‹ Mémoires et journal de J.-G. WilleChapitre 14 sur 16 · JOL \\ N A L · texte numérisé non relu

JOL \\ N A L

Le 15. J'ay reçu plusieurs fleurs, oiseaux, paysages peints à gouache par M. et mademoiselle Dietseh.

Le 16. Répondu à M. Huber, professeur de langue allemande, à Leipzig, in der Petentrasse, im hquckischen Hause l.

M. le duc de la Vallière m'est venu voir.

M. Van den Velden a pris congé de moi.

M. le comte de Salm, grand chambellan de l'impératrice reine, avec M. son fils, me sont venus voir, de même que M. Georgio, conseiller de commerce, que j'ay connu il y a deux ans lorsqu'il étoit à Paris.

M. Schenau m'a livré un tableau sur cuivre, très-joli, que je lui ay fait faire. C'est une femme habillée en satin blanc, mantelet jaune, assise auprès d'une table sur laquelle il y a une écuelle d'argent et un tapis de Turquie, etc.; elle a donné des vêtements à une petite fille du commun, qui la remercie du geste.

Le 2. Répondu à M. C.-G. de BuireUe d'Ohlefeldt, conseiller privé de S. A. S. monseigneur le margrave de Brandebourg-Culmbach, à Eilang. Il m'avoit demandé un catalogue de tous les portraits de savants et artistes gravés possible. Un lel catalogue ne subsiste pas.

Écrit à M. G.-C. Kilian, à Augsbourg. Je lui demande des portraits gravés par d'anciens graveurs allemands, principalement par Bartliolomé Kilian, etc.

Le 5. Écrit à M. de Hagcdorn. Je parle avantageuse-

1 Rue Saint-Pierre, chez M. Hauck

ment de M. Sclienau, qui a été appelé par la cour de Dresde avec une pension annuelle de seize cents livres. Je lui dis que l'œuvre de M. de Saint-Non est entre les mains de son valet de chambre, qui veut de l'argent; l'œuvre de M. Neuf forge1 a bien du mérite; que je ramas-

1 Ce Nfiùfforîge proposa dans le temps un plan pour la Bibliothèque, et son projet était conçu dans les termes suivants : « Bibliothèque royale sous la forme d'un temple ou rotonde projettée et gravée par Jean-François de Neufforse, auteur d'un corps d'architecture sacrée et civile, composé de plus de neuf cents planches in-folio; ouvrage commencé en 1755, avec approbation de l'Académie royale d'architecture, et terminé en 1782.

« M. de Ncufforge est un des descendants des seigneurs liégeois de ce nom dont parle le père Alard le Boy, jésuite, dans i'épitre dédicatoire d'un livre intitulé la Pénitence délayée souvent instructive, au moins douteuse, et qu'il dédie à noble Jean-Albert de Neufforge, seigneur de Warge, la Monsce, Pleneveaux, etc. Imprimé à Liège, chez Baudri Bronekart, 1641, in-12. Les armes de cette maison précèdent le titre de ce livre.

« M. de Neufforge, architecte théoricien, place le morceau de la Bibliothèque royale dans ce vaste terrain autrefois si bien aperçu par le fameux Perrault, auteur et architecte de la sublime colonnade du Louvre, espace qui cache et sépare ce magnifique palais d'avec celui des Tuileries. Ce trésor littéraire serait isolé et garanti de tout incendie, et concourrait en même temps à réunir les deux plus beaux édilices connus en France ; il débarrasserait ce terrain de ces lieux fangeux et malsains connus sous le nom de rues Froidmanteau. Saint-Thomas-du -Louvre et Saint-Nieaise.

« 11 donne la forme circulaire à la Bibliothèque royale, parce qu'elle est l'image du globe, et que les hommes célèbres dans l'antiquité comme dans le dernier âge ont toujours employé cet!e forme lorsqu'ils ont élevé des temples à la Divinité.

« Malgré que nos rois eussent consacré une portion de leurs palais pour avoir sons les yeux leur Bibliothèque, il a fallu qu'ils en lissent un lieu particulier destiné uniquement à cet objet, et -ans doute celui que la Bibliothèque royale occupe aujourd'hui est le heu le plus vasle qu'elle ait jamais possédé; mais il n'a point été créé à son usage : c'étoit la demeure du cardinal Mazarin, qui av<it joint à son palais un autre emplacement mitoyen pour sa famille, appelé l'hôtel de Ncvers, dont le tout est partagé aujourd'huy entre la compagnie des Indes et la Bibliothèque du roy; niais elle a deux inconvénients, Fun d'être trop resserrée, et l'autre de courir les risques d'être incendiée par tous ses circonvoisins; déplus, elle n'est point voûtée.

« La Bibliothèque, qui, sous Charles V, étoit composée de neuf cents volumes, atteint aujourd'huy s'il ne surpasse le nombre de six cent mille,

serai pendant cet hiver mon œuvre, s'il est possible, pour M. le baron de Schomberg; celui que j'ay ramassé l'été passé pour M. le comte d'Osten a tout dégarni.

Le 9. J'allay à la Comédie-ïtalienne, accompagné par M. Zingg, frère du graveur de ce nom.

