la peinture et la sculpture ; il fut amy de Watteau, dont il fit graver l'œuvre en 1759 "et de Le Moine, peintre; ses bénéfices sur la teinture des Gobelins le mirent en état de rassembler la prodigieuse collection qui fait l'objet de ce catalogue.
« En 1759, l'Académie de peinture le nomma conseiller honoraire et amateur; il fonda pour les assemblées de cette Académie un certain nombre de jetons sur lesquels on voit d'un côté le buste du roy, et, de l'autre, la Peinture et la Sculpture se tenant par la main avec cette; inscription :
Amicx quamvis semulse.
Amies quoique rivales.
Son cabinet étoit accessible à tout le monde, comme son âme l'étoit aux pauvres; une vie continuelle, active, mais uniforme, lui avoit formé un tempérament décidé, qui le conduisit sans aucune espèce de maladie jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans, se levant à cinq heures du matin même en hyver et restant jusqu'à midy sans feu, animé du zèle de veiller à des affaires qui demandoient sa présence dans de vastes ateliers.
« Récréé seulement par la vue de son cabinet, où son goût le ramenoit sans cesse, il acquit de nombreux tableaux médiocres, qu'il cachoit dans des armoires, par commisération pour de pauvres artistes.
« Il mourut le 20 mars 1 766, regretté des honnêtes gens; il n'a laissé de son nom qu'une femme d'une piété rare, et une belle fille, dont (suivant les termes de son testament) l'esprit et les sentimens n'ont pas peu contribué au bonheur de sa vie. »
On voit ensuite dans cet exemplaire une clause ainsi conçue du testament de M. de Julienne :
« Je supplie le roy de vouloir bien accepter le don et le legs que je prends la liberté de lui faire, de l'esquisse du plafond de M. Le Moine; cette esquisse est l'original même de ce précieux ouvrage et peut servir à la restauration d'une des belles choses que possède le roy. »
On apprend encore que ce fut M. de Montulé qui fut l'exécuteur testa-
dont quatre hommes et une jeune femme qui font de la musique. Ce tableau est peint par Godefroi Schalcken, et il est des plus beaux et des plus considérables de ce maître, quoiqu'il n'ait que vingt et un pouces de haut sur dix-sept pouces six lignes de large. Je compte graver ce bon tableau, qui m'a coûté deux mille cinq cents livres trois sols, n° 197 du catalogue imprimé.
Le o. J'ay acheté dans la même vente, qui se fait au salon du Louvre, un des plus beaux tableaux peints par Adrien Brauwer; on y compte treize figures, quoique dans le catalogue de M. Remi on ne lui donne que neuf, au n° 142. Ce tableau fait le plus grand plaisir, tant par la science que l'on y remarque que par les buveurs joyeux qui y sont représentés. Il m'a coulé également deux mille cinq cents livres, un sol; donc deux sols meilleur marché que celui de Schalcken. Je compte aussi graver cet excellent tableau. 11 a douze pouces trois lignes de haut, sur dix-huit pouces de large.
M. Fouquet, marchand d'estampes et de. tableaux, d'Amsterdam, m'a apporté plusieurs desseins que M. Goll, fameux curieux de la même ville, m'envoye; mais ce n'est pas grand chose, quoique par de bons maîtres.
Le G. Répondu à M. de Mechel, à Baie.
Répondu à M. Lienau, à Bordeaux.
Répondu à M. Schmuzer, directeur de la nouvelle Académie impériale de gravure, et mon ancien élève. Je le remercie, comme aussi l'Académie, de ma réception, et
mentaire de M. de Julienne. Le catalogue de cette vente avait pour titre : « Catalogue raisonné des tableaux, desseins et estampes, et autres effets curieux, après le décès de M. de Julienne, écuyer, chevalier de Saint-Michel et honoraire de l'Académie royale de peinture et de sculpture, par Pierre Remy. Paris, 1767. Le produit total do cette vente s'éleva à cinq cent vingt-sept mille quatre-vingt-quatorze livres trois sols.
DE .)EAN-GEOIiGES WILLE. 349
je lui dis que M. Weirotter, qui est parti la nuit du c2, est chargé des Musiciens ambulants et de l'Instruction paternelle, qui doivent être exposés dans cette Académie de ma part. Je lui mande également combien je* me réjouis de la réception des deux archiduchesses comme membres de la même Académie (l'archiduchesse Marie-Anne et l'archiduchesse Charlotte). La première m'a envoyé plusieurs estampes joliment gravées par elle-même pour savoir mon sentiment, comme aussi l'archiduc Ferdinand.
Le 11. J'allai chez S. A. S. le duc de Deux-Ponts pour lui recommander le jeune Hess, et pour le remettre dans les bonnes grâces de ce prince; en quoi j'ay très-bien réussi, quoique d'autres avant moi y avoient échoué. S. A. S. me* reçut le plus gracieusement du monde, et je restai plus d'une heure chez ce prince à discourir sur mille objets. A mon retour au logis, M. de Pachelbel, envoyé de ce prince, m'y attendoit, curieux de savoir la réussite de mes démarches, et il fut enchanté lorsque je lui appris que le tout avoit réussi.
Répondu à M. Jean Goll, fameux négociant, à Amsterdam, et mon compatriote. Je lui dis que M. Fouquet m'a remis les desseins qu'il m'envoye et que le même se charge de lui remettre de ma part les quatre paysages que j'ay dessinés pour lui, comme aussi vingt et un desseins de M. Dietricy, ces derniers pour la somme de cent soixante-deux livres. Je fais aussi des compliments à M. Goll sur ce que l'impératrice-reine l'a élevé à l'état de noblesse, sous le nom de Franckenstein, lui et ses descendants, à cause des services qu'il a rendus à cette princesse.
Le 16. J'ay vendu à M. le baron de Cronstern trois
paysages que j'avois dessinés, l'un au crayon rouge, les deux autres coloriés; les trois pour six louis d'or.
Mon ancien élève, M.Romanet1, est de retour de Bâle, où il a travaillé une couple d'années chez M. de Mechel, aussi mon ancien élève.
Le 18. M. deHemmerts, de Copenhague, et voyageur, vint me voir, étant arrivé de Bordeaux en cette ville, et m'apporta de la part de M. Lienau, négociant à Bordeaux, trois médailles d'argent : l'une est frappée sur la paix de Hubertsbourg; l'autre sur le second mariage de l'empereur Joseph II; la troisième représentant trois petils portraits : celui du jeune électeur de Saxe, celui de l'électrice sa mère, le troisième celui du prince administrateur. Ces portraits sont soutenus par les trois Grâces, qui cependant ne sont guère gracieuses.
M. Wieland, président de la chancellerie de la ville impériale de Biberach et un des meilleurs poètes allemands, m'a envoyé son nouveau roman Agathon, avec une lettre extrêmement polie.
Le 25. Répondu à M. le président Wieland. Je lui envoyé mes Musiciens ambulants et \ Instruction paterne/ le en revanche, et que M. Wieland, son parent, s'est chargé d'emporter.
J'ay remercié M. de Livry du bon jambon de Mayence qu'il nous avoit envoyé, et je lui envoyé un petit dessein de moi dans ma lettre.
Le 26. Répondu à M. J. Goll de Franckenstein, à Amsterdam. Je lui dis que je ne garde que quatre desseins et que je lui renvoyé le reste, comme il a désiré,
1 Antoine-Louis Romanct, graveur, né à Paris vers 1748, était en effet «'lève de Wille, et fit plusieurs planches pour cet artiste; il grava aussi, d'après J.-G. Wille, les Joueurs*
parce que je ne les aime pas. Il m'en a promis d'autres. Je les ai mis dans le paquet qui contient les desseins de Dietrieh et les miens, et qui a été remis à M. Fouquet, qui s'est chargé de l'emporter, comme aussi ma réponse.
