MAY 170U
Le 3. J'ay chargé M.Schôninger 1 de deux estampes et d'un ducat de Salzbourg, qui part pour Vienne, pour les remettre à M. Schmuzer. Je lui devois le ducat pour un de l'empereur.
1 Le même s'est chargé d'un rouleau pour monseigneur le duc de Saxe- Teschcn. [Note de WÎlie.)
DE JEAN-GEORGES WILLE. 405 Le 4. Répondu sur deux lettres de M. Preisler, graveur du roi de Danemark, à Copenhague. Je lui dis que j'ay fait des commissions en papier, etc., pour imprimer la statue équestre du feu roy de Danemark, à Copenhague, qu'il a gravée1. Je Lui mande que le tout a été remis à MM. Tourlon et Baur, comme il l'a désiré, et qu'ils m'ont remboursé.
Écrit, par l'occasion de la lettre de M. Preisler, une petite que j'ay mise dans la sienne, à M. Wasserschleben, conseiller des conférences. Je me plains de son silence et le préviens du départ (dans son temps) de TesLampe que j'achève à présenl, qui sera envoyée par terre.
Reçu un ducat aux armes avec le portrait du prince évêque de Freysingue et d'Augsbourg, de la part de M. de Lippert, à Munich. Il me le devoit.
Le 6. Répondu à M. Y. Lienau, négociant à Bordeaux et mon ancien ami, de même qu'à M. Gier, négociant de la même ville, qui cherche, comme il s'exprime dans sa lettre, ma connoissance et mon amitié. Il me paraît amateur des arts.
1 Nous trouvons, dans un savant ouvrage paru récemment, des détails sur cette statue équestre gravée par J.-M. Preisler, d'après le dessin de J.-F. Saly. Nous les exlrayons de l'ouvrage de M. L. Dussieux, les Artistes français à l'étranger : « Saly résida à Copenhague de 1754 à 1775, et ne fut de retour à Paris qu'en 1776. Pendant ce long séjour, il fit la statue équestre de Frédéric V, que les États de Norvège érigèrent à ce prince sur la place Frédéric, à Copenhague. Le roi de Danemark est représenté en triomphateur romain, tenant un bâton de commandement; à droite et à gauche du piédestal, sont les statues du Danemark et de la Norvège; devant et derrière, l'Océan et la Baltique. Cette statue fut coulée en bronze par le célèbre fondeur français P. Gor, commissaire des fontes de l'Arsenal, qui fut appelé à Copenhague. Le modèle de la statue équestre de Frédéric V est conservé à Madrid, à l'Académie de Saint-Ferdinand. » Jacques-François-Joseph Saly est né à Valenciennes en 1717; il est mort à Paris le 4 mai 1776. Il était élève de Coustou.
Le 7. Répondu à M. Stùrz, conseiller de légation du roy de Danemark, à Copenhague. Je lui dis que mon fils lui fera volontiers de petits desseins pour des minéraux, et qu'il pourroit m'acheter des monnoies d'Asie, environ pour deux cents livres.
Le 9. Répondu à M. Schmidt, graveur du roy de Prusse, à Rerlin. Je lui mande que sa Présentation au Temple l, qu'il a faite d'après M. Dietrich, m'est heureusement arrivée. Je le prie pour d'autres.
Le 10. Mon fils aîné, qui avoit mal à un pied depuis une douzaine de jours, descendit la première fois pour dîner.
Le 12. Monseigneur l'évêque de Gallinique me vint voir sans me trouver.
Le 15. Répondu à M. de Lippert, à Munich. Je lui dis que je renonce aux tableaux en question, d'autant plus que le catalogue ne m'apprend que leur hauteur et largeur, etc., et que je n'achète rien sans le voir. Je le remercie du ducat de l'évêque de Freysingue, et lui envoyé un ducat de Suède, pour l'échanger contre un du prince de Liechtenstein, par Schega. Causa Académie.
Le 16. M. Wiedewelt, sculpteur du roy de Danemark, étant de retour de Londres de même que M. Jardin2, architecte du même monarque, m'a rendu visite sans me trouver au logis. Il doit partir pour Copenhague.
1 N° 1G7 du Catalogue de rOEuvre de Schmidt, par A. Crayon.
2 Nicolas-Henri Jardin, né à Saint-Germain des Noyers en 1728, mort à Paris en 1802. Il a construit le château de plaisance de Bernsdorf, à J;egeusdorf, et le palais d'Amaliégade, la salle des chevaliers au château de Christiansborg, à Copenhague, et le palais du comte de Moltke.
Joseph Berger, qui nous sert actuellement dans la huitième année en qualité de domestique, m'ayant demandé la permission d'aller, accompagné d'une de ses sœurs, à Xivrey en Lorraine, sa patrie, voir sa mère et régler quelques affaires de famille, a pris congé de nous après avoir servi le souper, pour coucher chez son frère et partir le 17 de grand matin. 11 m'a demandé un certificat que je lui ay donné avec plaisir, car il m'a servi fidèlement. Je ne lui accorde cependant que six semaines, au bout desquelles il doit être de retour, étant impossible que notre service permît un plus long retard.
Le 19. M. le général de Fontenay, envoyé de la cour électorale de Saxe, me vint voir. C'est un vieillard bien aimable. Il n'a rien perdu de sa bonne humeur depuis environ cinq ans que j'ay dîné en sa compagnie. Il est le doyen des ambassadeurs qui sont icy, et me paroît avoir quatre-vingt-cinq ans. Il m'a conté qu'en 1704 il avoit fait sa première campagne contre les Vaudois.
Le 22. Mon fils aîné me fit présent d'une tabatière de laque rouge garnie en or très-joliment ciselé, qu'il avoit fait faire exprès. Sur le couvercle, il y a une compagnie qui joue à la petite loterie, peinte à l'huile par lui-même et très-bien exécutée. J'étois fort sensible à la façon d'agir de mon fils, d'autant plus que la tabatière lui avoit coûté, comme je le sçais, douze louis d'or.
Le 27. M. Gier, de Bordeaux, m'a envoyé des gouaches de mademoiselle Dietsch, pour être vendues; mais..
Le 28. M. Langlois, marchand de tableaux et qui voyage toujours, me montra Loth et ses Filles, tableau du chevalier Yanderwerff l, qui est beau.
1 Ce tableau a été gravé en 177^, par N, Delaunay.
Le 29. M. Gérard, premier secrétaire des affaires étrangères, me vint voir, et, comme je n'avois pas l'honneur de le connoître, il me parla en allemand avec beaucoup d'affabilité, et je fis connoissance avec ce cher compatriote. Il a épousé depuis quelque temps -la fille d'un fermier général, qui étoit un bon parti.
Le 3J . Monseigneur l'éveque de Callinique, cet ancien et bon ami, nous vient voir deux fois, étant arrivé le même jour de Versailles, et doit partir demain pour Sens, sa résidence ordinaire. 11 a si fortement invité mon aîné à passer cet été quelque temps chez lui, que celuicy lui a promis avec mon consentement.
Le 1er. J'allai, accompagné comme à l'ordinaire de M. Daudet, voir et examiner un tableau de G. Le Lorrain, mais qui est en mauvais état. M. Chariot, huissier priseur, de ma connoissance, m'en avoitprié. Il me montra aussi quelques autres petits tableaux dont il a voit fait emplette. De là nous passâmes sur la place Dauphine voir ce que les jeunes artistes pouvoient avoir exposé à l'examen du public; mais il y avoit peu de chose à cause du mauvais temps; cette petite feste de Dieu étant pluvieuse.
Le 10. J'ay remis à M. Schenau la Galerie du Luxembourg pour l'envoyer, par le canal de M. Crusius à Leipzig, à M. Dietrich à Dresde, à qui j'en fais présent.
Le 1 1 . Répondu à M. de Livry. Je lui avois conseillé de m'envoyer la lettre qu'il vouloit écrire à M. Dietrich, que je la traduirois en allemand, parce que ce célèbre
DE JEAN-GEORGES WILLE. 409 artiste ne sçait pas le François. Cela s'est fait, et j'ay renvoyé le tout à Versailles, en ajoutant aussi une lettre pour M. Dietrich, à Dresde, en réponse à sa dernière, lesquelles M. de Livry lui fera parvenir ensemble. Le tout est pour négocier de petits tableaux, tant pour M. de Livry que pour moi, s'il est possible.
Le 15. Mourut dans notre maison, au second, M. Foubert.
Le 25. Beaucoup de monde vint me souhaiter ma feste et me présenter des bouquets. Mon fils aîné, à mon insu, s'étoit arrangé avec seize musiciens, qui firent, pendant que nous élions a souper, de leur musique devant notre maison. Cette altenlion de la part de mon fils me fit plaisir.
Le 24. Je reçus une lettre de chez moi écrite le 9 juin, ot une écrite par mon frère à Welzlar. La première était de ma belle-sœur, demeurant à l Obermùhle à Kônisberg en liesse, près de Giessen. Leur contenu me jeta dans la plus grande affliction et douleur, puisqu'elles m'annoncent l'une et l'autre la mort de mon bon frère, que j'ay toujours tendrement aimé. Il étoit né deux ans après moi et n'avoit que cinquante-deux ans. Sa veuve, ma belle-sœur, paroît inconsolable. Il l'a laissée avec cinq enfants. L'événement est des plus déplorables; mais ses enfants ont, Dieu soit loué, du bien. Je complois toujours avoir la consolation de revoir cet excellent frère; mais Dieu ne l'a pas voulu.
Le 26. Mon fils aîné est parti, accompagné de M. Ilalm, mon élève, par le coche d'eau, pour Sens, y voir monseigneur l'évêque de Callinique. Ils y comptent rester quelque temps.
11 m'est venu voir avec lettres de recommandation de M. Strecker un de ses élèves, nommé Ehremann.
Le 50. M. Guttenberg a achevé l'inscription que j'ay fait mettre au bas de ma nouvelle planche, dédiée à S. M. le roy de Danemark. Le titre de cette planche est le Concert de famille l. Cette planche est la plus considérable que j'aie faite. Elle m'a occupé deux ans et quatre mois. Cela est presque un peu trop, mais aussi le cuivre n'éloil pas trop bon; au contraire, il étoit de la plus mauvaise espèce, et cela est très-fàcheux.
Répondu à M. Ritter, architecte de la ville de Rerne. Je le remercie des peines qu'il s'est données de me procurer un ducat de sa république et une médaille d'argent. Je lui envoyé un ducat de Hollande pour le premier, et pour le second je le prie de m'instruire du prix.
Le 2. Répondu à monseigneur l'évêque de Callinique. à Sens.
Répondu à mou fils aîné, qui est allé chez monseigneur l'évêque de Callinique. La réponse à celui-cy est dans la lettre à mon fils.
Répondu à M. Schmuzer, à Vienne. J'ay mis une quittance dans la lettre par rapport à l'argent qu'il m'a fait loucher de la part de S. A. R. monseigneur le duc de Saxe-Teschen. Je lui dis qu'incessamment je ferai mon rcmercîment à l'Académie impériale sur ma réception et que je l'enverrai à M. de Sonnenfels, secrétaire de l'Académie.
1 Cetto estampe, gravée d'après Godelroy Sclialken, est mentionnée au n" 54 du Catalogue de l'œuvre de Wille, par M. Charles Leblanc,
Il est venu un jeune peintre de Darmstadt, élève de Seekatz, nommé M. Ott, avec lettres de recommandation; mais je n'y étois pas.
Le 5. Joseph Berger, mon domestique, est revenu de son pays après sept semaines d'absence. C'étoitoutre-passer la permission que je lui avois donnée.
Le 4. J'ay retouché chez M. Chevillet les estampes qu'il a faites pour moi.
Le 6. MM. de Livry, pore et fils, me sont venus voir de Versailles.
Le 7. Répondu à M. Strecker, premier peintre du landgrave de Hesse, à Darmstadt. Je le prie, entre autres, de m'envoyer des minéraux pour le cabinet de mon fils.