Le 10. Répondu à M. Lippert, à Munich. Comme il m'avoit envoyé en présent trois médailles d'argent cl, que M. de Peglioni, colonel de cavalerie, me remit, je lui envoyé huit estampes, dont six par moi et deux d'après mon tlJ s. J'ay fait remettre le rouleau au même M. de Peglioni, pour être mis dans une caisse avec des livres, de même que ma réponse; cclle-cy doit partir avec les lettres de la cour. Dans cette caisse il y a quatre ducats

tant manuscrits qu'imprimés, non compris les cabinets de médailles et antiques, ainsi que celui des estampes et des généalogies.

« Les découvertes de la typographie et de la chalcographie ont tellement développé et propagé l'esprit humain, qu'il est temps de remédier au chaos dans lequel Tunique lumière que la Providence semble nous avoir donnée pour marcher dans la connoissanee des siècles passés, et pour nous conduire à l'avenir, est si nécessaire. Tout nous indique à consacrer un lieu qui puisse contenir le passé, le présent et l'avenir.

« Puisqu'une Bibliothèque royale est !c dépôt des archives de l'univers, pourquoi ne lui donnerions-nous pas la forme des objets qu'elle renferme? En effet, sous la forme circulaire ou de globe, pourquoi n'emprunterionsnous pas l'idée du dôme intérieur des Invalides? Là dans le centre ou salon partiroient des rayons ou galeries qui seroient meublés de nos livres sacrés, de ceux de jurisprudence, belles-lettres, des sciences, des arts, de toutes les branches de l'histoire générale et particulière. Les gardes de chaque dépôt auroient leurs galeries séparées les unes des autres par des portes ou pleines ou grillées.

« Quel noble et majestueux spectacle pour le roy de se voir dans le point central , au milieu des riehe>ses qu'il a rassemblées à grands frais pour l'utilité et l'honneur de sa nation ! » 11 est impossible d'être plus diffus et plus extraordinaire dans ses explications ; mais c'est un des nombreux projets de transfert pour la Bibliothèque du roi qui ne doit pas être fort connu, et c'est par cette seule raison que nous avons publié cet écrit, bien peu digne d'être tiré de l'oubli.

en or que j' envoyé à M. de Lipperl pour me les échanger contre quatre ducats que l'électeur fait frapper du sable d'or qui se trouve dans quatre rivières de Bavière»

Le ï%. Répondu à M. Lienau. Je lui dis que j'aurai soin de ses bordures. Je lui donne ^avis que mon ancien élève, M. de Mechel, grave le portrait du célèbre et malheureux Winckelmann l; aussi que j'ay renvoyé ses médailles par M. Scbelah.

M. Ritter, architecte de la ville de Berlin, m'est venu voir.

M. Sturz, secrétaire des affaires étrangères du roy de Danemark et de même que son premier médecin (c'est M. de Struensée, qui fut fait comte par le roy de Danemark, et exécuté à mort à Copenhague, quelque temps après) me sont venus voir. Le premier a beaucoup de connoissance dans les arts. Il est de la haute Hesse, par conséquent mon vrai compatriote.

Le 1er. M. Stùrz, secrétaire des affaires étrangères de Sa Majesté le roy de Danemark, a dîné chez nous.

J'ay répondu à la lettre que Son vitesse Royale monseigneur le prince Albert, duc de Saxe-Teschen, m'avoit écrite. J'ay envoyé ma réponse à M. Georgio, de chez M. le comte de Salm, qui s'est chargé de la remettre au courrier impérial qui est icy. M. le conseiller Georgio

1 II est très-probablement question ici du portrait sans nom de graveur où Winckelmann est représenté à mi-corps, de trois quarts, dirigé vers la gauche, tenant un livre dans la main droite, et on lit au bas: Gravé d'après le dessin de Salèsa, fait sur le tableau d'Antoine- Raphaël Mengs, qui est dans le cabinet de M. le chevalier d'Axara, ministre plénipotentiaire du rot d'Espagne à Rome.

soupa avant-hier chez nous, de même que M. de Marccnay, M. Messager et M. Baader.

Le 2. Répondu à M. Fuessli, peintre à Zurich. Je lui mande que M. Ritter, architecte de Berne, est chargé d'un rouleau d'estampes pour payement des trois planches qu'il m'a envoyées; qu'il doit partir dans deux jours, et que le rouleau passera sans délai de Berne à Zurich.

M. Ritter !? habile architecte et galant homme de Berne, a soupé chez nous avec plusieurs autres amis.

Le 4. L'Académie royale des sciences, belles-lettres et arts de Rouen, dont j'ay l'honneur d'être membre, me fit remettre l'éloge de Pierre Corneille, dont M. Gaillard a voit remporté le prix; de même que l'éloge du même poëte célèbre qui avoit eu l'accessit. J'ai lu l'un et l'autre avec plaisir.

J'ay fait présent d'un dessein de ma façon à M. Ritter.

Le 6. M. Stiïrz, secrétaire des affaires étrangères du roy de Danemark, soupa chez nous, de même que MM. de Marcenay et Baader.

Un jeune homme de Turin, M. Purperal, m'est venu voir; il voudroit bien entrer chez moi en qualité d'élève; mais je n'ay point de place. Il m'a apporté des lettres de M. Lavy 2, graveur des médailles du roy de Sardaigne, qui étoit à Paris et de ma connoissance il y a une vingtaine d'années. C'est le roy de Sardaigne qui a envoyé le

1 C'est Érasme Ritter, architecte de Berne, qui naquit vers 1726. Cet artiste publia, en 1788, un volume grand in-4 intitulé: Mémoire abrège et lie ïicil de quelques antiquités de la Suisse, avec les dessins levés sur les lieux depuis 1785.