Le 20. Répondu à M. Ridinger, à Augsbourg, fils du célèbre Ridinger, peintre et graveur d'animaux. Il m'avoit donné avis de la mort de son père, arrivée, le 10 de ce mois, par une apoplexie terrible. Cet événement m'a causé beaucoup de chagrin; car, non-seulement M. Ridinger étoitun très-habile homme, mais aussi un homme aimable et vertueux. Il étoit né dans la ville impériale d'Ulm. Sa vie a paru dans la Bibliotek der schônen Wissenschaften und freyen Kùmte, dans un des volumes de l'année dernière. J'étois dans une correspondance de lettres purement amicales avec ce brave homme depuis plus de vingt années, et sa mort m'afflige réellement.
M. le comte de Schulenbourg a pris congé de moi.
J'ay acheté une curiosité marine dont j'ay l'ait présenta mon fils aîné, comme j'avois déjà acheté, ces jours derniers, un caillou d'Egypte et une mine de plomb pour sa collection, dont il fut fort enchanté.
Le 1er. Répondu à M. Huber, à Leipzig. Je lui dis que M. Schwarz m'avoit remis dix-huit louis à compte, et j'ay ajouté une lettre à M. Winckler pour le prier de compter cette somme à M. Huber, et dont je lui tiendrai compte.
Répondu à mon ami M. Strecker \ premier peintre du landgrave deHesse, àDarmstadt.
1 II s'appelait Jean-Louis Strecker, et travailla, nous dit Nagler, dans la seconde moitié du dix-huitième siècle. J.-C. Kruger grava un Christ d'après lui*
552 JUUKNAL
M'est venu voir, après son retour de Bordeaux, M. Mathsen, de Hambourg. Il nous a apporté un grandissime morceau de bœuf fumé de Hambourg, que M. Meyer, actuellement à Bordeaux, nous envoyé. Ce bœuf est un manger délicieux.
Le 10. M'est venu voir (avec des lettres de recommandation de M. Usteri le jeune) M. Stirzel de Visbourg, de Zurich.
Le 14. J'ay acheté dans la vente de M. de Julienne un des plus beaux desseins coloriés de J. Jordaens. Il représente une Adoration des Mages; cent vingt livres l.
Le 15. Me sont venus voir, avec lettres de recommandation, MM. les barons de Beusle, deux frères, et Manggold. Us sont Saxons et me paroissent aimables.
Le 16. M'est venu voir M. le comte Creutz, envoyé extraordinaire du roi de Suède. Il paroît connoisseur.
J'ay fait remettre une caisse contenant le portrait de feu M. Splitgerber 2, fameux négociant, à Berlin, que M. Schmidt avoit gravé et que j'ay fait imprimer icy. J'ay remis la caisse à MM. Theluson et Necker. Elle contient, outre la planche gravée, trois autres cuivres polis, que M. Schmidt m'avoit demandés; déplus, trois épreuves de mon Instruction paternelle et trois de mon Observateur distrait, destinées pour M. Schmidt, M. Bode et M. Nicolai, libraire, à portion égale. Le même jour, écrit et répondu à M. Schmidt.
Le 18. Lundy, j'ay commencé ma nouvelle planche
1 N° 522 du Catalogue, où il est ainsi décrit : « Une Adoration des Mages; dessein colorié de dix-huit pouces trois lignes de haut, sur treize pouces de large. C'est un des beaux de ce maître. »
2 N° 87 du Catalogue de l'œuvre de G.- F. Schmidt.
d'après le tableau de G. Schalcken, que je me suis acheté dans la vente de feu M. de Julienne. Mon tils m'avoit fait le trait, et M. Daudet, un de mes élèves, Ta calqué sur ma planche (deux opérations que j'ay faites jusqu'icy moi-même), cela m'a beaucoup soulagé et m'a fait plaisir.
MM. de Ridder, de Breuvern, Rham et Schwarz me sont venus voir.
Le 21. J'ay donné à mon fils Pierre-Alexandre de l'argent pour s'acheter une montre d'or. C'est ce qu'il fit dans la journée. Cette montre est fort jolie et paroît bonne. Elle doit l'être puisqu'un chartreux, nommé dom Michel, habile dans l'horlogerie, lui a conseillé de la prendre.
Le 23. J'ay mis au jour la nouvelle petite planche que j'ay gravée d'après Mieris sous le tilrc : Y Observateur distrait '.
J'ay reçu de Vienne un petit tableau par G. Dow, de son premier temps. C'est M. Wâchter qui me l'envoyé pour le vendre; mais....
Le 5. J'ay rendu à MM. Kormann les quatre mille livres. Je les avois touchées à compte sur les sept mille que madame la margrave deBade-Durlach avoit assignées pour l'achat de plusieurs tableaux, et qui ont excédé les prix qu'elle avoit fixés.
Le 6. Répondu sur deux lettres de M. Lienau, à Bordeaux. J'ay fait parlir, selon ses désirs, encore vingt-cinq
1 N° 65 du Ca'alogue de l'œuvre de Wille, p ir M. Ch. Leblanc , 25
épreuves, qui sont parties le 6, de la planche que je lui avois dédiée.
Le 7. Répondu à madame la margrave de Bade-Durlach. J'apprends à celte princesse la mauvaise réussite de la commission dont elle m'avoit chargée pour l'achat de plusieurs tableaux de la vente de M. de Julienne.
M. le comte de Munich, petit-fils du fameux feld-maréchal comte de Munich, au service de Russie, m'est venu voir.
M. de Wasserschleben, conseiller d'État du roi de Danemark, et mon ancien ami, m'a envoyé quatre grandes médailles d'argent dont.il me fait présent.
Le 5. J'ai reçu trois tableaux par M. Dietrich; Y Adoration des bergers, Y Enfant prodigne et les Travailleurs dans la vigne l.
Je ne me suis pas trop bien porté au commencement de ce mois, mais je me suis purgé deux fois. Une blessure à la jambe m'a aussi retenu plusieurs jours au logis.
Le 9. Répondu à M. Krcuchauf. Je lui dis que j'ay perdu sa dernière lettre et que je lui enverrai les Ports
1 V Adoration des bergers a été gravée deux fois d'nne façon différente par Dietrich, et P.-J. Mariette donne sur ces deux compositions les détails suivants dans une note manuscrite conservée au cabinet des estampes : « Deux tableaux peints par Corneille Boys, dont on a des estampes qu a gravées Moilte, étoient dans 1<; cabinet du comte de Bruhl; et c'est en imitant < es compositions et ne s'en écartant que dans certains détails, que Dietrich a gravé en 1745 ces deux morceaux. 11 les a beaucoup améliorés, mais pour le fond c'est à peu près la même chose. Les compositions lui ont plu, et ii n'a pas fait difficulté, comme on voit, de se les approprier. »
V Enfant prodigue a été grave par II. Guttemberg. Ce tableau était à Leipzig, dans la collection de M. Ernest-Pierre Otto.
qui vont paroîfre, les Comédiennes, etc., etc., par M. Richter.
Écrit en même temps à M. Winckler. Je le préviens que je lui enverrai le reste de ses desseins par l'occasion de M. Richter.
Répondu à M. Àndreae, apothicaire, à Hanovre. Je m'excuse de ce que je ne peux pas faire faire sous ma direction les planches qu'il me propose.
Le 11. Répondu à M. Goll, à Amsterdam. Je le prie de me renvoyer les desseins de M. Dietrich qui ne lui conviendront pas, et que je suis charmé que mes desseins lui aient tant plus, et que je m'impatiente beaucoup de recevoir ce qu'il me destine.
Le 12. Écrit à M. le comte de Vallin, à son château de Challe, pour Challe à Mâcon sur Saône. Je lui explique que Ton n'a souscrit, pour les Ports de France, que sur quatre livraisons seulement et que je n'ai pas pris de souscription pour les deux dernières. J'ay envoyé ma lettre à M. le comte de Vireville, maistre de camp de cavalerie, rue Coquereau, près la grand'poste.