Le 14. J'ai fait partir pour Strasbourg, pour être de là envoyé par Hambourg à M. Wasserschleben, conseiller de conférence du roy de Danemark, à Copenhague, une caisse en toile grasse contenant une bordure très-bien sculptée et dorée et dont j'avois donné le dessein, avec ma nouvelle estampe, le Concert de famille, sous glace, que j'ay dédié au roy de Danemark. Il y a en outre pour ce monarque, dans cette caisse, un* portefeuille contenant vingt-quatre épreuves en feuilles de la même espèce; de plus six pour S. E. M. le comte de Bernsdorf; s i x po u r M . Wa s ser sch 1 eb en 1 u i-m êm e ; tr o i s p o u r M . S tu r z , conseiller de légation, également mon ami ; une pour M. Preisler, graveur du roy de Danemark; une pour M. le comte de Mollke; une pour M. le chambellan, baron de Schimmelmann: une pour M. Klopstock, célèbre poêle; une pour M. Als, peintre du roy. En tout quarante-quatre pièces.
M. de Livry, de Versailles, m'est venu voir.
Répondu à mon fils, qui est encore à Sens, chez monseigneur l'évêque de Callinique. Il me paroît qu'il s'y plaît.
Le 19. J'ay donné avis à M. Eberls, à Strasbourg, du départ de la caisse que j'envoye a M. Wasserscbleben et le prie de la faire partir tout aussitôt à sa destination. Elle est marquée : M. D. W. C.
Répondu à M. de Sonnenfels, conseiller de Leurs Majestés Impériales et Royales, secrétaire perpétuel de l'Académie impériale et royale de gravure, à Vienne. Je marque ma gratitude dans ma lettre envers l'Académie de m'avoir envoyé le diplôme de ma réception, et je prie M. de Sonnenfels d'exposer mes remercîmenls à l'assemblée. Je fais remettre ma lellre à l'hôtel de M. l'ambassadeur de la cour de Vienne, pour qu'elle parle avec le premier courrier.
J'ay été, accompagné de M. Daudet, à l'Opéra-Comique voir Cécile, où M. Cayot, ce célèbre acteur, m'a tiré des larmes des yeux en jouant le père nourricier. Cet homme est admirable dans son jeu.
Le 28. MM. les comtes de Lynar, Saxons, me sont venus voir. Ils sont frères et fort honnêtes.
Le 50. Répondu à M. Gier, à Rordeaux. Je lui dis que les petits tableaux de l'espèce de ceux qn'il m'a envoyés ne sont pas rares à Paris.
Répondu à mon frère, à Welzlar. Je plains beaucoup la mort de noire frère.
Répondu à mon fils, qui est encore à Sens, chez monseigneur l'évêque de Callinique.
Le 5. Me vint voir M. Dorner1, peintre de l'élecleur de Bavière.
Le 6. M. Dorner a dîné eliez nous.
Répondu à monseigneur l'évoque de Callinique. Un M. Desmoulins s'est chargé de lui porter ma lettre à Sens, de môme qu'une boîte de fer-blanc dans laquelle il y a pour monseigneur une épreuve avant et une avec la lettre de mon Concert de famille. Ce sont les premières qui soient sorties de mes mains en présent.
Répondu à mon fils, qui est toujours à Sens, avec monseigneur. 11 m'avoit envoyé plusieurs desseins paysages au crayon rouge et une composition dont il me mande qu'il a commencé la peinture.
Le 8. M. Dorner, peintre de l'électeur de Bavière, a commencé mon portrait sur une petite planche de cuivré. La tête n'est pas plus grande qu'une pièce de vingtquatre sols.
Le 9. M. le comte de Podewils, de Berlin, m'est venu voir. Je l'avois déjà connu il y a quatre ans, lorsqu'il étoit à Paris.
Le 10. M. Dorner a travaillé une seconde fois à mon portrait. Il doit l'emporter pour le finir à Munich.
Le 11. Mon fils aîné est revenu de chez monseigneur 1'évèque de Callinique, à Sens, qui l'a très-bien hébergé, de même que M. Halm, son camarade de voyage et mon élève. Il a apporté une tête de petit garçon, mais avec deux mains dans lesquelles il lient un oiseau : celte
1 Jacob Dorner, né vers 1741, mouiuten 181.5.
41 i JOURNAL
pièce est bien et grande comme nature; il en a fait présent à M. Daudet; un second tableau sur bois en petit, qui n'est pas tout à fait lî ni ; il représente une fille prête à donner à manger à deux enfants qui font leurs prières. Il est fort fini dans ce qui est fait et sera très-joli.
Après le souper, M. Dorner a pris congé de nous pour reparlir le lendemain pour Munich. Il a beaucoup de connoissance et du talent. Il a presque toujours mangé chez nous, et je regrette son départ.
J'ay fait présent à M. Dorner de plusieurs estampes, et il doit remettre à M. Lippert ma nouvelle pièce, le Concert de famille et le Pline en latin de l'imprimerie de Barbou. 11 est aussi chargé d'une lettre pour M. Lippert, à Munich.
Mes planches, d'après Schùtz, gravées à l'eau-forte par Dunker, et que Gouvillier 1 devoit finir, ont été criées publiquement (car on a vendu les effets de ce graveur, après s'être fait soldat); je les ay fait acheter vingt et une livres, je pouvois agir autrement; mais je les ay, et Gouvillier m'emporte quatre louis. Il étoit joueur.
Le 12. Répondu à la lettre de ma belle-sœur, in def Oberbiebermûhie zu Kômgsbery, en Hesse, près de Gio.ssen, par laquelle elle m'avoit donné avis de la mort de mon frère, son -mari, que j'aimois infiniment, et qui m'a causé beaucoup de tristesse et bien des chagrins.
Le 15. Répondu à M. Liénau, à Bordeaux. Je lui dis de me répondre sur-le-champ si je dois acheter les Balcûou pour le prix marqué dans ma lettre*
1 11 n'est parvenu jusqu'à nous aucun détail sur cet artiste. Nagler n'en liiit pas mention, et nous n'avons jamais rencontré de pièces signées de ce nom.
Le 15. Écrit à mon ami Scbmidt1, à Berlin. Je lui demande son œuvre complet, portraits et sujets.
Le 25. M. Greuze présenta, pour sa réception, un tableau historique à l'Académie royale pour être reçu comme peintre d'histoire. Il y fut reçu comme peintre, mais refusé comme peintre d'histoire. Cela lui causa bien de la peine; mais personne ne pourroit lutter contre le scrutin du corps en général. Son tableau repré entoit l'empereur Sévère, dans son lit, faisant des reproches à son fils Caracalla, etc. De là je passai voir le Salon, qui étoit presque arrangé, et où j'ay exposé mon Concert de famille, que j'ay dédié au roy de Danemark, et qui est au jour depuis peu.
- M. Laine2, peintre en miniature, de Berlin, m'est venu voir. Il vient d'Angleterre. Jl a été même au service dans le Canada, en qualité d'ingénieur, chez les Anglois.
Le 5. Répondu à M. Richter, à Leipzig.
Répondu à M. Winckler, dans la même ville.
Répondu et écrit à M. Eberts, à Strasbourg.
Répondu à M. de Livry, à Versailles. Je lui dis mon sentiment, comme il l'avoit désiré, sur un tableau qu'il avoit envie d'acheter, et dont je le dissuade en lui disant mes raisons sincèrement.
Le 9. M* de Heneiken, de Dresde, est venu pour la troisième fois sans me trouver.
1 L'œuvre de Schmidt s'élève à cent quatre-vingt-six pièces, si Ton en croit le Catalogue publié par A. Crftycn.
2 Cet artiste n'est pas compris dans rénorme liste des artistes cités par Nayler dans son précieux Dictionnaire.
410 JOURNAL Répondu à M. de Livry.
Le 10. Répondu à M. J. Wagner, peintre, à Meissen. Je lui envoyé une lettre de change de quarante-six reichsthalers, sur M. Rosier, à Dresde, pour les pelils tableaux qu'il m'a envoyés.
Le 1er. J'ay été à la Comédie-Italienne avec M. Daudet.
Le 2. On nous a apporté la grande armoire que j'ay l'ait faire très-joliment, en bois des Indes et bronze doré d'or moulu, pour noire nouvel appartement.
M. le baron de Rey, Hollandois, m'est venu voir. Il aime les arts et a beaucoup voyagé en Allemagne, en Turquie, en Italie, etc.
Le 5. M. de Livry, cet excellent ami, m'a fait part de la mort de madame de Livry, son épouse. Je lui ai répondu sur ce triste événement d'une manière sensible. Nous en sommes tous affligés.
Le G. M'est venu voir M. Bradt \ architecte et graveur pensionnaire du roy de Danemark, m'apportant des lettres de recommandation de M. le conseiller de conférence, mon ancien ami.
M. Wasserschleben m'a envoyé, par M. Bradt, une petite boite ronde et curieuse, étant d'ambre, dans laquelle il avoit mis pour moi une petite médaille antique d'or; sur un côté, il y a une tète de femme, sur l'autre, un cheval en enlier.
Le 8. Répondu à M. V. Lienau, à Bordeaux.
1 Jean-Gotltried Bradt travaillait à Copenhague vers 1765. Il lut nommé membre de l'Académie en 1785, et mourut en 1795.
DE JEAN-GEORGES WILUE. M Répondu à M. Gier, négociant, à Bordeaux. Je lui dis que» selon sa lettre à M. Laine, j'ay remis à celui-cy les douze petites peintures à gouache par mademoiselle Dietscli.
Ecrit à M. Eberts, à Strasbourg. Je lui dis que selon ses désirs j'ay fait remettre le rouleau à un des courriers de sa ville.
Répondu à M. Schmuzer, directeur de l'Académie impériale de tienne. Je lui dis qu'il y a du temps qu'un courrier impérial a emporté les estampes que M. de Kossner avoit demandées. Je lui fais une description de notre nouvel appartement, parce qu'il connoît l'ancien, que je garde également.
J'ay envoyé mon Concert de famille, tout encadré en bordure dorée, à M. Sehiïlz, secrétaire d'ambassade du roy de Danemark, à qui je Pavois promis. Il m'en a remercié par une lettre fort polie.
Le 10. M. Byrnc', jeune graveur anglois, qui m'avoit fait écrire de Londres pour sçavoir si sur une estampe de sa façon, qu'il m'avoit aussi envoyée, je pourrois l'occuper a Paris; et, comme j'avois répondu que oui, il est arrivé chez moi aujourd'hui. Il paroît fort doux; mais il ne sait pas un mot de françois, cela sera un peu gênant.
Le 18. Ce jour, nous sommes descendus au second, et avons couché, la nuit d'ensuite, pour la première fois dans ce nouvel appartemenl, quoiqu'il y manque encore quelques meubles, entre aulrcs, la grande glace sur la cheminée de la salle, les ouvriers m'ayanl manqué de parole; au
' Guillaume Byme. graveur à Teau-forte et au burin, naquit à Cambridge ( ti 17 i0 et mourut eu 1805. Sa manière de graver est assez froide, et les planches que nous avons rencontrées, signées de son nom, sont peu dignes île la réputation qu'on leur a faite.
reste, ils m'y ont presque accoutumé depuis quatre mois que j'ay affaire à eux, pour les travaux à faire dans cet étage et pour les ameublements. Cela m'a rendu plus d'une fois de mauvaise humeur.
Le 28. J'allai à l'assemblée de l'Académie royale, où M. Pasquier* fut reçu en qualité de peintre en émail; il donna pour sa réception le roy de Danemark.
Me vint voir avec lettre de recommanda lion de M. Mèyer, à Hambourg, M. Mutzenbecker, de la même ville, accompagné d'un Ànglois. Il voyage pour voir le monde.
Le 28. Me vint voir notre ami. M. Diemar, établi en Angleterre. Son apparition m'a fait beaucoup de plaisir. Il ne sera que pour peu de jours icy.