- A. Lavy grava une médaille, nous apprend Nagler, sur laquelle était le portrait du prince Charles-Louis de Lucques et de Marie-Thérèse de Savoye.

DE J E AN-GEORGES WIL LE. 587 jeune homme en question dans ee pays-cy pour le former. Il était, comme il m'a dit, ey-devant ingénieur. 11 dessine proprement à la plume, mais il faut bien des choses de plus que cela.

Tous les membres de l'Académie royale furent invités par lettres de la part de M. le directeur général à s'y trouver le 8, parce que Sa Majesté le roy de Danemark feroit l'honneur à l'Académie de s'y rendre.

Le 8. Je me rendis à l'Académie royale vers les onze heures du mntin. L'assemblée étoit des plus nombreuses que j'ay jamais vues. M. le marquis de Marigny, directeur général, arriva quelque temps après. Nous attendîmes le roy de Danemark dans la galerie d'Apollon jusqu'à une heure, que ce prince arriva avec une parlie de sa cour. M. le marquis de Marigny, accompagné d'une doputation, fut au-devant de lui. Il entra par le salon dans la galerie où nous étions tous rangés en file; il étoit précédé de quatre suisses du roy avec leurs hallebardes sur l'épaule. 11 nous salua le plus gracieusement du monde, cl passa de suite dans les diverses salles pour considérer les chefs-d'a3uvre qui y sont contenus; parlant (et surlout saluant tout le monde) de la manière la plus affuble. Il fut reconduit de la manière qu'il étoit venu; alors on ouvrit les portes de la galerie d'Apollon, et tout le monde qui n'étoit pas de l'Académie cnlra pêle-mêle, et je retournai au logis. L'après-midy je rendis visile à M. Hitler, habile architecte de Berne, qui est sur son déparl.

Le 9. Répondu à monseigneur l'évê jue de Callinique, à Sens. Je lui dis que la pelile collection est faite, et lui fais une descriplion de la venue de Sa Majesté le roy de Danemark dans noire assemblée de l'Académie rovalc.

M. Priée, voyageur anglois, m'est venu voir. 11 est

fort curieux surtout de desseins de grands maîtres anciens, dont il a apporté bon nombre d'Italie, comme il m'a dit. Quelques jours après, j'allai voir ce curieux chez lui.

Le 15. Répondu à M. Schmidt, graveur du roy de Prusse, mon ancien camarade et ami. Je lui envoyé une quittance de son argent, que j'ay remis, selon ses désirs, à M. Riderer, banquier. Je le remercie aussi de plusieurs nouvelles estampes qu'il m'avoit envoyées, et je l'exhorte à faire, pour pendant de sa Fille de Jaïre d'après Rembrandt, la Présentation au Temple d'après Dietrich, comme il en avoit envie lui-même.

Répondu à M. Ditsch, peintre, à Nuremberg. Je lui envoyé une lettre de change sur M. deScheidlin, dans la même ville, et que M. Ridcrer m'avoit donnée. Je lui dis, en outre, de ne pas m' envoyer des paysages jusqu'à nouvel ordre de ma part.

Le 16. J'ay mené M. Stûrz, secrétaire des affaires étrangères du roy de Danemark, à la galerie du Luxembourg; de là, chez M. Basan. Le même jour, il dîna chez nous, et la soiréej je la passai chez lui, à l'hôtel.

Le 17. M. Priée, Anglois, me vint voir. Il troqua de moi un dessein de Raphaël contre un des plus beaux desseins de P. Roos; mais il étoit obligé de me donner de l'argent de retour.

Le 18. J'allai dans la matinée à l'hôtel d'York, séjour du roy de Danemark. L'après-midy, j'allai avec mon fils aîné à l'Opéra, où l'on jouoit Silvie.

Le 19. Me vient voir M. Wiedewelt l, sculpteur du roy

1 Jean Wiedewelt, né à Copenhague vers 1751, était fils de J ust Wiedewelt, sculpteur aussi, né à Copenhague en 1 07 7 et mort en 1 757.

de Danemark, qui est arrivé depuis peu de jours de Copenhague pour voir à Paris ses anciens amis. Il m'a apporté des lettres de M. Àls, peintre du roy de Danemark et mon ami. M. Wiedewelt étoit à Paris il y a environ seize ans, et je l'ai connu alors.

Répondu à M. Zingg, graveur de l'électeur de Saxe, â Dresde.

Le 20. M. Stùrz, secrétaire des affaires étrangères du roy de Danemark, M. Georgio, conseiller de commerce de l'impératrice-reine, M. de Marcenay, M. Baader, ont soupé chez nous.

Le 24. Répondu à M. J.-T. Richter, négociant à Leipzig- je lui dis que ses curiosités arriveront constamment deux fois par an chez lui, c'est-à-dire avant Pasques et avant la Saint-Michel.

Le 25. J'allai à l'hôtel d'York voir M. Stùrz; j'avois même mené M. Basan pour y vendre des estampes, dont plusieurs des messieurs de la suite du roy de Danemark sont curieux. Le soir du même jour, M. Stùrz vint souper chez nous, et nous amena aussi M. Texié, trésorier du roy de Danemark. Ils restèrent fort tard chez nous.

Le 26. Répondu à M. Lienau, mon ami, négociant à Bordeaux.

