A. CZARTORYSKI
« Je vous recommande l'élève; je luy recommande d'apprendre à écrire. »
trois fils1, de la même grandeur; en outre, un nouvel ouvrage intitulé : Verzcichniss der vornehmstcn Kapfersteclier und ihrer Werke.
Le 5. Je fus agréablement surpris, en rentrant chez moi, d'y trouver M. de Mechel, de Basle, mon ancien élève. Nous nous embrassâmes bien cordialement. Il resta chez nous à souper, et les jours suivants il a constamment été avec moi à la vente des tableaux de M. le duc de Choiseul. Il doit rester quelques mois à Paris, étant accompagné de son commis.
La vente des tableaux de M. le duc de Choiseul a duré cinq jours2. Elle consistoit en cent quarante-sept tableaux, presque tous de l'école des Pays-Bas. Le produit a été de quatre cent quarante mille trois cent soixantesix livres seize sols, somme prodigieuse; mais aussi un seul, de P. Potter, de vingt-huit pouces de large sur vingt-trois de haut, représentant la vue du bois de la Haye3, fut vendu vingt-sept mille quatre cents livres. Les deux G. Dow4, hauts de vingt-deux pouces, larges de dix-sept, furent adjugés à trente-six mille quatre cent cinquantre-trois livres. Les Deux petits Philoso-
1 Gaspard Fucssli a été gravé dans cette suite avec toute sa famille. Voici les portraits qui y sont compris. Gaspard Fuessli, historien des peintres suisses; Elisabeth Wascr, femme de Gasp. Fuessli, morte en 1759, âgée de quarante-quatre ans; Jean-Rodolphe Fuessli, fils aîné de Gaspard; Jean Henri, fils cadet, et J. Gaspard, troisième fils; Elisabeth, fille aînée, et Anna, fille cadette. Ces portraits, qui sont gravés d'une pointe fine et spirituelle, ne sont pas signés; mais ils pourraient bien appartenir à l'œuvre de Daniel Cbodowiecki.
- Le Catalogue avait paru sous ce titre : « Catalogue des tableaux qui composent le cabinet de monseigneur le duc de Choiseul, dont la vente se fera le lundi 6 avril 1772 et jours suivants, en son hôtel, rue de Richelieu, par J.-F. Boileau, peintre de S. A. S. monseigneur le duc d'Orléans. » Paris, 1772, in-8° de quarante-six pages.
8 Gravé par B.-A. Dunker, dans le cabinet Choiseul, n° 66.
4 Gravés tous deux dans le cabinet Choiseul, sous les noa iO et 50.
phes; de Rembrandt1, quatorze mille livres; les deux grands Teniers 2, de trois pieds de haut sur quatre de large, à trente-sept mille quatre cents livres; un seul Berghem 3, à onze mille six cent soixante livres; un tableau du chevalier Van der VVerff \ de neuf pouces de large sur onze pouces de haut, à douze mille cent cinquante livres. Je ne crois pas qu'il y ait aucun exemple de tels prix.
Le 8. J'achetai, dans la vente de monseigneur le duc de Choiseul, une Fuite en Egypte, par notre célèbre Dietrich ou Dietricy, dont je suis fort joyeux.
Le 8, mais achevée le 11, une réponse à M. Schmidt, à Berlin. Je lui paye ce que je lui devois pour estampes, lout soldé. Je lui demande quatre douzaines des trois nouvelles pièces qu'il m'a annoncées, et aussi l'œuvre de M. Chodowiecki \
1 Gravés dans le cabinet Choiseul, sous les nos 44, 45.
2 Gravés, en 1770, par J.-P. Lcbas, pour le cabinet Choiseul, nos 38 et 39.
3 Gravé, en 1771, par J.-F. Germain, dans le cabinet Choiseul, n° 67.
4 Gravé, en 1771, par J. Massard. dans le cabinet Choiseul, n° 88. Une note, mise à la fin d'un exemplaire du cabinet Choiseul, donne sur cette collection quelques renseignements que nous croyons bon de reproduire ici: « Il fut retiré, lors de la disgrâce de M. le duc de Choiseul, dixhuit tableaux les plus précieux de son cabinet, qu'il vient de vendre, de la main à la main, quatre-vingt-cinq mille livres en novembre 1775.
« Les cent quarante-sept tableaux qui composoient le cabinet ont été vendus quatre cent quarante-quatre mille onze livres un sol, ajoutées à la somme de quatre-vingt-cinq mille livres qu'ont rapportées les dix-huit tableaux rares, fait la somme de cinq cent vingt-neuf mille onze livres un sol. Le tout lui avoit coûté, par le sieur Borelleau, dix-neuf mille livres. »
5 Daniel Chodowiecki naquit à Dantzig en 1726. Il était fils d'un commerçant qui, ayant dans sa jeunesse appris le dessin, et voyant le goût prononcé de son fils pour l'art, lui en donna les premières notions ; mais ce ne devait être qu'une distraction pour Daniel; car son père voulait en faire son successeur. Le père de Chodowiecki mourut jeune, et sa mère, n'ayant jamais approuvé l'inclination de son fils, le fit entrer chez un épi-
Le 9. Je me fis adjuger un petit tableau de A. Van Oslade, composé de deux demi-figures qui fument. Il est très-joli et m'a coûté six cents livres. Le premier jour de
eier. Daniel resta un an et demi en apprentissage, et fut ensuite envoyé chez un de ses oncles, à Berlin. Occupé à la tenue des livres, il n'avait guère le loisir de dessiner. Cependant il profitait de tous les instants que son état lui laissait de disponibles pour peindre en émnil de petites tabatières, dont il trouvait un débit facile auprès des marchands de Berlin. Son oncle finit par lui laisser continuer ses études du dessin, et Chodowiecki, auquel il manquait èssèntiellement l'habitude de vivre avec des artistes, se lia avec un marchand d'estampes nommé Haïd. Il fit, par ce moyen, connaissance avec quelques altistes, et Huber nous apprend que ceux avec lesquels il se lia le plus furent Pesne, Falbe, Rode et Lesueur.
La peinture en émail occupa alors exclusivement Chodowiecki; mais bientôt il voulut aussi tenter de graver. Ses premiers essais, faits d'une main ferme et toujours spirituelle, reçurent des encouragements et l'engagèrent à aborder hardiment cette carrière. Les premières planches qu'il mit au jour attirèrent sur lui une telle quantité de commandes, que, pour y faire face, il fut contraint d'abandonner la miniature pour se livrer exclusivement au dessin et à la gravure. 11 illustra un grand nombre de livres parus en Allemagne, et fit pour la Physionomique de Lavater beaucoup de dessins et de gravures ; les libraires le recherchaient pour orner les ouvrages qu'ils publiaient. C'était assurer le succès d'un livre que lui adjoindre quelques planches de cet artiste. Son œuvre s'élève à plus de trois mille pièces. Huber et Rost écrivaient leur Manuel de Vamateur de Vart du vivant de Chodowiecki, et ils avaient peut-être eu occasion de le connaître; voici ce qu'ils disent (II, 166) en terminant l'article assez long qu'ils consacrent à cet artiste : « Avec des qualités si marquées dont notre artiste est doué, on ne sera pas surpris de l'empressement du public à rechercher ses ouvrages. Depuis quelques années, il s'est formé un grand nombre de curieux qui se sont fait un plaisir de rechercher et de compléter son œuvre; mais aujourd'hui ils se plaignent qu'on leur rend cette recherche un peu difficile, parce que M. Chodowiecki (peut-être par un excès de complaisance pour quelques amateurs qui veulent avoir de certaines préférences sur d'autres amateurs), M. Chodowiecki, dis-je, trace d une pointe légère quelques pensées sur la marge de ses gravures d'almanacb. De ces premiers il tire un petit nombre d'épreuves qu'il vend le double du prix ordinaire. Ce procédé a déjà dégoûté plus d'un curieux, qui désireroit d'avoir tout et qui ne peut \ parvenir, de continuer à compléter son œuvre. »
Daniel Chodowiecki mourut à Berlin en 1801. Son talent, qui a peut-être été un peu exagéré par les Allemands, était cependant très-réel, et on peut expliquer l'enthousiasme de ses compatriotes par la rareté eu Aile-
celte fameuse vente, je poussai un petit tableau à trois mille cent quatre-vingt dix-huit, livres, sans l'avoir. Il éloit de Melzu, demi-ligure à barbe, représentant un chimiste ayant un gros livre dans ses mains, et n'étant que de huit pouces et demi de large sur neuf et demi de haut. Je le regrette encore.
Le 12. M'est venu voir M. Tischbein, jeune peintre nouvellement arrivé icy, neveu de M. Tischbein, peintre du landgrave de Hesse-Cassel. Il m'a apporté des lettres de son oncle, de M. Kraus, de Francfort (actuellement à Mayence, qui m'envoye un ducat de l'électeur palatin, en échange d'un de Pologne, M. le baron de Grosschlag en ayant ajouté un nouveau de Wùrzbourg) et de M. Kôbell, qui m'envoye plusieurs estampes qu'il a gravées à l'eauforte, qui sont très-jolies. M. Tischbein parle bien français et paroît très-joli garçon. Je ne connois pas encore son talent.
Le 20. Répondu à monseigneur l'évêque de Callinique.
magne d'un talent de ce genre. Rien n'est plus difficile que d'interpréter, par le dessin, la pemée d'un autre, et d'envisager exactement au même point de vue que l'auteur ce qu'il a imaginé ; la France a pu compter de ces nombreux dessinateurs de vignettes; son esprit, essentiellement subtil, s'en accommode fort bien; l'Allemagne, au contraire, n'en a eu qu'un fort petit nombre, et c'est de là que Cessner et quelques écrivains ont illustré eux-mêmes leurs œuvres. Daniel Chodowiecki avait dans l'esprit une tournure gaie et enjouée qui allait fort bien aux livres auxquels il s'adressait. Gil Blas, Don Quichotte de la Manche, furent illustrés par lui . Mille petits aimanachs reçurent des vignettes de lui, et de ces petites vignettes de mœurs qui peignent si bien un pays. On y trouve, il est vrai, le petit côté de la vie, mais le petit côté qui intéresse le plus, celui de la vie domestique. C'est ce que l'on voit tous les jours, c'est ce que l'on fait tous les jours qu'il nous montre, et il nous le montre avec esprit et verve. Taniel Chodowiecki est, sans contredit, l'artiste le plus réellement spirituel que l'Allemagne ait produit.
Il a paru sur Chodowiecki deux brochures dans lesquelles on a catalogué avec grand soin son œuvre complet. Le travail de Jacobi est la source où ont puisé lleineken, Huber et Rost, et tous ceux qui se sont occupés de cet artist".
Je lui rends compte de mon entrevue de sa part, et du marche que j'ay fait avec M. Savart pour la gravure de son portrait dans la grandeur et le goût de celui de M. de Fénelon du même graveur. Je le remercie, en outre, du bon jambon qu'il m'a envoyé.
Répondu à Son Excellence M. le baron de Grosschlag. Je lui donne avis du départ d'une petite caisse contenant la Petite Ecolicre, sous glace, en bordure sculptée et dorée, et dont il m'avoit permis que je lui fisse la dédicace. J'ay ajouté, dans un portefeuille, vingt-six épreuves pour ce premier ministre de l'électeur de Mayence, et je le remercie de plusieurs ducats curieux qu'il m'avoit envoyés.
Écrit à M. le baron de Dahlbcrg; à Mayence. Je lui fais une proposition qui me feroil plaisir si elle étoit goûtée par ce chanoine gentilhomme.
M. Tischbein a soupé, pour la première fois, chez nous en compagnie.
Le 21. Répondu à M. Kraus, qui est actuellement à Mayence. Je le remercie d'avoir échangé un ducat. Je le prie de m'en chercher un de Jean Guillaume, électeur palatin, ce grand protecteur des arts, dont le nom est immortel pour avoir formé la célèbre galerie de Dusseldorf. Cette lettre et celle à M. le baron de Dahlberg sont dans celle du premier ministre.
Écrit à M. Eberls, à Strasbourg, pour lui donner avis du départ de la petite caisse avec l'estampe, en le priant de l'envoyer à M. le baron de Grosschlag.
Le 28. M. Mûller, fils du commandant de chez nous, m'est venu voir.
Le 1er. Répondu à M. Schmuzer, directeur de l'Aca démie impériale de gravure à Vienne. Jejui disque le second rouleau d'eslampes pour Son Altesse Royale doit partir demain avec le courrier impérial.
Le 9. Écrit à M. Marschall, peintre, à Rotheim. Je lui envoyé une lettre pour madame Scheffer, avec deux ducats dedans, avec promesse de lui envoyer noch vierzig Gulden ilber Danmtadt. Die arme Frau 1 /
Écrit à M. Strecker, à Darmstadt, qui me doit quelque argent; je le prie d'envoyer quarante florins à Rôti ici m, par Giessen, à M. Marschall, ivelcher weiss ivas er damit thun soll 2.
Répondu à M. Abr. Fontanel. Je lui dis que j'ay louché ses cent quarante livres; que les estampes qu'il demande pour ce prix sont chez M. Valade, libraire, comme il a désiré. Je lui fais présent d'une Bonne Femme de Normandie et d'une Petite Ecolière, toutes deux sans lettre.
Le 10. Répondu à M. Zingg, graveur de l'électeur de Saxe. Il m'avoit demandé ce qu'il me devoit depuis du temps. Je lui envoyé avec plaisir ce compte, qui fait exactement le prix de deux tableaux à gouache par le célèbre Wagner, mort trop jeune pour sa .gloire et le plaisir des connoisseurs, tableaux dont il m'avoit instruit dans sa lettre, et que je le prie de prendre pour moi, tout chers qu'ils me paroissent. Il reste encore cinq H-
1 Encore quarante florins en les faisant passer par Darmstadt. La pauvre femme !
2 Qui sait ce qu'il doit en faire.
vres neuf sols, qui doivent servir pour les frais de la boëte, etc. Je dois remettre cette lettre à M. Àliamet1, qui m'a remis huit desseins du célèbre poète Gessner, que M. de Mechel doit remporter, et qui étoient venus icy par l'expédition qu'en avoit faite M. Zingg. — Depuis, j'ay remis les susdits desseins à M. de Mechel, qui compte même en vendre quelques-uns icy. De plus, j'ay prié M. de Mechel de souscrire dix-huit livres pour moi pour les nouvelles idylles, avec estampes que doit faire paroître M. Gessner à Zurich.
On reçut hier la nouvelle à Paris que, le 28 du mois passé, les comtes de Struensée et Brandt avoient été exécutés à mort à Copenhague. Je marque cecy icy parce que j'ay connu personnellement le comte de Struensée, qui, après être parvenu au faîte des grandeurs, en a été précipité et a péri misérablement, et trop misérablement.
M. et madame Rihiner, de Baie, étant en notre ville, me sont venus voir avec une jeune veuve de vingt-deux ans, de leurs parents, et qui est très-belle et très-bien faite. Ils ont vu mon cabinet, et cela les a beaucoup amusés.
Le 12. Répondu sur plusieurs lettres à M. G. Fuessli, peintre, ancien greffier du conseil souverain de la république de Zurich et auteur de plusieurs ouvrages sur les arts. Je le remercie de la nouvelle édition de sa Vie
des artistes sîiisses et de son Catalogue raisonné sur la
1 Jacques Aliamet naquit à Abbeville en 1 727 et mourut à Paris en 1788. Il a gravé un grand nombre de vignettes et appartient à cette catégorie de petits graveurs du dix-huitième siècle, si employés à la reproduction des galeries de tableaux. Aliamet a gravé dans le cabinet Ch iseul, dans le cabinet Praslin, dans la galerie de Dresde, etc., et ses estampes se font remarquer par une grande exactitude.
(jravure, dans lequel il y a beaucoup de fautes, et je lui en fais apercevoir plusieurs. Je lui donne même encore une dizaine de noms d'artistes allemands qui ont gravé avec succès, la plupart vivants, et dont il n'a fait aucune mention.
M. Thibi, voyageur de Copenhague venant de Londres, m'est venu voir. Il m'a dit qu'il étudioit la manière dont les différentes nations traitoient l'économie rurale et la culture.
Le 20. Répondu à M. Poses, libraire du roy de Pologne à Varsovie. Je lui dis que, pour lui envoyer des estampes, il faudroit qu'il donnât ordre préalablement à quelque banquier d'icy pour le payement.
Monseigneur Pévêque de Callinique m'est venu voir plusieurs fois avant son départ pour les bains, en Lorraine.
Le 25. M. deMeiss, de Zurich, est venu prendre congé. Il a bien voulu se charger d'une lettre et d'un rouleau contenant mes Offres réciproques, la. Bonne Femme de Normandie et mon portrait, pour M. Fuessli; une Bonne Femme, pour M. Nischler.
Le 25. Répondu à M. G. -Y. Meyer, à Hambourg. Je lui dis que les deux desseins de moi, deux de mon fils et un de M. Greuze, étoienl parfis hier au matin pour Strasbourg, et que de là M. Eberts les lui enverroit. Je lui donne les Offres réciproques et mon portrait, qu'il a désiré. Je le prie de remettre, de ma part, une épreuve des Offres à M. Schutz, qui a été généreux vis-à-vis de moi.
Le 27. M. le comte de Strogonoff, seigneur russe, m'est venu voir. Il est très-grand amateur des arts. Je
l'ai déjà connu il y a environ quinze ans; il éloit alors baron. Depuis ce temps, il a été élevé à la dignité de comte par l'empereur d'Allemagne. Il est resté trèslongtemps avec moi.
M. Kolb mena deux compatriotes chez moi, dont l'un me remit une lettre de M. Thom, professeur de l'université de Giessen.
Le 50. Répondu à M. Dietrich, Je lui souhaite la meilleure réussi le pour sa santé des cauxde Pirmond, qu'il doit prendre. Jch sende ihm dabey eine Anweiswuj von zehn Louisdors cmf En. Resler, welcher sie auf meine Rechnuncj ausbezahlen wird. Also bleiben jezt noch 4 Meine Gemdlde zu verkaufen in meinen Handen, von ivelchen ich ihm Rechemchaft yeben werde, sobald sie angebracht sind l.
M. le baron de Autrichien, m'est venu voir. Il a
beaucoup d'esprit et pense bien plus librement que les gens de ce pays n'osent penser ordinairement.