Le 29. J'ay été à la Comédie-Françoise, accompagné par M. Daudet, et le soir, rentrant chez nous par un temps affreux, M. Byrne, graveur anglois, qui travaille pour moi, comme aussi M. Baader, soupèrent chez nous. Nous y étions très en train de rire.
Le 50. Répondu à M. Meyer, mon ami, à Hambourg. 11 désire que je lui dédie une estampe. 11 sera exaucé.
Répondu à M. Richter. Je lui apprends comment il doit faire passer les taches sur les cslampes. Je lui offre vingt-qualre louis pour les estampes qu'il m'a offertes.
Le 1er. Répondu à M. Winckler. Je lui dis que pour ôter les taches des estampes il doit s'adressera M. Richter.
1 Pierre Pasquicr, né à Villofranche, mourut en 1800. Il exposa, < n 1773^ le portrait en émail de (ieorges III, roi d'Angleterre.
Le 5. M. Diemar, de l'Académie royale d'Angleterre, Prussien de nation, mon ancien ami, a pris congé de nous après avoir soupé avec nous, s'en retournant en Angleterre, étant établi à Londres. C'est un bien brave homme, d'une vivacité singulière et ayant de l'esprit.
J'allai, accompagné de M. Daudet, voir une partie des estampes (que je connois du reste depuis près de trente ans) délaissées par feu M. Cayeux1, et dont la vente doit se faire le mois prochain.
Le 6. Répondu à M. Woollett5, excellent graveur à Londres. Je le remercie des estampes de sa façon qu'il m avoit envoyées, et je lui donne avis que M. Diemar lui remettroit, de ma part, un Concert de famille avant la lettre et un Observateur distrait, étant les dernières pièces que j'ay gravées. M. Diemar s'est aussi chargé de cette lettre, a qui j'ay également fait présent des deux mêmes estampes.
Répondu à monseigneur l'évêque de Callinique; j'ay mis dans la lettre un morceau d'encre de Chine, qu'il m'avoit demandé. C'est un abbé de Sens qui emporte celte lettre.
MM. Cropp, fils d'un médecin de Hambourg, et Grovermann, fils de l'envoyé de Hcsse-Cassel, à Brème, me sont venus voir de la part de M. le baron de Kronstern, de M. de Hagedorn, de M. Huber, etc.
1 II existe un fort joli portrait de cet artiste, gravé par L. Lempereur, d'après Ch. Nie. Cochin. t
- Guillaume Woollett, dessinateur, graveur à l'eau-forte et au burin, naquit à Maidstone en 1755, et mourut à Londres en 1785; il était élève de John Tinney. Nous avouons que nous ne comprenons pas l'enthousiasme des amateurs pour Woollett; son burin est dur et métallique, ses planches n'offrent rien de bien séduisant, et elles ont, comme dit Wattelet, « une grande propreté. » Ce n'est pas, selon nous, en faire un grand éloge.
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Le 8. Répondu à deux lettres de M. Wasserschlebeu, conseiller de conférence du roy de Danemark. Je le remercie de tous les soins qu'il a eus et des peines qu'il s'est données pour découvrir la caisse qui contenoit l'estampe que j'ay dédiée au roy de Danemark, qui s'étoil comme perdue à Hambourg, ou du moins négligemment retardée. Enfin, je lui marque mon plaisir de ce qu'elle est arrivée à Copenhague. À présent j'attends le succès qu'elle pourra avoir auprès du roy, lorsqu'elle lui sera présentée.
Le 50. M. le comte de Dallwio, seigneur saxon, me vint voir. 11 est d'une très-grande politesse.
Tout ce temps icy j'ay été très-occupé de mon déménagement, d'un cabinet dans un autre.
Le ... Répondu à M. Bause, graveur à Leipzig.
Le 25. Répondu à M. Licnau, à Bordeaux.
Répondu à M. Ricbler, à Leipzig. Je le prie de m'envoyer les Rembrandt à plat.
M. Descamps, de Rouen, nous est venu voir plusieurs fois et dîner avec nous.
M. Herder, de Riga, a pris congé de nous. L'esprit de ce savant m'a beaucoup plu.
Tout ce temps-cy je suis allé à la vente d'estampes de feu M. Surugue \ dans la maison de M. son fils, rue des Noyers. J'en ay acheté plusieurs pour ma curiosité.
1 Louis Surugue était né à Taris en 1095; élève tic Bernard Ticai t, il grava avec habileté quelques planches, d'après Watteau, Pater, etc. Son '.ils se nommait rierre-Louis Surugue et était aussi graveur; Louis Surugue le pèi e mourut en 1709.
Après celle-cy, la vente des estampes de feu M. Cayeux a commencé à l'hôtel d'Espagne, rue Dauphine l. J'en ay aussi acheté quelques helles pièces dans celle-cy. Elle a cessé la veille des Testes de Noël, et recommencera le 8 janvier 1770.
M. de Heineken m'est venu voir. Il m'a fait présent d'un livre en allemand \ dont il est l'auteur, et qu'il a écrit sur les arts et les artistes.
JAjNVIER 1770.
Le 1er. Ce jour, il y eut chez nous un concours trèsgrand de personnes, qui nous souhaitèrent la honne année.
Le ... J'ai été à la Comédie-Françoise, accompagné de notre ami M. Haumont, après qu'il eut diné chez nous.
Le 4. Répondu à M. Stùrz, secrétaire de légation et directeur général des postes de S. M. le roy de Danemark. Je lui dis que ce jour le pastel qu'il m'a demandé est parti dans une caisse à M. Meyer, à Hambourg, qui avoit ordre de moi de le lui envoyer; en outre, que je suis fort flatté des nouvelles qu'il m'a données, et que mon fils lui peindra une tête de femme; mais qu'il allend ses minéraux avec impatience; que je lui achèterai l'œuvre de M. de Marcenay.
Depuis le 8 jusqu'au... j'ay été, toutes les soirées, à la
1 Catalogue raisonné des tableaux, bronzes, terres cuites, figures et bustes de plâtre, desseins en feuilles et sous verre, estampes de toutes les écoles, livres d'estampes, bijoux, etc., qui composent le cabinet de feu M. Cayeux, sculpteur, ancien officier de l'Académie de Saint-Luc, par Pierre Remy, Paris, 1769, in-1'2.
2 JSachrichten von Kumtlern uni Kitnst-Sachen, Leipzig, 1708-1 709. 2 vol. in-8\
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vente de feu M. Gayeux, accompagné constamment de M. Daudet. J'y ay acheté plusieurs estampes curieuses pour moi. C'est dans cette vente que j'ay acquis V Eece Homo et la Descente de croix, grandes pièces par Rembrandt, et superbes d'épreuves, aussi les ay-je fait encadrer dans mon cabinet. Je les ay payées cent quatre-vingtquatre livres \
J'ay dîné chez M. de Marcenay, en bonne compagnie.
Monseigneur l'évêque du Mans m'est venu voir après son voyage. 11 est toujours très-aimable.
J'ay donné à souper à M. et mademoiselle Basan, MM. Flipart et Pariseau, etc. Nous avons été joyeux à table.
Nous avons mis au jour troisième et quatrième Vues du Mein, gravées à l'eau-forte par M. Dunker, et finies par M. Guttenberg2.
MM. les jeunes comtes de Reventlau et M. le baron
de avec leur gouverneur, M...., étant arrivés de leur
voyage d'Italie, à Paris, me sont venus voir, m'apporlant des lettres de recommandation de mes amis de Leipzig, où ils ont fait leurs études, comme aussi de M. Lienau, de Bordeaux. Ils me paroissent tous fort estimables.
Le 1er. Répondu à M. Wasserschleben, à Copenhague. Je lui dis que M. le comte de Saint-Florentin a bien
1 Les deux mêmes pièces, épreuves du deuxième état, se sont vendues quinze cent quarante-sept francs à la vente de M. Debois, faite à Taris en 4843.
2 Charles Guttenberg, dessinateur et graveur, naquit à Nuremberg en 17 44; il vint fort jeune à Paris, entra dans l'atelier de YYille, et travailla presque toujours en France. Son œuvre est assez considérable et contient des pièces faites avec esprit et légèreté.
voulu permettre que les deux médailles d'or dont le roy m'a gratifié lui fussent adressées.
Le 2. Répondu à M. Fuessli, peintre, auteur delà Vie des peintres suisses, à Zurich. Je lui mande que je me suis informé du jeune M. Fuessli, pour lequel il m'avoit écrit, et que malheureusement il étoit devenu fou; que, malgré les soins et les remèdes qu'on lui avoit administrés, on avoit été obligé de l'enfermer à Charenton.
Le 5. J'ay commencé à reprendre mon burin en main, après l'avoir laissé plus de quatre mois dans l'inaction, par rapport à notre nouvel arrangement dans la maison, qui m'a constamment occupé jusqu'à ce jour; mais me voilà bien installé, Dieu merci. Nous demeurons tout à fait au second. Mon cabinet de travail, que j'ay garni amplement de desseins précieux et d'estampes d'anciens grands maîtres, est au troisième, de même que le cabinet de mes tableaux choisis. Je n'en ay détaché que neuf, pour une des pièces du second. M. Daudet emménage actuellement dans mon ancien cabinet, au quatrième sur le devant, où il sera fort bien et où j'ay tant travaillé.
Le 4. Nous avons soupé, moi, ma femme, mes deux fils et M. Daudet, chez M. Basan, où il y avoit bonne compagnie. Nous revînmes à une heure au logis.
Le 6. Répondu à M. de Livry, qui m- étoit venu voir le jour d'auparavant. Je lui offre les Petites Baigneuses ou des desseins de M. Dictrich, de très-bon cœur.
Le 10. J'avois fait présent à M. de Livry, premier commis de monseigneur le comte de Saint-Florentin, ministre et secrétaire d'Etat, d'un petit tableau de mon cabinet, représentant des baigneuses (il est des plus iins de M. Dietrich), qu'il a fait chercher aujourd'hui;
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un rhume l'a empêché de venir à Paris. Dans la lettre qu'il m'écrivit il y avoit trois médailles d'argent qu'il me prioit d'accepter : l'une représente le monument de la ville de Rennes, qu'elle a fait ériger en l'honneur du roy, celle-cy est la plus grande; les deux autres représentent les deux derniers papes; elles ont la même grandeur et font pendant. Le même jour, j'ay répondu et écrit à M. de Livry.
Le 15. J'ay dîné chez M. Basan. M. Boucher, premier peintre du roy, mon ancien ami, y étoit, comme aussi M. Monet, directeur de l'ancien Opéra-Comique, M. de Valois, curieux, et M , attaché à monseigneur le dinde Choiseul.
Le 14. Répondu à M. de Livry. Je le remercie d'un grand et excellent morceau de saumon frais qu'il a envoyé. Plusieurs de nos amis nous aideront ce soir à le manger, et n'en seront pas fâchés, comme de raison.
Le 15. Écrit et répondu à M. de Hagedorn, conseiller privé de légation et directeur général de l'Académie de Saxe. Je lui dis qu'une des épreuves est de trois, l'autre de deux louis. Je lui demande aussi s'il est vrai que M. le baron de Kessel se soit retiré de la cour. Je lui dis aussi que M. Schenau est sur son départ. Je marque en outre combien me fait plaisir la façon de penser des habitants de Leipzig, de ce qu'ils font ériger un monument en mémoire du célèbre Gellert, mort dans leur ville depuis peu.
Le 21 . J'ay acheté à la vente de M. Baudouin \ peintre
1 Pierre-Antoine Baudouin mourut le 45 décembre 170U, âgé de quarante-cinq ans; il avait été reçu académicien en 1 705, et avait épousé une
de l'Académie royale, un tableau ovale dans sa bordure, pour le placer dans ma salle à manger. Il est de M. Boucher, et représente deux femmes nues et quelques enfants très-gracieux, comme de raison.