Le 27. J'ai mené ma femme, mon fils Frédéric et M. Daudet, mon élève, à la Comédie-Françoise; mais la foule étoit si épouvantahle, parce que le roi de Danemark y étoit, que nous prîmes la résolution de parlir pour la Comédie-Italienne, où nous eûmes du plaisir. Le soir du même jour, M. Stùrz, secrétaire des affaires étrangères du roy de Danemark, et M, Texié, trésorier, comme

aussi M. do Marccnay et M. Raader, soupèrent au logis.

Le 28. Je menai M. Slurz cl M. Texié voir les tableaux du Palais-Royal, de même que le cabinet de l'eu M. Gaignat et l'église Sainl-Rocli.

Le 1er. Je menai M. Slurz et un jeune aumônier du roy de Danemark à notre Académie royale de peinture.

Le 4. J'allai à la Comédie-Italienne, menant avec moi M. Zingg, jeune banquier, frère du graveur de l'électeur de Saxe. Le soir du même jour, M. Georgio, conseiller de commerce de l'impératrice-reine, M. de Marcenay, M. Kruthofer, secrétaire de l'ambassadeur de l'empereur, et M. Baader, soupèrent chez nous.

Répondu à M. Wasserschlebon, conseiller des conférences de Sa Majesté le roy de Danemark, mon ancien et loyal ami. J'ai donné ma lettre à M. Texié, en le priant de la faire partir avec les lettres de la cour.

Le 5. M. Stûrz vint souper chez nous.

Le 6. M. Stûrz dîna chez nous. Mon fils aîné avoit dessiné au crayon rouge son portrait 2, et très bien, avant que nous nous mîmes à table.

J'ai fait présent à M. Texié (et non Tessier) de huit estampes de moi en très-bonnes épreuves. Cela étoit juste, car il m'avoit déjà forcé à accepter trois monnoies d'or, l'une de Hanovre, la seconde de Danemark, la troisième de Suède.

1 Le Catalogue de Gaignat parut vers cetîe époque; il est fait par Pierre Uemy, et le privilège est du 9 septembre 1708.

- Ce portrait n'a probablement pas été gravé, car nous n'avons pu le rencontrer, et nous n'en avons trouvé mention nulle part.

Le 8. Répondu sur plusieurs lettres de M. Kraus, peinlre à Francforl-sur-le-Mein, et qui a fréquente notre maison pendant une couple d'années.

Répondu à M. Weitsch, peintre du duc de Rrunswick, à Rrunswick. Je lui dis que j'ay reçu son argent, et que je compte que M. Stûrz lui remettra ma lettre. Je lui recommande cet ami singulièrement. Je compte que M. Slûrz se chargera aussi de celle pour M. Kraus.

Vint M. Stûrz souper chez nous. Nous parlâmes encore de mille choses, avec empressement surtout de noire patrie et de nos familles et anciens amis, étant du même endroit. Après le souper, il prit congé de nous, car il devoit partir le lendemain avec le roy de Danemark, qui va par Metz, Strasbourg, Mannheim, Francfort, Hanau, Giesson, Cassel, Rrunswick, Hanovre, Hambourg, pour s'en retourner à Copenhague. J'ay fait présent à mon cher compatriote de douze épreuves parfaites, et des premières de mon œuvre particulier, contre une bague dont la pierre est de lapis-lazuli et gravée à la chine. Mon fils Pierre-Alexandre a dessiné son portrait au crayon rouge etlui a fait présent d'une tête dessinée de même, représentant une Vierge; Tune et l'autre très-bienfaits. Tout cela lui a fait un plaisir singulier; aussi notre séparation m'a paru lui faire de la peine. Mes amis de chez le roy de Danemark voulurent absolument me présenter à ce monarque. J'en fus très-flatlé; mais, ayant observé que la foule y étoit constamment très-grande de toutes sortes de poètes, lettrés, artistes, gens de métier de toute espèce, qui présentaient de leurs ouvrages en vers et en prose, ou dédiant tout ce qui pouvoit porter dédicace, ou offrant pour de l'argent ce qu'ils avoient de bon ou de mauvais, je changeai de sentiment, d'autant plus que, parmi la foule, je ne voyois que peu de personnes d'un

m JOURNAL

mérite reconnu. Mes amis n'étoient pas contents d'abord de ma résolution; mais, lorsque je leur dis que je ne désirois nullement avoir Pair, aux yeux des autres, comme étant là aussi pour tendre la main dans l'occasion, ils approuvèrent ma délicatesse.

Le 11. M. Kobell1, peintre de l'électeur palatin, m'est venu voir. 11 m'a fait présent de plusieurs desseins de paysages de sa façon, faits avec feu et grande facilité.

M. Texié, trésorier du roy de Danemark, le dernier de la suite, de Sa Majesté Danoise qui fût resté icy, est Venu prendre congé de nous.

J'allai a la Comédie-Italienne avec mon fils Frédéric et M. Daudet.

M. le lieutenant Mourier a pris congé et est parti pour Londres.

Le 12. Répondu à M. Lippert, conseiller actuel des révisions et de commerce de S. À. S. E. de Bavière, secrétaire de l'Académie des sciences électorales de Munich, à Munich. Au bas de la lettre j'ay écrit, comme à l'ordinaire : Gtmsa Academise. Cela fait que la lettre est franche en Allemagne.