Le 31 . Ce matin, j'ay été rendre visite à M. le comte de Strogonoff, qui m'a reçu le mieux du monde. 11 possède le plus superbe Ostade que j'aie jamais vu, un beau tableau de Van Dyck, un de Metzu, composé de trois figures entières; ce dernier, il l'a acheté à Dresde; par là, il me l'a enlevé, car j'étois en train de l'acheter du possesseur lorsque M. le comte s'en est emparé.
1 Je lui envoie en même temps un bon de dix louis sur 31. Rester, qui les soldera à mon compte. Il me reste donc encore à vendre quatre petits tabli aux, dont je lui rendrai compte aussitôt que je les aurai placés.
Le 5. M. le comle d'Erbach, avec son gouverneur, M. le baron de Freund, de même que M. le comle de Sleinbock, avec son gouverneur, me sont venus voir. Ils sont des plus aimables; surtout M. le comte d'Erbach me paroît très-curieux.
Le 5. M'est venu voir un jeune homme de Strasbourg nommé Schall. M. Eberts me le recommande comme ayant grande envie d'être peintre. Je l'ay envoyé chez M. Meyer, son compatriote, actuellement chez M. Casanova, quoique attaché à monseigneur le duc d^s Deux- Ponts.
M. de Michel, ayant enrôlé icy, pour son entreprise de la galerie de Dusseldorf, MM. Dunker, Gultenberg et Rousseau l, soupa mardi passé chez nous avec MM. Dunker, Freudeberg et Baader. Après le souper, MM. de Mechel et Dunker prirent congé. Le lendemain, 3 de ce mois, ils sont partis en chaise de poste et comptent dîner la première fête de la Pentecôte à Baie. Ce sont de braves gens, et M. Dunker peut être d'une grande utilité à M. de Mechel. Les autres doivent les suivre-
Le 6. Répondu à M. Slrecker, à Darmstadt. Je lui donne avis que j'ay fait remettre les estampes qu'il m'avoit demandées, en rouleau, à M. Ravanel, intendant de monseigneur le duc des Deux-Ponts, qu'il m'avoit indiqué pour qu'il les emportât. Je le remercie aussi de ce qu'il veut bien payer les quarante florins à la per-
1 II s'appelait Jean-François Rousseau, et naquit à Paris vers 1750; il grava dans le cabinet Choiseul plusieurs planches, et entre autres la Vierge et V Enfant Jésus, d'après Vander Werf.
sonne que j'ay nommée; que je serois charmé de recevoir les ducats curieux dont il est question. J'ay mis dans sa lettre une à mon neveu Marschall, curé à Rotheim, près de Giessen, qui doit me faire le plaisir pour lequel je l'ay prié cy-devant et que je renouvelle d'autant plus, que je suis sûr que tout ira le mieux du monde.
Le 10. Répondu à M. de Lippert, à Munich. Je le remercie de la médaille en argent qu'il m'a envoyée. D'un côté, il y a le portrait de l'électeur avec l'inscription autour : Maximii la n H. J. B. Churfûrst. De l'autre côté, il y a un cheval qui court, avec ces mots : Lohn cler Pferdezucht. Je lui donne avis qu'il doit recevoir par M. Eberts, de Strasbourg, mes Offres réciproques, la Petite Écolière, tous deux de moi; mon portrait, gravé par Ingouf, la Leçon de botanique et Y Image de la beauté, par Chevillel. Je le prie d'accepter ces pièces, de ma part.
Écrit à M. Eberts, à Strasbourg. Je lui fais présent de mes Offres réciproques. Ce sont MM. Gutlenberg et Mieck, qui vont dans peu de jours à Baie, qui s'en chargeront, et du rouleau, dont le noyau contient celles pour M. de Lippert, et des deux lettres, l'une dans l'autre, à ces messieurs.
Le 11. MM. les barons de Rosen et de Lôwenwold, avec un gouverneur, M. de Ziegler, me sont venus voir. Ils sont des plus honnêtes et sont restés avec moi plus de deux heures dans mon cabinet de tableaux et dans celui des desseins, où je travaille.
M. le gouverneur de MM. de Rosen et de Lôwenwold m'a cédé un ducat rare au coin de l'empereur Pierre Ier de Russie, et m'a fait plaisir par là.
Le 24. J'allai voir M. le comte d Erbach et M. de
DE JEAN -GEORGES WILLE. 515 Freund, lieutenant-colonel, qui demeurent à l'hôtel de Luxembourg.
J'allai chez MM. les barons de Rosen et de Lôwenwold.
Le 26. M. Méyer, frère de M. Meyer, mon ami à Hambourg, m'est venu voir, arrivant, en dernier lieu, d'Amsterdam et m'apportant des lettres de son frère. Il est beau garçon, d'une grandeur prodigieuse, mais fort aimable.
Le 27. J'ai mené, selon ma promesse, MM. le comte d'Erbach, le lieutenant-colonel de Freund, les barons de Rosen et de Lôwenwold, avec M. leur gouverneur, à l'Académie royale de peinture, sculpture et gravure, pour y voir ce qu'il y a de remarquable et de curieux. M. le comte d'Erbach m'étoit venu chercher dans son carrosse; les autres s'étoient également rendus chez moi dans leurs voitures.
Répondu sur deux lettres à M. Schmuzer; Je le remercie des estampes qu'il m'a envoyées, et lui demande le prix des sept paysages de Weirotter. Je lui dis cependant que je ne les aime pas tous, à cause de leur forme et façon. Je lui renvoyé aussi la petite lettre de change de cent livres pour le sculpteur M. Pichler (et que le frère de celui-cy m'avoit envoyée), qui n'est plus à Paris,~étant parti pour Londres il y a longtemps, et je lui marque que je n'ai reçu aucune nouvelle de lui. De cette manière, on devoit retirer cet argent de M. de Fries. Je lui dis aussi que j'avois envoyé un rouleau d'estampes chez M. l'ambassadeur pour Son Altesse Royale, mais que le courrier étoit déjà parti, que celui du mois prochain devoit s'en charger.
M. Lienau, négociant de Bordeaux, mon ancien et très-bon ami, me vint voir aussitôt qu'il arriva à Paris. Nous nous embrassâmes bien cordialement, et j'étois au comble de la joie de le revoir.
M. le baron de Klingstedt prit congé de moi pour peu de temps. 11 reviendra après avoir vu Londres. 11 m'a fait présent d'une belle médaille d'argent représentant l'impératrice de Russie.
Le 9. M. Zoffany *. peintre du roy d'Angleterre, a soupé chez nous avec mademoiselle West, M. Lienau, d-e Bordeaux, et M. Meyer, de Hambourg.
Le 11. M. Rùcker, jeune voyageur de Hambourg, a pris congé de moi.
M. Zoffany et mademoiselle West ont encore soupé chez nous.
Le 12. J'allay, avec M. Zoffany et mademoiselle West, à Versailles.
Le 15. J'ay dîné chez M. Zoffany, à l'hôtel de York. M. Baader, qu'il a très-comiu à Rome, y étoit.
Le 14. M. Lienau a soupé chez nous.
Le 15. Répondu à M. C.-A. Grossmann auf dem untern Graben in Schneider Mezlers Hause, à Augsbourg \ 11 m'avoit écrit pour savoir s'il devoit venir icy avec des tableaux, desseins et estampes, pour les y vendre. Je lui dis mon sentiment avec franchise, et lui nomme
1 Jean Zoffany, né vers 1755, mourut en 1788.
2 Sur le fossé inférieur, à la maison du tailleur Mezler.
les maîtres, parmi les altistes des Pays-Bas, qui ont cours icy; mais le tout devroit être et de la plus grande beauté et parfaitement conservé, etc.
J'ay dîné chez M. Lienau, avec M. Meyer, à l'hôtel d'Anjou. Le même jour, M. Lienau est venu prendre congé de ma femme, et le lendemain il est parti pour Hambourg. M. Meyer n'est allé qu'à Rouen et au Havre. Il doit revenir icy dans peu.
Le 18. Répondu à Son Excellence M. le baron de Grosschlag. Je le remercie de la bonne réception qu'il a bien voulu faire à ma Petite Écolier e, etc.
Répondu à M. de Mechel, à Bâle. M. Rousseau, qui part demain matin, doit se charger de cette lettre.
M. Rousseau, qui étoit venu dans la journée prendre congé de moi, m'avoit promis de revenir sur le soir; et il ne l'a pas fait, apparemment faute de temps. 11 va à Bàle travailler chez M. de Mechel, qui a fait en lui une bonne acquisition, à cause du talent qu'il possède. Ma lettre doit aller par la poste après ce départ.
Le 20. Remis à M. Àngard, de Hesse-Hombourg, une réponse sur une lettre que M. Àrbritz, chez monseigneur le landgrave de Hesse-Hombourg, m'avoit écrite il y a plusieurs années. J'envoye aussi à celui-cy deux petites estampes de moi, la Bonne Femme et la Petite Ecolière.
M. Meyer est revenu de Rouen et du Havre, et doit partir incessamment pour Nantes et de là pour Bordeaux.
Le 25. M. Vandergucht, de Londres, m'a remis une demi-guinée que M. Byrne m'envoye pour un demi-louis et pour être mise dans ma collection.
Le 26. Répondu à M. J.-P. Hackert, à Rome. Je le fé-
518 joui; rs AL
licite sur les grandes batailles navales gagnées par les Russes sur les Turcs, que l'impératrice de Russie lui fait peindre. Ma réponse sera remise à ce peintre, par MM. les barons de. Rosen et Lôwenwold, avec leur gouverneur, M. Ziegler, qui vont partir incessamment pour l'Italie. Je remercie aussi dans cette lettre M. Hackert du dessein qu'il m'avoit envoyé et qu'il avoit fait au royaume de Naples. M. Hackert loge al caffè Inglese in piazza di Spagna \
Répondu sur beaucoup de lettres à M. Bourgeois, à Amiens. Je lui demande excuse de ma négligence et, le remercie de ce qu'il m'avoit envoyé des pâtés ^e son pays et de ce qu'il a constamment annoncé mes productions dans les affiches de Picardie, par des articles trèsbien faits. Je lui donne avis que le sieur Agnès est chargé de lui présenter mes Offres réciproques, première épreuve. 11 est secrétaire au bureau des Domaines, chez M. Jaquemin.
M. Zimmermann, négociant de Hambourg, mais établi à Bordeaux, m'est venu voir.
M. Meyer, frère de celui de Hambourg, a pris congé de moi. Il part pour Bordeaux, où il compte rester une couple d'années.
Le ,51. Mon fils aîné fut saigné : il ne se portoit pas bien depuis du temps.
Le 6. MM. les barons de Bosen et Lôwenwold, avec leur gouverneur, M. Ziegler, ont pris congé de moi. Ils vont à Borne. Je les ay chargés d'une lettre de recom-
1 Au café Anglais, place d'Espagne.
mandation pour M. Hackert; cela leur a fait beaucoup de plaisir. Je leur ay fait présent à chacun d'une Maîtresse (F école et d'une Petite Ecolière, que je vais mettre au jour, et que j'ay nouvellement gravées.
Le 7. J'ay fait porter au coche de Strasbourg, à l'adresse de M. Eberts, une petite caisse contenant ma Maîtresse d'école, sous glace en bordure charmante, sculptée et dorée, et un portefeuille rouge bordé d'or avec vingt-cinq épreuves dedans, le tout pour M. le baron de Dahlberg, à qui je l'ay dédiée; et M. Eberts doit la lui envoyer. Il y a un rouleau dans cette caisse, contenant deux Petites Écolières et trois Maîtresses d'école, pour mon ami Kraus, à Francfort ou à Mayence.
Mon fds se porte beaucoup mieux, Dieu merci! après avoir fait ce qu'on croyoit utile et nécessaire.
Le 9. J'allai voirie cabinet de tableaux de M. Poullain1, au Marais.
Le 10. J'allai, avec mon fils aîné, M. Kruthoffer et M, Wallot, à la Comédie-Italienne, dans la loge de M. l'ambassadeur de l'empereur. Le ballet des Quakres m?a fait le plus grand plaisir.
Le 11. J'ay mis au jour deux nouvelles estampes que j'ay gravées : la Maîtresse d'école*, d'après mon fils, et la Petite Écolière 3, d'après M. Schenau. La première dé-
1 M. Poullain, receveur général des domaines du roi, mourut en 1780, et Basan publia Tannée suivante une série de cent vingt estampes, d'après les plus beaux tableaux de ce cabinet. Basan mit en tête de cette publication une petite note sur Poullain, inutile à reproduire, car elle est insignifiante. Les dessins destinés aux graveurs avaient été faits du vivant de M. Poullain, « par le sieur Moitte, peintre. »
2 N° 70 du Catalogue de l'œuvre deWille, par Ch. Leblanc.
3 N° 69 du même Catalogue.
diéc à M. le baron de Grosschlag, la seconde à M. le baron de Dahlberg.
- Le 12. Ecrit à M. Eberts, pour le prier d'envoyer la petite caisse dont il est marqué cy-devant aussitôt à Mayence. Je lui demande aussi si le graveur, M. Rousseau, n'est pas descendu chez lui, venant de Bàle.
Ecrit et répondu à M. de Mechel. Je lui donne avis que les estampes qu'il m'a demandées sont chez le sieur Neyer, et le prie instamment de me marquer ce que peut être devenu M. Rousseau; ses parents sont icy dans une grande inquiétude, n'ayant aucune nouvelle de lui.
Vers les six heures de l'après-midy, M. Rousseau, dont on étoit si inquiet, descendit chez nous et y trouva madame sa mère et mademoiselle sa sœur. La joye, comme il est aisé de penser, étoit si grande, qu'ils en versèrent des larmes. Ils restèrent chez nous jusqu'à la nuit. M. Rousseau ne paroît nullement content de M. de Mechel. Il faut bien que ce ne soit pas sans raison, puisqu'il n'est resté chez lui que vingt-quatre heures, après avoir fait le voyage exprès à Bâle, pour travailler plusieurs années chez lui, selon une espèce de convention faite entre eux, lorsque M. de Mechel étoit à Paris au printemps passé.
Répondu à M. Kraus. Je lui dis que les deux estampes de la Petite Écolière, qu'il m'avoit demandées et la nouvelle faisant le pendant, ainsi qu'une épreuve de la dernière pour lui, sont dans la caisse que j'envoye à M. le baron de Dahlberg.. Je le prie de m'envoyer, pour le prix qui en doit provenir, un joli ducat. Je le prie aussi de me dire quelque chose sur M. Nothnagel, à Francfort.
Le 15. J'ay donné à graver à M. Rousseau un tableau de M. Dietrich, qui paroît lui faire plaisir. Il représente
une Fuite en Egypte, pièce de nuit d'un grand effet.
Le 14. Écrit à M. Schmuzer. Je lui dis que le courrier actuellement icy va emporter pour Son Altesse Royale un rouleau et un paquet; le dernier est le Temple de Guide. Je lui parle aussi des curiosités délaissées par M. de Reuteur, à Vienne, mais il faudroit être sur les lieux.
J'ay répondu et écrit à M. le baron de Dahlberg, pour lui parler d'une petite caisse contenant l'estampe la Maîtresse d'école, que j'ay eu l'honneur de lui dédier, sous glace, en bordure bien sculptée et dorée avec un portefeuille en rouge et dentellé d'or, dans lequel il y a vingt-cinq épreuves de la même planche. Je le prie de recevoir le tout selon ses bontés ordinaires, et autres politesses d'usage en pareille circonstance.
Le 19. M. Gietulewicz, avec M. son fils, me vint voir. Il est conseiller de guerre de l'électeur de Saxe, et secrétaire du prince Charles, duc de Courlande. Il me paroît fort aimable homme.
Le 26. M. le baron de Thùmmel et M. le baron de Wangelheim, me sont venus voir; le premier est conseiller intime du duc de Saxe-Cobourg, il est poëte très-estimé. J'ay déjà reçu plusieurs lettres pour lui avant et depuis son arrivée.
Le 27. Répondu à M. deMechel. Je lui dis que j'ay reçu par son ami le florin d'or de Râle, les eaux-fortes par M. Duncker, et le paquet par M. Neyer. Je le prie de m'envoyer le Rreughel à condition que je le voye et qu'alors je prendrai la résolution ou de le garder ou de le renvoyer à mes dépens. Je lui dis aussi que j'ay parlé
à madame Chereau, M. Chereau n'y élant pas, par rapport à M. Duponcliel.
Le 29. Répondu à M. Bause, à Leipzig. Je lui dis que je lui envoyé ses deux prétendus Wagner en gouache, et les deux à l'huile, par l'occasion de M. Richter, et qu'il lui reste dû de ma part neuf livres.
Le 50. Je partis en calèche pour Longjumeau, accompagné de mon fils aîné, de MM. Parizeau, Baader, Millier et Tischbein; pour y dessiner le paysage d'après nature. Le temps ne fut pas pendant plusieurs jours des plus favorables, mais nous le passâmes aisément. M. Baader fut à l'ordinaire noire farceur et nous fit rire presque plus que nous ne désirions. Cependant nous avons fait, tant à Longjumeau qu'à Ghampblanc et Seaucier. plusieurs desseins finis, surtout mon fils en a fait de trèsbons et touchés spirituellement.
Le 5, qui étoit un samedy, ma femme et notre fils Frédéric vinrent de grand matin en carrysse de remise, avec Joseph, notre domestique, pour me chercher moi et notre fils aîné. Il faisoit le plus beau temps du monde. Nous ne partîmes que vers les quatre heures, après avoir dîné tous ensemble. Nous nous arrêtâmes à Sceaux en parcourant le parc; c'est là où nos autres camarades de voyage nous vinrent joindre avec une voiture que notre hôtesse, madame du Parc, leur avoit procurée. Nous les quittâmes cependant pour les laisser parcourir également ce beau parc, car deux de nos messieurs ne l'avoient pas encore vu. Nous arrivâmes avec la nuit à Paris, dans la meilleure santé du monde, et M. Baader nous vint en-
core trouver au logis lorsque nous étions à table, dont il en profita.
J'ay donné à M. Ferrier, négociant à Bordeaux, qui nfétoit venu voir avec un autre négociant de cette ville, une petite tête en miniature que j'avois fait faire par ordre de M. Lienau, pour la remettre, aussitôt son arrivée à Bordeaux, à M. Schroder, qu'il m'a dit être beaucoup de ses amis.
Le 12. Répondu à M. Gier, à Bordeaux, qui est dans la maison de MM. Lienau; je lui donne avis du départ de la susdite tête par l'occasion de M. Ferrier, et lui promets que les estampes qu'il m'a demandées lui seront envoyées lorsque M. Lienau repassera par Paris.