M. le baron de Wurmser et M. le baron de Santbier me sont venus voir. Je connoissois déjà celui -cy personnellement.
Nous avons reçu un très-grand pâlé que M. de Livry nous a envoyé de Versailles. Je l'en ai remercié aujourd'hui et en réponse de sa lettre.
M. Chaufret, mon doreur, m'ayant fourni deux bordures et après m'avoir aidé à y mettre deux tableaux de M. Dietrich, il m'aida aussi à les attacher dans la partie d'en haut de mon cabinet; l'échelle tomba, et M. Chaufret eut une bosse à la tête et moi une froissure à la jambe, ayant été sur une chaise et très-près de la chute. Nous ne fûmes pas peu effrayés. Leçon pour l'avenir.
Le 22. Répondu à M. Resler. Je lui demande s'il a oublié le grand atlas de M. de Mornas, dans sa note.
Le 27. Ce mardy gras, mon fils aîné s'étoit habillé en demoiselle. Ce déguisement lui alloit le mieux du monde, à cause de sa grandeur naturelle et des airs décents qu'il sa voit se donner.
Le 1er. M. Gibsone, fils du résident du roy d'Angleterre, à Dantzig, m'est venu voir. 11 parle pas mal le françois; mais l'allemand, il le parle supérieurement bien.
fille de François Boucher. C'était un peintre adroit et spirituel, mais rien de plus.
m JOURNAL
Le 4. J'ay été à la Comédie-Françoise, voir les Deux Amis, qui m'ont beaucoup plu et louché. Le Marchandée Smyrne, aussi nouvelle pièce, m'a diverli. J'étois accompagné par M. Daudet.
Le o. M. deLivry, ce brave ami, m'est venu voir.
M. le comte Przcbenlowsky, seigneur polonais, et proche parent du roy de Pologne, m'a fait l'honneur de me venir voir. Il est resté longtemps. Mon cabinet de desseins et de tableaux a paru lui faire bien du plaisir. Nous avons toujours parlé en allemand, et il le parle avec la plus grande délicatesse, élégance et pureté. Il est en outre des plus polis et honnêtes.
Le G. Répondu et écrit à M. Dictrich (ou Diclricy). Je ^ui dis que ses deux tableaux sont, non dans le cabinet de M. de Livry, mais dans le mien, et que j'ay fait présent à cclui-cy d'un paysage également de sa main et des plus finis avec des baigneuses; que j'ay donné à M. Schenau, pour lui remettre, un Concert de famille et douze apôtres d'après Jouvenet. Je lui recommande fortement M. Schenau, comme étant digne de son amitié. Je lui dis aussi que vers la Pentecôte les deux estampes que je fais faire par M. Daudet, d'après deux de ses tableaux, paroîtront.
Répondu sur deux lettres de M. Zingg. M. Schenau en est chargé.
Le 8. Répondu à M. Huber, professeur de la langue françoise, à Leipzig. M. Schenau en est aussi chargé de ma double réponse, comme aussi du Naufrage du capitaine Viàud, qui lui fera certainement plaisir. Je h remercie des livres qu'il m'envoyede temps en temps.
Répondu à M. Weiss, receveur de la stcur de
DE JEAN-GEORGES WILLE m
Leipzig, mon ancien ami, célèbre poëte tragique et comique et auteur d'un ouvrage périodique. Je lui envoyé le Marchand de Smyrne et un opéra-comique, de môme que toutes les critiques qui ont paru sur le dernier Salon, y compris la fameuse lettre de Raphaël à Jérôme, rappeur de tabac1. M. Scheuau est encore chargé de tout cela.
M. Schenau a soupé chez nous, de même que M. Baader. C'étoil l'adieu de cet aimable peintre, qui doit partir dimanche qui vient.
Le 9. Ecrit une lettre en partie de recommandation pour M. Schenau, à M. Hagedorn, conseiller privé de légation et directeur général de l'Académie électorale de Dresde. Je me plains de ce que je n'ay pas reçu sa réponse sur ma lettre du 15 du mois passé. Je lui parle, avec justice, d'une manière honorable de M. Schenau. Je lui dis que je lui ay remis la plus grande partie de mon œuvre, qu'il m'a demandée pour M. le baron deSchônberg, faisant pour la somme de quatre cent soixante-sept livres dix sols, qui est choisie et des plus superbes et anciennes épreuves, môme plusieurs avant la leUre. Je lui mande aussi qu'il recevra par la même occasion le Concert de famille. J'en aurois aussi envoyé un à M. le baron de Kessel, grand maître des cuisines de l'électeur,
1 « Lettre sur les peintures, gravures et sculptures qui ont été exposées cette année au Louvre, par M. Raphaël, peintre de l'Académie de Saint-Luc, entrepreneur général des enseignes de la ville, faubourgs et banlieue de Paris, à M. Jérôme, son ami, râpeur de tabac et riboteur. Taris, 1709, in-8° de quarante pages, » et la « Réponse de M. Jérôme, rapeur de tabac, à M. Raphaël, peintre de l'Académie de Saint-Luc, entrepreneur des enseignes de la ville, faubourgs et banlieue de Paris, 1769, in-8° de trente-trois pages. » Ces deux brochures, qui ont fait beaucoup de bruit à leur apparition, sont peu recherchées aujourd'hui, et contiennent bien peu de détails intéressants.
mais on m'avoit assuré qu'il a quitté la cour. M. Schenau est porteur de celte lettre.
Écrit à M. Kraus, peintre à Francfort-su r-le-Mein, que j'ay beaucoup connu icy il y a plusieurs années. Je lui recommande M. Schenau, qui doit y passer.
Écrit à M. le comte d'Ysembourg, grand commandeur de l'ordre Teutonique, à Marbourg. Je lui représente que les deux paysages que M. le prince d'Ysembourg a eus de moi pour lui il y a deux ansn'étoient pas encore payés et qu'il seroit de sa bonté et dv sa justice que cela fût. La somme monte à quarante louis. J'ay mis cette lettre dans celle à M. Kraus, en priant celui-cy d'y mettre l'endroit où habite M. le comte. J'en ignore le nom, mais je sais que c'est aux environs de Hanau ou vers Birslein. M. Schenau est aussi porteur de cette double lettre.
Écrit à M. Eberts une lettre de recommandation en faveur de M. Schenau, qui doit partir après-demain. J'ay mis dans cette lettre le portrait du roy et celui de Henry IV, sur la même planche, faits par M. le Mire1. Ils sont pour être mis en bague, et j'en fais présent à M. Eberts.
Le 10. J'allai vers l'après-midy chez M. Schenau, qui avoit encore un petit tableau à finir pour moi, représentant une petite écolière ayant ses livres sous le bras, un manchon dans la main gauche, et un oiseau dans la droite. Je le trouvai travaillant encore à ce très-petit morceau, quoique tout fût prêt pour aller à l'endroit où logeoit la voiture de renvoy de Strasbourg, et qui doit partir demain de grand malin. Je le fis retoucher encore
1 Noël le Mire naquit à Rouen en 1725; il était graveur de vignettes, et ce genre lui réussit fort bien. Il a aussi gravé avec talent quelques portraits devenus tort rares aujourd'hui.
DE JE AiN -GEORGES WIL LE. m
quelque chose par cy par là à ce joli pelit tableau, que je mis dans une boëte à cause de la fraîcheur des couleurs, pour le porter ainsi chez moi sans accident. Je voulus Je payer alors, mais il n'y voulut jamais consentir, disant qu'il m'avoit tant d'obligation, que je devois du moins lui laisser la satisfaction de m'offrir ce petit tableau, comme un petit témoignage de la sensibilité de son cœur envers son bienfaiteur depuis tant d'années, et, que s'il avoit appris quelque chose, c'est à moi qu'il le dcvoit. Je fus très-touché de la noblesse de son âme, et tout d'un coup je pris congé de lut en l'embrassant. Il versa des larmes et je ne pouvois relcnir les miennes. Enfin, le 1 1 de mars 1770, M. Schenau est parti de Paris, après un séjour d'environ douze à treize ans. Il est natif deZiltau, dans la Lusace, ville qui a beaucoup souffert dans la dernière guerre. Son père y éloit fabricant de damas. 11 quitta la maison palernelle à l'âge le plus tendre pour aller à Dresde se faire instruire dans la peinture, après avoir entendu dire qu'il y avoit beaucoup de peintres. (Je tiens cecy généralement de luimême.) Enfin, chemin faisant, n'ayant presque point d'argent, il trouva des brouelleurs qui brouetloient des damas de Zittau à Dresde; il s'offrit de leur aider s'ils vouloient le nourrir jusqu'à Dresde. Le marché fut fait et rempli dans tous ses points. Arrivé à Dresde, où il ne connoissoit personne, il eut bien de la peine à subsister d'abord; mais, ayant trouvé enfin des âmes honnêtes qui liront en sorte qu'il pût se livrer au dessein, il crut alors être le plus heureux des jeunes mortels. Ce plaisir ne dura pas longtemps, il y fut reconnu et obligé de retourner chez son père, qui avoit été pendant tout ce temps dans les plus grandes inquiétudes de la perle de son fils. De retour à Zitfau, il roula de nouveau dans sa tôle un
dépari à h sourdine, d'autant plus que son père voulut qu'il se fit tisserand de damas. Enfin il échappa de nouveau avec aussi peu d'argent dans sa poche qu'à la première sortie. Arrivé à Dresde, il eut plus à souffrir qu'auparavant; c'étoit au commencement de la guerre. Cependant il fit son possihle pour se tirer d'affaire, en y dessinant constamment et en copiant de l'écriture pour quelque homme de loi, pour gagner quelque argent, si nécessaire pour pouvoir subsister; enfin, les Prussiens, étant maîtres de Dresde, en voulurent faire un soldat, et, comme il connoissoit M. Silvestre fils1, qui alloil partir pour la France, il le pria de l'emmener. Cela fut fait au milieu de l'hiver. De celte manière il échappa aux Prussiens. Aussitôt qu'il fut arrivé à Paris, il me vint voir, me parlant avec ardeur de son désir d'apprendre quelque chose. Sa grande jeunesse, sa situation, sa politesse et surtout son ardeur pour la peinture, me fit concevoir de l'estime pour lui. Je l'encourageai de toute manière. Il me fit constamment voir ses ouvrages; et, lorsqu'il fut tant soit peu avancé dans la peinture, je trouvai toujours moyen de lui vendre ses petits tableaux; la plupart à des compatriotes que j'intéressois pour lui. Petit à petit il fut connu. 11 cul de l'ouvrage, et de temps à autre quelque petit tableau à faire pour des graveurs. Cela le fit connoître davantage. Enfin il lut appelé par la cour de Dresde avec une pension annuelle d'environ seize cents livres de France. J'ay rendu pendant la négociation, à M. de Hagedorn, directeur des arts en Saxe, tout le témoignage que je devois à M. Schenau. Depuis une an-
1 11 s'agifici de Louis de Silvestre, troisième fils d'Israël Silvestre, né à Paris le 23 juin 1 G75, mort dans la même ville le 12 avril 1760. Louis de Silvestre a fort longtemps travaillé à Dresde, et M. Dussieux parle longuement de cet artiste dans \cs Artistes français à l'étranger, 185b\ pages 80-88.
née il m'a failsepl tableaux, y compris le plus pelit dont il m'a fait présent pour me souvenir de lui. Ces sept tableaux, précieux et intéressants pour les sujets, sont dans mon cabinet et me feront plaisir, étant d'un peintre que j'ay toujours estimé par rapport à sa constance pour parvenir à quelque degré de perfection, malgré bien des obstacles 5 surmonter de toutes espèces. Il est sincèrement regretté de tous ceux qui l'ont connu. Il éloit d'un caractère des plus honnêtes et aimables; il aimoit la solitude sans fuir la compagnie; il aimoit à rire, mais jamais aux dépens de personne; studieux et travailleur a l'excès, non par avarice, mais par amour pour son talent. Il inventoit ses sujets avec une facilité étonnante et avoit acquis à la fin une grande pratique de pinceau, quoique des plus précieux. J'aurois désiré qu'il eût eu la permission de l'Electeur de rester encore un an icy pour se perfectionner tout à fait. Il emporte environ quinze mesures pour autant de petits tableaux précieux qu'il doit faire en Saxe et les envoyer icy pour divers amateurs et graveurs. I! emporte de plus l'estime de tout le monde, fruit de sa conduite et de son talent.