Je le remercie des soins qu'il a bien voulu se donner en m'échangeant quatre ducats d'or contre autant d'autres de différents coins. Je le prie d'assurer mes respects à S.E.M. le comte de Heimhaussen, qui en a bien voulu céder en ma faveur trois, qui ont été frappés avec le sable d'or des trois rivières de Bavière.

Reçu un paquet de livres que mon ami M. Weiss, re-

1 Ferdinand Kobell est un habile graveur de paysages : sa pointe est fine, son dessin correct et sa lumière bien distribuée; les petites compositions familières qu'il a dessinées et gravées rappellent les charmants maîtres flamands du dix-septième siècle, et ne leur cèdent ni par l'esprit ni parla couleur.

DE JEAN-GEORGES WILLE. Wê

ceveur de la Uewf du cercle de Leipzig et célèbre poëte allemand, m'envoye et qui ont été perdus pendant plus de dix-huit mois. Mon propre portrait se trouve à la tête de la première partie du quatrième volume der neuen Bibliotheh der scJiônen Wmenschaften und der freyen Kiïnstc, journal des mieux faits et des plus instructifs.

J'ay prêté deux tableaux, l'un d'Oslade, l'autre de Wouwermans, à M. de Livry, pour bouclier les trous qu'ont laissés les deux Die! ri eh, que M. Daudet me grave actuellement.

Le 18. Répondu à M. Schmuzer, mon ancien élève, directeur de l'Académie impériale de gravure à Vienne, in der Annagàsse. Je lui dis que l'œuvre en question n'est pas de la qualité d'un autre que j'ay en vue et qui est de quatre cents livres. Je demande prompte réponse. C'est M. Georgio qui s'est chargé de lui remettre cetle lettre.

MM. de Marcenay, Baader, Messager et Georgio ont soupé chez nous. Ce dernier, qui est conseiller de commerce de l'impératricc-reine, a en même temps pris congé de nous et part demain pour Vienne. C'est un homme d'esprit et de beaucoup de connoissances, et pardessus cela fort bel homme.

Le 19. M'est venu voir monseigneur l'évêque de Callinique, qui habite à Sens.

M'est venu voir M. le comte de ïiosenhausen avec

M son gouverneur, lequel j'ay revu avec plaisir,

l'ayant déjà connu il y a deux ans et lorsqu'il étoit icy avec le jeune comte de Munich.

Le 25. Monseigneur le prince de Czartoriski m'a fait l'honneur de me venir voir. Il paroît vif et aimable.

Le 25. Fête de Noël, un jeune peintre en miniature, demeurant quay des Morfondus, nommé M. Schlegel, AI- ' lemand de nation, reçut, à neuf heures du matin, étant chez lui, un coup de pistolet à la tête par un jeune maître en œuvre de son voisinage, qui ©toit chez lui je ne sais sous quel prétexte; et, comme l'assassin vit que le peintre n'étoit pas mort il lui porta encor, comme j'ay entendu dire, quelques coups de couteau. Je passois parla lorsque la garde et le peuple y éloient encor à quatre heures de l'après-midy, et je voyois mettre en ce moment l'assassin dans une voilure pour être mené à la Conciergerie. Il avoit été arrêté sur le fait parles gens de la maison. M. Schlegel n'en est pas mort, mais on dit que les blessures sont dangereuses. J'ay connu ce peintre. Il est venu m'accompagner quelquefois dans ma jeunesse lorsque j'allois dessiner le paysage; mais depuis plus de vingt ans je l'avois perdu de vue. Quel accident et quel attentat effroyable !

Le 29 (jeudi). L'assassin de M. Schlegel fut rompu vif sur la place Dauphine. 11 n'avoit que dix-neuf ans, et se nommoit Menard.

Le 50. Répondu à M. Fuessli, peintre à Zurich, et auteur d'une Vie des peintres suisses. Je lui fais mes compliments sur récriloire d'argent et les deux médailles d'or qu'il a reçues en présent du cardinal de Roth. M. Fuessli m'a demandé quelques circonstances de la vie de Grimoux *, peintre suisse qui a toujours vécu à Paris, où il est mort. Je lui marque le peu que je sçavoisdece peintre habile, mais crapuleux. Je lui dis aussi que M. Chevillet fera le portrait de M. Fuessli en petit

1 Oimoux est mort à Paris on 1740. Son portrait a été gravé par A.-L. Hoinanct, à Bàlc, en 1705.

DE .) EAN-GEOKGES WILLE. 395 pour quinze louis, si cela lui plaît. Je le prie de me trouver quelques desseins d'un peintre de paysage, nommé Hackaert, qui a autrefois travaillé en Suisse. Le 51. J'allai à l'assemblée de l'Académie royale-

Le 1er. Écrit une lettre de polilessc à M. de Livry, à Versailles.

11 y eut chez nous un grand concours de personnes qui vinrent pour nous souhaiter la bonne année.

Répondu à M. Strecker, premier peinlre de S. A. S. le landgrave de Hesse, à Darmstadt. 11 m'avoit mandé que M. Seckalz, bon peintre de cette ville, était mort; je le presse d'éerire sa vie et lui donne l'adresse de M. Weiss? à Leipzig, pour qu'il la fasse imprimer dans son journal. Je lui demande quelques desseins du défunt.