M. le baron de Thummel m'a présenté M. son frère, gentilhomme également aimable et honnête.
Le 15. J'allai voir M. Roslin, peintre du roy et chevalier de l'ordre de Vasa, pour lui faire mes compliments de condoléance sur la mort de sa femme, qui étoit également, par rapport à son talent, membre de notre Académie royale.
Le 20. Répondu sur deux lettres de M. Gottfried Winckler, à Leipzig. Je lui dis que Y Avant-Coureur est dans la caisse que j'ay envoyée à M. Richter, et le Tprix sur son compte. Je lui dis les raisons qui m'ont empêché de faire venir ses Rembrandt, comme aussi celles qui me font douter qu'il puisse jamais avoir des tableaux de MM. Loutherbourg et Greuze à bon marché. Je lui conte en outre quelque chose de notre compatriote, M. Zoffany, peintre du roy d'Angleterre.
Le 25. J'allai voir MM. les frères barons de Thummel, madame la baronne de Wangelheim de même que M. le
baron, son frère. Je fus reçu on ne peut pas mieux. Ce sont les plus aimables personnes du monde. M. le baron de Thùmmel me fit absolument présent d'une tabatière de bois pétrifié, très-curieuse, comme aussi de plusieurs morceaux de bois pétrifié surtout en couleur verte, chose très-rare.
Répondu sur plusieurs lettres à M. Meyer, à Hambourg. Je lui parle beaucoup de son cher frère, en louant son amour pour les bonnes choses; et, comme il désire un dessein historique de mon fils, je lui dis qu'il a une Chute des Anges, fermement faite, qu'il pourroit lui céder.
Le 25. J'envoyai un petit présent en estampes de ma main à M. le baron de Klingstâdt, conseiller de l'impératrice de Russie, en reconnoissance de la grande médaille d'argent, représentant cetle princesse, dont il m'avoit fait présent. J'ajoutai trois estampes qui sont mes trois dernières, pour les remettre, de ma part, à M. le baron de Krudener, en passant par Riga.
Vers les sept heures, M. de Klingstâdt vint au logis, tant pour me remercier que pour prendre congé de nous, et y resta jusqu'à près de dix heures, me contant bien des choses du voyage qu'il avoit fait en Angleterre. Cet aimable homme, qui étoit avec M. le baron de Rapp, me recommanda beaucoup un jeune homme de Pétersbourg, nommé Pasch1, pour lui donner des conseils sur la gravure qu'il va entreprendre, et pour lequel il a laissé de quoi subsister pendant trois ans, entre les mains de M. Marcel, banquier.
Le 27. M. Doyen 2 vint voir le tableau qu'a actuellement
1 Probablement Laurent Pasch, peintre de Stockholm, mort en 1805. - Cabriel-François Doyen naquit à Paris en 1726, et mourut. à Saint-Pc-
fini mon fils et dont il parut fort content, en lui disant son sentiment en homme de bonne foi.
Le 29. Répondu à M. Abr. Fontanel, à Mende, au Gevaudan, qui me mande qu'il m'enverroit une caisse de vin de Lunel, en me priant de l'accepter. Je lui dis : Soit, à la condition qu'il en boiroit la meilleure partie chez moi.
Répondu à M. Huber, à Leipzig, en lui faisant une description plaisante de noire voyage de Longjumeau, eh lui parlant de M. le baron de Thummel son ami, actuellement ic|5 des progrès de mes fils, des arts, de la littérature, etc.
Le 4. Répondu sur plusieurs lettres de M. Weiss, à Leipzig. Je lui dis que sa lettre à M. le baron Thummel, contenant une lettre de change de deux mille quatre cents livres, a été remise à ce gentilhomme dès aujourd'hui, par moi-même. Je lui parle aussi de la tragédie que l'on joue actuellement, que M. Rauvin a tirée de l'allemand de M. Schlegel, et qui a du succès. Je l'avertis en même temps que M. Richtcr doit lui remettre de ma part mes deux nouvelles estampes, la Petite Ecolière et la Maîtresse d'école et le poëme par l'empereur de la Chine.
tersbourg le 5 juin 1806 ; il était élève de Carie Vanloo, et passa une grande partie de sa vie en Russie. Madame le Brun nous donne, dans ses Souvenirs, de curieux détails sur l'accueil que Ton fit à Saint-Pétersbourg à cet artiste : « Je viens de voir, dit-elle, mon plus ancien ami, Doyen le peintre, si bon, si spirituel! L'impératrice l'aime beaucoup. Elle est venue à son secours^ car il a émigré sans aucune fortune, n'ayant laissé en France qu'une maison de campagne qu'on lui a prise. Il a sa place au spectacle tout près de la loge de l'impératrice, qui, ina-t-on dit, cause souvent avec lui »
Je partis de la maison, en fiacre, porter moi-même une lettre reçue de Leipzig, contenant une lettre de change de cent louis, à M. le baron de Thiïmmel, que j'estime singulièrement. Le ciel étoit horriblement chargé de nuages; à peine étois-je sur le pont Neuf, qu'il commençait à pleuvoir, et, arrivé dans la rue de la Monnoie, la pluie redoubla mêlée de grêle et d'éclairs d'une force si épouvantable, que le cocher saute en bas de son siège et prend la fuite en me laissant au milieu de la rue. Je cherche à me retrancher, je lève les portières de bois des deux côtés, et, voulant faire de même d'une glace ou plutôt d'un mauvais verre du côté du cocher, je fus surpris de ce qu'il étoit fracassé depuis longtemps. Malheureusement la gouttière d'une maison versa une si grande abondance d'eau sur le siège du cocher, que les eaux brisées rejaillirent en bonne partie par ce maudit trou dans la voiture, et je fus mouillé amplement; ni mon chapeau ni mon mouchoir, que j'opposois au trou n'étoient suffisants. Je criai aux chevaux pour les faire avancer. Point, ils étoient sourds, en qualité de chevaux de fiacre de bois de cormier. Ils penchèrent les oreilles, me laissant faire tapage. Enfin Forage cesse, le cocher reparoît et les fait aller à grands coups de fouet.
Le 9. M. le baron de Razenricd me vint voir.
Répondu à M. Strecker, à Darmstadt. Je le prie d'envoyer les estampes que je lui fais parvenir à M. Marschall, mon neveu, à Rotheim. Je le remercie aussi du joli ducat au coin du landgrave de Ilesse-Darmstadt, frappé avec de for du Rhin, qu'il m'a envoyé.
Répondu à mon neveu, M. Marschall. Je lui donne avis du départ du présent que je lui fais de plusieurs de mes estampes, ainsi qu'à M. Bender, aussi mou neveu
et fils du land capitaine de ce nom, comme aussi mes deux dernières à mon cousin Wille et à M. le professeur Bôhm, à Giessen.
Le 10. Répondu à monseigneur l'évêque de Callinique, à Sens. Je lui mande que son portrait, par M. Savart, étoit très-avancé, mais que, le vêtement me paroissant trop simple.je Pavois beaucoup changé à coups de crayon et que M. Savart avoit consenti à faire ce changement. Je lui promets mes deux dernières estampes, ÏEcolière et la Maîtresse d'école.
Le 1 1 . M'est arrivé un cuivre que j'ay fait faire à Londres, qui me paroît bon et que je destine pour la gravure de mon Abraham et Agar, tableau de M. Dielrich qui est dans mon cabinet..
J'ay reçu une caisse avec un tableau de Breughel de Velours; M. de Mechel me l'envoyé de Bâle; il m'en avoit fait un éloge magnifique, mais je n'en veux point, il est en partie gâté par des nettoyeurs ignorants.
M. Duncker, qui est actuellement chez M. de Mechel, m'a envoyé par la même caisse un grand dessein qu'il a fait d'après le château de Wurtemberg, à deux lieues de Bâle, et qui est un ouvrage des Romains. Ce dessein est colorié très-bien et spirituellement touché à la plume et me plaît infiniment. Je le conserverai constamment, tant parce qu'il est bien que parce qu'il me viertf d'un artiste dont j'ai été la première connoissance, lorsqu'il arriva de l'Allemagne, sa patrie, à Paris.
Le 15. Répondu à M. V. Lienau, actuellement à Hambourg. Je le félicite premièrement sur son mariage, de tout mon cœur, car c'est mon vrai ami depuis longtemps. Je lui envoyé en présent, avec d'autres choses qu'il m'a
demandées, trois desseins encadrés, dont un de moi, les deux autres de mon fils. Je le prie de les présenter de ma part à madame son épouse, puisqu'elle dessine joliment elle-même, etc.
Répondu à M. Gier, à Bordeaux. Je lui dis que M. Bettmann s'est chargé de son petit rouleau.
Le 16. Écrit à M. de Mechel. Je lui dis que le tableau deBreughel de Velours, qu'il m'a envoyé, est trop ruiné pour moi, et je lui donne avis que je le fais retourner à Bâle, par Strasbourg, à M. Eberts. Je le remercie pour les soins qu'il a pris en me faisant venir un cuivre qui me paroît parfait et que je destine pour la gravure de mon Abraham et Agar. Je lui dis que ledit tableau partira demain 17 de ce mois, dans la même caisse, par le coche de Strasbourg.
Répondu à M. Duncker, chez M. de Mechel, à Bâle. Je le remercie du grand et beau dessein qu'il a fait, d'après le château de Wurtemberg, et dont il m'a régalé. Je l'assure aussi avoir vu avec plaisir plusieurs eaux -fortes de sa façon, que M. de Mechel m'a envoyées.
Le 17. Répondu à M. Gultenberg, graveur chez M. de Mechel, à Bâle; je le remercie de son bon souvenir, car c'est un brave garçon.
Le 27. MM. Naal frères, l'un peintre, l'autre sculpteur, fils de M. Naal, sculpteur du landgrave de Hesse- Cassel, sont arrivés et me sont venus voir. Ils paroissent gens comme il faut.
Le 1er. Répondu à M. Dietrich, â Dresde. Je désire fortement quelque dessein de sa main. Je lui envoyé
DE JEAN-GEORGES WILLE. hW
une assignation de quatre louis d'or sur M. Resler. Actuellement je lui dois encore quatre louis, que je lui enverrai en temps et lieu, ivegcn der noch ùbrigen zwey kleinen Stûckclien1.
Le 2. Répondu sur plusieurs lettres de monseigneur l'évêque de Callinique. Un homme, de sa part, m'ayant apporté des cuivres à faire vernir et deux louis à employer, je lui dis que je dois retoucher les secondes épreuves de son portrait que grave M. Savart et dont j'avois totalement changé le vêtement, qui étoit absolument trop pauvre aux premières épreuves.
Le o. Nous allâmes, moi, ma femme et notre fils Frédéric, dîner chez M. Marchand. Nous étions invités à ce repas, qui étoit magnifique, par M. Daudet, beau-frère de sa femme. M. le Bas, M. et madame Chereau et M. Baader y étoient aussi. Le tout s'est joyeusement passé.
Le 8. M. le baron deThûmmel prit congé de moi par lettre, étant obligé de partir le lendemain pour l'Allemagne. Il me recommande le renvoy des lettres qui pourroient arriver pour lui.
Après avoir eu plusieurs jours des coliques, je me suis enfin trouvé attaqué d'une espèce de dyssenterie qui m'a fatigué; mais, après avoir fait ce qui convenoit, je me suis retrouvé rétabli, Dieu merci!
Le 14. J'ay reçu de M. le baron de Dahlberg, de Maycnce, une caisse contenant un groupe de trois figures de porcelaine de Hôchst, extrêmement bien fait, représentant un jeune homme apprenant à une jeune
1 A cause des deux autres petites pièces,
fille à jouer de la vielle; derrière eux est assis un pelit garçon endormi sur sa boëte à marmotte; de plus une Vénus avec l'Amour et deux colombes en biscuit de porcelaine, mais qui a souffert en cbemin. Quel dommage! De plus, en bas relief, le portrait de l'électeur, celui de M. le baron de Grosschlag, premier minisire, deux têtes de profil en pendant et un bas-relief de deux enfants, demi-figures. Le tout est fort bien et me fait très-grand plaisir.
Le 19. J'ay mis deux lettres, l'une venant de Vienne, l'autre de l'Empire, sous une même enveloppe, pour les envoyer à M. le baron de Thûmmel, conseiller privé actuel de S. A. S. monseigneur le duc régnant de Saxe- Gobourg-Saalfeld, à Cobourg, selon que ce digne gentilhomme m'en avoit prié. J'en ay ajouté une que je lui écris, und ich bitte ihn um die Eflaubniss ihm même ietzige Arbeit zu eignen, welches ich wùnschete \
Le 20. J'ay fait porter à la poste une troisième lettre arrivée de Hollande, pour M. le baron de Thiïmmel. Je n'ay ajouté qu'un billet de ma main. Je suis très-charmé d'être à portée de rendre ces petits services à cet excellent gentilhomme.
M. le baron de Thûmmel m'ayant fait présent, outre une tabatière de bois pétrifié garnie d'or, d'un dessus de tabatière de bois pétrifié flambé et très-curieux, comme aussi de plusieurs plaques de bois pétrifié et de couleur verte, qui est Je plus rare de tout, j'ai fait faire une tabatière d'écaillé noire, en employant la pièce flambée sur le couvercle et la verte au dehors du fond; le tout avec des cercles d'or et la charnière du même métal.
1 Et je lui demande la permission de lui dédier mon travail actuel : je le désirerais beaucoup.
DE JEAN-GEORGES WILLE. 53tf Ainsi cela me fait une pièce très-jolie et très-curieuse.
Le 21. Reçu une quatrième grande lettre pour M. le baron de Thûmmel, que je renvoyé sur-le champ à ce gentilhomme. Je n'ay écrit qu'un petit billet que j'y ay ajouté.
Répondu à M. le baron de Dahlberg, à Mayence, en remercîment des belles porcelaines dont il m'a fait présent. Je lui parle avec zèle du jeune Melchior l, qui a fait les figures et groupes en question. Je désirerois fortement qu'il pût avoir une pension pour être en état d'étudier la sculpture en pays étranger, car je lui trouve bien du génie. Je ne le connois pas autrement, mais je voudrois être la cause de son bonheur.
Écrit a M. Dunker, actuellement chez M. de Mechel, à Râle. Je lui demande deux desseins de sa main, que désire de lui M. l'abbé Gruel, par mon entremise, et dont je me charge volontiers. Je lui mande aussi que j'ay fait encadrer le grand dessein représentant les ruines du château de Wurtenberg, que M. Dunker a dessinées d'après nature et dont il m'a fait présent, et qui est exposé dans mon cabinet de desseins, qui est aussi mon cabinet de travail.
Le 22. Répondu à M. Schmuzer, à Vienne. Je le prie beaucoup de s'émployer auprès de S. A. Monseigneur le prince de Kaunitz, chancelier de cour et d'Etat, afin de faire obtenir une pension à M. Negeli, jeune architecte de Vienne, pour qu'il soit en état d'étudier avec un peu d'aisance, dans ce pays-cy, d'autant plus qu'il est honnête garçon et fort studieux. Je lui dis aussi que je ne comprenois rien, par rapport à M. Gaste, qui ne m'a
1 Jean-Pierre Melchior naquit vers 1741 et mourut en 1825.
point envoyé de l'argent le mois passé, selon sa promesse, et ne m'a point non plus demandé des estampes, croyant peut-être l'avoir fait.
Le i*r. M. le baron de Razenried, après avoir soupé chez nous, prit congé pour s'en retourner en Allemagne. Ce gentilhomme est des plus polis et des plus aimables, et rempli de connoissances.
Le 2. Je lui ai envoyé par M. Baader, une petite boëte contenant deux médailles d'argent avec une lettre, l'une et l'autre à M. Eberts, à Strasbourg, qui doit envoyer les médailles à Munich, à M. de Lippert, conseiller actuel du commerce et de révision, secrétaire de l'Académie des sciences, auquel j'écrirai en conséquence.
J'ay assisté, seulement les derniers jours, à la vente des desseins et estampes de feu M. Huquier mais j'y ai acquis peu de choses; car tout s'y est vendu horriblement cher. J'y ai poussé inutilement un dessein légèrement fait, d'A. van Ostade, à trois cent cinquante livres, de même qu'un Moucheron à cinq cent quarante livres. Cela étoit un peu fou ; mais que faire lorsqu'on aime avec passion ?
Reçu une cinquième lettre pour M. le baron de Thùmmel, que j'ay renvoyée sur-le-champ à Cobourg.
Je viens d'acheter un charmant paysage, peint par
» Le Catalogue parut sous ce titre: Catalogue des tableaux à V huile, à (jouasse et au pastel, peintures de la Chine, etc., de feu M. Huquier, graveur, dont la vente se fera le 9 novembre 1772 et jour suivant, de relevée, rue des Mathurins, vis-à-vis l'hôtel de Clugny, par F.-C. Joullain fils, Paris, 1772, in-12. Huquier possédait une collection fort considérable de Catalogues de vente, et on en trouve ici la liste complète.
Ruisdaël de son meilleur temps. Il fait au mieux dans mon cabinet. C'étoit dans ma première sortie après mon incommodité.
Le 6. Répondu à M. Y. Lienau, à Hambourg. Je lui fais compliment sur son heureux mariage, qui devoit se faire le 1er décembre. Je souhaite toutes sortes de bonheurs à ce digne ami. Il m'avoit offert de m'acheter quelques curiosités que j'accepte en lui faisant quelques observations.
Le 7. M. Dubois de la Champré, commandant de la forteresse de l'isledeSaint-Croy, pour le roy de Danemark, étant arrivé de Copenhague en celte ville, me vint remettre un paquet de la part de M. Wasserschleben, conseiller de conférence de S. M. Danoise et mon ancien ami; c'est le Catalogue des pièces qui lui manquent dans l'œuvre de M. Cochin. 11 y a joint le portrait en profil du malheureux comte de Struensée, gravé par M. Preisler. Cet ouvrage n'est pas des mieux 2.