M. Schenau étoit d'une jolie ligure, blond, et un peu marqué de petite vérole. Il étoit aussi propre dans ses babils qu'il éloit précieux dans la peinture; je crois même qu'il n'étoit pas insensible à l'amour.
Le lâ. Répondu à M. Gottfried Winckler, à Leipzig. Je lui envoyé une instruction de la manière que je fais mes desseins, surtout les paysages à la plume, bistre, encre de Chine, etc., qu'un genlilhomme de ses amis désiroit pour son usage. Je l'assure aussi de lui faire les paysages et de les lui envoyer, s'il est possible, avec des desseins que je dois envoyer à M. T. Richler incessam-
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ment. Je lui recommande en oulre notre ami, M. Schcnau, qui doit l'aller voir à son passage, de ma part.
Le 21. MM. Basan et Baader ont soupe avec nous.
Le 22. M. le chevalier de Damery, étant revenu avanthier de sa terre, après une absence de six mois, m'est venu voir, et je l'ay revu avec grand plaisir.
AVHIL 1770.
Le G. M. de Livry vint nous voir. Il nous apporta en présent six bouteilles de vin d'Espagne et un gros paquet de café de Moka.
Monseigneur l'évêque de Callinique, le frère de M. de Livry, nous vint voir.
Le 7. MM. les comtes de Rcventlau frères, leur gouverneur et un gentilhomme allemand, vinrent voir mon cabinet. Us y restèrent bien deux heures à examiner tout avec atlenlion. L'un des comtes écrivit tous les noms des maîtres et les sujets des tableaux et desseins.
Le 9. M. de la Tour, commis dans un des bureaux de Versailles, nous est venu voir. Nous le connoissons depuis plusieurs années. Je lui ay fait présent d'un Concert de famille. C'est un joli garçon.
Le 10. Répondu à M. Kraus, peintre à Francfort, mais actuellement à Mayencc, chez M. le baron de Grosschlag pour lequel il travaille. J'ay mis un ducat de Hollande dans ma lettre, le priant de l'échanger contre un de Francfort. Je lui dis aussi que pour un sculpteur je ne pourrois m'en mêler.
M. de Livry nous a envoyé un grandissime jambon et S[ui paroît aussi bon qu'il est grand.
Ma nièce de Villebec nous est venue voir. Elle est grande et bien faite, mais d'une graisse inexprimable.
Le 18. M. de Knebel, de Schuzbach, est venu avec une lettre de recommandation de M. de Mertz, à Nuremberg.
M. Slûrz, secrétaire d'ambassade de l'électeur de Saxe, m'est venu voir, étant arrivé depuis peu avec M. le comte de Werthern.
Le 22. Ecrit à M. de Livry en le remerciant du jambon.
Écrit à M. Jean Valentin Meyer, à Hambourg. Je lui fais des reproches de son silence.
Le 29. Répondu à M. Wirsing, graveur à Nuremberg. Je lui dis que j'ay reçu son- argent et qu'il en est quitte.
Répondu à M. de Lippert, conseiller actuel de révisions et de commerce de S. A. S. E. de Bavière, et secrétaire de l'Académie des sciences électorales, à Munich. Je m'excuse sur le retard de ma réponse, et le prie de m'excuser aussi si je ne consens pas que mon portrait soit gravé en médaille par le célèbre Schega, comme il me l'avoit proposé, d'autant plus que cela sentiroit trop de vanité de ma part. Je lui fais mes compliments sur l'ouverture d'une école de dessein a Munich, dont l'entreprise a été secondée par ses soins. Je lui dis de plus qu'il m'étoit impossible de me charger des articles de Paris, pour la Gazette des Beaux-Arts d' Augsbourg, à laquelle il travaille pour faire plaisir à l'auteur, M. Mertcns, à Augsbourg. De plus, que je fort suis flatté de ce qu'il s'est fait faire une copie de mon portrait par le peintre de la cour, M. Dorner.
Répondu à M. Weitsch, peintre du duc de Brunswick. î. 28
Je lui dis que j'ay égaré sa dernière lettre. Cependant je lui enverrai le papier , crayons, etc.
Ma femme m'a fait présent d'une paire de lunettes montées en or. Ah ! j'aurois bien voulu que ça eût été un meuble inutile; mais depuis dix-huit ans il m'est nécessaire.
Le 5. Il m'est venu voir M. Wurht, graveur de médailles de Vienne en Autriche. Il m'a montré une médaille où il y avoit du bon. Il m'a été recommandé par M. Schmuzer.
Le 7. Écrit à M. Schmuzer. Je lui fais des reproches de ce qu'il ne m'a pas répondu sur ma dernière lettre. J'ay mis deux quittances, dans ma lettre, de l'argent que j'ay payé à M. Pichler, jeune sculpteur de Vienne, et qui m'a été payé par lettre de change.
Notre fils Frédéric est tout à fait hors d'affaire, ayant été très-malade depuis les festes de Pâques, si bien qu'on étoit obligé de le veiller jour et nuit.
Un jeune ébéniste d'Eichstàdt m'a apporté un meuble très-bien travaillé et fait de bon goût, en bois de rapport des Indes. Il l'a fait dans le faubourg Saint-Antoine. C'est M. Baader, son compatriote, qui me l'avoit recommandé.
M. de Kncbel, gentilhomme de Franconic, m'est venu voir.
Le 13. Monsieur, madame et mademoiselle Desfriches, d'Orléans, nous ont rendu visite. Ils sont venus à Paris pour voir nos festes.
Répondu à M. Preisler, graveur du roi de Danemark,
de même qu'à M. Schlegel, professeur de l'Université de Copenhague et de l'Académie des Beaux-Arts. Je lui dis que j'ay remis le grand papier qu'il m'avoit demandé à M. Briasson, selon ses ordres, et que j'avois déboursé trois cent quarante-six livres dix sols. 1 •
J'ay acheté ces jours passés, dans la vente du cabinet de M. de la Live, un magnifique dessein de Bubens l. Ce dessein a été gravé, je crois, par Pontius, du temps de Bubens même. L'estampe est connue sous le nom de Christ aux coups de poing, parce qu'il y a de chaque côté du Christ, en arrière, un ange; l'un frappant sur la Mort et l'autre sur le démon; le tout plein d'enthousiasme, de feu et d'effet. Il m'a coûté cinq cents livres et un sol. C'est cher, mais il est beau; ça sera un morceau distingué dans mon cabinet de desseins.
Le 15. M'est venu voir M. le baron de Dahlberg, de Mayence, d'une ancienne et illustre famille; il est des plus aimables. Je l'avois déjà connu il y a six ans. Il est venu voir nos festes par rapport au mariage de monseigneur le Dauphin avec madame l'archiduchesse Antoinette d'Autriche, qui sera célébré jeudy prochain, 17 de ce mois. Il m'a apporté une lettre de M. Kraus, peintre de Francfort, actuellement à Mayence, chez M. le baron de Grosschlag. Celui-cy m'a envoyé cinq ducats aux coins différents de divers électeurs de Mayence; j'y suis trèssensible. Il m'a aussi remis un dessein par mademoiselle la baronne de Slein, qui est en couleur et très-joli.
1 N° 144 du « Catalogue raisonné des tableaux de différentes écoles, des ligures et bustes de marbre , des figures, groupes et bas-reliefs de terre cuite, des morceaux en ivoire, des desseins et estampes, des meubles précieux par Boule et Philippe Caffieri, des coquilles univalves et bivalves, choisies, et d'autres objets qui composent le cabinet de M. de la Live de Jully, ancien introducteur des ambassadeurs, honoraire de l'Académie royale de peinture, par Pierre Remy. » Paris, 1770, in-12.
M'est venu voir M. le comte de Wilseck, seigneur autrichien, qui, avec beaucoup d'esprit, est d'une bonté et d'une politesse singulières. II a de bonnes vues par rapport aux arts.
Le 17. Nous avons illuminé huit feneslres sur le quay; les quatre au quatrième ne l'ont pas été. Au second nous avions double rang de lampions; cela fit Irès-bien et nous étions par là de ceux qui avoient le mieux fait sur notre quay, en réjouissance du mariage du Dauphin et de la Dauphine. Après le souper nous allâmes tous par la ville jusqu'aux anciens boulevards voir les illuminations, et revînmes vers minuit. M. Baader avoit fait et exposé un
tableau transparent; c'éloit au coin de la rue et de
la place du Louvre, où il demeure. Il avoit représenté la France assise sur un arc-cn-cicl, ayant le portrait du Dauphin dans une main et tendant l'autre vers celui de la Dauphine, qu'un aigle planant dans les airs portoit dans son bec. Il y avoit pour inscription, dans une banderole que deux génies lenoient : « Elle est digne de lui comme il est digne d'elle. » Il y avoit un monde infini pourvoir ce tableau, dont on en voit rarement à Paris, étant plus en usage en Allemagne.
Le 18. M. et madame de Heineken 1 sont venus prenpre congé de nous. Ils s'en retournent en Saxe par la haute Allemagne, après un séjour de onze mois à Paris.
Le 19. Répondu à M. deLippert, à Munich, qui m'ho-
1 Le portrait de madame Heineken a été gravé, d'après son liis, par Aug. de Saint-Aubin, qui a mis au-dessous l'inscription suivante : Dulcissiimv mains imaginent filius obsequens aqua forti expressit C. F. de Heineken. Le portrait du baron de Heineken fut aussi gravé par Aug. de Saint-Aubin en 1770, et Charles-Frédéric Heineken grava lui-même son propre portrait d'après un dessin ((n'avait fait de lui Augustin de Saint- Aubi".
DE JEAN -GEORGES WILLE. 457 nore singulièrement de son amitié, si bien qu'il prétend faire frapper une médaille avec mon portrait, dont le coin sera gravé par le célèbre Schega, graveur de l'électeur de Bavière. Je résiste, je lui fais bien des objections; je ne sais ce que deviendra le tout.
Le 21. Répondu à M. Kraus, peintre à Francfort. Je le remercie des deux ducats, l'un au coin de Francfort, l'autre à celui de Cologne. Le premier étant payé, je lui envoyé un de Hollande pour le second. Je lui parle du dessein fait par mademoiselle la baronne de Stein et qu'elle m'a envoyé; et je le charge de faire savoir ma gratitude à M. le baron de Grosschlag en attendant que j'aye l'honneur de lui écrire pour M. le baron de Dahlberg.
M. Lienau, frère de celui avec lequel je suis en correspondance, étant arrivé de Bordeaux, me vint voir, et cela m'a fait grand plaisir, l'ayant déjà connu à Paris il y a quelques années. Il a beaucoup d'esprit et de lecture, sachant parfaitement le grec et le latin comme aussi l'hébreu.
M. Usteri l'aîné (le même à qui j'ay dédié autrefois une estampe) avec son frère le plus jeune, étant arrivés dans cette ville, me sont venus voir, et je les ay vus avec plaisir.
M. le baron de Seckendorf, neveu d'un feld-maréchal impérial de ce nom, m'est venu voir. 11 raisonne fort bien sur une partie des arts et me paroît aimable.
Le 25. Le jeune comte de Choteck, seigneur autrichien, m'a fait une visite. Il aime les arts, il est très vif et poli. 11 est resté longtemps avec moi. Je lui ai prêté Diogène, ouvrage de M. Wieland qui ne fait que de paroi tre à Leipzig.
Le 25. M. Von der Heyde, négociant de Riga, m'est
venu voir. Il a beaucoup voyagé, raisonne bien sur toutes choses et me paroît fort honnête. Il m'a apporté un rouleau et une lettre de M. Bause, à Leipzig.