Le 19, le 21 et le 25. Ces trois jours, j'ay passé toutes les matinées chez M. Massé en y dînant. H m'avoit prié de lui arranger un peu ses estampes qui éloient pas mal en désordre et je l'ay fait avec plaisir, pour obliger ce bon vieillard et ancien ami.
Le 25. MM. les barons de Reust, frères, et Mangold, saxons, ont pris congé de moi; ce dernier m'a fait présent d'une topaze de Saxe brute.
Le 26. Répondu à M. Fleischmann. Je lui dis que je ne prends rien ni pour le catalogue, ni mes ports de Jettees, ni mes vacations.
Répondu à S. A. S. madame la margrave de Bade- Durlach. Je m'excuse, comme à M. Fleischmann, avec d'autres termes. Ma lettre à celte princesse est dans celle du conseiller Fleischmann.
M. le baron de Scbimmelmann m'est venu voir. Il est fils du fameux et riche baron de Scbimmelmann, à Hambourg. Son gouverneur, M. Zagel, me paroît galant homme. Je leur ay rendu la visite ces jours-cy.
M. Desfriches, négociant à Orléans, notre ancien ami. étant à Paris, a soupé plusieurs fois avec nous.
Le 18. M. Lienau, frère de mon ami, à Bordeaux, à qui j'ay dédié mon Observateur distrait, m'est venu voir. Je l'ây reçu avec plaisir. Je lui ay fait voir le prétendu Péter Necfs que son frère m'avoit envoyé... Il m'a envoyé douze bouteilles de vin rouge de Bordeaux, le même jour dans la maison, pour le goûter.
Le 22. M.Quadal l, jeune peintre, de Olmutz en Moravie, m'a apporté de ses ouvrages pour savoir mon sentiment, dans lesquels il y a surtout un fort beau pinceau.
Le 25. Répondu à M. Lienau, à Bordeaux. Je lui dis, selon qu'il avoit exigé, mon sentiment sur un petit tableau d'architecture gothique qui n'est pas grand'chose.
Répondu à M. Schmuzer, à Vienne. Je le prie de m'envoyer la médaille qui a é(é jetée au peuple dans la ville, après la convalescence de ^impératrice, lors de son entrée dans la ville.
1 Martin-Ferdinand Quadal naquit vers 1757. Nagler lui consacre une assez longue notice dans son Dictionnaire des Artistes et lui reconnait un certain talent.
DE JEAN-GEORGES WILLE. 357 Le 28. Mon fils aîné est parti pour Orléans, accompagné de notre ami, M. Desfriches, négociant de la même ville, où ils ont résolu de dessiner grandement.
Le 29. J'ay assisté à l'assemblée générale de l'Académie royale pour le jugement des grands prix des jeunes gens. M. Barthélemi 1 a remporté le premier pour la peinture, et M. Pillon2 celui de la sculpture. Mais M. Jardinier3, graveur, s' étant présenté pour être agréé, a été refusé.
Répondu à M. Schmidt, à Hambourg. Je lui donne avis qu'il recevra par la poste Hirza, tragédie. Il lui en cuira.
1 Jean-Simon Barthélemi, né à Laon en 174*2, mort à Paris en 1811, fut élève de Halle.
2 Ce sculpteur ne paraît pas être connu de Nagler. Cet historien n'en l'ait pas mention dans son Dictionnaire des Artistes.
5 Claude-Donat Jardinier, élève de Ph. Lcbas, de N. Dupuis et de Laurent Cars, naquit à Paris en 17'26, et y mourut en 1774. Nous lisons sur cet artiste dans un livre devenu rare, — Le Philotechne français ou recueil il 'éloges, de critiques et d'anecdotes remarquables sur les artistes qui se sont distingués dans le siècle, par M. B'*** Y. La Haye, (Paris) 1766.— le passage suivant relatif à Jardinier : « La cour donna à mademoiselle Clairon le tableau de Méde'e de Vanloo, avec une somme proportionnée aux dépenses qu'il falloit faire pour faire graver le chef-d'œuvre avec les avantages que la vente de l'estampe produirait. Jardinier la grava. Pour la tête, Jardinier l'avoit faite, lorsque mademoiselle Clairon, guidée par un petit talon rouge qui lui avoit dit qu'il manquoit un certain enjouement (un je ne sais quoi), dit à M. Jardinier qu'ayant tant entendu parler de son mérite, de ses talents et de son goût pou: le beau sexe, elle étoit étonnée qu'il ait eu le malheur de la rater. A quoi repartit vivement M. Jardinier : — Madame, vous êtes en vérité la première, et je ne me souviens pas d'une pareille catastrophe. C'est ce qui fit que la Clairon l'abandonna à Beauvai let.
« Je ne blâmerai pas la curiosité de nos demi-connaisseurs, qui croiraient n'être pas du bon ton, ni mériter le titre d'amateurs, s'ils n'avoient pas dans leurs portefeuilles le petit chien de Visscher à la queue blanche et à la queue noire, ou même sans queue, car j'avoue mon ignorance à ce sujet.
« Jardinier, graveur, peintre en miniature et au pastel, bon musicien, joue de plusieurs instruments, chante avec autant de goût qu'il danse.
« Son nom n'est pas même au bas de l'estampe. »
Le 50. Répondu à mon frère qui m'avoit donné avis du mariage de sa fille aînée. Cela m'a fait beaucoup de plaisir. Je l'en félicite de bon cœur.
Notre exposition du salon a commencé au Louvre. On n'y voit de moi que deux pièces qui sont : l'Instruction paternelle et ['Observateur distrait.
Le 1er. Répondu et écrit à M. Wachter, officiai du département des Pays-Ras, à Vienne. Je lui donne avis que je lui renvoyé son tableau de G. Dow, par M. Hayd, graveur, venant de Londres et allant à Vienne. M. Hayd est chargé de ce petit tableau comme de ma lettre.
Répondu sur plusieurs lettres de M. de Hagedorn.
Répondu à M. Dietrich. Je lui accuse la réception des trois tableaux.
Le 2. J'ay dîné chez M. le baron de Schimmelmann. M. le comte de Bond et autres s'y trouvèrent.
Le 5. Je suis parti de grand matin en chaise de poste, accompagné de mon ancien élève, M. Romanet, et de M. Meycr, peintre, pour dessiner le paysage du côté d'Arpajon, où j'ay dessiné l'ancien château de la Rretonnière, où la reine Blanche, mère de saint Louis, a habité. Le maî(re de poste d'Arpajon, sur la recommandation de mon élève, M. Parizeau, m'a fait beaucoup d'honneur et de plaisir, nous faisant conduire, accompagné de son fils, à Etampcs dans sa propre chaise. Là, j'ay dessiné entre autres l'ancienne citadelle, nommée le château de Guinetle et autres masures. Mais rien de plus curieux que le lit d'un sabotier dans sa hutte de paille et de roseaux. C'est de cette ville d'Étampes que j'écrivis à mon
DE J H AN-GEORGES WILLE. ô;>9
fils, qui étoit à Orléans, de me venir joindre. Il y vint effectivement le troisième jour au matin en chaise de poste, ayant passé la nuit dans la forêt d'Orléans avec M. Roland, caissier de M. Watelet, qui avoit été voir son épouse avec laquelle mon fils étoit parti de Paris, mais qui est encore resté dans la maison de M. Desfriches, à Orléans. Mon fils avoit été par curiosité jusqu'à Blois. Notre voyage a été heureux; mais le temps n'étoit pas constant; cela n'empêcha pas que je n'aie rapporté dixneuf desseins de toute espèce. Le second jour que je fus à Etampes, j'eus mal à un genou, apparemment causé par l'humidité, ayant souvent été assis sur la terre pour dessiner; je me plaignis beaucoup vers le soir; une fille de l'auberge m'en a guéri presque sur-le-champ. Elle chauffa tant soit peu de l'eau -de-vie et autant d'huile d'olive dans une terrine; je me frottai le genou avec le baume et je mis une compresse pendant la nuit. En me levant, le lendemain, à cinq heures, selon ma coutume, je ne sentis plus rien du tout. J'en fus si ravi, que je donnai pour boire en particulier à cette bonne fille que je nommai ma médecine.