M. Basan, M. de Marcenay et M. Baader ont soupé chez nous.

Le 2. Ecrit à M. Dietrich, peintre de l'électeur de Saxe; je le fais souvenir de ses promesses, tant pour M. de Livry que pour moi. Je lui dis qu'il peut prendre de l'argent et ce qu'il lui faudra chez M. Rester, qui en est prévenu. Je lui dis en outre que nos deux paysages sont finis, et que j'ay pris la liberté de les lui dédier. Je lui demande encore quelques-uns de cette sorte avec instance.

Le 4. Répondu à M. Weitsch, peintre du duc de Brunswick; je lui dis que tout ce qu'il m'a demandé est parti.

Nous avons reçu du cher M. de Livry un pâté d'Amiens, de six canards, excellent.

mê JOURNAL

Le 6. Répondu à M. Winckler, à Leipzig. Je lui dis que sa lettre contenant une liste du mois d'octobre et dont il fait mention ne m'est pas parvenue. Je lui demande s'il désire le livre de M. l'abbé Chappe.

Le 7. Répondu à M. Kreuehauf, à Leipzig. Je lui donne des éloges mérités par rapport au catalogue du cabinet de M. Winckler, qu'il a supérieurement écrit en langue allemande, et dont l'impression même est un chefd'œuvre.

Le 8. Nous avons reçu de Versailles un supplément d'étrennes, comme le nomme M. de Livry dans sa lettre, car il nous a envoyé deux chapons gros et gras.

Au matin je fis bien des visites que je devois, et l'après-midy j'allai, avec mon fils aîné, à la Comédie-Italienne. Au retour de là, nous fîmes les rois avec plusieurs amis qui s'éloient rendus au logis. Tout cela m'avoit procuré un rhume si furieux, que le lendemain je fus obligé de faire chercher M. Coutouli, notre chirurgien. 11 me mit plusieurs jours au lit sans manger; mais en revanche il me fit boire tant et plus.

Le 11. Je reçus de M. de Lippert, secrétaire de l'Académie des sciences de Ravière, trois ducats d'or frappés l'un avec du sable d'or du Danube, l'autre du sable de l'Iser, le troisième du sable d'or de l'Inn, trois rivières de Ravière. Le fleuve, ou dieu de chaque rivière, appuyé sur son urne, est sur chaque ducat, et le portrait de l'électeur régnant sur chacun. Il m'a envoyé aussi une médaille d'argent représentant le portrait de M. de Demarces, peintre de la cour de Ravière. Tout cela m'a fait beaucoup de plaisir.

Le 15, Comme j'étois en partie délivré de mon rhume?

DE JEAN-GEORGES Wl E LE. ôi>7

je répondis à M. de Lippcrt, le remerciant de son joli présent des quatre monnoies.

J'écrivis à M. de Dufresne, conseiller de commerce de l'électeur de Bavière. Je lui parlai de quelques tableauy dont M. deLippert, son ami, m'avoit donné avis.

Le 20, Nous avons reçu de M. Bourgeois, à Amiens, un pâté de canards de ce pays.

Le 25. Nous avons tous soupé chez M. Basan.

Le 24. M'est venu voir un peintre de Vienne, nommé M. Grenzinger, m'apportant des lettres de recommandalion de M. de Sonnenfels et de M. Schmuzer. Celui-cy m'a envoyé un ducat nouveau, au coin de l'empereur, et M. de Sonnenfels son discours (imprimé) à sa réception comme amateur à l'Académie impériale de dessein et de la gravure. Il est intitulé : Von dem Verdinsle des Portràtmalers, c'est-à-dire : Du mérite du peintre de portraits.

Le 27. Bépondu à M. Guill. Steinauer, le jeune, négociant à Leipzig. Je lui dis que j'ay fait remettre les estampes qu'il m'avoit demandées à M. Vauberet; négociant, rue de la Grandc-Truanderie*

Bépondu à M. Bause, graveur à Leipzig. Je lui mande que la rame de papier qu'il a dessinée a aussi été remise à M. Vauberet. Ma lettre est dans celle à M. Steinauer.

Le 4. Ecrit à M. Schmidt, à Berlin. Je lui demande encore de sa Fille de Jaïre et de son Philosophe, de môme qu'un dessein de sa main, pour ma collection.

Le 5. Répondu à M. S. Gessner, au leur célèbre cl libraire à Zurich. Il m'avoit envoyé une lettre à M. Mariette de son ami M. Fuessli, auteur d'un grand Dictionnuire des artistes, écrit en allemand; et, comme il va donner une traduction en François, il a consulté M. Mariette. J'ai été moi-même voir M. Mariette, ce célèbre connoisscur, pour lui porter cette lettre et m'enfretenir avec lui; hier au soir, il m'apporta la réponse, remplie d'excellents conseils, que j'ay mise dans ma réponse à M. Gessner.

Le 6. Répondu à M. J.-P. Ilackert, acluellemenl à Rome, où il est allé accompagné de son frère, peintre comme lui, pour y faire encore des études d'après les monuments antiques, par rapport à son art. Je lui écris en père, car il a constamment écouté mes conseils, et je suis aussi le premier artiste de sa connoissance à Paris, étant à son arrivée débarqué chez moi.

De grand matin je pris avec moi mon fils aîné et M. Daudet, pour nous rendre à Saint-Louis dans ride, comme nous avions été invités pour assister à la bénédiction nuptiale de M. Chereau, fils de madame Chereau, marchande d'estampes, avec mademoiselle Foix de Yallois. Presque tous les graveurs de Paris s'y Irouvèrent.