Le 27. M. le baron de Stegner, gentilhomme autrichien, m'est venu voir. Il est jeune, mais parle avec vivacité de toute matière. Il a beaucoup lu et connoît tous les bons auteurs allemands et François. Il est resté plus de deux heures avec moi.
M. Kruthoffer, secrétaire de l'ambassadeur de LL. MM. impériales et royales, nous invita par lettre à voir le grand souper que ce seigneur donne aujourd'hui au Petit-Luxembourg, à l'occasion du mariage de monseigneur le Dauphin avec madame l'archiduchesse.
M. le baron de Bender, gentilhomme autrichien, me vint voir. Il paroît très-honnête.
Le 50. Jour de la grande Teste de la ville de Paris, à l'occasion du mariage de monseigneur le Dauphin et de madame la Dauphine, j'allai sur la place de Louis XV voir les dispositions; mais je n'élois point curieux d'y rester, jusqu'au moment que le feu d'artifice seroit tiré, tant à cause de la foule immense de monde qu'à cause d'un vent fort frais. Je retournai donc au logis avec M. Daudet, au grand contentement de ma femme. Nous allumâmes nos lampions sur nos fenêtres; nous quittâmes cependant notre souper lorsque nous entendîmes ronfler les canons des Invalides et allâmes tous vers le pont Royal, où nous vîmes assez bien le feu d'artifice. Notre fils aîné, qui a voit vu le feu dans la place de Louis XV même, revint vers les dix heures; mais notre domestique, à qui j'avois donné la permission d'y aller, ne revint que vers minuit. Il nous apprit le malheur arrivé dans la rue Royale; nous n'y voulions pas ajouter foi ;
mais, le lendemain, on sut qu'il y avoit eu dans cette rue, après que le feu d'artifice étoit fini, un désordre si affreux par le nombre des voitures et le monde à pied, que près de deux cents personnes de toutes conditions, âge et sexe, avoient été écrasées ou avoient perdu la vie dans ce tumulte épouvantable, et un nombre infini avoit été estropié ou blessé. Beaucoup de familles ont été jetées dans le désespoir et la tristesse par un événement aussi sinistre. Je remercie le bon Dieu de ce qu'il a bien voulu nous préserver d'accident dans cette malbeureuse journée, nous, nos parents et même nos amis, quoique plusieurs de ceux--cy aient été enveloppés dans le tumulte;, mais ils se sont heureusement tirés d'affaire ou par force ou par adresse.
Aujourd'hui 10 juin, on m'assure que la nuit du feu, le 30 may, quatre-vingts personnes ont été noyées dans la rivière de Seine et cinq cent huit ont perdu la vie, ou dans la rue Royale même, ou de ceux qu'on avoit portés chez eux, ou dans les hôpitaux, étant blessés tous dangereusement.
Le 2. J'allai, accompagné de mon fils aîné, à la Comédie-Italienne.
M. le baron de Dahlberg m'a encore apporté deux ducats de la part de M. le baron de Grosschlag. L'un représen(e l'électeur de Mayence régnant.
M. et madame Desfriches, d'Orléans, avec mademoiselle leur fille et M. Lienau, ont soupé chez nous. M. Lié* nau devant partir dans deux jours pour Hambourg, je l'ai chargé d'une boëte contenant une estampe encadrée et douze fois la même en feuille. Elle est de moi; je l'avois
gravée à l'insçu de tout le monde d'après un dessein que mon fils aîné fit d'après une vieille femme normande, il y a quelques années. Je lui ay donné le titre de Bonne Femme de Normandie1, etjefay dédiée à M. Jean-Valentin Meyer, négociant à Hambourg et mon ami personnel. Il m'avoit demandé cette marque d'amilié depuis longtemps. M. Lienau m'a promis de lui remettre le tout.
Le 4. Je répondis à M. de Livry, qui nous avoit invités à passer les festes chez lui, à Versailles. Je m'excusois par des raisons de ce que nous ne pouvions nous y rendre.
Le 5. Nous avons tous dîné chez M. Basan avec la famille Chereau et M. Saint-Aubin l'aîné2. Nous avons ri beaucoup et nous nous sommes promenés au Luxembourg. Vers la nuit, j'allai voir M. le baron de Dahlberg, qui est incommodé.
Le 8. M. Lien au a pris congé de nous et est parti le lendemain pour Hambourg. Je l'ai chargé d'une épreuve de l'estampe que j'ay dédiée à mon ami M. Meyer.
1 M. Atb. Mourier a bien voulu nous faire connaître un dessin de J.-G. Wille qu'il possède; c'est un portrait de vieille femme qui ressemble, quoique n'étant pas identique, à la Bonne Femme de Normandie; il est exécuté au crayon rouge, et d'une main ferme et habile. Ce dessin, quoique non signé, doit être incontestablement donné à Jean-Georges Wille. Quant à l'attribution qui lui a été donnée de représenter la mère de Greuze, nous n'osons pas nous hasarder à la regarder comme exacte, n'ayant aucun point de comparaison, et les preuves que l'on objecte n'étant pas suffisamment plausibles.
2 Augustin de Saint-Aubin naquit à Paris vers 172Ô et mourut en 1807. Il a gravé un grand nombre de portraits et de vignettes, avec un vrai talent. Sa pointe est fine et spirituelle; ses portraits sont généralement gravés facilement, mais on leur reproche, avec raison, une trop grande similitude entre eux. Il a dessiné quelques portraits de femmes de son temps, avec une grâce et une finesse charmantes, et son portrait dessiné par lui-même, qui se trouvait à la vente de M. Renouant, a été acquis par l'un de nous.
Le 9. M. le professeur C , de Cassel, m'est venu
voir. Il étoit c y-devant précepteur des princes de Hesse- Cassel, et il voyage actuellement en qualité de gouverneur d'un Ilollandois qu'il doit mener en Italie.
Le 10. Répondu à M. de Mcchel. M. Hacken, ou Hacquin1 (comme l'écrivent les François), Allemand de nalion, qui enlève les lableaux peints sur bois et les remet sur toile, demande douze louis pour faire cette opération à un tableau que possède M. de Mechel. C'est ce que je lui mande. Je le prie de m' envoyer du papier.
J'ay donné avis à M. J.-V. Meyer que M. Lienau étant parti d'icylui remettroit une Bonne Femme de Normandie encadrée et douze en feuille, etc.
Le 12. Répondu à M. Rause, graveur à Leipzig. Je lui
1 Au dix-huitième siècle, en France, le rentoileur de tableaux h la mode s'appelait Picaut, et on a bien soin de faire remarquer dans le livret du musée du Luxembourg (1750) toute la science de ce prodige. Voici ce que Ton lit dans cette brochure à l'article d'André del Sarte : « Ce tableau (il s'agit de la Charité) étoit peint sur bois, et aujourd'hui il se retrouve sur toile. On a placé sur le chevalet ce tableau, pour satisfaire la curiosité du public, au sujet du talent du sieur Picaut, qui sçait enlever, tant de dessus le bois que de dessus les murs, les ouvrages de peinture qui menacent ruine. Lorsque l'on fut obligé de démolir le plafond d'un pavillon, qui pour lors étoit placé au bout des jardins du château de Choisy-lc-Roy, peint par feu M. Antoine Coypel, premier peintre du roy, qui n'avoit alors que vingt ans, il proposa de le transporter sur la toile, ce qu'il fit au contentement des supérieurs qui l'en avoient chargé, et on le garde, depuis ce temps, dans la galerie d'Apollon, à Paris. Celui qu'on expose aux yeux du public sous la lettre P est une preuve de ce que l'on avance. On croyoit sa perte totale, lorsque M. le directeur général, instruit de ce phénomène, toujours attentif à favoriser les arts, et chérissant les trésors que les anciens nous ont laissés, chargea M. Coypel, premier peintre du roy, d'examiner si ledit Picaut étoit capable de ce dont il le flattoit. Sur le rapport de M. Coypel, M. de Tournehem ordonna qu'on lui délivrât le lablenu d'André del Sarte ci-dessus énoncé, ce qu'il a exécuté avec succè-. Le public peut en juger lui-même, lorsqu'on prend soin, pour l'assurer de la vérité, de lui exposer la planche, sous la lettre P, sur laquelle gisoit le tableau qui se trouve aujourd'hui transporté sur la toile, et qui promet, par son rétablissement, de vivre encore plus d'un siècle. »
dis que j'ay des raisons pour ne pas lui permettre de mettre mon adresse sur ses estampes et qu'il n'y a point de colombier actuellement à Paris.
Le 13. J'ay dîné chez MM. les barons de Stegner et Bouder; l'avant-midy je les avois menés voir les tableaux de notre Académie royale, de là chez M. Hall, de là à l'abbaye Saint-Martin, de là voir le cabinet de M. l'abbé le Blanc, qui nous reçut fort bien, étant de mon ancienne connoissance. L'après-dîner je les menai voir la galerie de Bubens et les autres tableaux du roy au Luxembourg.
Le 14. Répondu à M. Schmidt, graveur du roy de Prusse, à Berlin. Je lui envoyé une quittance de six cent dix-huit livres de M. Beiderer, pour lui faire voir que j'ay payé selon ses ordres à ce banquier et que tout est soldé jusqu'à ce jour entre nous K
1 Wille recevait, le 15 juin 1770, une lettre de M. Aberli. M. de Montaiglon a bien voulu nous la communiquer : « Monsieur et très-cher ami, « Le porteur de ceci, M. Weber, qui a commencé chez moi ses études pour la peinture, se proposant de les continuer à Paris, m'a si souvent entendu parler de vous, monsieur, qu'il souhaite fort d'avoir l'honneur de vous faire sa révérence. Permettez que je vous Pose recommander. Je ne connois point de jeune homme à qui l'on pourrait rendre un meilleur témoignage, soit pour les mœurs, soit pour son extrême attachement au travail et à l'étude. S'il aura quelquefois le bonheur de jouir de vos bons conseils, je suis sûr que cela lui profitera d'une manière très-sensible. Je vous prie de faire agréer mes respects a madame Wille. J'ai l'honneur d'être très-parfaitement,
« Monsieur et très-cher ami,
« Votre très-humble et très-obéissant serviteur, « F.-J. A CE RM.
« Berne, ce 15 juin 1770. »
Wille a ajoute au bas de la lettre:
« Ce M. Webber a resté du temps à Paris, et m'a beaucoup fréquenté. C'est le même qui, par la suite, a fait le tour du monde avec le capitaine Cook. Il étoit présent lorsque ce navigateur fut assassiné par les sauvages de Fisle de Sandwick. »
Le 16. J'ay été avec mon fils aîné à la Comédie-Italienne voir une nouvelle pièce qui ne vaut pas grand' chose.
Le 17. Répondu à M. G. Winckler, à Leipzig; je lui dis qu'il recevra plusieurs choses des mains de M. Richler.
Répondu à M. Bause, à Leipzig; je lui envoyé en présent la Bonne Mère de Normandie et un dessein de moi qu'il m'avoit demandé, etc.
Répondu à M. T. Richter, à Leipzig. Je lui envoyé le compte de ce que j'ay déboursé pour lui en curiosités.
Le 18. M. le comte d'Àffry, colonel des gardes suisses et cy-devant ambassadeur du roy en Hollande, m'est venu voir avec son gendre, sa fille et son (ils, tous aimables et honnêtes.
M. le baron de Baer, Courlandais, m'est venu voir avec son gouverneur.
J'ay mis au jour la Bonne Femme de Normandie \ que j'avois gravée sans que personne en fût instruit, pas même dans ma maison. Je Tay gravée d'après un dessein fait d'après nature, par mon fils P.-i\. Wille. De cette manière elle causa beaucoup de surprise dans la maison lorsque je la montrai faite, finie et prête à être mise au jour. Cela me fit plaisir.