Nous sommes revenus, le H au soir, en bonne santé à Paris, où ma femme, Frédéric et les miens ne m'attendoient pas encore, et j'ay trouvé tout en ordre, charmé de les revoir, comme ils l'étoient de mon retour. M. Meyer nous avoit quittés à Elrechy, parce qu'il avoit reçu une lettre de son frère, fameux joueur de harpe, qui lui annonçoit qu'il étoit très-malade; mais j'espère que cela ne sera rien.
Le 13. J'ay écrit une lettre de remercîments à M. Choiseau, maître de poste à Arpajon, de toutes les politesses qu'il m'a faites.
Répondu à M. Huber, à Leipzig, qui doit faire un voyage en Bavière. Je le prie, lorsqu'il sera à Munich, d'acheter pour moi quelques médailles en argent, de la façon de M. Scheka, et de s'informer ce que sont devenues les estampes que j'ay confiées à M. Hartmann.
Le 16. MM. les barons de Rumohr et Saldern me sont venus voir.
Le 18. Répondu à M. Schmuzer, in der Annagasse, à Yienne. Je lui dis que son rouleau est parti, et j'ay ajouté pour S. M. l'impératrice reine six Observateur distrait, que la médaille n'est pas encore arrivée. .
Répondu à M. Wâchter, officiai du déparlement des Pays-Bas. (Cette réponse est dans celle à M. Schmuzer). Je lui dis en peu de mois que M. Hayd a une lettre et son tableau à lui remettre.
Le 20. Je partis de nouveau pour la campagne, accompagné de MM. Meyer, Schenau et Grimm, peintres. Nous arrivâmes à midy, dans un carrosse de remise, à Monllhëri, et c'est là que nous avons dessiné les ruines de l'ancienne forteresse, dont la principale tour subsiste encore sur la montagne, de même que quelques portes ruinées de cette ville, etc. Le mercredy nous retournâmes, par la même voiture, à Longjumeau, où nous avons fait quelques desseins, comme aussi à Sceaux-les-Chartreux et à Yillebon. Le vendredy, M. Schenau nous quitta pour s'en retourner à Paris, et nous autres nous nous mîmes en chemin le samedy à pied jusqu'à Antony. Ce fut là que nous trouvâmes ma femme, qui étoit venue au-devant de nous avec une voilure, accompagnée de sa sœur Chevillet et de notre fils Frédéric, et lorsque nous arrivâmes au Bourg-la-Reine, nous trouvâmes aussi mon
fils aîné qui étoit venu également au-devant de moi accompagné de MM. Baudet et Halm, mes élèves. Wille 1 monta avec nous dans notre voilure, et MM. Meyer et Grimm, dans celle dont mes élèves étoient en possession. Tous m'ont reçu avec joie, et je fis souper mes compagnons de voyage avec moi. Je devois me trouver ce jour à l'assemblée générale de notre Académie, à laquelle les graveurs de Paris, qui n'en sont pas, dévoient présenter une requête pour demander son intercession par rapport au dernier arrêt de la cour qui veut en faire une maîtrise; mais j'arrivai trois heures trop tard à Paris.
Le 26. Mourut Jean-Baptiste Massé, peintre, conseiller de l'Académie de peinture et sculpture et garde des tableaux de la surintendance du roi, que M. Jeaurat 2 exerça pour lui. Il avoil environ quatre-vingt-deux ans, et il y avoit vingt-cinq ans que je le connoissois.
Le 2. Me vint voir M. Dufour, négociant à Leipzig.
Le 4. J'assislay aux convoy et enterrement de madame Cochin, née Horlhemels, mère de M. Cochin, chevalier de l'ordre de Saint-Michel, graveur du roi, secrétaire de l'Académie royale de peinture et sculpture, et garde des desseins du cabinet du roi. Elle demeuroit avec M. son fils, aux galeries du Louvre, et fut enterrée à Saint-Germain-l'Auxcrrois, sa paroisse. Un monde infini, outre l'Académie, accompagnoit le corps de la défunte.
1 C'est ainsi que J.-G. Wille désigna quelquefois son fils aîné.
2 Etienne Jeaurat, dessinateur et peintre, né à Paris vers 1697, mourut à Versailles en 1789.
Elle éloit d'une grande douceur et avoit beaucoup et fort bien travaillé dans la gravure. Elle avoit quatre-vingtsept ans, et il y avoit bien vingt-sept ans que je la connoissois et estimois infiniment.
M. Choiseau, fils du maître des postes d'Ârpajon, avec lequel j'avois fait connoissance en allant à Étampes et qui m'accompagna même jusque-là, nous vintYoir.
Le 9. Écrit à monseigneur l'évêque de Callinique, à Sens. Je lui dis qu'il doit recevoir le petit rouleau d'estampes par M. de Saint-Maurice.
M. Dufour, négociant de Leipzig, a pris congé de moi.
Le 10. Répondu à M. Zingg, à Dresde. Je lui apprends un remède pour les maux des yeux, et un excellent lorsqu'on a gagné des douleurs de nerfs occasionnées par quelques fraîcheurs. Ces remèdes m'ont été utiles à moimême. Je les rapporte icy de crainte de les oublier. Le printemps passé, en sortant de la Comédie-Italienne par un temps de pluie et de vent horrible, je fus frappé apparemment à l'œil gauche, puisque le lendemain j'y avois très-mal. Ce mal augmenta, et je souffris beaucoup. On m'enseigna de prendre une herbe, nommée hysope, d'en mettre une poignée dans une pinte d'eau et de la faire ainsi bouillir jusqu'à ce qu'elle jette beaucoup de fumée. Alors on posa promptement celte terrine sur une table, et je fus obligé de tenir l'œil ouvert, la têle sur celle vapeur, et même on me mit une serviette par-dessus la tête pour ne point laisser échapper cette fumée. Je fis cette opération deux fois par jour, soir et matin, et le second jour je fus guéri. Nous avons déjà enseigné ce remède à plusieurs personnes, entre autres à M. Flipart, et toutes ont été guéries. L'autre, concernant les maux
de nerfs causés par l'humidité, se trouve écrit dans ce journal, dans l'endroit où je fais mention de mon voyage d'Etampes au mois de septembre dernier.
Le H. J'allai voir M. Zagell, gouverneur de M. le baron de Schimmelmann, qui m'enseigna un remède bien simple, mais qu'il me disoit infaillible, lorsque quelqu'un auroit mangé des champignons vénéneux. Il m'assuroit bien positivement qu'en buvant deux verres de vinaigre ordinaire, comme deux verres de vin, lorsqu'on se sentait mal après avoir mangé de ces mauvais champignons, leur venin ne pouvoit faire aucun effet dangereux et qu'il n'y avoit point de meilleur contre-poison dans le monde. Il ajoutoit que, si on pouvoit vomir les champignons, avant que de prendre le vinaigre, cela ne seroit que mieux; mais, d'une manière ou de l'autre, il falloit le prendre promptement. 11 disoit que, si les six personnes qui ont péri dernièrement pour en avoir mangé, avoient su et s'étoient servies chacune de deux verres de vinaigre, il n'en seroit pas mort une seule.
Le 18. J'ay menai M. Chevillet à la Comédie-Italienne. M. Neugebauer, voyageur de Breslau, m'est venu voir.
M. Weisbrod, jeune peintre de la Weslphalie, m'a é(é adressé. C'est madame la comtesse de Bentink, qui le fait voyager. Il paroît joli garçon.