Le 17. J'ay acheté dans la fameuse vente des tableaux de feu M. Gaignat, secrétaire du roy cl receveur des consignations, deux superbes tableaux faisant pendant, de N. Berghcm Ils sont de la plus grande conservalion et ont chacun treize pouces six lignes de haut sur

1 N° 42 du Catalogue raionné des labïeaux, groupes et figures de bronze qui composent le cabinet de l'eu M. Gaignat, ancien secrétaire du roy et receveur de > consignations, par Pierre Rnny. Paris, 17(38; in-12.

dix-huit pouces de large. Dans l'un, on voit cinq figures et treize animaux, dont une femme qui trait une chèvre; une autre est debout à côté d'une vache, une troisième lave du linge dans le bassin d'une fontaine à la romaine. Dans l'autre tableau, il y a trois figures et neuf animaux, dont trois vaches entrant dans une rivière, qu'une femme y mène qui est sur le bord, et un chien sautant devant elle; derrière elle on voit une belle vache et un homme sur un âne, etc. Ces deux tableaux m'ontcoûtéquatre mille cent une livres; ils mériten t ce prix, car ils son t des plus beaux et des plus finis du célèbre Berghem. Ils ont appartenu autrefois à M. de Voyer d'Argenson, et occupoient une place dislinguée dans son beau cabinet, comme aussi dans celui de M. Gaignat. M. le chevalier de Damcri, M. Mariette et plusieurs autres connoisseurs et amateurs de mes amis, sont venus depuis pour les examiner de près, élant placés chez moi. J'ay assisté constamment à celte vente, sans avoir eu autre chose. Ce n'éloil pas faute d'envie, car, le jour avant l'acquisition, j'ay poussé un tableau de F. Mieris à trois mille cent une livres. C'étoit une demi-ligure qui présentoit une gimblelte à un perroquet. Et, après mon acquisition, je poussai un tableau de G. Dow, représentant une jeune femme à demi-corps, tenant d'une main un poisson, et étant appuyée avec l'autre sur un baquet. Derrière elle est un garçon portant un lièvre sur les bras; des choux, des carottes, des paniers, des pots de cuivre, des mortiers, etc., étoient, avec un bas-relief au bas, les accessoires dans ce charmant tableau. J'ay poussé ce tableau à six mille deux cent vingt livres. Après cela il fut adjugé à une personne qui avoit commission pour cela, et il doit passer, dit-on, en Allemagne. Je le regrette.

Comme celle vente se faisoit dans la rue de Richelieu,

400 iOUANAL

c'est-à-dire loin du quay des Augustins, j'y fus toujours accompagné par M. Daudet, qui demeure chez moi et qui aime infiniment les belles choses; je revenois cependant plusieurs fois dans le carrosse de M. Mariette, car le temps étoit fort mauvais. Ma femme et mes fils ont marqué la plus grande joie, lorsque j'apportai mes Rerghem au logis, de même que notre ami M. Messager, qui s'y trouvoit et qui aime les talents,

Le 25. Répondu à M. Oeser, directeur de l'Académie de peinture, à Leipzig.

Le 26. Répondu à MM. Gotlfricd Winckler et Thomas Richter, négociants à Leipzig. J'ay parlé beaucoup à ces messieurs de la vente du cabinet de M. de Gaignat, car ils sont grands amateurs, et chacun possède un superbe cabinet*

MARS f769.

Le 4. Passant dans la rue Saint-Martin en liaerc et apercevant un dessein en vieille bordure, contre un mur parmi de vieilles ferrailles, je l'achetai en revenant à pied pour cela. Il est très-bien, et de M. Galloche l, que j'ay encore connu. Il étoit chancelier de l'Académie royale.

Le 5. Répondu à M. Eberts, à Strasbourg.

Répondu à M. Mûller, lieutenant-colonel d'artillerie, ingénieur et directeur général des bâtiments du landgravial de Hesse-Darmstadt. Il m'avoit écrit pour placer son fils icy, chez quelque homme célèbre, sur quoi je lui mande que sans argent la chose ne peut être effectuée.

1 Louis Galloche; } cintre d'histoire, né à Paris en 1 070, mourut en 1701.

Le 11. Répondu à M. de Lippert, conseiller actuel des révisions et du commerce de S. À. S. E. de Bavière, secrétaire de l'Académie électorale des sciences de Munich. Je lui mande mes pensées sur la réponse de M. de Dufresne, et que celui-eyest toujours le maîlrede m'envoyer les tableaux, leurs prix et la descriplion, et que je ne crois pas que M. Alton fût bien dangereux à l'école flamande, vu que les Anglois aiment mieux les maîtres italiens.

Le 16. M. le général de Fontenay, envoyé extraordinaire de l'électeur de Saxe, m'envoya une lettre de M. le baron de Kessel, contenant douze ducats curieux dont un que ce seigneur fait présent à mon fils aîné, pour lui avoir envoyé deux estampes d'après ses desseins.

Le 17. Répondu à M. le baron de Kessel, grand maître des cuisines de la cour électorale de Saxe. Je remercie Son Excellence de son amitié conslanle et de ses soins de m'envoyer des monnoies d'or, pour ma petile colleclion.