Le 20. Écrit à M. Ritter, célèbre architecte, à Berne. Je lui dis que je lui envoyé un Concert de famille et une Bonne Femme de Normandie. Je le prie de remettre de cette dernière une épreuve à M. Àberli et une à M. Môrikofer, mes amis. Je lui recommande en outre bien forte-
1 N° 71 du Catalogue de l'œuvre de Wille, par Ch. Leblanc.
ment M. Freudeberg ;l, qui envoyé trois très-jolis desseins à ses protecteurs de Berne. J'en dis le bien qu'ils méritent, de même que de M. Freudeberg, dont les talenls actuels doivent être remarqués et qui mérite toutes sortes d'encouragements.
Le 24. MM. les barons de Beuder et de Stegner sont venus prendre congé de nous. Ils partent pour les Pays- Bas et l'Angleterre. J'ay une amitié singulière pour eux, et je crois qu'ils la méritent pour bien des raisons.
Le 26. Nous avons été tous à la noce. M. Bomanet, mon ancien élève et cousin de ma femme, fut marié ce jour avec mademoiselle Mansel; fille de son aubergiste, du baut de la rue Saint-Jacques, dans l'église de Saint- Benoît, à huit heures du malin. C'étoit moi qui menois la mariée, de l'autel au carrosse. Nous déjeunâmes tous chez le père delà mariée. De là nous allâmes à Bellcville, où nous trouvâmes le repas préparé. B faisoil le plus beau temps du monde. Nous étions environ trente personnes.
Le 28. M. le baron de Canitz, officier dans les gardes hessoises, m'est venu voir. Il descend du célèbre poëte allemand, baron de Canitz, qui fteurissoit le siècle passé à Berlin, et qui fait époque dans la littérature allemande. Ce jeune baron est d'une figure aimable, d'une physionomie ouverte, d'un caractère vif, parlant l'allemand et le françois également avec une netteté et une vivacité juste qui fait plaisir; avec cela il est extrêmement poli; je l'aime, je lui ai fait voir mon cabinet, de même qu'à M. Iîohmann, de Hambourg.
1 Simon Freudeberg, né à Berne en 1745, mourut à Paris en 1801. Il peignit une série de tableaux gracieux, et les gravures que Ton a gravées d après ses peintures sont estimées à juste titre; elles reproduisent bien son talent.
DE JEAN-GEORGES WILLE. 445 Répondu à M. Schenau, peintre de l'électeur de Saxe.
Le 29. Répondu à S. E. M. le baron de Kessel, grand maître des cuisines de l'électeur de Saxe, dont l'amitié me flatte sensiblement.
Le 50. S. À. le prince de Salm m'a fait l'honneur de me venir voir. Ce prince me paroît être de la plus grande honnêteté.
Plusieurs Anglois sont venus voir mon cabinet. Il y en avoit entre autres un qui bâilloit fort joliment, preuve de sa connoissance et de sa sensibilité en voyant de belles choses.
Le fils de M. Schropp, marchand d'estampes à Augsbourg, que je connois, est venu chez nous. 11 ressemble à son père.
Ma femme a tenu sur les fonts de baptême, avec M. Lempereur', graveur du roy, une fille dont madame de Launay, femme du graveur de ce nom et notre ami, étoit accouchée la veille. Cela nous a procuré force dragées.
Le 1er. Le cousin Romanet et sa chère femme nous ont rendu visite, selon l'usage des nouveaux mariés.
J'ay consenti volontiers, vendredy 29 du mois passé, que notre belle-sœur, madame Deforge, fût tutrice de ses enfants.
Le 5. M. le comte Myciclski, seigneur polonois, étant
1 Louis-Simon Lempcreur naquit à Paris vers 1725. Il grava avec talent plusieurs portraits d'après Cochin, et ses gravures témoignent une grande facilité et une grande habileté.
m JOURNAL
venu me voir, vit mon cabinet, dont il parut content. Il a beaucoup d'amour pour les belles choses et me paroît bien aimable, honnête et généreux.
Le 8. Nous avons été avec tous ceux qui ont été à la noce du cousin Romanet, mon ancien élève, faire le lendemain dans un endroit sur la roule d'Orléans, près de la barrière. Endroit que jeme suis marqué aveede la craye blanche, mais pour n'y retourner jamais. Oh! les vilaines gens que les gens de cet endroit bien peu estimable ! Il faisoit en outre mauvais temps, comme il a fait depuis le commencement de l'année. On auroit volontiers allumé du feu, et il pleuvoit presque toujours.
Le 10. Deux graveurs hollandois me sont venus voir, 1 un est le maître, l'autre son élève; le premier s'appelle M. Vinkeles l; je ne connois pas leur mérite. Ils m'ont apporté une lettre en leur faveur de M. Goll, baron de Franckenslein, à Amsterdam. Ils vont travailler à Paris, ainsi du reste.
Le 12. Nous avons été à la Comédie-Italienne, ma femme, mes deux fils et moi, voir le Diable à quatre, dans lequel Nainville, représentant le savetier, fait bien rire par son bon jeu vrai et plaisant. La seconde pièce qu'on joua étoit Isabelle et Gertrude.
Le 15. Écrit à M. Boehm, professeur de mathématiques de l'Académie électorale d'Erfurth et de la Société littéraire de Luisbourg, à Giessen. Il y a dans cette lettre une aulre en réponse à mon cousin de la même ville. J'envoye au premier un rouleau d'estampes et dont il n'y a que le Concert de famille et la Bonne Femme de
1 Reinier Vinkeles, dessinateur, graveur à la pointe et au burin, naquit à Amsterdam en 17 41. Il était élève de J. Prunt.
Normandie que je lui fais présent; le reste du rouleau est pour mon cousin et mon frère, à Wetzlar. M. le baron de Dahlberg, chanoine de Mayence, a bien voulu se charger du rouleau et de la lettre.
Écrit à S. E. M. le baron de Grosschlag, grand maître et ministre d'État de Son Altesse électorale de Mayence. Ceseigneur m'avoit envoyé cinq ducats rares. Je l'en remercie et lui envoyé la gravure que j'ay fait faire d'après un dessein de mademoiselle la baronne de Stein, qu'il aime et qui me paroît remplie de talent. Le paquet contient cinquante épreuves. J'ay ajouté une Bonne Femme de Normandie pour lui, une pour M. le baron de Dahlberg, une pour mademoiselle la baronne de Stein, une pour notre ami M. Kraus, qui est presque tous les hivers chez M. le grand maître. M. le baron de Dahlberg a bien voulu se charger du paquet et de ma lettre à ce ministre.
Le 15. Répondu à M. de Lippert, qui m'avoit proposé de graver le portrait de M. Schega, célèbre graveur de médailles, et que celui-cy graveroit le mien dans la grandeur d'un écu de six livres; mais je lui réponds que depuis douze ans, ayant été obligé de renoncer aux portraits à cause de ma vue, je remercie M. Lippert de ses soins et de son intention à mon égard. C'est M. Sutter, orfèvre de Vienne, qui se charge de celte réponse. Il doit passer par Munich.
Le 17. M. Sutter s'est chargé aussi d'un paquet d'estampes que j' envoyé à S. A. R. le duc de Saxe-Teschen, à Vienne.
Le 18. J'ai eu un petit tableau de Wouwermans pour deux petits tableaux de Dietrich avec quelques retours; mais je cédai dans la même journée ce tableau à M. de Li-
vr}, et je l'obligeai. Ce même jour, M. de Livry me (it présent de Y Esprit de la Ligue en trois volumes, par M. Anquetil.
Le 19. M. de Keith, de Berlin, m'est venu voir et m'a apporté une lettre de mon ancien ami, M. Rode, peintre d'histoire de ladite ville. Ce gentilhomme n'est pas mauvais connoisseur.
J'ay envoyé à M. Kruthofer un rouleau pour être envoyé par ses soins à monseigneur le duc de Saxe-Teschen.
Le 23. Répondu à M.Herrliberger l, graveur, seigneur de Maur, près de Zurich. Quoique je n'aime pas à faire du déplaisir à personne, cependant cet homme me devenant trop importun depuis plusieurs années, je me suis vu obligé, pour qu'il me laisse tranquille une bonne fois, de lui renvoyer des imprimés et manuscrits qu'il m'avoit envoyés par la poste et uniquement par rapport à lui.
Le 24. M. Schûtz, secrétaire d'ambassade du roy de Danemark, vint chez moi en me remettant de la part de Sa Majesté Danoise deux médailles d'or superbes. L'uneest de la plus grande espèce; d'un côté sont en petit tous les roys de Danemark de la maison d'Oldenbourg, et le feu roy, un peu plus grand, s'y trouve au milieu sur un piédestal; au revers est une inscription. La seconde représente le roy d'aujourd'hui. Ces médailles étoient accompagnées d'une patente qui me constitue graveur de Sa Majesté, avec rang de professeur de son Académie de Copenhague; signée par le roy et au bas par M. le comle de Bernstorf, son premier ministre. M. de W^sserscLleben, conseiller
! David llerrlibevccr, graveur et marchand d'estampes, no à Zurich en 1007, mourut dans la même ville en 1777.
des conférences de ce monarque, avoit ajouté une lettre par ordre, qui me dit tout au long que le présent m'étoit envoyé de la part du roy pour me marquer sa satisfaction par rapport à l'estampe que j'avois eu l'honneur de dédier à ce prince, et que Sa Majesté, me voulant également traiter comme un homme aimant les lettres, avoit ordonné qu'il me soit envoyé en ou Ire le superbe ouvrage en deux volumes du sieur Regenfus, sur les coquilles, le tout représenté d'après nature et parfaitement enluminé, de même que la Flora Danîca du sieur Oeder. Cet honneur et ce bienfait peuvent rajeunir un honnête homme.
Le 25. Me vint voir M. Weber, jeune peintre de Berne, élève de M. Abcrli, mon ami, dont il apporta une lettre de recommandation. Il m'en remit aussi une de M.Ritter, architecte, et une de M.Môrikofer, graveur de médailles, monnoies et pierres pour la même fin, et qui sont aussi de mes amis et de ma connoissance. Ces messieurs donnent beaucoup d'éloges à M. Weber, comme étant de très-bonnes mœurs et fort attaché à son talent. Je veux bien le croire, car il me paroît très-joli garçon. M. Freudeberg l'accompagna chez moi. Mon cabinet lui plut beaucoup.
Le pauvre M. de Launay, dont ma femme tint l'enfant sur les fonts, duquel sa femme étoit accouchée en dernier lieu, dîna chez nous pour la première fois depuis la mort de sa femme, dont il paroît affligé.
M. Ingouf l'aîné, duquel je n'avois pas lieu d'être content, s'étant marié depuis peu avec la fille d'un boulanger, qui est fort jolie, vint me la présenter, et je les ai bien reçus.
Le 28. J'allai à l'assemblée générale de l'Académie i. 29
royale; on y fit trois adjoints à professeurs : M. Briard, peintre; M. D'Hues1, sculpteur; M. Lépicié, peintre. Celui-cy est fils du graveur qui étoit secrétaire de l'Académie avant M. Cochin.
Dans la même assemblée fut agréée et reçue mademoiselle Yallayer 2, fille d'un orfèvre, sur neuf ou dix tableaux qu'elle a voit exposés. Je fus extrêmement enchante du talent de cette aimable personne, que je voyois pour la première fois, et dont le talent est vraiment celui d'un homme parfait dans ce genre de tableaux représentant la nature immobile, instruments de sciences et d'arts, etc. L'Académie choisit deux tableaux pour la réception de cette demoiselle, qui prit sa place après les remercîments usités, avec autant de modestie qu'elle est habile, aussi n'eut-elle pas une seule voix contre elle au scrutin.
Le 29. MM. Kruthofer, Parizeau et Baader soupèrent chez nous.
Le 5. M. Schropp, fils d'un bon marchand d'estampes, prit congé pour s'en retourner à Augsbourg, après avoir fait ses emplettes.