Le 20. Répondu à madame la baronne deRôssing, née baronne de Kotzen. Elle m'avoit écrit pour réengager au découvrement de la succession du feu général de Dieskau, mort dernièrement à Suresne, près de Paris, et dont elle me disoit être la nièce et seule héritière; mais je me suis excusé et je lui ai conseillé d'écrire pour
celte affaire à M. Baer, aumônier de l'ambassade de Suède, qui doit être au fait de pareilles affaires. Celte dame demeure à Berssell, dans la principauté de Halberstadl, par Wesel et Oslerwick.
M. Frisch, jeune peintre de Berlin, a pris congé de moi pour s'en retourner dans sa pairie, ayant déjà été en Italie.'
Le 22. M. le baron de Schimmelmann est venu prendre congé de nous, et a soupé avec nous le soir. Il étoit aimable, avoit de l'esprit infiniment et nous airnoit jusqu'à verser des larmes en nous quittant.
Le 25. Mon fils aîné a été saigné par rapport à un mal qui lui étoit venu à un œil.
J'allai avec mon fils Frédéric et M. Baudet, mon élève, sur le Montmartre, faire un dessein et prendre l'air, car j'avois mal à la tête.
Le 24. Écrit à M. Wirsing, graveur à Nuremberg, pour le prier de m'envoyer l'argent qu'il me doit et que j'avois laissé entre ses mains, pour servir à payer les petits lableaux que mademoiselle Dietsch me devoit faire.
M. Neugebauer, de Breslau, a pris congé de moi. Je lui ai dessiné quelque chose dans son stammbuch.
Le 51. J'allai à l'assemblée de l'Académie royale. M. Boslin1 fut élu à la place de conseiller qu'avoit feu M. Massé. M. Pomier, conseiller au parlement el M. Blondel d'Àzincourt, chevalier de Snint-Louis, eurent les places vacantes d'amateurs honoraires.
M. deLivry, de Versailles, m'est venu voir.
1 On j;e:it voir sur Roslin une curieuse mlice de M. Ph. de Chenr.evières dans la Revue universelle des Arts, n0' d'août et de septembre 1856.
DE JEAN-GEORGES WILLK. 565 Madame Therbusch, de Berlin, reçue comme peintre du roi à l'Académie royale, Télé passé, a soupé chez nous avec plusieurs de nos amis.
Le 2. Répondu à M. de Livry.
Le 5. Répondu à M. de Livry, sur sa réponse que le petit tableau qu'il désire de M. Dietrich doit être en largeur.
Ecrit à M. Dietrich, à Dresde, pour lui commander un petit tableau paysage, que désire le digne M. de Livry. Je lui envoyé la mesure que M. de Livry m'avoit envoyée. Je recommande cette affaire le plus fortement possible à M. Dietrich. J'envoye celte lettre à Versailles; M. de Livry la fera partir sans frais.
M. Kruthoffer, secrétaire du prince de Hesse-Rhinfels, m'a apporté des lettres de recommandation de la part de de M. Rigal, à Heidelberg.
Le 22. J'ay écrit huit pages en faveur de la gravure et principalement sur l'avantage que peut retirer un Etat du commerce d'estampes où elle est protégée; car on veut actuellement former une communauté de tous les graveurs qui ne sont pas de l'Académie royale. Cet écrit est adressé à M. de Livry, premier commis de M. le comte de Saint-Florentin, aussi honnête que digne et galant
homme.
J'allai successivement et plusieurs jours à la Comédie- Italienne.
Répondu à M. Zingg, graveur de l'Académie électorale de Saxe, à Dresde.
M. Webber, cy-devant a Haché à M. le prince de Sta-
remberg, étant revenu de Vienne, m'a remis une médaille d'argent représentant l'impératrice reine, et qui îi été frappée sur sa convalescence. Elle est représentée en veuve avec un voile sur la tète ; comme aussi une petite pièce d'argent de la même princesse, qui a été jetée au peuple lorsqu'elle alla la première fois à l'église.
Il m'a apporté aussi un petit tonneau de vin de Hongrie, contenant six bouteilles, et six paysages dessinés par M. Scbmuzer; le tout m'a été envoyé par ce même M. Schmuzer, mon ancien élève.
Le o. J'allai dans une vente de tableaux; j'y ay acheté un D. T. \
Le 5. J'ay entendu dire aujourd'hui que M. Hillner, banquier natif de Nuremberg, et que je connois depuis vingt-six ans, étoit mort le jour d'auparavant, âgé de soixante-douze ans. C'étoit un très-honnête homme, que j'aimois.
Le 6. Répondu à M. de Livry. Je lui donne avis que j'ay acheté pour lui un petit Téniers. Je lui envoyé aussi le compte de ce que j'ay reçu et dépensé pour lui, etc. Je recommande toujours l'affaire des graveurs.
J'ai fait partir l'histoire de la vie de feu M.Heilmann que j'ay composée. Il y a douze pages d'écriture. M. Fuessli, peintre a Zurich, et auteur de l'histoiredes Peintressuisses, me l'avoit demandée. Je l'ai fait avec d'autant plus de plaisir, que Heilmann, aussi bon peintre que très-honnête homme, a été mon ami un grand nombre d'années,
1 Signature habituelle de DàvM Téniers.
el personne ne pouvoit savoir mieux que moi les circonstances de sa vie. M. Fuessli prétend insérer cette histoire dans son troisième volume, auquel il travaille.
Le 8. Répondu à M. de Livry, qui prend l'affaire des graveurs fort à cœur sur mes instances et les éclaircissements que je ne cesse de lui donner, et aussi par amour pour les arts.
Le 15. Répondu à M. Prcisler, en le remerciant de m 'avoir dédié une estampe de sa façon.
Le 19. Répondu à M. Wirsing. Je lui dis qu'il doit garder l'argent pour payer les ouvrages que mademoiselle Dietsch me doit faire.
Le 21 . Répondu à M. de Livry. Je lui dis que j'ay bon augure de la lettre de M. de Sartine qu'il a bien voulu me communiquer, par rapport aux privilèges des graveurs.
Répondu à M. Dietsch 1 et écrit à mademoiselle Dietscb, pour prier le premier de me faire six ou huit paysages des mieux finis, et à celle-cy de me faire le plaisir d'expédier les ouvrages commandés et promis depuis du temps; que M. Wirsing les payera.
Tous ces jours passés, j'allai dans les ventes des cabinets de M. Davila, de feu MM. Gougenot et de Roccage, mais sans avoir presque rien acheté.
Mon fils Frédéric se trouve, Dieu mercy! entièrement guéri des clous et mille autres boutons qui lui couvroient le corps. 11 a supporté tout ce mal d'une manière presque héroïque et sans gémir.
1 Jean-Christophe Dietsch naquit à Nuremberg vers 1710, et mourut en 1769. Il était peintre de paysages, dessinateur et graveur à Teau-forte; il eut trois fils, qui furent aussi artistes, et deux filles qui peignaient des fleurs et des oiseaux.
Répondu à M. de Wassersehleben, conseiller d'Etat du roi de Danemark et mon ancien ami. Je le remercie des médailles d'argent qu'il m'a envoyées chez M. l'ambassadeur und sage ihm etwas icegen einer neuen Arbeit welche ich ietz verfertige l. La lettre de M. Prcisler est dans celle-cy.
Le 24. Répondu à M. Lienau. Je le remercie, d'abord, de son excellent tonneau de vin blanc de Grave qu'il m'a envoyé en présent, et qui contient deux cent quarante bouteilles. Je lui dis en outre que M. Besnard Duplessy n'a pas payé les huit cents livres contre son billet, et que j'aurai soin de ses petites commissions.
Le 27. M. Meyer, fils d'un négociant de Hambourg, m'est venu voir. Je l'avois déjà connu il y a deux ans et demi.