Le 8. Ecrit à M. Dunker, actuellement à Baie. Je lui commande deux desseins de paysage coloriés, pour M. Debesse, architecte de mes amis, et un dessein de
1 Cest, sans aucun cloute, le Ruysdaè'l décrit sous le n° 14 du Catalogue de la vente de Wille. Voici cette description : « Salomon Ruysdaël, un paysage où Ton voit un groupe de trois arbres et plusieurs chaumières de chaque côté du tableau , qui bordent un chemin sur lequel on voit un chariot flamand suivi d'un cavalier. Il est orné de figures peintes par Adrien Vandevelde; sur toile de douze pouces sur neuf de haut. »
2 Preisler était probablement du même avis que Wille , car il n'a pas jugé à propos de mettre son nom au bas de ce portrait ; et on lit au-dessous les quatre vers suivants :
« Et périsse à jamais le citoyen perfide Qui, portant sur l'État une main parricide, Voudrait, par ses projets, en troubler le repos, Et d'un État réylé l'aire un affreux chaos'»
môme façon, pour M. Lempereur fils. Ces messieurs les payeront.
La collection de tableaux de feu M. Michel Vanloo1, premier peintre du roy d'Espagne et chevalier de Saint- Michel, étant exposés pour être vendus vers le 14, aux Grands-Àugustins, je fus les voir, accompagné par M. Daudet.
Le 14. M. le comte de Lamberg, seigneur autrichien, me vint voir, accompagné par M. Fabroni, Italien, qui m'a dit être des plus grands amis de M. Mengs. M. le comte est des plus aimables, et, chose qui me fit singulièrement plaisir, c'est qu'il est amateur des arts et très-bon connoisseur. Il n'y avoit pas un tableau et presque aucun dessein dans mon cabinet dont il ne nommât sans hésiter le maître. Cela ne se peut faire sans avoir fait des observations en consultant de près les diverses manières des maîtres et cela suppose beaucoup d'amour. M. le comte est chambellan de la Clef d'or de Leurs Majestés Impériales et Royales.
Le 16. Répondu à M. de Lipperi, à Munich. Comme il m'avoit envoyé deux médailles d'argent, gravées par le célèbre Schega, graveur de l'électeur de Ravière, je lui en envoyé en revanche deux aussi en argent, frappées sur le mariage de monseigneur le Dauphin avec la princesse d'Autriche, l'une, par M. Duvivier2, et l'autre, par M. Roëltiers3. Je lui dis que j'ay envoyé ces deux pièces à
1 Le Catalogue de cette vente est fort curieux ; il contient l'indication d'un certain nombre de tableaux de la famille de Vanloo, et, outre cela, quelques tableaux anciens de premier ordre. Basan, qui l'a rédigé, a mis en tête une courte notice sur ces peintres célèbres.
■ Pierre-Simon-Benjamin Duvivier, graveur en médailles, naquit à Paris le 5 novembre 1750 et mourut le 10 juin 1810.
3 Charles-Norbert Roettiers mourut en 1772, âgé de cinquante-deux ans.
M. Eberls, à Strasbourg, avec ordre de les lui envoyer et que je le prie de les accepter de ma part. Je le prie aussi de s'informer s'il n'y auroit pas moyen de trouver quelques desseins paysages, par M. Beich, puisqu'il a vécu en Bavière l.
Le 20 J'allai chez M. le comte Oginski, le même qui, l'hyver passé, commanda tout à coup une armée de Lithuaniens et qui fut défait dans une nuit par les Russes. Il me paroît un fort bon homme et très-poli. Il m'a fait voir des tableaux qu'il a achetés en Allemagne, dont il y en a un par Rubens, qui est beau, et il voudroit les vendre en totalité, ayant besoin d'argent. 11 y a en tout sept pièces qu'il veut bien donner, à cause des circonstances, pour vingt mille livres; mais elles ne seront certainement pas pour moi.
Le 28. Écrit à M. Klengel, élève de M. Dietrich, à Dresde. M. Schenau m'avoit mandé l'été passé que ce jeune peintre désiroit singulièrement faire quelques tableaux pour moi, c'est pourquoi je lui écris et lui dis ce que je croyois pouvoir lui dire en acceptant son offre. Je lui en commande drey Paare auf Holz gemalt, ein Paar zu sechs Ducaten, eines zu achte, und das lezte zu zehen Ducaten, welches zusammen 24 D. ausmachet. Irh gebe ikm aile gehôrige Nachrichten wie er sie hieher zu senden habe, und bitte ihn ein PaarZeichnungen seiner Hand dazu zu fûgen 2.
1 Joachim-Franz Beich était peintre de paysages et graveur à l'eau-forte. Il naquit à Munich en 1665 et mourut en 1748 ; il était peintre de la cour de Bavière. Ses eaux-fortes sont traitées avec vigueur et hardiesse, et son dessin est correct.
8 Je lui en commande trois pendants peints sur hois, les deux premiers à six ducats, les deux autres à huit, et les derniers à dix, ce qui fera en tout vingt-quatre ducats. Je lui indique la manière la plus convenable de les envoyer ici, et je le prie d'y ajouter quelques desseins de sa main.
Le 29. Répondu à M. Schenau, à Dresde. Je le prie de remettre l'incluse à M. Klengel, son ami, de même que de veiller à ce que les tableaux, que celui-ci me doit faire sur sa recommandation, soient bien, etc.
Répondu à.M. de Hagedorn, conseiller intime de légation, directeur général des Arts et Académies en Saxe. La lettre à M. Schenauest dans celle-cy, que j'enverrai à M. Rivière, secrétaire d'ambassade de Saxe icy, pour la faire partir avec celles de sa cour. Je conte à M. de Hagedorn mon indisposition et mon rétablissement, et qu'il recevra, par M. Schenau, mes deux dernières estampes. Je lui conte ce que je fais et ce que je ne fais pas. Je lui parle de M. de Kessel, qui me doit et qui a quitté la cour de Dresde, comme aussi que M. Klengel doit travailler pour moi, et qui est protégé par M. de Hagedorn.
Habe ich Herrn Dietrich geantwortei, and sende ilnn eine Àmveisung von vier Louisdors auf H, Renier. Dièses sind die lezten ivelche ich ilnn schuldig war wegen der GemàJde won H. Klengel die er mir gesendt hatte, womit dièse ganze Schidd getilget isi. Ich bitte Uni immer um einige Zeichnuagen seiner Hand gegen meine Bezahlung. Ich sage ihm auch dass ich etivas bey H. Klengel bestellct habe , wei\ mich diesser dessivegen durch H. Schenau hàtte ersuchen lassen, auch dass ich iczt eine Flucbt nacbt Egyplen von seiner Hand gemcdet besitze und sie durch einen geschickten Mann in Kupfer bringen lasse \
1 J'ai répondu à M. Dietrich. Je lui envoie un bon de quatre louis sur M. Resler; ce sont les derniers que je lui devais pour les tableaux de M. Klengel, qu'il m'avait envoyés; toute cette dette est donc acquittée. Je lui demande toujours quelques dessins de sa main, e'n proposant de les lui payer. Je lui dis encore que j'ai commandé quelque chose à M. Klengel, celui-ci m'ayant fait prier, à ce sujet, par M. Schenau. Je lui mande encore que je possède maintenant une Fuiie en Égijptc, peinte par lui, et que j'en ferai graver l'estampe par un homme habile.
Le 50. La nuit du "29 au 50 de ce mois de décembre 1772, les tocsins me réveillèrent, par leur tintamarre, sur les deux heures et demie. Je regarde vers les fenêtres, et, voyant une grande clarté, je me lève promptement,* et, jugeant par la direction que le feu pouvoit être à l'Hôtel-Dieu, d'autant plus qu'une fumée épouvantable et enflammée couvroit totalement les tours de Notre-Dame et je voyois sur la rivière, à travers une des arches du pont Saint-Michel, la lumière aussi vive que le métal lorsqu'il est en fusion. J'entendois un craquement sinistre, et les étincelles et flammèches, portées avec rapidité a une grande hauteur, tombèrent jusque sur le quai des Orfèvres qui est vis-à-vis de nous; il en tomboit sur la rivière, sur le pont Neuf et le pont Saint-Michel, et même devant notre porte, entre la rue Pavée et la rue Gît-le- Cœur. Ma femme étoit malade et ne pouvoit se lever, mais je réveillai nos domestiques et ensuite nos lils, qui en furent tous effrayés, n'ayant jamais rien vu de pareil. Nous restâmes sur pied jusqu'au jour. Nous apprîmes même, sur les quatre heures, des passants à qui nous parlâmes par les fenêtres, que le feu étoit effectivement à l'Hôtel-Dîeu, et qu'il avoit commencé dans l'endroit où on fond le suif. Nous apprenons qu'il y a bien des malades de péris. Il est actuellement presque nuit au 50, et le feu n'est pas encore éteint \
Le 51. J'allai à l'assemblée de l'Académie royale; c'est où on se souhaite la bonne année.
1 Nous avons vu chez M. Basset, marchand de tableaux, une représentation de cet incendie, due au pinceau de Hubert Itobert. Ce tableau, signé et daté (1775), est peint largement et reproduit bien exactement la scène que décrit ici Wille; la vue est prise du bord du quai, presque vis-à-vis la rue Pavée.
JOURiNAL
Le 1er. Il est venu beaucoup de monde pour nous souhaiter la bonne année.
Le 2. J'ay envoyé, par le courrier de Bordeaux, à M. J. Lienau, une boële d'or superbe, que j'ay fait faire par ordre de M. V. Lienau, son frère, actuellement à Hambourg, qui m'avoit envoyé le portrait extrêmement bien fait, en miniature, de madame sa nouvelle épouse, pour y être placé sur le couvercle, et dont elle fait présent à son nouveau frère. Le même jour, j'ay écrit à M. Jean Lienau, à Bordeaux, pour lui en donner avis.
Ecrit et répondu à M. V. Lienau, négociant et mon ami, actuellement à Hambourg, où il vient d'épouser une demoiselle qui lui a apporté plus de huit cent mille livres en mariage. Je lui dis que h tabatière qu'il m'avoit prié de faire faire étoit faite, et même partie, avec le beau portrait de madame Lienau sur le couvercle. Je lui fais la description du travail que j'ay fait employer, et qui est bien, les ornements étant en or de couleur. Je le fais souvenir de certains tableaux, et lui dis encore bien des choses sur son mariage.
Le 5. J'ay fait quelques visites aux personnes venues chez nous le jour de l'an. En passant, je suis entré dans le derrière d une maison de la rue de la Huchette, d'où on peut voir le dégât de l'incendie de l'Hôtel-Dieu. Le feu n'éloit pas encore éteint dans les caves et souterrains, d'où il sortoit, en divers endroits, une fumée considérable. Il n'est pas encore permis au public d'approcher; les sentinelles sont postées partout aux avenues.
Le 4. Bépondu sur plusieurs lettres de monseigneur
l'évêque de Callinique, à Sens. Je lui conte ma maladie, etc.; que j'avois fait venir ses cuivres et remis samedy passé à l'adresse qu'il m'avoit donnée; que j'avois retouché, en dernier lieu, son portrait, que grave M. Savart, etc. Je lui fais une description du terrible incendie de l'Hôtel-Dieu, dont le feu est encore dans les souterrains.
Ces jours-cy, M. Lebrun fit faire aux Augustins une vente de tableaux, dont il y en avoit de fort beaux. Je poussai inutilement une Tête de Vieille femme, de G. Dow, à cinq cent une livres; mais j'ay eu une Petite Tête presque profil, par Rembrandt, qui est très-bien, pour cent trente livres un sol, et que j'ay placée dans mon cabinet.
Ces jours passés, M. de Longueil a été arrêté et mis au Châtelet sur une affaire qui paroi t fort grave.
Le 15. Répondu à M. de Mechel. Je le remercie de l'offre de son sauerkraut, Tannée étant trop avancée pour le faire venir, d'autant plus que nous en avons. Il me demande encore quelque temps pour me payer ce qu'il me doit, et je l'accorde.
J'envoyai le petit Tardieu, notre domestique étant malade, chez M. Debesse, architecte de mes amis, pour y porter deux desseins, l'un par M. Dietrich et l'autre par moi (c'est un troc que nous avons fait), et prendre chez lui un dessein d'Adam Elsheimer, fort beau, fait à la plume et représentant un homme qui fait danser un ours devant des femmes. Ce dessein fut mis dans le portefeuille dans lequel étoient les deux que je lui envoyois; mais, à son retour, le dessein étoit perdu. Cela est désolant. Je fais mettre son signalement actuellement dans les affiches.
Notre fils Frédéric fut saigné pour la première fois. Depuis plusieurs jours, il avoit un mal de lête furieux et beaucoup de rhume, el, par surcroît, il s'étoit donné un coup au derrière de la tête; il étoit donc nécessaire d'en agir de la sorte; il s'étoit même trouvé mal aujourd'hui , vers midi.
J'allai voir monseigneur Févêque du Mans pour lui demander sa protection en faveur de M. de Longueil, détenu au Grand-Châtelel. Il me reçut le plus favorablement du monde, me promit de grand cœur de s'y employer avec toute la chaleur dont il seroit capable, et je restai près de deux heures avec ce prélat aimable, qui aime singulièrement les artistes.
Le petit tableau de G. Dow que j'avois poussé inutilement dans la vente de M. Lebrun me fut apporté par un marchand qui l'avoit eu de M. le comte de Jaucourt. J'en ay donné vingt-cinq louis en argent et deux autres tableaux pour faire la somme de trente-cinq louis. Il ne représente qu'une petite tête de vieille femme, mais de la plus grande finesse et d'un coloris admirable1.
Notre fils Frédéric se trouve tout à fait rétabli et a dessiné dès aujourd'hui.
Monseigneur le prince Galitzin m'est venu voir aujourd'hui avec M. de Koch, son gouverneur et lieutenant-colonel au service de la Russie. Ce seigneur, de même que M. Koch (neveu de M. Fleischmann, que j'ay beaucoup connu), sont très-aimables. Ils ont vu mon cabinet avec plaisir, et m'ont parlé de plusieurs de mes amis, qu'ils ont rencontrés tant en Allemagne qu'en Italie et en France. Le prince m'a fait promettre que j'irois dîner avec lui, et cela pourroit aussi arriver.
1 Ce tableau de Gérard Dow a été gravé par Wilïe, et est inscrit au Catalogue de sa vente sous le n° 15.
Le 1er. M. de Longueil, mon ancien élève, ayant été relâché, la nuit du dimanche au lundy, de la prison, ayant été accusé d'avoir tué un cocher bourgeois dans la rue Saint-Séverin, me vint voir pour me remercier de quelques démarches que j'avois faites pour son élargis sement. Je lui ai prêché morale à foison.
Ces jours-cy, un sergent des gardes suisses, nommé M. Molliet, m'apporta de son pays une lettre que son officier lui avoit donnée pour moi, l'ayant reçue de M. le baron de Kessel, de Dresde. Elle contenoit neuf ducats rares, dont il y avoit cependant quatre que je possédois déjà. N'importe, le tout m'a fait plaisir. Je troquerai les doubles.
Le 15. Répondu et écrit à M. Schmuzer, à Vienne. Je lui dis que j'ay touché l'argent, de la part de S. À. R. le prince de Saxe-Teschen, pour les estampes de l'année passée; que j'enverrai demain un nouveau rouleau dans la maison de monseigneur l'ambassadeur, pour que le courrier impérial, actuellement icy, l'emporte de même que ma lettre. Je le remercie d'une tête gravée par lui et d une estampe d'un de ses élèves que le même courrier m'a apportées aujourd'hui de sa part.
Le 22. Répondu à M. le baron de Razenried le fils, à Reichnau, au lac de Constance, par Râle, Schaffouse et Constance. Je le remercie d'un quart de ducat, du pape Renoît XIV, qu'il m'avoit envoyé. Je lui envoyé dans nia lettre une lettre de recommandation pour M. Schmuzer, à Vienne, qu'il m'avoit demandée, et où il doit aller vers le milieu du mois de mars prochain. Je lui envoyé cette
lettre avec plaisir, car c'est un très-aimable gentilhomme, parent du cardinal de Rodt et du prince évêque de Wurzbourg.
Le 25. Répondu sur plusieurs lettres à M. Kraus, à Francfort. Je le remercie du petit tableau, de sa façon, qu'il m'a envoyé en présent, composé de trois demifigures, comme aussi du ducat au coin d'un Jean George, électeur de Saxe. C'est plutôt une petite médaille d'or qu'un ducat qu'il me devoit cependant pour estampes. Je le charge de remercier d'une ancienne monnoie d'or au coin de France que S. E. M. le baron de Grosschlag avoit ajoutée pour moi, car M. Kraus étoit chez ce premier ministre, à Mayence, lorsqu'il m'écrivit sa dernière lettre. Je le prie de me chercher, à Francfort, quelques desseins de H. Roos. Il doit y en avoir, d'autant plus que cet habile homme demeuroit dans cette ville.
Le 25. Répondu à M. Jean Lienau , négociant à Rordeaux. Je lui dis que je me réjouis de ce qu'il a trouvé la boële d'or, que je lui ai fait faire par ordre de son frère, à son goût, et que c'étoit tout ce que je désirois, etc.
Le 26. Répondu à M. Gier, négociant à Rordeaux. Je lui mande que quelques pièces du cabinet du duc de Praslin sont au jour, de même que le portrait de Montaigne, par Ficquet l, et que je croyois lui avoir envoyé
1 Etienne Ficquet naquit à Paris en 1751. Dans sa jeunesse il montra du goût pour la gravure, et à peine fut-il arrivé à l'adolescence, que ses parents le placèrent chez Georges-Frédéric Schmidt, pour apprendre Fait du graveur; mais bientôt Schmidt quitta Paris : il fallut alors lui chercher un autre maître, et ce fut Lebas qui fut choisi. Doué d'une excellente vue, Ficquet se livra exclusivement à la gravure des portraits ; mais, soit que l'amour du plaisir l'emportât chez lui sur l'esprit d'ordre, soit qu'il ne sût pas bien tirer parti de son talent, le fait est qu'il fut toujours dans la gène. 11 est une anecdote que l'on met sur le compte de Ficquet,
les douze premières feuilles de Y Histoire de France, par Cochin, et que, si cela étoit, je prendrois pour lui les huit qui paroissent actuellement, que j'espérois toujours que M. Lienau reviendroit ce printemps de Hambourg, et que je l'en chargerois.