Écrit à M. de Hagedorn, conseiller intime de légation et directeur général de l'Académie électorale, quoiqu'il me doive une réponse; mais, comme M. le baron de Kessel me mande qu'il a très-mal aux yeux, je cherche à l'en consoler.

Répondu à M. Weiss, fameux poêle et receveur de la sieur du cerele de Leipzig. Je lui fais la description de l'arrivée de M. le docteur Plallner, son beau-frère, et surtout l'aventure de sa perruque gothique. Je lui an nonce aussi que M. T. Richler doit lui remettre de ma part deux brochures et deux estampes.

Le 18. Répondu à M. Iluber, traducteur de la Mort i. 20

d'Abel, actuellement professeur de langue françoise à Leipzig. 11 trouvera ma lettre plaisante. Je lui dis aussi que M. T. Ricbter lui remettra Chinki et les deux Raines romaines \ d'après M. Dietrich.

Le 19. Me vint voir M , musicien saxon, de la

musique de l'ancien duc de Courlande. Ilparoît bien joli garçon, de très-bonne humeur. Il me dit qu'il avoit été reçu dans l'orchestre de l'Opéra-Comique pour y jouer du hautbois.

Un jeune relieur de Vienne vint chez moi, de la part de M. Schmuzer.

Le 20. Répondu ou écrit à M. Dietrich. Je lui annonçois que j'avois chargé M. le docteur Plattner de la Galerie du Luxembounj reliée (il a pris congé de nous aujourd'hui pour retourner en Saxe, chargé de toutes les lettres à mes amis dans ce pays), et dont je lui faisois présent; mais M. Plattner me la renvoya dans la nuit, parce quelle ne pouvoit pas entrer dans son coffre. A présent il me faut une autre occasion.

Nous avons reçu un excellent jambon de la part de M. de Livry.

Le 25. Répondu à M. C.-F. Lichtcnberg, conseiller de la chambre de S. A. S. le prince de Hesse, à Darmstadt. J'avois exhorté M. Slrccker, premier peintre de ce prince, d'écrire la vie du peintre Seckalz, atlaché au même prince, et qui est mort l'année passée. D'après cette idée, M. Lichtenberg, bon connoisseur et ami du défunt, s'en est chargé en envoyant, selon mes conseils,

1 Ces deux Ruines romaines ont été gravées, en 1708, par Nie. Delaunav, et on lit au bas la dédicace suivante : Dédié à 31. Dietricy, peintre de S. A. S. E. TÉlecteur de Saxe, membre des Académies de Dresde, d'AugS* buuig et de ttolognc, par son ami et très -humble serviteur VVille.

à M. Weiss, rédacteur der Bibliotheke der schônen Wissenschaften und freyen Kunste, à Leipzig, son manuscrit pour être inséré dans ce journal. M. de Lichtenberg me donne avis du tout par une lettre des plus charmantes et des plus polies. Il me fait le caractère du peintre mort, tant de son esprit que de ses talents, qui m'ont paru fort singuliers. Il m'instruit aussi pourquoi ce peintre n'a pas voulu travailler pour moi, quoiqu'il me l'eût promis depuis dix ans; c'est-à-dire qu'il craignoit de ne pas réussir en travaillant pour un homme de mon talent et de mes connoissances dans les arts. Cela étoit modeste, mais très-niais, puisque je l'avois sollicité, chose que je n'aurois pas faite si ses ouvrages ne m'avoient pas fait plaisir.

Le 2. Répondu à M. de Livry, premier commis de monseigneur le comte de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'État, à Versailles. Je lui envoyé dans la lettre deux desseins paysages avec figures, que j'ay faits aujourd'hui. Je prie cet ancien et digne ami de les accepter avec mes remercîments, pour le très-bon jambon qu'il nous avoil envoyé pour nous décarêmer.

Le 12. Reçu de Vienne ma lettre patente en qualité de membre de l'Académie impériale et royale de gravure. Cela me donne le titre de graveur de LL. MM. impériales et royales. Cette lettre est en parchemin avec un grand sceau attaché à un cordon de soye noire et jaune. Elle est signée par le grand chancelier, prince de Kaunitz-Rittberg, protecteur, M. de Sonnenfels, secrétaire perpétuel, et M. Schmuzer, directeur. J'ay reçu en même temps les

statuts de celte Académie avec une letlre extrêmement polie du secrétaire. Le tout est en langue allemande.

Le 15. Me vint voir M. Cochin, mon ancien ami, et secrétaire de notre Académie royale, avec de pareilles lettres et imprimés, aussi reçus de la part de l'Académie de Vienne, qui lui donnent également la qualité de membre de l'Académie impériale et royale, pour les lui traduire verbalement en François; la lettre du secrétaire, M. de Sonnenfels, éloit seule en françois. Il me parut que son élection lui faisoit plaisir.

Le 25. Répondu à M. le directeur Schmuzer, à Vienne. Je lui dis que le Crozat est parti depuis huit jours et que j'ay reçu par M. Grenziger le ducat impérial et le discours de M. de Sonnenfels.

J'ay rendu à M. Pricc, Anglois, le dessein de P. Roos, avec son argent, et il m'a rendu ce qu'il a voit de moi, parce qu'il me parut que cela lui feroit plaisir. Je lui ay l'ait présent d'un très-beau paysage de Botb, représentant une Ruine de Rome.

Reçu une médaille d'argent aux armes de la ville de Berne, et un ducat d'or, de la part de M. Hitler, architecte de Berne.

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