Le 50. Écrit une lettre de politesse, par rapport au renouvellement de l'année, à M. de Livry. 11 y a dans cette lettre un petit dessein de moi pour ses étrennes.
Le 51 . J'ay assisté à l'assemblée de l'Académie royale.
M. Schulz, de Berlin, et neveu démon ami M.Schmidt, m'est venu voir; il voyage en seigneur, car son père est un des plus riches banquiers de Berlin. M. Schùtz vient d'Italie et va d'icy en Angleterre.
Le 7. Répondu à M. de Livry, en le remerciant d'un pâté immense et excellent qu'il nous a voit envoyé.
Ma femme, ayant beaucoup souffert d'un mal d'aven-
1 Et je lui dis quelque chose au sujet (Tun nouveau travail que je termine en ce moment.
ture qui lui étoi t venu à un doigt do la main gauche, est en fièrement guérie.
Le 12. Répondu à M. Usteri, à Zurich. Je lui dis que M. Fremin m'a payé de sa part.
Le froid qu'il a fait à Paris, depuis le 21 décembre 1767 jusqu'au 9 janvier 1768, a été constamment excessif. Plusieurs personnes ont été trouvées mortes de ce froid; le thermomètre a été dans le plus grand à quatorze degrés et demi., c'est-à-dire un seul degré demoins qu'en 1709. Il y avoit de la neige considérablement. La rivière de la Seine étoit restée ouverte dans plusieurs petites parties devant notre maison, quay des Auguslins, au commencement de ce froid, et plusieurs oyes sauvages, ne trouvant point d'eau dans les campagnes, s'y jetèrent; mais elles y furent tuées par les gens de la rivière, à coups de bâtons, n'ayant pas la force de s'envoler. Nous vîmes tout cela de nos fenêtres, et c'est la première fois que je l'ay vu depuis vingt-quatre ans que je demeure dans la maison. On en a tué aussi plusieurs du côté de la Samaritaine, où il y avoit aussi quelque peu d'eau encore visible, au commencement de ce grand froid.
Selon les expériences faites sur les thermomètres à Saint-Germain-en-Laye, la liqueur est descendue au dixseptième degré, c'est à un degré et demi de plus qu'en 1709. La situation élevée de cet endroit doit avoir produit cotte différence entre lui et Paris, qui est dans un fond, et dont la grande quantité de fumée des cheminées doit avoir tempéré l'air par une atmosphère qu'elle devoit naturellement former sur cette grande ville.
Le 13. La rivière de la Seine commença tout d'un coup à charrier les glaçons, vers les onze heures du matin, mais cela ne dura qu'environ une heure, où toutes les i. n
glaces s'arrêtèrent contre les ponts, excepté le pont Saint-Michel et le Petit-Pont. Mais on voyoil déjà des ravages terribles de toutes parts: les quatre moulinsqui sont entre le pont Neuf et le pont au Change ayant été jetés contre les arches du pont Neuf, dont deux brisés et coulés bas; les bateaux des blanchisseuses, dans plusieurs endroits de la rivière, comme aussi beaucoup de bateaux à marchandises, emportés et la plupart brisés et déchirés. Les glaces restèrent plusieurs jours ainsi accumulées et presque debout sur toute la rivière. La crainte d'une nouvelle débâcle éloit universelle. On fit par ordonnance déménager tous ceux qui demeuroient sur les ponts. J'allai voir tout cela, avec mon fils Frédéric et M. Daudet, un de mes élèves, vers l'île Saint-Louis, le marché aux veaux et le cjuay de la Ferraille. Enfin, la rivière étant extrêmement haute, le tout s'ébranla vers les dix heures de la nuit, avec beaucoup de bruit et de fracas. La nuit étoit fort obscure; les flambeaux que les gens de la rivière allumèrent pourvoir comment ils défendroient leur pauvre bien qui éloit encore sans dommage, leurs cris, le choc des bateaux contre les ponts où ils furent brisés, rendirent cette nuit horrible. Nous en vîmes, de nos fenêlres, flotter et se briser successivement plusieurs, car la rivière étoit éclairée par les gens intéressés pour leur bien et par des curieux de l'événement. Ma femme, fort peureuse, ne voulut point se coucher, et nous restâmes effectivement fort tard sur pied. Le dimanche d'ensuite, j'allai de nouveau vers le haut de la rivière et fus affligé des nouveaux dégâts que j'y voyois. M. Baader éloit avec moi. Les glaçons que la rivière eh se retirant avoil laissés sur ces bords éloient, en divers endroits, à dix pieds de hauteur, accumulés les uns sur les autres, entremêlés de bateaux rompus, de planches, de poutres, etc.
Le 20. Répondu à M. Schmuzer. Je le remercie du vin de Hongrie qu'il m'a envoyé, et je lui envoyé un ducat d'or de Saxe, pour la médaille en argent qui représente l'impératrice.
Le 50. Répondu à M. Dietscli. Je le prie qu'aussitôt que les petits tableaux seront finis, de prendre l'argent chez M. Wirsing, et de les envoyer pour moi à M. Eberls, à Strasbourg.
Le 51. Répondu à M. Zimmermann. Je lui dis avoir touché r argent qu'il me devoit.
Répondu à M. de Livry, à qui j'envoye la lettre, aussi du 3t, qu'il m'avoit demandée pour M. Dielrich, pour que je le prie de faire un pendant au tableau déjà commandé pour lui.
M. Rasan, depuis sa séparation d'avec sa femme, a soupé la première fois chez nous. Il me fait bien de la peine, car il ne mérite pas ce qui lui est arrivé.
FÉVKlEa 17 OS.
Le 4. Répondu à M. le conseiller des commissions de Saxe-Weimar, à Hambourg. Je lui dis que j'ay pris sa souscription du Journal encyclopédique pour M. Rernegau, et je lui nomme plusieurs espèces de ducats de la Rasse-Àllemagne qui me manquent, et que j'aurai soin de lui acheter les estampes et livres.
Le 5. Répondu à M. Tielz l, peintre du duc de Saxe- Gotha. Il étoit mon ami à Paris, il y a vingt-cinq ans. 11 passa d'icy en Angleterre, où il resta six ans, et, depuis
1 II s'appelait Jean-Louis Tietz, et fit se< études à l'Académie de Berlin. Il mourut' à Gotha en 1798.
dix-neuf ans, il est à Gotha au service de la cour. Je le badine sur sa promptitude et son empressement de me
donner de ses nouvelles depuis ces vingt-cinq années
Cependant ce M. Tietz est bon garçon.
Le 7. M'est venu voir M. le baron de Santhier.
Le 10. M. le prince d'isembourg m'a fait l'honneur de me venir voir et de me faire bien des politesses. Ce prince a beaucoup voyagé, ayant été dans tous les États de l'Europe, excepté le Portugal, ne voulant pas y aller non plus.
Le 13. J'ay mené le prince d'isembourg voir des tableaux dans divers endroits.
Le 14. J'ay dîné avec le prince d'isembourg, dans l'hôtel de Provence, où il loge.
Le 17. J'ay fait remettre une caisse appartenant à M. Meyer entre les mains de MM. Mâfck et Eberts, banquiers, pour être envoyée par eux à Hambourg, et j'ay écrit le même jour à M. Meyer, à Londres, pour lui en donner avis, comme aussi que j'ay touché de sa part mes déboursés desdits messieurs.
Le 20. Monseigneur le prince d'isembourg me fit l'honneur de venir prendre congé de moi, et partit le lendemain pour l'Allemagne. Jch habe ihm zwey Gemàlde anvertrauct i.
Le 25. M. Grimm, peintre et poëte suisse, après avoir passé plusieurs années à Paris, a pris congé de nous et partit le lendemain pour l'Angleterre. C'étoil un bien honnête garçon que nous cslimions beaucoup.