J'ay reçu de la part de M. Meyer, de Hambourg, deux
et qui peut parfaitement être regardée comme vraie si l'on songe à la bizarrerie de son caractère. Les dames de Saint-Cyr lui avaient commandé le portrait de madame de Maintenon, leur fondatrice; ne pouvant parvenir à l'avoir, elles demandèrent à leur métropolitain et obtinrent de lui la permission de faire venir Ficquet à leur maison et de le faire travailler sous leurs yeux. Ficquet fut donc mandé ; mais il commença par déclarer qu'il ne pouvait travailler seul et qu'il lui fallait toujours quelqu'un pour causer avec lui. La supérieure céda à cette exigence, et envoyait continuellement deux sœurs pour lui tenir compagnie. Un beau jour, le portrait avançait, et chacun songeait déjà à le voir paraître ; Fiquet fit tirer quelques épreuves de la planche, puis, n'en étant pas satisfait, il donne deux grands coups de burin, qui détruisirent tout le travail d'un mois; il fallut recommencer, et Ficquet recommcnçi en effet. Il fut moins longtemps cette fois que la précédente, et l'on vit bientôt paraître le charmant portrait que tout le monde connaît.
Avec une lenteur semblable, avec des caprices de ce genre, on comprend facilement que Ficquet n'ait jamais été riche; aussi mourut-il dans une affreuse misère en 1794.
L'œuvre de Ficquet se divise en deux parties bien distinctes : dans la première, il fait des planches pour le commerce ; c'est Odieuvre qui l'occupe davantage, et son travail est assez néglige; ses portraits cependant ont toujours une grande finesse d'expression, mais on voit qu'il lui faut d'abord vivre avant de penser à faire de l'art ; dans la seconde partie de sa vie, Ficquet a acquis de la réputation, et alors il peut disposer de son talent comme bon lui semble, et il produit à cette époque des planches vraiment remarquables. Les porîraits de Fénelon, de Montaigne, de la Fontaine, de Louis XV, sont autant de petits chefs-d'œuvre ; son travail est délicat, et, malgré l'excessive finesse qu'il met dans ses gravures, il trouve encore moyen de donner à ses personnages une expression vive et animée; la série de ses portraits est nombreuse, et une bonne partie est fort remarquable.
Ét. Ficquet a encore gravé pour un ouvrage une grande quantité de portraits. C'est pour le livre de Descamps sur les peintres allemands, flamands et hollandais ; le plus grand nombre des portraits qui y sont contenus sont gravés par lui, et le plus beau, sans contredit, est celui de Vander Meulen. Ce livre a une certaine valeur par lui-même; mais les portraits gravés par Ficquet contribuent singulièrement à le faire rechercher.
grands morceaux de bœuf fumé en présent, francs de port. C'est M. Gaginau qui me les a remis. Ce bœuf €st un très-excellent manger et nous vient bien à propos en carême.
Le 1er. J'ay commencé à mettre le burin sur la planche que j'espère graver d'après le tableau à moi appartenant, peint par M. Dielricy, représentant Sara qui présente Agar à Abraham. Cet ouvrage me tiendra du temps, étant extrêmement compliqué et très-colorié.
Le 10. Répondu à M. le baron de Thùmmel, à Cobourg, à qui je dois dédier ma nouvelle planche, d'après A. Van Ostade. Je lui dis qu'elle est prête à être imprimée. Je lui enseigne les moyens de m'envoyer les douze ducals qu'il me dit avoir amassés pour moi, c'est-à-dire, quatre dans une lettre et huit* en paquet, qu'il doit envoyer pour moi à M. Eberts, à Strasbourg. Le reste de la lettre consiste en politesses, etc.
Le 14. Répondu à mon ami M. Kôbell, peintre de l'électeur palatin, à Mannheim. 11 m'avoit consulté pour savoir s'il ne pourroit pas envoyer une grande collection d'estampes icy, pour y être vendues publiquement, et si, en me consultant avec notre ami M. Kruthofer, je pourrois persuader M. Pariseau de se charger de cette affaire. J'ai réussi, et je lui ay donné, pour huissier-priseur, M. Chariot, qui fait fort bien les ventes. Je dis tout cela à M. Kôbell et aussi que le temps pressoit par rapport à la saison; car, après la Pentecôte, tout est dit, et il faudroit remettre cette affaire à l'hyver prochain, d'autant plus qu'il s'agit de faire un Catalogue, et les estampes sont encore actuellement à Mannheim.
DE JEAN-GEORGES WILLE. hK>
Le 25. J'ai reçu par Calais deux volumes des antiquités du cabinet deM.Hamilton1. Cetouvrage in-folio, complet, est très-curieux. 11 représente des vases et peintures étrusques, grecques et romaines en leurs couleurs naturelles. M. llamilton a fait faire ce bel ouvrage à Naples, y étant envoyé extraordinaire du roy d'Angleterre. Mais qui est-ce qui m'envoye ce présent? La lettre d'avis que j'ay reçue de M. Pierre Dessin, de Calais, me dit seulement que c'est M. le comte de Zabilo qui le lui avoit remis pour moi, n'osant s'en charger à cause des difficultés de la chambre des libraires. Je soupçonne que c'est S. A. Monseigneur le prince Adam Czartoriski, qui étoit en dernier lieu à Londres, et qui me fait dire par M. Orlofski, qu'il m'enverroit quelque chose en présent de ce pays-là. Au reste, le temps me l'apprendra.
Le 51. Répondu à M. Y. Lienau, à Hambourg; il m'avoit consulté sur l'acquisition de tout un cabinet de tableaux de maîtres flamands et hollandois. Je le prie, entre autres choses, de m'en céder quelques-uns si l'affaire lui réussit. Je lui dis aussi qu'il doit recevoir une réponse de moi écrile, trois jours avant celle d'aujourd'hui, et dans laquelle je le remercie des deux beaux ducats d'or au coin de Hambourg qu'il m'a envoyés en dernier lieu.
Le 4. J'ay reçu de M. le baron de Thûmmel douze
1 Voici le titre de cet ouvrage, qui, publié avec grand soin et grand luxe, est devenu fort rare aujourd'hui : « Antiquités étrusques, grecques et romaines, tirées du cabinet de M. Hamilton, envoyé extraordinaire et plénipotentiaire de Sa Majesté Britannique en cour de Nuples, 1766-1767, 4 vol. in- fol. »
pièces en monnoie d'or, dont plusieurs très-curieuses, entre autres un ducat de l'or pur d'une mine que le duc de Saxe-Cobourg fit ouvrir à Reichmanndorf, et où il dépensa beaucoup d'argent; enfin on en trouva, comme on l'avoit soupçonné, mais en si petite quantité, qu'il n'y eut de l'or qu'autant qu'il en fallut pour frapper six ducats. Cette pièce sera, par conséquent, une des plus rares que je possède dans ma collection.
Le 11. Répondu à M. Schenau. Je lui dis de voir s'il y a moyen d'engager madame Dietrich à me céder quelques tableaux de M. Dietrich; comme aussi de dire à MM. Spalm et Casanova que je ne crois pas les collections qu'ils proposent propres pour ce pays-cy; de plus, de parler à M. Zingg par rapport aux petites pièces qu'il m'a promises pour le prix qu'il m'a demandé, et que j'ay accordé, depuis si longtemps, sans recevoir aucune nouvelle de lui, et que je ne pourrois acheter sans avoir vu le volume de desseins que possède madame Wagner.
Répondu à M.Klengel vor clem Pirnaischen Thore, in des Hofzinngiessers Sclunidts Hanse1, Je le prie de faire les pièces en question le mieux possible, de ne pas oublier les desseins, etc.
Le 17. Reçu de M. Dunker, à Râle, cinq desseins de sa main, qui sont Irès-bien, et faits d'après des ruines ou endroits connue des environs de Râle. L'un, qui est trèsgrand, il m'en fait présent. Le brave garçon !
Le ) 8. Répondu à monseigneur l'évèque de Callinique. Je le remercie du bon jambon qu'il nous a envoyé pour nous décarêmcr.
Le 25. Deux messieurs, l'un Courlandois, l'autre Po-
1 A la porte de Pirna, chez Schmidt, potier du roi.
lonois, me sont venus voir. Ils ont quelques connoissances dans les arts, fruit du voyage qu'ils ont fait avec M. de Burzinsky, qui étoit ambassadeur de la confédération, à Londres, qui est mort icy et à qui ils étoient attachés. Ils retournent à Londres.
Répondu à monseigneur l'évêque de Callinique. Je lui mande que son portrait, que le sieur Savart grave, n'est pas encore fini.
Le 2. J'allai voir madame la présidente de Bandeville elle me fit voir, avec la plus grande politesse, toutes ses curiosités. Je remis en même temps deux desseins de M. Dunker à M. l'abbé Gruel, qui en étoit enchanté et les paya sur-le-champ.
Le 4. Répondu meiner Schwester zu Hohensohm. Ich sage ihr dass ich Order Hn. Strecker in Darmstadt gegeben hotte ihr, nach ihrem Verlangen, himdert Gulden zu senden, ivclche, aber auch nach ihrem, Begehren, an Hn. Hauptmann Kayser in Hohensolms sollen ausbezahlet
1 Madame de Bandeville mourut en 1787, et Remy, chargé de faire le Catalogue de la vente, nous donne quelques détails sur cette dame et sur sa collection ; nous les transcrivons : « Tout le monde sait que madame de Bandeville avait un goût sage et un coup d'œil sur, guidée par ses connaissances dans le dessin, quelle avait étudié. Si le nombre de ses tableaux est peu considérable, ils sont pour le plus grand nombre peints par de grands maîtres italiens, flamands et français. Madame la présidente de Bandeville a été généralement regrettée des gens honnêtes et vertueux qui la connaissaient, et le nombre en était grand; des artistes, qu'elle aimait et dont elle était vénérée, des jeunes élèves, qu'elle accueillait avec bonté et qu'elle encourageait; enfin la douceur de son caractère, la bonté de son Ame, sa bienfaisance, son austère probité, la simplicité de ses mœurs, n'oublions pas d'ajouter la justesse et la finesse de son esprit, la faisaient rechercher et chérir de tout le monde »
548 JOURNAL werden. Ich habe meiner Schwester einen hollandischen Dukaten unter dass Pettschaft gethan. Ich weiss nich recht was ich bey dicser ganzen Sache denken soll, da sie mir etwas schielendes zeiget l.
Écrit à M. Strecker, à Darmstadt. Ich bilte ihn fur meine Schwester, M de Schôfferin, Wittwe des Schultheiss ScJiôffers zu Hohensolms 7 dem En. Hauptmann Kayser daselbst hundert Gulden von dem zu bezahlen, ivas er mir sclmldig ist, und es mir in unserer Rechnung abzuziehen 2.
J'ai pris la résolution d'abandonner la planche sur laquelle j'avois commencé à graver Sara présentant Agar à Abraham, après plus de deux mois de travail, le cuivre ayant de si mauvaises parties, que je crois encore gagner en perdant le temps et mes peines.
Le 5. Écrit et répondu à M. le baron de Tliùmmel, à Cobourg. Je le remercie d'abord des douze petites et différentes pièces d'or qu'il m'a envoyées pour augmenter ma collection et parmi lesquelles il y en a de très-rares, comme le ducat de l'or de la mine de Reichmanndorf, dont il n'y a eu en tout que six de frappés, demême qu'un de Gustave-Adolphe avec ces mots : Gott mit uns, et autres. Je lui dis en outre que j'ay fait partir à l'adresse de M. Eberts, à Strasbourg, une boète avec ma nouvelle
1 Répondu à ma sœur, à Ilohcnsolms. Je lui dis que, suivant son désir, j'ai donne ordre à M. Strecker, de Darnisladt, de lui envoyer cent florins, lesquels, toujours suivant son désir, doivent être payés à M. le capitaine Kayser, à Hohensolms. J'ay mis un ducat de Hollande sous le cachet de la lettre adressée à ma sœur. Je ne sais trop que penser de toute cette affaire, qui me parait louche.
2 Je le prie de payer pour ma sœur, madame Sthœffer, veuve du bailli Schœffer de Hohensolms, cent florins à M. le capitaine Kayser, de la même ville, à compte sur ce qu'il me doit, et de le déduire sur nos comptes.
eslampe1, les Bons Amis, qu'il m'avoit permis de lui dédier, et que M. Eberts auroit mes ordres de lui envoyer sans délay; que cette boëte contenoit une desdites estampes, sous verre, en bordure sculptée el dorée et vingt-quatre dans un portefeuille que je le priois d'accepter.
Écrit à M. Eberts, à Strasbourg. Je le prie d'envoyer l'a susdite boëte, que je lui adresse el qui est partie samedy passé avec le coche de Strasbourg, tout aussitôt à M. le baron de Thûmmel.
Ecrit et répondu à M. Dunker, à Baie. Je Je remercie d'un grand et bon dessein de sa main dont il m'a fait présent. Je lui dis que j'ai placé les quatre petits, et je lui en commande encore deux de même grandeur.
Le 16. Je viens d'abandonner la planche sur laquelle j'avois commencé Sara présentant Agar à Abraham, d'après M. Dietrich, après plusieurs mois de travail, et cela uniquement à cause de la méchanceté du cuivre.
Le 23. Répondu à M. Dunker. Je lui dis que j'ay remis les quatre-vingt-huit livres, selon ses désirs, à M. Meyer. Je lui demande, outre les trois desseins qu'il a encore à faire, deux petits pour la moitié du prix des précédents.
M. le baron de Demidoff avec le prince de ,
Russes, après leur voyage d'Italie, me sont venus voir.
Pendant les fêtes de la Pentecôte, même déjà avant, j'ay été fort incommodé d'un rhume, mais une médecine Ta emporté.
1 N° 56 du Catalogue de l'œuvre de Wille.
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Le 6. Répondu à M. Schmidt, à Berlin. Je lui envoyé une liste de ce qu'il me faudroit en épreuves de ses nouvelles planches.
J'ay mis dans celle lettre une autre à M. Rode, à qui je demande aussi quelques estampes qu'il a gravées à Feau-forte. Je le prie de les remettre à M. Schmidt, pour partir avec les siennes.
Le 8. Monseigneur le Dauphin et madame la Dauphine ont fait leur entrée à Paris. Ils ont passé devant noire maison pour aller à Sainte-Geneviève.
Le 18. M. Benschini, avec son fils, m'est venu voir. Il est peintre en miniature de l'impératrice-reine.
Le 19. Monseigneur J'évêque de Callinique, étant arrivé de Sens en cette ville, vint tout aussitôt chez nous.
M. Casanova, peintre de batailles de notre Académie, m'amena M. Zanetti1, son frère, qui est professeur de l'Académie électorale de Dresde.
Le 22. J'ai donné à M. Mùller, une Petite Joueuse de guitare, peinte par mon fils, à graver pour moi 2.
M. le baron de Seckendorf est venu pour me voir, mais je n'y étois pas. Il doit revenir.
1 C'est peut-être l'auteur d'une Description de Venise, qui parut en 1775, in-8°.
2 Cette planche fut en effet exécutée par Mùller en 1774, et on lit au bas : « Joueuse de Cistre, dédiée à M. le baron de Thun, ministre plénipotentiaire de Son Altesse Seigneuriale monseigneur le duc de Wurtemberg, à la cour de France, par son très-humble et très-obéissant serviteur Jean Gotthard- Miiller. » La gravure est froide et métallique; le dessin d'ailleurs, à en juger par la gravure, ne devait rien valoir.
Le 25. Aujourd'hui il y a eu grand concours de personnes chez moi, pour me faire l'honneur de me présenter des bouquets à cause de ma fête de demain, qui est la Saint-Jean. M. Pariseau m'a présenté un bon dessein de sa façon.
Le 24. M. le baron de Hardenberg, commandeur de l'ordre Teutoniquc, m'est venu voir. 11 est très-honnête, et mon cabinet lui a fait beaucoup de plaisir.
Le 25, ML le baron de Hardenberg est revenu me voir, accompagné de M. le baron de Stammer, aussi commandeur de l'ordre Teutonique, vieillard respectable et aimable.
Le 26. M. le baron de Seckendorf est revenu me voir. 11 n'a pas mal de connoissance dans les arts et les aime. 11 est le neveu du feld-maréchal de Seckendorf, qui étoit célèbre et qui est mort depuis une couple d'années.
Le 28. M. Rivière, de même que Madame et leurs enfants, accompagnés de M. Carlin Bertinazzi, Arlequin de la Comédie-Italienne, homme inimitable dans son jeu et très -honnête, avec mademoiselle sa fille, sont venus chez nous pour souhaiter une bonne fête à mon fils aîné, qui porte le nom de Pierre. Les enfants lui ont présenté des bouquets et des desseins, entre autres une allégorie faite par M. Rivière fils, enfant de dix ans, qui nous a surpris. Mais M. Rivière père lui a présenté une canne à pomme d'or ciselé très-magnifique, et cela en reconnoissance de ce qu'il donne quelques leçons de dessein à ses enfants, sans intérêt. C'est agir noblement. Au reste, nous avons bien ricané et vécu joyeusement, à quoi M. Carlin a contribué singulièrement.
Monseigneur l'évêque de Callinique prit congé de
552 JOUKNAL nous pour s'en retourner à Sens. C'est bien le plus excellent homme qui existe et de ma connoissance depuis vingt-quatre ans. 11 avoit fait graver son portrait, d'après M. Tocqué, en fort petit, par M. Savart1, ce qui sera rare. Il n'y a eu que soixante épreuves avec un bas-relief seulement au bas de la planche; el soixante-dix avec ses noms et dignités, à la place du bas-relief, qui avoit été effacé. Il m'en donna douze de la première sorte, en reconnoissance des soins dont il m'avoit chargé par rapport à ce portrait, une à chacun de mes enfants, et douze à M. Savart, toutes de la même espèce. Il donna en outre cinquante épreuves de seconde sorte à M. Savart, comme une récompense; à lui permis de les vendre. Après cela la planche sera effacée.
J'allai voir, avec mon lîls Frédéric et M. Chevillel, les travaux que fait la nouvelle compagnie des Terriers, espèce de soldatesque, à l'Étoile, dont ils coupent la montagne en deux pour rendre le chemin plus aisé des Thuileries au pont de Neuilly. Je trouvai là, par hasard, parmi ces travailleurs, un jeune officier qui a été quelque temps mon élève. Il me fit mille honnêtetés; il est de Landau, et se nomme Klein ou Petit, comme il se fait nommer en françois abusivement.
J'ay mis une estampe au jour, d'après un dessein de mon lils fait il y a cinq ans. C'est une scène de Tom Jones, opéra-comique.
1 On lit au bas tic ce pol irait, dans le second état dont parle ici Wille : Rmo D.D. ISicolao de Livry, Episcopo Callinisensi, obbati S'œ Columbx. Dicat Petrus Savart. L. Tocqué pinxit, P. Savart, sculp., 1773, in-12. Le bas-relief que Ton voit dans les premières épreuves de ce portrait représente la Charité. Il existe aussi un autre portrait de monseigneur de Livry; il est gravé par Jean Massard, d'après L. Tocqué, mais dans un format in-folio.
Le 15. M. Pohl, médecin de Leipzig, est parti d'icyje l'ay chargé de remettre à MM. Weiss, Huber et Bause, à chacun une épreuve de mon estampe nouvelle, les Bons Amis, de même une épreuve de TomJonesz chacun des deux premiers.
J'ay été indisposé pendant quelque temps, sans cependant être malade positivement.
Je viens de reprendre la planche que j'avois abandonnée après quatre mois de travail (représentant Àgar présentée à Arahnm par Sara), la seconde planche que j'avois commencée étant moins bonne encore que la pi emière, que je continue avec ardeur.
M. Rodes, gentilhomme anglois, m'a apporté de Londres une lettre de M. Grimm, peintre suisse, qui y est* M. Rodes s'est chargé de ma réponse.
Je viens de recevoir de mon ami M. Lippert trois fois une petite médaille d'argent représentant son propre portrait, gravé par Schega, graveur de l'électeur de Bavière. Cela me fait un sensible plaisir.
Le Ier. Je me suis rendu aujourd'hui à la grande poste aux lettres, après un avertissement, pour y retirer une lettre chargée contenant cinq ducats rares en or que M. Méyer, mon ami à Hambourg, m'envoya de ce pays-là.
Ma femme, avec notre fils Frédéric, notre sœur Chevillet et madame Coutouli, notre nièce, étant allés à Thyais y voir notre belle-sœur, M. Chevillet m'accompagna l'après-midy pour aller au-devant d'eux. Le soir tous ont soupé chez nous, de même que notre neveu M. Coutouli, et M. Pariseau.
Le 2. Écrit une lettre de remercîment à monseigneur
le prince Adam Czartoriski, des deux magnifiques volumes d'antiquités qu'il m'avoit envoyés en présent de Londres, lorsqu'il y étoit. 11 auroit été de mon devoir de le faire plus tôt, mais ce seigneur généreux a constamment été en voyage depuis ce temps; mais à présent j'apprends qu'il est aux eaux de Spa.
Le 8» J'allai voir le cabinet qu'a nouvellement formé
M , de même que le cabinet de M. de Ravanne, qui
n'est pas nombreux, mais où il y a de beaux tableaux flamands ou hollandois.
Le 16. Répondu à M. Dunker, actuellement à Berne chez M. Aberli. Il me paroît fort mécontent de M. de Mechel et de la ville de Baie. Je lui dis que je lui ay gardé plusieurs tableaux qu'il pourra graver aussitôt qu'il sera de retour à Paris.
Le 26. Répondu à mon neveu, M. Marschall, pasteur de l'église de Rolheim, près de Giessen, de même qu'à mon neveu, M. Bender, à Kônigsberg, aussi près de Giessen en Hesse, de même qu'à ma belle-sœur, veuve de mon frère. Ces trois lettres sont dans un même paquet adressé à M. Marschall. Je m'efforce à rétablir dans la famille la paix, qui me paroît être tant soit peu altérée.
Répondu à M. le baron de Thummel, à Gobourg. Je lui marque mon contentement de ce qu'il a si bien reçu mes Bons Amis, que je lui avois dédiés. C'est un excellent gentilhomme.
Répondu à M. de Lippcrt, à Munich. Je le remercie de la petite médaille d'argent destinée à être distribuée dans les écoles allemandes de Bavière, de même que de celle qui représente son propre portrait, qu'il m'a envoyée trois fois, aussi en argent. Je lui fais en outre bien des
compliments de ce que l'électeur de Bavière l'a anobli el dont il m'a donne aussi avis.
Ecrit à M. Lienau, à Hambourg. Je lui dis que le (ableau qu'il a désiré de mon fils est fait et fini, et que je le prie de me dire si je dois l'expédier, ou par mer, ou par terre, que cela sera selon sa volonté. Je lui dis que M. Aubert, joaillier de la couronne, Ta voulu acheter de mon fils, mais que nous l'en avons empêché.
Le 29. De grand matin, je partis pour Longjumeau y dessiner le paysage, comme aussi dans les villages et hameaux des environs. Mon fils aîné étoit avec moi, de même que MM. Pariseau, Vangelisti, Miïllcr, Weber, Tischbein et Nadal. Nous avions deux carrosses. Le samedy d'ensuite, mon fils Frédéric vint avec un remise (ma femme étant malade), accompagné de notre domestique Joseph, pour me chercher avec mon fils aîné, et, comme il me restoit une place, je l'offris à M. Pariseau, qui l'accepta et retourna avec nous de cette manière à Paris. Les cinq autres firent le chemin à pied. Nous avons eu le plus beau temps possible, et j'ai fait quatorze desseins presque tous au crayon rouge. Nous nous sommes tous très-bien portés pendant notre campagne, mangeant et buvant avec le plus grand appétit. Les plaisanteries étoient sans fin et sans cesse nous trouvions de quoi rire. A Sceaux-les-Chartreux, il y a une femme folle que j'avois déjà vue les années précédentes, et, comme il y avoil, dans la cour où elle demeure, quelque chose que je désirois dessiner, je ne trouvai nulle place plus avantageuse que de m'asseoir devant sa porte, qui éloit fermée. Cependant je demandai à une de ses voisines, qui nous avoitprêlé des chaises à M. Vangelisti el à moi, s'il n'y avoit point de danger devant la porte de
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cette folle. Elle me répondit que si elle commençoit quelque train, il falloit la rudoyer et la menacer de la mener à l'hôpital, à Paris. A peine étions-nous sur nos chaises, cependant un peu éloignées de la porte, qu'elle ouvrit tout a coup et nous fit un vacarme horrible accompagné d'injures et de menaces épouvantables. Alors nous employâmes promptement le remède que sa charitable voisine nous avoit enseigné, et qui fut si efficace, qu'elle rentra, ferma sa porte avec violence et cria avec force un temps infini dans la maison et partit enfin par une porte de derrière. Le samedy nous vîmes un homme dans le cercueil, sous la porte d'une auberge, à Longjumeau, qui avoit été assassiné la nuit précédente entre cet endroit et Antony. C'éloit un marchand de beurre et d'œufs du Gàtinois (jui s'en retournoi t de Paris. Les brigands qui a voient fait ce coup horrible n'a voient point trouvé son argent, qui éloit la somme de mille livres et qu'on trouva au fond d'un panier sur sa charrette.
Le samecly, avant notre départ pour Longjumeau, je me trouvai à notre assemblée de l'Académie royale, où nous jugeâmes les prix des élèves. Le premier prix de peinture fut adjugé au sieur Peyron l, et celui de sculpture au sieur Segla.
1 Jean-François Peyron naquit à Aix le lo novembre 1 7 4 i ; il eut pour premier maître un de ses compatriotes, nommé Arnulphi; puis il vint à Paris en 17G7, et étudia d'abord chez Lagrenée et ensuite chez Dandré Bardon. Peyron entrait dans la carrière au moment du retour vers l'antique ; Vien exécutait sa révolution, Dandré Bardon travaillait à ses costumes des anciens peuples ; la réaction était générale : Peyron s'y donne corps et âme; il étudie Poussin, si négligé alors, grave d'après lui plusieurs estampes; il copie, l'antique, et obtient le prix dont parle ici Wille sur un tableau représentant la Mort de Sénèque. Depuis 1775, époque où Peyron a vécu à Rome, jusqu'à 1781, date de son retour en France, il exécuta plusieurs tableaux analogues. C'étaient Cimon qui se dévoue à la prison pour en retirer son père, Soerale retirant Alcibiade d'une maison de cour tisanes, les Athéniens
Le il. Répondu à M. Schmuzer, à Vienne. Je l'instruis de quelle manière il doit s'y prendre pour bien imprimer. Les détails que je lui en donne sont très-amples.
Répondu à M. Pieliler, sculpteur, à Vienne. Je lui apprends que les cent soixante livres qu'il m'avoit envoyées pour être payées à son tailleur ont été touchées contre une quittance que je lui envoyé. Je lui dis qu'il est très-fautif de ne m'avoir pas écrit que son tailleur avoit des billets de lui. Cette lettre est dans celle de M. Schmuzer.
Le 16. Répondu à M. Klengel, à Dresde. Je lui dis que j'ay la nouvelle que les tableaux sont arrivés à Strasbourg, et je lui mets une assignation de vingt-quatre ducats, sur M. P. Resler, qui sont le payement convenu entre nous.
tirant au sort pour être livrés au Minotaure. En 1785, Peyron fut nommé membre de l'Académie de peinture, et, en 1785, directeur de la manufacture des Gobelins. Sa vie était entièrement consacrée à Fart, et il peignit un grand nombre de tableaux toujours en vue de la restitution de l'antique. La dévolution lui retira ses commandes et lui ôta sa place; ce fut pour lui un coup mortel. Il fut quelque temps sans travailler; mais bientôt l'ouvrage reprit le dessus, et on le voit peindre à cette époque deux tableaux qui ont une certaine réputation : Paul-Êmile sindignant de l'humiliation où se réduit Persée, et Antigone sollicitant de son père le pardon de son frère Polynice. Enfin Peyron mourut le 20 janvier 1805, après avoir eu une agonie de dix ans. On prétend que David disait de Peyron : Peyron m'a ouvert les yeux.
Le talent de Peyron n'est pas agréable. Ses personnages sont encore plus roides que ceux de David, et il n'avait pas l'intelligence supérieure du peintre des Sabines; on lui doit de la reconnaissance plutôt pour l'intention que pour la réalité; car, pour oser tenter une réforme, il faut une grande supériorité de talent et une habileté soutenue, et Peyron n'avait aucune de ces deux qualités.
J'ay pris médecine par deux fois, puisqu'il falloit la prendre.
Le 17. Ma femme avec notre fils Frédéric, notre nièce Coulouli, madame Chevillet et la petite Manon, sont partis pour Choisy et Thyais, voir notre belle-sœur Deforge et y passer plusieurs jours.
J'ay fait partir un petit tableau fait par notre fils aîné, représentant trois demi- figures, dont une mère tenant un panier de cerises sur ses genoux et regardant son fils qui veut en avoir de sa grand'maman qui en tient deux fort élevées et qu'il voudroit atteindre. Ce tableau lui a été commandé par M. V. Lienau, négociant à Hambourg, mon ancien ami. C'est là le premier tableau que mon fils ait fait pour les pays élangers et le quatorzième qu'il a produit.
Le 18. Répondu à M. Lienau. Je l'instruis du départ du susdit tableau à dix-huit louis, de même que des eslampes.
M. Gnttenberg est revenu de Baie, où il a travaillé chez M. de Mechel, mon ancien élève, mais pas trop content.
Répondu à M. Meyer. Je lui dis que, dans la caisse à M. Lienau, il y a sept desseins que celui-cy doit lui remettre, de même que mes Bons Amis.
Le 20. Je partis en carrosse de remise avec mon fils aîné, pour chercher à Thyais, près de Choisy, ma femme et notre fils Frédéric, que nous avons trouvés en parfaite santé. Nous avons, après avoir dîné chez notre bellesœur, madame Deforge, parcouru les appartements 'du château et sommes revenus le soir à Paris. Il n'y avoit que moi qui n'étois pas content, parce qu'une fluxion sur la joue me gênoit singulièrement.
Le 25. Écrit à M. Dielricy. Je me plains de n'avoir point de ses nouvelles, et lui dis que j'avois envoyé à M. Resler, pour lui remettre, quatorze estampes du cabinet de M. le duc de Praslin, de même que mes Bons Amis, d'après Oslade. Je lui demande quelques éclaircissements sur un certain tableau qui est à Berlin. Je le prie de songer à moi s'il trouve à acheter quelques-uns des tableaux qu'il a faits autrefois, puisqu'il ne travaille plus.
Le 26. Reçu six tableaux faits par M. Klengel, qui sont, etc.. Je lui ai fait passer de l'argent pour ce.
Le 2. Je fus à l'assemblée de l'Académie royale. M. l'abbé Terray, contrôleur général, prit place, pour la première fois, en qualité de directeur général. M. Roëttiers, graveur de médailles, y fut agréé et reçu en la même assemblée.
Le 9. Répondu sur trois lettres de monseigneur l'évêquc de Callinique à Sens. Je lui renvoyé les cinq planches qu'il avoit gravées à l'eau forte, qui sont repolies et revernies de nouveau, après que j'eus fait tirer le nombre d'épreuves qu'il a désiré, et que je lui envoyé en même temps.
Le 10. M. le Seurre de Mussez, conseiller au Châtelct, Vieille Rue du Temple, à l'hôtel d'Epernon, m'est venu voir avec son précepteur, me prier de lui enseigner à graver à l'eau-forte. Je lui ay promis de lui donner quelqu'un. Il est jeune et aimable. — Je lui ay donné M. Gultenberg.
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Le 12. S. A. monseigneur le prince Adam Czartoriski, étant arrivé depuis deux jours à Paris, me fit l'honneur de me venir voir. Il est toujours aimable et de la plus grande politesse; il resta longtemps avec moi. Il m'a dit qu'il resterait l'hyver icy. Il a amené madame la princesse et les deux princesses ses filles. Je compte lui faire ma cour sous peu de jours.
Le 16. Répondu à M. Dunker, qui est toujours à Berne, où il me paroît qu'il se plaît beaucoup, mais je l'exhorte à ne pas trop tarder s'il veut faire le voyage de Paris. Le temps deviendra vraisemblablement et incessamment mauvais.
M. Delaire, négociant de la Rochelle et membre de l'Académie de cette ville, me vint voir simplement pour pouvoir dire qu'il m'avoit vu, comme il le disoit.
Le 24. Me vint voir, en se recommandant, M. Clémens1, jeune graveur de Copenhague et élève de M. Preisler, mon ancien camarade. Il me montra de ses ouvrages, où il y a de l'amour, même du dessein. Il va rester environ trois ans icy, ayant une pension de douze cents livres par an; cela le mettra à même de pouvoir améliorer son talent et étudier, s'il veut.
J'allai faire ma cour à S. A. Monseigneur le prince Czartorisfci, qui loge à l'hôtel de Chartres, rue de Richelieu; mais il étoit déjà parti se promener au jardin du Palais-Royal. Je m'y rendis, et il me reçut avec la pins grande politesse possible et une affabilité peu commune, me présentant lui-même à madame la princesse Czartoriska, et, après m'être promené avec eux pendant quel-
1 Jean-Frédéric Clémens naquit à Copenhague en 1748. Il travailla successivement à Berlin et à Genève, et retourna ensuite dans sa patrie, où il mourut en 1831.
DE JEAN-GEORGES WILLE 501 que temps, j'en pris congé pour revenir chez moi, où dix personnes m'altendoient pour me voir et voir mon cabinet.
Le 26. Mon tils me donna à choisir un sur quatre desseins qu'il venoit de faire. J'en fus embarrassé; cependant je me décidai pour un Turc enfreignant la loi en buvant du vin, fait spirituellement à la plume et un peu lavé au bistre.
Le 2. MM. Schulze et Rohr, le premier graveur et l'aulre peintre, tous deux de Dresde, étant arrivés en cette ville de Paris, me sont venus voir sur-le-champ avec beaucoup de lettres de recommandation de plusieurs de mes amis en Saxe. Je les ay fait loger en chambre garnie, dans la rue Mazarine, ayant envoyé notre domestique avec eux pour retirer leurs valises de l'endroit où ils étoient descendus; car elles contenoient des estampes que plusieurs jeunes artistes de Dresde m'ont envoyées pour savoir mon sentiment, et j'étois impatient de les voir. Ces jeunes graveurs sont Weise et Hotzmann. M. Bause les avoit aussi chargés, à Leipzig, du portrait de M. de Haller. MM. Schulze et Rohr paroissent de fort jolis garçons, remplis du désir de pousser leurs talents aussi loin qu'il est possible.
Le 4. Nous est arrivé un tonneau de choucroute de Strasbourg, que M. Eberts nous envoyé.
Le 7. J'allai voir de grand matin M. Chevillet, qui est malade, ayant eu une petite attaque d'apoplexie, mais il étoit mieux, Dieu merci!
L'après-dîner, j'allai voir mon ami M. Debesse, architecte. Il me montra d'abord plusieurs beaux tableaux qu'il venoit d'acquérir, et nous passâmes la soirée à voir des desseins qu'il a en portefeuille; après il vint souper au logis, où notre ami M. Messager se trouva aussi.
Le 8. Aujourd'hui, M. Chevillet va encore mieux.
Le 20. M. Lolenhofer, fils d'un négociant à Nuremberg, m'est venu voir de la part de M. Schmidt, à Hambourg.
Le 24. M. Dulfus, gentilhomme polonois, m'est venu voir, m'apporlantdes lettres de M. Huber, professeur de langue françoise à Leipzig, chez lequel il a été, pendant cinq années en pension, en faisant ses études dans l'université de Leipzig. Ce jeune gentilhomme est fort aimable.
M. Chevillet est tout à fait rétabli; il a même soupé chez nous depuis.
Le 2. M. Baader a retiré d'entre mes mains l'argent qu'il m'avoit successivement confié pour le lui garder, étant plus en sûreté chez moi que chez lui.
Le 5. M. de Watleville \ fils de M. de Watteville, envoyé de la république de Berne, m'est venu voir.
Répondu sur deux lettres de M. Huber, à Leipzig. Dans la première, il m'annonce le départ, entre autres
1 La vente des tableaux de M. le comte de Watteville, — celui dont il est ici question, sans douie, — se fit le 12 juillet 1779, et le catalogue est rédigé par P. Remy et P. Delaunay. Il y avait dans cette vente quelques tableaux fort remarquables des écoles flamande et hollandaise.
choses, de deux tableaux à gouache par Wagner; dans la dernière, il pense qu'ils me sont parvenus. Je lui dis donc que je n'ay eu aucune nouvelle de tout cela, et que je le prie de prendre quelques informations sur ce point.
Reçu un paquet d'estampes de M. Bause, et y étoient jointes quatre gouaches par Wagner, que M. Zingg m'envoye en payement de ce qu'il me devoit.