1 Je lui ai confié deux tableaux.
DE JEAN-GEORGES WILLE. 575 Le 26. M. Sehiïtz, de Berlin, neveu de mon ancien ami M. Schmidt, a pris congé de nous et est parti pour Londres.
Le 2. Répondu à M. le baron de Schlaberndorf, à Berlin.
Le 10. M. d'Olthof, conseiller de la régence de Poméranie, m'est venu voir.
Le 11. Répondu à mon frère, qui m'avoit demandé quelques conseils sur le mariage de sa fille aînée.
Le 12. Répondu à M. Strecker, à Darmstadt. Je lui dis que ce Dietrich qui a paru chez les artistes de sa ville, se réclamant de moi, doit être un coquin, un fourbe et coureur de pays.
Le 20. Répondu à M. le conseiller de conférence de Wasserschleben. Ich bedanke mich dass ermir die Einvilligung desKôniges zuwege gebrachthat, undsage ihm dass ich allai Fleiss an meine Arbeit ivenden werde, damit sie des Kôniges Anblick wùrdig iverde l.
Le 5. Répondu à M. Goll, de Frankenstein, négociant à Amsterdam et fameux curieux de desseins. Je lui dis que les desseins qu'il m'envoye me sont parvenus; qu'un de P. Molyn est fort beau, mais le Bergliem et l Ostade
1 Je me félicite de ce quil m'a obtenu l'agrément du roi, et lui dis que je mettrai tous mes soins à mon travail, afin qu'il soit digne d'être mis sous les yeux du roi.
57 i JOURNAL
ne sont pas grand' chose. Les Luicken et Everdingen, ne sont que gentils.
Le 10. Répondu à M. Bause, à Leipzig. Je lui dis que les volumes qu'il m'a adressés me paraissent perdus.
Le 12. Répondu à M. G.-F. Kunth, à Leipzig. Je lui mande que je lui enverrai avec plaisir des anciennes estampes, s'il compte y mettre le prix, etc.
Le 20. Répondu à M. Schmidt, à Berlin. Je demande vingt-quatre bonnes épreuves ou dix-huit, telles quelles, de sa dernière planche. Je lui dois vingt-quatre livres.
Le 25. Répondu, à M. Dietrich, à Dresde, par rapport à deux tableaux pour M. de Livry, qu'il a promis de faire cet été. Ma lettre est dans celle que j'écris à M. de Livry, qui la fera partir.
M. de Livry m'a envoyé douze bouteilles de vin blanc et rouge de Bourgogne de la meilleure sorte possible. C'est un bien galant homme.
Le 1er. Répondu à M. Schmuzer; je le remercie du discours imprimé prononcé par M. de Sonnenfels à la première distribution des prix du dessein à l'Académie impériale de gravure, comme aussi de la tragédie en allemand, Hmnann ou Arminius, qui me paroît très-bien faite. Je le prie de recevoir pour moi, chez M. de Bissing, cent quarante-sept livres seize sols, d'en payer les desseins à M. Brandt. etc. Il y a une lettre dans la sienne à M. de Bissino .
Le 2. Répondu à M. Marlin-EJias Ridinger, à Àugsbourg. Je le remercie de ses estampes, etc.
Répondu à M. Georges-Chrisfofe Kilian, dans la même ville. Je le remercie de Y Histoire de la ville d'Avgsbourg par M. de Stetlen. Mais je dis furieusement mon sentiment sur les mauvaises estampes qui sont dans ce livre, qui est d'ailleurs bien écrit. C'est M. Crusius \ graveur de Leipzig, qui doit emporter ces deux lettres.
Ma femme a été à la noce, avec mon fils Frédéric, de M. de Launay2, jeune graveur. Un mal de genou m'a empêché d'y aller aussi.
Le 4. J'ay reçu de M. Wagner, de Meissen, une cruche de porcelaine peinte en pourpre, d'une manière bien excellente, par M. Dietrich. J'ay répondu à M. Wagner.
Le 5. Répondu à M. Ridinger et à M. Kilian, à Augsbourg. Je leur envoyé à chacun un Observateur distrait.
J'en envoyé aussi quatre à M. Eberts, à Strasbourg, avec une lettre; de tout cela, M. Crusius a bien voulu se charger, comme aussi d'une lettre en réponse que ma femme écrit à madame Huber, à Leipzig.
J'aurois encore chargé M. Crusius de plusieurs lettres, mais une indisposition m'en a empêché. Je n'ay pas pu même le voir, par cette raison, le dimanche 8 de ce mois, lorsqu'il vint prendre congé de nous.
1 ils étaient deux frères du nom de Crusius : Charles Lebrecht et Gottlieb Lebrecht; ils ont beaucoup travaillé pour les libraires, et surtout pour leur frère, le libraire J.-L. Crusius; Nous voyons dans le catalogue Winckler, tome Ier, page 162, « que les deux frères ont gravé ensemble 32 feuilles de frontispices et de vignettes d'après Cocliin et Gravelot, pour les Contes moraux de Marmontel, avec le portrait de Fauteur, tant pour l'édition que pour la traduction allemande que leur frère a publiées à Leipzig en 1766.
2 Nicolas Delaunay, l'aîné, était né à Paris en 1739. Il fut agréé de l'Académie en 1777. Il est auteur des Vierges folles et des Vierges sages, d'après Schalken, la Marehe de Silène, d'après Rubens, etc.
576 JOURNAL Il est parti le 9 au matin.
Le mal que j'avois au genou depuis quatre semaines s'est dissipé.
Je me suis trouve des plus mal d'une indisgestion; cela m'a reculé plus de huit jours de mon travail.
Répondu à M. Lienau, à Bordeaux. Je lui dis qu'il peut m'envoyer les médailles antiques.
Répondu à monseigneur Févêque de Callinique.
Le 16. Répondu à M. Zingg, à Dresde.
Le 17. Répondu à notre ami, M. Desfriches, négociant à Orléans. 11 nous avoit invités à passer les fêtes de la Pentecôte chez lai, à Orléans; mais je lui dis les raisons qui m'en empêchent.
M. Frege, voyageur de Leipzig, m'est venu voir, de même que M. le baron de Revitzki, qui a beaucoup voyagé en Asie et qui a séjourné pendant deux ans et demi à Conslantinople.
Le 1er. Répondu à M. de Mechel, à Baie. Je lui dis que les estampes qu'il a dessinées, de même que le manuscrit, ont été remises chez M. Leviez.
Répondu à M. Fuessli, à Zurich. Je lui marque mon contentement sur ce que la vie de M. Heilmann, que j'ay composée, lui peut être utile pour son Histoire des yeintres suisses. Je lui dis en outre qu'il peut m'envoyer les trois planches dont il m'a parlé.
Répondu à M. de Lippert, conseiller actuel des révisions et du commerce de S. A. S. E. de Bavière, secrétaire de l'Académie électorale des sciences de Munich, à Munich. 11 m'avoit offert de la manière la plus amicale
d'obtenir el de m'envoyer des médailles d'argent, de la main du célèbre M. Schega l; je lui en demande deux, celle de l'électeur et celle de l'électrice, etc. Il fallut mettre sur ma réponse sur l'enveloppe : Causa Academix; de cette manière elle est franche dans l'empire.
M. de Bromer m'est venu voir plusieurs fois, de même que M. le baron de Revilzki, gentilhomme hongrois.
M. Micalef, orfèvre, nous a livré un superbe sucrier d'argent fait d'après le dessein de mon fils, qui a été fort approuvé; il a coûté cent vingt livres de façon. Le même orfèvre nous a fourni quelques autres pièces.
Le 22. Répondu à M. Meyer, actuellement à Londres, qu'il doit quitter au premier joui*. J'ay adressé ma lettre à Amsterdam, selon sa volonté.
Madame la princesse Lubomirska est venue chez moi.
La nuit du 2 au 5, on a transporté le corps de feu la reine, de Versailles à Saint-Denis. Mon fils aîné a été voir le convoy dans la plaine du Sablon.