Le 10. Répondu à M. Bause, dont j'ai reçu aujourd'hui trente-six portraits, MM. Sulzer et Mendelsohon. Je lui envoyé une assignation sur M. J.-T. Richter, pour y toucher cent quarante-neuf livres, sur lesquelles je dois à M. Bause cent huit livres. Par conséquent il restera enlre ses mains, à moi appartenant, quarante et une livres. 11 y avoit dans le même paquet deux tableaux à gouache par Wagner, qui sont excellents, et deux esquisses en couleur du même. C'est M. Huber qui avoit été chargé de me les expédier.
Le 15. Répondu à M. V. Lienau. Je lui dis les raisons qui m'obligent de croire que le projet de son ami, par rapport à la gravure des desseins de Rembrandt, ne pourroit être ni faisable ni profitable; en outre, que le jeune peintre pourroit venir s'il sait un peu la langue et s'il a de l'argent.
Le 19. J'allai le matin, avec mon fils aîné, aux Augustins, y voir les tableaux que M. Lebrun a fait exposer, et dont la vente doit commencer demain. Il y avoit de bonnes choses, et, comme M. Debesse m'avoit promis de s'y trouver, il s'y trouva en effet, et je lui aidai, comme il m'en avoit prié, à choisir d'avance quelques pièces pour son cabinet, et dont il va tenter l'acquisition. De là, nous allâmes chez lui. De retour chez nous, nous
trouvâmes M. et madame Coulouli, mon neveu et ma nièce, qui ont dîné chez nous.
Répondu à M. Zingg. Je lui accuse la réception des Wagner, et, comme pour former notre compte il lui revenoit un louis de ma part, que j'avois ordre de lui de le remettre à madame Aliamet, je l'ai fait, et lui envoyé la quittance.
J'ay acheté, dans la vente de M. Lebrun, un petit Lableau d'Ostade.
Le 25. Répondu à M. J.-V. Meyer. Je lui dis que j'aurai soin des estampes qu'il me demande, et que je tacherai de troquer son Saint Florentin, puisqu'il l'a double. Je lui dis aussi que j'ai reçu son à-compte, de même que les desseins des maîtres qu'il m'a nommés sont trèsrares et Irès-chers, et que j'ay, par la voye que j'avois indiquée, trouvé le ducat de Brème.
Répondu à M. G. Winckler, à Leipzig. Je lui marque mes regrels sur la mort de M. J.-T. Richter, qui éloit mon ami depuis nombre d'années. Je lui envoyé le prospectus de la feuille périodique qui doit parôître à la place de Y Avant-Coureur, et le prie de me céder quelques desseins de Wagner, dont il en a plusieurs.
Le 26. Répondu à M. Gier, à Bordeaux. Je lui mande (jue M. Meyer lui remettra ses estampes, que le courrier de Bordeaux doit lui porter, en étant chargé par M. Seguineau.
Le 27. Répondu à M. Meyer, chez MM. Boyer, Merler et Zimmermann, à Bordeaux. l\ y avoit exactement un an qu'il m'avoit écrit sans que j'eusse fait réponse- Cela n'éloit pas bien de ma part.
Le 1er. Grand concours de monde chez nous. Le même jour, j'allai chez monseigneur le prince Gzartoriski, par rapport à la nouvelle année.
Ma femme a été indisposée.
Le 8. Répondu à M. Nilson1, graveur à Àugsbourg. Il désireroit, dans sa lettre, que je me chargeasse de la commission d'envoy d'estampes pour M. Sehweiger, marchand d'estampes à Barcith; mais, comme M. Basan lui a fait ses commissions depuis nombre d'années, et que j'élois pour M. Basan le traducteur des lettres de ce marchand, j'ay refusé poliment la demande deM. Nilson. Ce n'est pas le tout d'avoir quelque peu de talent, il faut être aussi honnête homme et ne pas trahir la confiance d'un ami qui vous a confié les secrets de son commerce.
Le 10. Répondu à M. le baron Albert de Seckendorf, chambellan et conseiller intime de régence deS. A. S. Monseigneur le margrave de Brandebourg, à Anspach. Je lui fais mes compliments s:ir son retour de France et d'Italie et lui marq: e que j'ay remis son rouleau d'estampes à M. Riderer, qui me les a payées.
MM. Weisbrodt et Rôhr vinrent me dire qu'ils avoient fait transporter M. Schulze, jeune graveur de Dresde, dans la chambre des malades de Suède, où il seroit bien mieux soigné, dans sa cruelle maladie, moyennant huit livres par semaine, que dans sa chambre garnie, où
1 Jean-Esaù Nilson naquit en 1721 et mourut en 1788. Il était fils d'un peintre en miniature, André Nilson, et il était lui-même peintre et graveur; il a gravé une série de portraits d'après ses propres dessins; la gravure en est froide, et il a encadré ces portraits de bordures ridiculement surchargées.
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beaucoup de choses lui manquoient. Si M. Rivière, chargé d'affaires de la cour de Saxe, n'avoit pas répondu de cette dépense à M. l'aumônier Baer, je laurois fait, comme je l'avois déjà offert; mais il en a répondu de grand cœur. 11 ne faut laisser périr personne lorsqu'il y a moyen d'être secourable.
Le 11 . M. le baron de Bock, Livonien, M. le baron de Risch, Saxon, et M. le docteur Bausch, de Hambourg, me sont venus voir. Ce dernier est beau-frère de mon ami M. V. Meyer. Ces messieurs sont tous fort aimables, avec des manières aisées et honnêtes. Je leur ay fait voir avec plaisir mon cabinet, d'autant plus qu'ils ont quelques connoissances et de l'amour pour les arts. M. le docteur Bausch m'a cédé trois différents ducals pour ma collection, qui me font plaisir.
Le 16. M. Scheidel, peintre natif de Bamberg et pensionnaire de l'évêque de Wiirzbourg et Bamberg, m'est venu voir et m'a présenté plusieurs lettres de recommandation de quelques amis en Allemagne. 11 m'a depuis montré deux portraits de sa façon, mais il doit encore étudier icy. Je lui ay dit nettement, après qu'il m'en avoit prié, mon sentiment.
Le 25. Répondu à M. Klengel, peintre de paysage- à Dresde. Il m'avoit prié de lui mander franchement mon sentiment sur ses tableaux. Je l'ay fait sincèrement el assez amplement, car il seroit dommage qu'il donnai dans des routes écartées du vrai but.
J ay été pendant huit jours, tous les soirs, à la vente de desseins et estampes que faisoit M. Basan aux Augus-
tins J'en ay acheté plusieurs pour moi, entré autres deux petits desseins au crayon noir et laves d'encre de la Chine par N. Berghern1. qui sont charmants; aussi m'ontils coûté quatre cents livres.
M. le baron de Weittersheim, de Strasbourg, m'est venu voir. M. Eberts l'avoit chargé d'un almanach de Mannheim pour moi, et qu'il m'a remis.
M. Kruthoffer m'a remis deux médailles d'argent qu'il m'avoit fait venir de Yienne, l'une frappée sur la prestation de foi et hommage à la maison d'Autriche, par les royaumes de Gallicie et de Lodomirie démembrés de la Pologne. Le portrait de l'empereur et de l'impératrice, sa mère, sont d'un côté, et de l'autre une figure allégorique à genou, avec les armes des deux provirïces devant l'Autriche, qui est assise dans un trône antique. L'autre médaille représente le feu prince de Lichstentein, que l'impératrice a fait frapper pour honorer la mémoire de ce prince, qui étoit grand maître de l'artillerie et homme estimable.
J'ay commencé la collection des jetons de tous les corps de Paris dans les emplois, sciences, arts, académies, ateliers, etc. Cela pourra me mener loin.
Le 24. Monseigneur le prince Poniatowski, neveu du roy de Pologne, me fit l'honneur de me venir voir. Le prince, qui me fit, il y a deux ans, le même honneur, resta pendant deux heures avec moi dans mon cabinet, en raisonnant constamment sur les arts, de même que
1 Nous ne voyons plus paraître à la vente de Wille qu'un seul de cesdessins. Il y est ainsi décrit : « Un paysage au milieu duquel est un rocher percé ; sur le devant on voit une femme qui tire du lait à une vache ; plusieurs animaux les environnent. Il est très-spiriluellement touché à la pierre noire et lavé d'encre de la Chine par Berghern. »
M. d'Agincourt l, fermier général avec lequel il étoit venu chez moi.
Le 25. Mademoiselle Yigée2, fille de feu M. Yigée, peintre, nous vint voir avec madame sa mère. Elles sont fort aimables l'une et l'autre et se sont très-aniusées dans mon cabinet de tableaux et de desseins. On m'assure que mademoiselle Yigée a beaucoup de talent dans la peinture. Je compte m'en instruire par mes yeux. Elles ont paru très-contentes de l'ouvrage de mon fils.
Le 26. Je pris mon fils aîné avec moi, en allant chez M. Dessemet, orfèvre rue Saint-Antoine, pour y acheter quelque vaisselle d'argent, consistant en une soupière et six plais assortis selon les services. Je n'avois rien dit de mon dessein à ma femme, qui fut fort surprise et enchantée de mon action, de même que noire fils Frédéric en voyant mon acquisition. 11 n'y avoit que Wille qui étoit du secret, mais qui ne revint pas avec moi, m'ayant quitté pour aller à la Comédie-Italienne.
M. le docteur Bausch est venu prendre congé de moi, mais je n'y étois pas. J'en suis fâché.
Le 15. Madame la princesse de Kinski m'a fait l'honneur de venir chez moi. Elle aime singulièrement la gravure et paroît bien bonne princesse.
MM. Debesse et Radel, architectes experts de mes amis, m'étant venus trouver pour me mener à la nou-
1 II est sans doute ici question de l'auteur de Y Histoire de Vart par les monuments.
2 Cette demoiselle Vigée devint plus tard la célèbre madame Lebrun, et nous verrons bientôt Wille admirer les œuvres de cette artiste.
velle Halle aux Veaux y voir poser la première pierre par M. deSartines, lieutenant général de police. Tout cela se fit avec cérémonie, et les coups de boëte ne furent pas épargnés. La musique militaire des gardes françaises s'y fit aussi entendre, et heureusement il fit le plus beau temps du monde.
M. Desfriches, d'Orléans, notre ancien ami, est venu plusieurs fois nous voir, a soupé chez nous, etc.
Le 21. Mon neveu, M. Coulouli, et ma nièce, sa femme, ont dîné et soupé chez nous. Ils étoient venus voir les processions, car c'étoit l'anniversaire de la réduction de Paris.
Le 22. Répondu a M. Stùrz, à Gotha. Il me mandoit que le libraire Ellinger, de ladite ville, alloit publier une Gazette littéraire et des arts. 11 désiroit que je lui envoyasse les nouvelles estampes qui pourroient paroître à Paris. Je consens à le foire de deux mois en deux mois; que M. Ettinger peut m'écrire plus amplement et me rembourser mes deniers en temps et lieu.
AVML 1774.
Le 18. M. Kalckhofer, conseiller de régence de l'électeur de Mayence, m'apporta, de la part du premier ministre, M. le baron de Grosschlag, douze ducats nouvellement frappés avec de l'or du Rhin, qui sont superbes; de même qu'un treizième ducat ancien et curieux.
Le 20. Un jeune M. Usteri, de Zurich, m'est venu voir, m'apportant des lettres de recommandation de son parent, M. Usteri. C'est un jeune homme fort aimable.
J'ay fait graver la lettre au bas de ma nouvelle planche (par M. GuKenberg, mon graveur de lettres ordinaire,
quoiqu'il n'en fasse pas profession), à laquelle j'ay donné le litre : Sœur de la Bonne femme de Normandie1, et cela est très-vrai, mon fils ayant fait le dessein d'après elle; car la bonne femme de Normandie est morte.
Le 1er. J'allay faire visite à M. Kalckhofer. Il m'avoit promis de souper chez nous ce soir (car je donnois un petit repas à plusieurs personnes, dont M. Usleri, de Zurich, en étoit); mais il m'écrivit l'après-midy ses excuses.
Le 2. M. Becker, secrétaire de M. le comte de Looss, envoyé de Saxe, me remit quelques desseins et estampes, de la part de M. Winckler, de Leipzig, et des lettres de lui et de MM. Huber et Bause.
Le 10. Mourut à Versailles Louis XV, roi de France, après une maladie de plusieurs jours. Il éloit dans sa soixante-quatriàme année, étant né en 1710, ayant régné cinquante-neuf ans. Son petit- fils, prince de grandes espérances et de qualités très-éminentes , lui succède sous le nom de Louis XVI.
Le 11. Bépondu à M. Abraham Fontanel, marchand d'estampes et libraire, à Montpellier. Je le remercie des vingt-cinq bouteilles de lunel blanc et rouge dont il m'a fait présent et qui est des plus parfaits. Je compte lui envoyer une douzaine d'épreuves de la nouvelle planche que je vais mettre au jour.
Le 22, premier jour de la Pentecôte; ma femme est partie pour Thyais, près Choisy, accompagnée de notre
1 N° 72 du Catalogue de l'œuvre de Wilîé, par Ch. Leblanc-.
fils Frédéric, de madame Coutouli, notre nièce, et de M, Coutouli, frère de son mari, comme aussi le fils de notre nièce. Ils ont passé les festes chez sa mère et sont revenus le jeudy au soir en parfaite santé.
Le 28. Je fus obligé d'assister à la reddition des comptes de notre Académie royale. M. Pierre, premier peintre du roy, les recteurs, directeurs, professeurs du mois, MM. Chardin, trésorier, et Cochin, secrétaire, y assistèrent. Cela dura depuis neuf heures et demie jusqu'à près de deux heures. Après cela nous allâmes tous à un repas splendide, chez M. Cochin. Au sortir de-là, vers les six heures, nous allâmes à l'assemblée de l'Académie qui se tint ce jour-là.
Le 50. J'ay mis au jour le pendant de la Bonne femme de Normandie, sous le titre : Sœur de la Bonne femme de Normandie. Je l'ay achevée depuis peu, d'après un dessein que mon fils avoit réellement dessiné d'après la sœur de la bonne femme, et je l'ay dédiée à M. Debesse, architecte expert du roy, qui est mon bon ami.
Le 51. J'ay envoyé à M. Fontanel douze épreuves dont trois avant la lettre, port payé, par reconnoissance, et le 2 juin je lui en ay donné avis par lettre.
Le 5. M. Kalckhofer, conseiller de régence de l'électeur de Mayence, a pris congé de moi. Je l'ay chargé d'une lettre pour M. le baron de Grosschlag, premier ministre de l'électeur, dans laquelle je le remercie des ducats qu'il m'avoit envoyés. Je lui envoyé roulées sur un bâton mes deux nouvelles estampes. Les mêmes y sont pour M. Kalckhofer.
Le 4. J'ay envoyé à M. Daudet la planche que M. Weisbrodt m'a gravée à l' eau-forte, d'après Wagner, avec le tableau. Il m'a promis de me l'achever, de même que le pendant que M. Wcisbrodt grave actuellement.
Le 5. M. Baader étant revenu delà campagne, a soupe chez nous avec MM. Pariseau et Weisbrodt. Le premier nous a presque fait crever de rire. Je ne connois pas son pareil.
Le 7. MM. Usteri et Eschcr ont pris congé de nous et sont partis pour faire un tour en Angleterre.
Le 8. M. le baron de Palm, attaché au margrave de Bade-Durlach, m'est venu voir, mais je n'y étois pas. Il ne doit rester que huit jours à Paris.
Le 9. Petite Fête-Dieu. Ce jour, lesjeunespeintresexposent leurs ouvrages dans la place Dauphine. Un critiqueur imprudent excerça sa langue sur les ouvrages d'un pcinlre qu'il ne soupçonna pas près de lui, et reçut force coups au visage par l'offensé. Le tumulte fut grand et prompt; la plupart des spectateurs, et j'en fus, ne faisoient qu'en rire.
Le 10. Ma femme, noire fils Frédéric, ma nièce madame Coutouli, et M. Baader, allèrent à la Muelte y voir notre roy et la reine, qui sont les plus aimables. Ils ont dîné à Boulogne, et sont revenus le soir fort satisfaits de leur voyage.
Le 11. Bépondu à M. Meyer, à Hambourg. Il s'intéresse à faire entreprendre le commerce d'estampes à un jeune homme de sa ville et me demande si je voudrois bien lui faire des envois de Paris. Je lui dis que : oui: il demande six mois de crédit. Je dis encore : oui.
M. Schaf, Saxon, habile homme établi à Londres, passant par Paris pour aller en Allemagne, m'est venu voir.
Le 24. Jour de la feste de la Saint-Jean, il y eut chez nous, comme aussi la veille, concours de monde pour me souhaiter la bonne fête.
Le 25. Ce jour étoit un jour d'inquiétude pour nous, mais qui se termina en joyeet satisfaction. Notre fils aîné, P.- A. Wille, ayant présenté ses ouvrages à l'assemblée de l'Académie royale, y fut agréé avec un applaudissement presque universel. Il eut le pas sur trois autres, comme fils d'académicien, et fut introduit le premier dans l'assemblée. Les trois autres qui furent également agrées étoient, MM. Théolon1, peintre de sujets familiers, Pérignon 2, peintre de paysages à gouache, etCathelin 3, graveur. Lorsque l'assemblée se leva, on me fit des compliments nombreux de tous côtés, sur l'agrément de mon fils, et il les reçut également de tous les membres de l'Académie, les uns après les autres.
MM. Peters et Rode, celui-cy de Lubeck, l'autre Poméranien, me sont venus voir. Ils sont négociants et ont beaucoup voyagé.
Le 22. Ce jour, ma femme, étant malade, a été saignée deux fois dans la journée.
1 Etienne Théolon naquit à Aigues-Mortes en 1759 et étudia à Paris; il peignit quelques sujets mythologiques, tels qu'une Invocation à l'amour, Jupiter et Léda, Bacchus et Érigone, etc. Il mourut à Paris en 1780.
2 Nicolas Pérignon, dessinateur, peintre et graveur, naquit à Nancy vers 1716, et mourut à Paris en 1782 ; son nom est à peine connu aujourd'hui.
3 II s'appelait Louis-Jacques Cathelin, et naquit à Paris en 1756 ; il était élève de J.-P. Lebas, et grava dans son genre un grand nombre de vignettes et de portraits.
Le 25. Répondu sur plusieurs lettres de M. Lienau. Je lui manae que son tableau n'est pas de Berghem ; que je crains ceux qu'il veut m'envoyer; que mon fils a élé reçu à l'Académie royale; que je le remercie du morceau de bœuf fumé; que la presse étoit commandée et que je croyois pouvoir l'expédier au mois d'aoust; que je ne pourrois lui envoyer de graveur, vu qu'il étoit défendu qu'ils sortissent de Paris.
Ma femme a été malade, mais se porte mieux actuellement, Dieu merci !
Le 8. M. Peters a pris congé de moi. C'est un bien brave homme que j'aime bien. Il va en Allemagne, sa patrie, y jouir d'une fortune honnête, soit à Lubeck, soit a Hambourg. Il m'avoitprié de lui expédier une caisse de livres et d'estampes, par mer, à Hambourg, et je l'ay fait avec plaisir, en la faisant passer au Havre de Grâce, à M. Charles le Mesle, négociant.
Le 11. Écrit ou répondu à M. Schmidt, à Berlin. Je lui demande quelques estampes et l'assure qu'il aura des miennes par la voye de Hambourg, n'ayant aucune autre occasion plus directe pour le présent Je lui donne aussi avis de ce que mon fils a été agréé à l'Académie royale. Je lui envoyé aussi un billet de M. de la Tour et une quittance de M. Riderer, banquier, à qui j'ay payé sept cent trente-huit livres; mais, comme je ne devois à M. Schmidt que six cent soixante-douze livres, les cinquante-six restantes, je le prie de les payer à M. Rode, à qui je les devois.
Le 12. Répondu à M. B. Rode, peintre du roy de Prusse.
Je lui dis que M. Sehmidl a ordre de lui payer les cinquante-six livres que je lui dois, et je le prie de remettre à M. Schmidt les estampes de sa main que je lui demande, pour que celui-cy les joigne aux siennes; et, comme j'avois oublié de demander à M. Schmidt deux œuvres de M. Chodowiecki, je le prie de lui en parler. Je lui parle aussi de la réception de mon fils qu'il a vu enfant. Je le prie aussi d'assurer M. Nicolai qu'il aura bientôt de mes nouvelles et que j'étois bien flatté de son amitié, qu'il prouve par l'envoy qu'il me fait de sa Allgemeine Bibliotheket que son roman Sebaldus Nothanrjer m'a fait le plus grand plaisir.
Le 14. J'allay avec M. Sergent, un de mes imprimeurs, chez un menuisier pour y voir une presse que je fais faire pour être envoyée à un ami à Hambourg.
Me vint voir un peintre suédois de nation, me montrer des desseins de sa façon; mais je ne faisois pas semblant d'avoir entendu parler de lui, pour ne pas trop me livrer. Il m'a dit qu'il y a plus de trente ans qu'il est sorti de Suède, et je le crois bien- Il a parcouru presque toute l'Europe. Il cherche de l'ouvrage.
Un marchand d'estampes, établi à Amsterdam, nommé M. Creulz ou Cruis, natif de Berlin, vint chez moi. Il m'a paru intéressant et vif dans la conversation, si bien que je le gardai à dîner. 11 est parti le lendemain pour retourner en Hollande.
Le 20. Répondu à M. de Lipperl, à Munich. Je le remercie de deux médailles d'argent qu'il m'a envoyées; l'une est son propre portrait, l'autre celui de M. Dittmer, célèbre banquier à Ratisbonne, son ami. Je dis aussi que notre fils a été agréé à l'Académie royale. Je lui envoyé
un ducat frappe avec de l'or du Rhin, d'un côté est le portrait de l'électeur de Mayence.
Le 22. Ecrit à M. Frédéric Nicolai, célèbre auteur et libraire, à Berlin. Je le remercie d'abord des livres qu'il m'a envoyés en présent et je lui annonce qu'ayant une occasion d'envoyer une caisse à Hambourg, à M V. Lienau, j'en ay profité pour mettre dans la caisse un rouleau d'estampes au nombre de cinq, dont la Sœur de la bonne femme de Normandie est la dernière, et que M. Lienau est chargé de lui envoyer avec celle lettre ledit rouleau que je le prie d'accepier, et d'envoyer les autres à M. Rode, peintre du roy de Prusse, lequel est déjà chargé de remettre les cinq restant à M. Schmidt.
Le 25. Répondu sur plusieurs letlres de M. Huber, professeur de langue françoise à l'Université de Leipzig. Je le remercie des soins qu'il a eus de charger M. Becker, secrétaire du comte de Looss, des volumes que M. Nicolai m'a envoyés de Berlin. Je lui dis aussi que la bibliothèque de M. Weiss ne me parvient presque plus. Je lui parle de l'agrément de mon fils (qui est son compère) à l'Académie royale. Gela doit lui faire plaisir, car il l'aimoit beaucoup.
Le 25. Écrit à M. Cruis, à Amsterdam. Je le fais souvenir de ses promesses, par rapport aux anciens maîtres dont nous avons parlé. Je lui dis que j'aimerois mieux en recevoir de lui directement que par les mains d'autrui.
Le 27. Je fus à l'Académie royale y donner ma voix à ceux des jeunes gens qui y avoient travaillé pour les grands prix et qui me parurent le mieux les avoir mérités.
Le 28. J'allay voir l'exposition des ouvrages des membres de l'Académie de Saint-Luc \ à l'hôtel de Jabach. Les maîtres de cette Académie n'avoient rien exposé aux yeux du public depuis bien des années. 11 -y avoit quelques bonnes choses.
Le 30. M. Rôntgen, célèbre ébéniste, établi à Neu- Avied, près de Coblentz, m'est venu voir, en m'apportant une lettre de recommandation de M. Zick, peintre à Coblentz, et mon ancien ami. Comme M. Rôntgen ne connoissoit personne à Paris, je lui fus utile en lui enseignant quelques sculpteurs et dessinateurs dont il avoit besoin. Il est reparti pendant mon absence, ayant pris congé de ma femme.
Le 4. Je partis de Paris pour Longjumeau en voiture, accompagné de mon fils, de MM. Pariseau, Baader et Bervic, mon élève; MM. Guttenberg frères et Weber avoient pris les devants de grand matin. De cette manière, nous étions huit, cette année, à dessiner le paysage. J'ay fait neuf paysages, c'est-à-dire, sept à Saucière, un à Sceauxles-Chartreux et un à Longjumeau, tant au crayon rouge que noir ou colorié. Nous avons eu beaucoup de plaisir dans cette campagne, tant à cause du beau temps qu'il faisoit que parce que M. Baader, le plus grand farceur de la terre, nous fit presque crever de rire. Le samedy 10, ma femme, notre fils Frédéric, M. et madame Coutouli, mon neveu et ma nièce, nous vinrent trouver de grand matin. Après avoir bien dîné tous, nous revînmes
1 Ils n'avaient rien exposé depuis 1764. Le livret de 1774 comprend deux cent cinquante-huit numéros.
dans la voiture de ma femme, à Paris, nuit fermante, contents de notre voyage, et tous en bonne santé.
Le 14. On m'a procuré un louis d'or neuf, avec le portrait de Louis XVI. Au revers il n'y a que les armes de France seules. On m'a dit qu'il y en a treize mille de frappés.
M. Gier, négociant de Bordeaux, associé de la maison de MM. Lienau, me vint voir. Il est amateur des arts et paroît fort brave homme.
Le 15. M. William Webb, négociant de Londres, me vint voir.
Le 25. Ma femme, moi et nos deux fils, avons dîné chez M. deLaunay, graveur, en compagnie de M. et madame-Lempereur, M. et madame de Saint -Aubin, M. Choffard \ etc. G'étoit un festin, et nous sommes restés assez longtemps à table de fort bonne humeur.
1 Pierre-Philippe Choffard, né à Paris en 1750, appartenait à une famille peu aisée. 11 perdit ses parents à l'âge de dix ans, et fut placé, à cause des dispositions dont il avait fait preuve, chez un graveur do cartes géographiques nommé Dheulland ; mais, se sentant capable de choses plus élevées, il quitta cet atelier pour étudier seul. 11 se mit à graver quelques cartouches et à dessiner quelques vignettes qui eurent un vrai succès.. A partir de ce jour, Choffard avait trouvé sa vocation ; il avait compris que son esprit devait singulièrement s'accommoder de l'illustration délivres, et il s'y était livré en entier. Choffard peut être appelé le graveur du l'accessoire; mieux que personne il grave ce cartouche qui entoure un portrait de Ficquet, il orne de guirlandes un médaillon de Lemire, encadre une invitation de bal pour liindy à six heures, les Dames sans panier, et mieux que personne il sait rendre élégantes et faire regarder -ces réclames, qu'on est convenu d'appeler adresses. C'est celle deM.Prault fils, le libraire du quai des Augustins ; celle de Danthiau, un horloger de l'Abbaye-des- Prés ; d'Aubert, un marchand d'estampes de la rue Saint-Jacques , au Papillon ; de Vallayer, orfèvre autrefois aux Gohelins, présentement rue du Houle, au Soleil d'Or, et enfin c'est la sienne : Choffard, me des Francs- Bourgeois, place Saint-Michel, entre une porte cochère et un pâtissier, à Paris. Si vous demandez à Choffard des culs-de-lampe, des lètesde pages, îles
Le 29. Répondu à M. de Merz, à Nuremberg.
Écrit à M. Ch. le Mesle, au Havre, pour le prier de me marquer si la caisse marquée : I. P. à l'adresse de M. Burhardfixsen. à Hambourg, lui est enfin parvenue, et s'il Ta fait partir, ainsi que celle à M. V. Lienau.
Le 50. L'on me remit un louis d'or neuf avec le por-
lettres ornées, personne ne vous en fera mieux que lui. Ii a dans la main cette légèreté de touche, il a dans l'esprit cette heureuse fécondité qui fait tout pour ce genre de talent. 11 grave les armoiries, les trophées, les encadrements, les écrans, les éventails, avec un esprit infini; aucun détail ne lui échappe. Rien, pour lui, ne paraît difficile; il possède au suprême degré l'art de l'arrangement des objets entre eux, il groupe mieux que personne tout ce qu'il veut représenter, et chaque chose occupe bien sa vraie place. Choffard a été un des artistes les plus féconds du dix-huitième siècle; il dessinait lui-même ce qu'il gravait, et il est inconcevable qu'un seul homme ait pu à lui seul composer et graver un aussi grand nombre de planches; son œuvre s'élève, nous en sommes convaincu, à plus de quinze cents planches, et presque toutes sont d'après ses propres dessins. P. -P. Choffard mourut à Paris le 7 mars 1809; il était âgé de soixantedix-huit ans.
En 1805, Choffard publia une Notice sur V art de la gravure en France. 11 est toujours curieux de lire le travail d'un artiste sur l'art qu'il cultive, et Choffard était d'ailleurs fort capable, — il l'a bien prouvé dans cette brochure, — de nous apprendre un peu l'histoire de notre gravure nationale. C'est la première fois que l'on entreprenait un semblable travail; jusque-là la gravure avait été négligée des historiens ; on avait fait l'histoire des peintres, on avait écrit les vies des sculpteurs et des architectes, mais on n'avait pas dit un mot des graveurs ; cette négligence était injuste, et Choffard, qui le comprenait bien, a voulu combler cette lacune. Son but était donc louable, et son travail a été accueilli comme il méritait de l'être, avec une sympathie générale. Basan, le seul historien de la gravure à cette épo-* que, l'a réimprimé en tète de son édition de 1809, et c'était le complément naturel du Dictionnaire des graveurs, livre bien succinct, mais cependant consulté encore aujourd'hui avec fruit.
Choffard a gravé lui-même son portrait. 11 s'est représenté de profil, coiffé d'une perruque frisée, dans un médaillon soutenu par des guirlandes de Heurs. Son œil est vif, sa bouche intelligente, sa physionomie animée; sa figure est bien celle d'un homme spirituel et actif. Ce portrait, gravé en 1762, doit servir de cul-de-lampe à quelque ouvrage; mais nous ne savons auquel. C'est un petit in-12 gravé avec netteté, dessiné avec adresse, et donnant bien une idée du talent de P. -P. Choffard.
trait de Louis XVI, avec les armes de France et de Navarre au revers, comme étoient les anciens, et c'est de cette façon que cette monnoie doit être frappée de suite. Cela rendra rares les louis qui n'ont que les armes de France seules au revers.
Le 2. Ma femme, mon fils aîné et moi, avons dîné en bonne compagnie, chez M. Basan.
J'ay eu mal à un œil, ces jours-cy, occasionné apparemment par un coup de vent, ayant été un peu lard au Luxembourg. Cette incommodité m'a absolument empêché de m'occuper d'aucune chose.
Le 10. J'ay eu le prémier écu de six livres au coin * de Louis XYI.
Le 12. M. Averhoff, négociant de Hambourg, accompagné de M , que j'ay connu autrefois, m'est venu
voir. C'est un homme d'un certain âge, mais il paroît fort honnête homme. Il m'a cédé pour ma collection une petite monnoie d'or de deux thalers et demi, de Brunswick-Lunebourg , et son camarade, un quart de ducat de Hambourg, extrêmement rare. M. Averhoff m'a promis de m'envoyer, lorsqu'il sera de retour dans sa patrie, encore quelques pièces pour ma collection.
Le 16. M. le baron de Weltheim, envoyé extraordinaire du landgrave de Hesse-Cassel, me vint voir, accompagné de M. Tischbein. Il est chevalier de l'ordre Teutonique. Il est très-honnête et de la plus grande politesse. Il a été en dernier lieu au siège et à la prise de Bender sur les Turcs, ayant servi en sa qualité de cheva-
lier teutonique, comme volontaire, plusieurs années dans l'armée russe.
Le 18. M. Rigail, négociant d'Amsterdam, m'est venu voir, chargé de compliments de la part de M. Oelz, peintre de ce pays-là, que j'ay connu autrefois à Paris.
Le 21. M. Skall, jeune architecte de Dillembourg, accompagné d'un autre jeune homme de Weilbourg, aussi architecte, est venu m'apporter une lettre de M. Gunkel, mon cousin , et architecte du prince d'Orange, comme aussi une lettre de recommandation de M. Bôhm, professeur de mathématiques de l'Université de Giessen. Je tâcherai de leur être utile, s'il y a moyen.
Le 31. Répondu à monseigneur de Livry, évêque de Callinique.
Nous avons été, ma femme, Frédéric et M. Baader, vers Monceaux, y voir le jardin singulier du duc de Chartres. On y voit des pavillons chinois, des temples et cirques à colonnades antiques, et la plupart à moitié ruinés exprès, un château ruiné avec son pont et entouré d'eau, un moulin à vent à la hollandoise, une ferme et colombier, un hermitage, des ruisseaux circulant comme au, hasard, des bois irréguliers, des hauts, des bas, etc. Le tout très-curieux.
Le 10. Touché la pension de trois mois, par rapport à M. Wroczinski, mon élève, qui étoit échue ce jour-là.
Répondu à M. David Rôntgen, célèbre ébéniste, à Neuwied, près de Coblentz. 11 m'avoit remercié de quelques services que je lui avois rendus lorsqu'il étoit à Paris Tété passé. 11 me mande qu'il veut absolument me
faire un petit médaillier pour me souvenir de lui, et me demande un dessein selon mon goût; mais je lui dis qu'il me feroit plaisir d'agir selon sa pure volonté dans cette partie.
Le 12. Le roy est venu tenir son premier lit de justice au parlement, et l'ancien parlement est rentré par son ordre. Tout Paris étoit en mouvement, un peuple immense ne cessoit de crier : Vive le roy ! sur son passage, en allant et en revenant du palais. Le soir, beaucoup de maisons de Paris étoient illuminées»
Le 13. Répondu à M. S. Cruys, marchand d'estampes, à Amsterdam.
Répondu à M. Schmidt, graveur du roy de Prusse, à Rerlin.
Le 28. MM. Usleri, de Zurich, m'ayant envoyé pour ma collection sept pièces d'or, dont un ancien florin de Zurich, un demi-ducat et un quart de ducat de la même ville, un ducat d'Unterwalde, un de Lucerne, un d Ury et un de l'abbé prince de Saint-Galle, M. Heurtin, de Versailles, me les a fait remettre, et, comme il étoit autorisé à en recevoir le montant de moi, je l'ay satisfait sur-le-champ.
J'ay acheté une très-petite monnoie; d'un côté, il y a Henry IV et Marie de Médicis, de l'autre, leurs armes. Cette pièce est curieuse, elle est de 1605.
Le 9. Je reçus une lettre signée de C...., se disant officier de marine réformé, se recommandant à mes charités. Je lui envoyai six livres par mon domestique, qui
me dit n'avoir jamais vu personne aussi délabré et aussi touché de mon présent. Je n'ay jamais connu ce monsieur.
Le 10. Répondu à M. de Birckenstock, conseiller actuel de LL. MM. Impériales et Royales à la régence d'Autriche, auf dcm Kohlmarkt, n° 1179 l. Il m'avoit envoyé des découpures faites par un de ses amis, croyant que de tels ouvrages se placeraient avantageusement à Paris, et que même il pensoit que si ce découpeur faisoit le voyage, icy il pourroit y gagner pas mal d'argent. Je lui insinue le contraire de tout cela, et lui dis que le tout a été remis, selon ses ordres, à M. de Blumendorf. Je lui dis aussi que je lui destine une épreuve de ma nouvelle planche. Il m'a toujours paru faire cas de mes travaux.
Le lendemain que j'eus envoyé six livres à celui qui se disoit officier de marine réformé, et que je ne connoissois nullement, il m'écrivit encore une lettre, me priant de le mettre en état pour aller à Versailles solliciter sa pension au bureau de la guerre; mais, comme cette demande me parut un peu hardie et déplacée, je dis à son commissionnaire de dire à ce monsieur que je ne pouvois pas faire son affaire et que je le priois de ne plus penser à moi.
Le 11. Répondu à M. Schmuzer, à Vienne. Je lui envoyé dans ma lettre la note des estampes que j'ay fournies pendant cette année à S. A. R. Monseigneur le duc de Saxe-Teschen.
Le 12. J'ay écrit une lettre de remercîment à MM. Usteri, à Zurich, qui s'éloient donné la peine de m'a-
1 Sur le marché aux llerbes, n° 1179.
masser plusieurs monnoies d'or au coin de divers cantons.
Le 15. Répondu à M. J.-Y. Meyer, à Hambourg. Je lui dis que je songerai aux desseins de MM. Vernet et Loutherbourg. Je le remercie du ducat russe du dernier empereur.
M. Von der Sala, m'a apporté deux volumes, un fran. çois sur l'éducation, l'autre : Die Leiden des jungrn Werthers, de la part de M. Huber, à Leipzig.