Il y a peu de jours que je fus instruit de tous les honneurs que le célèbre antiquaire, président des antiquités de Rome, bibliothécaire du cardinal Alexandre Albani, Winckelmann, avoit reçus à Vienne de l'impératrice et des princes et seigneurs autrichiens; qu'il devoit retourner à Rome arranger ses affaires, et revenir à Vienne pour s'y fixer, avec une pension considérable que l'impératrice lui avoit offerte. Elle lui avoit fait payer même cent ducats pour hâter son voyage; mais à présent les lettres de Vienne sont bien affligeantes pour moi et pour
* François-André Sehega, né en 1711, mourut en 1787. Cet artiste grava un grand nombre de médailles fort justement estimées.
tous ceux qui estiment le mérite. Winckelmann, étant arrivé à Triesle en Istrie, parla imprudemment des présents qu'il avoit reçus, entre autres de grandes médailles d'or de l'impératrice même; cela étoit dit à table dans l'auberge. Il y fut assassiné de cinq coups de stylet dans sa cbambre. 11 écrivit encore une lettre remplie de gratitude au prince de Kaunitz, fil le cardinal À. Àlbani son. héritier et mourut ainsi misérablement. Il étoit Prussien de naissance, et mon ami, je fus plus de douze ans en correspondance avec lui. Quelle affligeante nouvelle !
Le 5. Répondu à M. Weiss, à Brunswick.
Répondu à M. de Merlz, à Nuremberg. Je lui envoyé l'annonce de la nouvelle édition des œuvres de Sandrart, qu'il m'avoit prié de faire insérer dans les papiers publics; celle-cy est dans Y Avant-Coureur; le Mercure en parlera aussi.
M. Steinhauer, de Leipzig, m'a apporté des lettres et livres nouveaux de mes amis de ce pays.
M. Martel, jeune François de Cognac, et qui a été quelque temps à Francfort pour apprendre l'allemand, qu'il ne parle pas mal, m'a apporté des lettres de M. Krauss, peintre de ladite ville.
Le 14. Habeich demHrn. Wagner geantwortet. Ich sage ihm dass ermir das angebotene PorccUan schickenmbchte. Dessivegcn habe ich einem Zettcl oder eine Anweimng zur Bezahlung durch lïrn. Rosier in meimn Brief grthun. ÏJbrigens schreibe ich ihm dm Wèg vor den gedachie Waare zu gehen hat sammt ein Paar icasserfarbcn-G< màlden welche von der Madam Wagner sclbcr sind *.
1 J'ai répondu à M. Wagner. Je lui dis de m'envoyer la porcelaine proposée. C/est pourquoi j'ai mis dans ma lettre un billet ou un avis pour le (aire payer par M. Rester. Du reste, je lui écris le chemin cpie devront
Le 15. Habe ich Hrn. Schmidt geschrieben um 54 Abdrncke sèmer neuen Platte nach Rembrandt, und 3 Maie seinkleines Werk, so trie auch um das Portrait des Prinzen Heinrich l.
Le 19. M'est venu voir M. Mourier, de Copenhague, et lieutenant dans les troupes danoises. Il m'a apporté des lettres de M. de Helfried, qui étoit le compagnon de voyage de M. le comte de Moltke.
Nous avons mis au jour deux eslampes et les premières que j'ay fait graver d'après les desseins de mon fils. L'une est intitulée la Mire contente, et l'autre la Mère mécontente*. C'est M. Ingouf l'aîné qui les a gravées.
Le 21. M. Grand-Jean, oculiste du roi, a fait une opération à la paupière supérieure de mon fils aîné.
M. Van den Yelden, que j'ay connu autrefois, m'est venu voir. 11 a de nouveau voyagé en Allemagne et en Italie.
Le 5. M. Foubert, qui demeure au-dessous de moi, est revenu de Londres. Je Pavois chargé de me faire faire un cuivre en Angleterre, qui lui a été saisi à Calais. J'ay
suivre lesdites marchandises, ainsi que deux tableaux peints à l'aquarelle par madame Wagner elle-même.
1 J'ai écrit à M. Schmidt pour cinquante-quatre épreuves de sa nouvelle planche d'après Rembrandt, et trois fois sa petite œuvre, ainsi que pour le portrait du prince Henri.
2 Ces deux planches, gravées en effet par P. -G. Ingoul', ne reproduisent pas deux compositions bien heureuses. Wille fils avait trop longtemps été à l'atelier de Greuze pour ne pas s'être inspire de ce maître, et toutes ses compositions, surtout les premières, comme celles-ci, ont tous les défauts d'exagération de Greuze sans en avoir les qualités essentielles de sentiment.
donc écrit à M. de Livry, pour me procurer mainlevée par quelque fermier général. M. Haumont m'a aussi promis de faire lâcher prise.
Le 9. Répondu à M. le comte deLehndorf, chambellan de la reine de Prusse, qui m'est venu voir plusieurs fois. Ce seigneur est des plus aimables et rempli d'esprit et de politesse.
Écrit au duc de Saxe-Teschen, gendre de l'impératrice reine, à Vienne.
Le 10. Répondu à M. Winckler, à Leipzig.
Le 12. Répondu à M. T. Richter, de la même ville.
Le 13. J'allai à la Comédie-Françoise, avec mon fils Frédéric.
Le 14. Répondu «à M. Schmuzer, à Vienne. Je déplore • la fin tragique de M. Winckelmann, assassiné à Trieste, et je dis que l'impératrice devroit lui faire ériger un tombeau; que, sans cela, on pourroit bien ignorer en peu d'années où reposent ses cendres. Je lui mande aussi que j'ay envoyé les estampes au duc de Saxe-Teschen, avec une lettre à ce prince.
Répondu à M. Lienau, à Bordeaux. Je lui dis que les connoisseurs trouvent ses monnoies antiques mauvaises; je lui demande une occasion pour les lui renvoyer.
Répondu à M. le baron de Kessel, à qui j'ay envoyé un rouleau d'estampes par la caisse à M. Richter.
Le 16. Répondu à M. de Hagedorn. Ces deux lettres sont ensemble.
Le 25. Répondu à M. Bause. Je le remercie des estampes de sa façon qu'il m'a envoyées par M. Steinauer.
Répondu sur plusieurs lettres de M. Weiss. Je le remercie de m'avoir envoyé les opéras-comiques, et je lui dis mon sentiment. M. Weiss est le premier qui ait fait des opéras-comiques pour le théâtre allemand, et qui ont eu le plus grand succès sur celui de Leipzig. Je lui fais la note des livres et eslampes que j'ay envoyés pour lui à M. T. Richter.
Le 27. Nous avons jugé, à l'Académie royale, les grands prix des jeunes gens. 11 y eut du mécontentement de leur part, sur la place, devant l'Académie.
J'allai voir, à la Comédie-Italienne, Arlequin baron suisse, qui m'a beaucoup réjoui. J'avois pris M. Chevillet, mon beau-frère, avec moi.
Le 4. J'ay reçu une caisse conlenant six tasses et leurs soucoupes et une cuve à laver en porcelaine de Saxe, peinles par M. Dietrich. A présent je possède tout ce que ce grand maître a fait en ce genre et pour son plaisir.
Répondu à M. Wagner, à Meissen. Je lui dis qu'il a bien fait de toucher les vingt-six reichsthalers, chez M. Resler, de ma part. Comme il m'avoit fait parvenir deux pctiles peintures à gouache de madame Wagner, je lui en demande encore dix à douze paires. '
Le 14. Répondu à M. Meyer, de Hambourg. Ma lettre de politesse et de recommandation pour des amis à Vienne lui sera rendue à Francfort; elle partira avec celle de M. Schulz, neveu de M. Schmidt, à Rerlin, qui est de retour de l'Angleterre et de la Hollande, mais pour peu de jours.