M. Ortowski, brigadier du corps des cadets nobles,
1 D ilues était élève de J.-B. Le Moine. Diderot en dit ce qui suit dans ses Essais, page 577 : « «Tay entendu un artiste qui disoit en passant devant le Saint Augustin A' Hues : « Mon Dieu, que nos sculpteurs sont bêtes! » Celte exclamation indiscrète me frappa. Je m'arrêtai, je regardai, et, au lieu d'un saint, je vis la tète hideuse d'un sapajou embarrassé dans une chasuble d'évêque. »
2 Anne Vallayer Coster mourut à Paris en 1818. Son portrait existe gravé d'après elle-même, par C.-F. Letellier; elle est représentée de profil : ta figure est distinguée, son œil est vif, et le caractère général de la tète annonce l'intelligence et la volonté.
que le roy de Pologne d'aujourd'hui a crée, me présenta M. Wronczinski, qui doit entrer chez moi en qualité d'élève. M. Ortowski m'étoit déjà venu voir plusieurs fois par rapport au jeune Polonois en question et qui pour lors n'étoit pas encore arrivé. Je lui ay promis que dans huit jours il pourroit occuper sa chambre dans ma maison.
J'allay, accompagné de notre fils aîné, à la Comédie-Italienne. On y jouoit les Grands Voleurs, pièce italienne en cinq actes, qui nous fit bien rire.
Le 5. Répondu à M. deLivry, actuellement à Compiègne. Je lui dis que j'ay serré précieusement son Wouwermans, et que sa bordure est entre mes mains.
JjE 9. M. le brigadier Ortowski m'a apporté quatre cents livres pour trois mois de pension, à raison de seize cents livres par an que l'on me doit payer, selon notre convention pour l'instruction, le logement, la nourriture, le bois de chauffage et la lumière, dcM.Wronczinski, qui doit entrer chez moi en qualité d'élève.
Le 10. M. Wronczinski, de Varsovie, est entré chez moi en qualité d'élève pensionnaire, étant entretenu chez moi par monseigneur le prince Czartoriski.
Le 15. M. le comte de Wodzicki et M. Kolzusko, Polonois, me sont venus voir. Ce dernier est le camarade de M. Orlowski, brigadier comme lui et dans le môme corps.
Le 15. Répondu à M. G. -M. Kraus, bon peintre de Francfort, actuellement en Suisse, où il a élé.appelé pour divers ouvrages, lant portraits que pièces de cabinet. Je lui dis que l'estampe que j'ay fait faire à Peau-forte,
d'après son écolièrc, la jeune baronne de Stein, avoit été emportée par M. le baron de Dablberg à M. le baron deGrosschl-ag. Je lui parle aussi du présent que m'a bien voulu faire le roy de Danemark. Il demeure chez M. Kleindorff, aux Trois-Rois, à Basle.
Le 10. Mon fils m'a dessiné pour la première fois et de profil, parce que le dessein doit êlrc gravé dans la suite des graveurs de l'Académie que les frères Ingouf ont entrepris l. Mon fils a dessiné ce profil extrêmement bien, et j'en suis des plus satisfaits. Il doit en dessiner encore environ quatre; celui de M. Lempereur est le premier qu'il ait fait pour cette suite. Il fait le tout à la prière de MM. Ingouf et pour les obliger; mais il a choisi ceux qu'il prétend dessiner; d'autres feront le reste.
Le 18. M. Jouberf, de Lyon, ayant pris congé de nous, je lui donnai à dîner, comme aussi à madame Marchand et à mademoiselle Basan. Madame Ghcvillet, sœur de ma femme, y étoit aussi. Tout ce monde, avec ma femme, Frédéric et M. Daudet, alla vers le soir au Jardin du Roy, voir le cabinet des curiosités naturelles.
Le 19. M. le comte de Cholek, seigneur autrichien, prit congé de moi. Il a de l'esprit, il est aimable; je l'estime.
Répondu à M. F. Richtcr, à Leipzig. Je lui dis, entre autres, que j'attends avec impatience le dessein flamand qu'il me destine.
Répondu à M. G. Winckler. Je lui dis qu'il a raison de vouloir une inscription allemande sur le tombeau du célèbre Gel 1er t.
1 line parut de celte suite qu'un très-petit nom! rctle portraits. Mais celui de Wille fut gravé un des premiers, par P.-C. Ingouf. Il y a loin de ce portrait à celui qui fut peint par Grcuze, et gravé par Mullcr.
DE JEAN- GEORGES WILLE. 455 Le 25. M. Basan, revenu de Londres, vint nous voir.
Le 25. Répondu à MM. Weingandt et Gastel, de même qu'à M. Schmuzer sur le même objet. Je lui dis que je ne pourrois faire l'envoy que lorsqu'ils auroient arrange leurs affaires avec M. Basan.
Le 26. Répondu à M. Kreuchauf. Je lui mande qu'il feroit bien de dissuader M. Bause de ces adresses étrangères.
Répondu à M. Bause sur l'objet dont j'ay parlé à M. Kreuchauf.
M. de Livry, de retour de Compiègne, vint me voir surle-champ en m'apportant un perdreau.
J'allai avec mes enfanls leur payer à déjeuner, selon ma promesse, aux Thuileries.
Le 2. Je partis de grand matin en voiture pour Longjumeau, accompagné de mon fils aîné, de MM. Parizeau et Baader, pour y rester, ou dans les environs, dessiner les paysages, dont le même jour j'en dessinai deux au bord de la rivière d'Yvette, où sont établis les tanneurs et mégissiers. Depuis ce jour jusqu'au vendredy au soir, nous dessinâmes à Sceaux-les-Chartreux toutes sortes de baraques. Le mercredy de cette semaine, MM. Freudoberg, peintre, et Gultenberg, graveur, nous vinrent joindre lorsque nous étions à souper. Cela nous fit plaisir. La fin de cette semaine étoit pluvieuse, c'est pourquoi j'écrivis à ma femme, lui demandant un carrosse de Paris, qu'elle m'envoya, et nous y retournâmes le samedy avant midy. MM. Freudeberget Guttenberg, comme étant les derniers venus, résolurent de rester encore en cam-
pagne, et nous quittèrent pour aller à Chamblanc, où il y a de bonnes choses. Je n'ai fait en tout, pendant celte excursion, que douze desseins; j'en aurois bien fait de plus si le temps avoit été stable. Mon fils a dessiné, outre plusieurs jolis paysages, environ treize enfants du village de Sceaux-les-Cliartreux, pleins d'esprit et de naïveté. Au reste, nous avons bien ri, étant tous de bonne humeur. Tout le monde qui me connoît dans ces quartiers étoit bien aise de me revoir, surtout les enfants, auxquels je distribue ordinairement de la monnoie et force dragées, plusieurs m'appelant leur papa, me suivant partout et formant ordinairement un cercle autour de nous, lorsque nous sommes assis pour dessiner, si bien que cela est quelquefois incommode; mais, lorsque je leur fais seulement signe, ils se rangent de côté sans difficulté. Mon fils a dessiné aussi, mais pour moi, de profil et sans perruque, M. Baader, qui est des mieux faits. À mon retour, je fus reçu des miens avec plaisir, et ce qui m'en fit étoit que tout le monde se porloit bien. Ce même jour, M. Parizeau et M. Baader, qui est toujours très-plaisant, vinrent souper chez nous, et à peine avionsnous commencé que M. Desfriches, négociant d'Orléans, vint aussi, soupa et pris congé de nous.
Le 9. Répondu a M. J.-Y. Meyer, à Hambourg. Je lui dis que du vin du Rhin, dont il me fait offre, j'accepterai bien et avec plaisir quelques bouteilles; que je lui réserve les quinze épreuvesqu'il m'avoit demandées; mais que, pour les meubles dont il me parle, je le prie de s'adresser à quelque autre mieux au fait que moi, ou qui auroit plus de temps de reste.
Le i l. Le courrier de Strasbourg m'apporta une boëte en forme de livre, proprement relié, mais contenant dix-
huit médailles d'argent de la plus grande beauté. Elles sont gravées tout nouvellement, par M. Schega, artiste célèbre, et représentent la suite des électeurs de Bavière depuis jusqu'à et compris l'électeur aujourd'hui régnant. C'est M. de Lippert qui me les a achetées; elles coûtent la somme de
Le 16. Écrit à M. Schmuzer, à Vienne. Je lui mets la quittance des cent livres que j'ay données, par son ordre, au sieur Piehler, de même que la réponse de M. Ducreux, qui dit que rien n'est arrivé de Vienne avec les équipages de M. de Durfort. Je lui parle du présent que le roy de Danemark m'a fait, et je lui envoyé le compte de ce que me doit monseigneur le duc de Saxe-Teschen, pour les estampes que je lui ay envoyées en six différents rouleaux. C'est le courrier impérial, qui est icy, qui prend le dernier rouleau, comme aussi ma lettre, et doit partir en ce moment.
Un marchand nommé M , qui doit épouser ma
nièce, est venu chez nous me voir en qualité d'un rechercheur. Ma femme l'avoit déjà vu plusieurs fois, mais non moi.
M. Lebrun fils m'a nettoyé et verni plusieurs tableaux, entre autres, mon superbe Brauwer, les Musiciens ambulants, de M. Dietrich, que j'ay gravés, Afjar présentée à Abraham par Sara, tableau surprenant du même M. Dietrich ou Dietricy, comme il signe le plus souvent, comme aussi mon tableau de Van Goyen.
Le 24. J'ay mis pour la première fois un habit de drap, brun de couleur et bien fait. Il est superbement galonné en or. Ce jour, je menay M. Baader avec moi à la Comédie-Italienne.
Ce jour, est entré chez moi, en qualité d'élève, le fils d'un maître tailleur de Paris, nommé M. Bervic1. Ce jeune homme a la physionomie heureuse; il dessine déjà joliment pour son âge, n'ayant que quatorze ans.
Le 28. Je partis de grand matin en carrosse de remise avec mes deux fils et notre domestique pour Versailles, voir M. de Livry, qui m'avoit tant de fois invité et de qui nous fûmes reçus le mieux du monde. A onze heures nous allâmes à la chapelle du roy, parce que je n'avois pas encore vu madame la Dauphine, et j'eus là le plaisir de la voir à mon aise, ainsi que mes enfants, qui étoient dans le même cas. Après cela nous la vîmes passer dans les appartements, ainsi que le roy, et de là, après avoir parcouru le château, en considérant les tableaux, nous retournâmes dîner avec M. de Livry, où il y avoit encore d'autre monde. Le dîner fini, nous montâmes sur la hauteur par le jardin derrière la maison de M. de Livry, où sont les étangs qui fournissent de l'eau au parc royal, dans lequel nous allâmes voir les statues. Après avoir pris congé de M. de Livry, nous montâmes en carrosse au clair de la lune et arrivâmes à Paris vers les neuf heures et un quart, bien contcnls de notre excursion. C'étoil pour la première fois que notre fils Frédéric vit Versailles, à l'âge de douze ans et huit jours.
Le 30. J'allai de bon malin, accompagné par M. Parizeau, dessiner le paysage sur la rivière des Gobelins. Il faisoit le plus beau temps du monde. Je n'ai fait que deux desseins, dont le dernier au Clos-Payen. Noire dîner étoit drôle; il ne consisloit qu'en un morceau de petit salé que nous mangeâmes cependant avec un appétit
1 Né le 23 mai 1756, Bervic mourut le 25 mars 1822. Ou trouve une notice sur cet artiste en tète de son catalogue de vente.
non pareil, dans un cabaret du faubourg Saint-Marcel, très isolé; mais le vin étoit très-bon, et nous contents comme des roys.
M. l'abbé Poissonneau, autrefois attaché au cardinal de Tencin, étant arrivé de Lyon, me vint voir.
M. Halm, mon élève pendant plus de neuf années, natif de Coblentz, a été reçu professeur de dessein à l'École royale militaire, ayant remporté cette place sur plusieurs concurrents. Aussi dessine-t-il bien, et le certificat que je lui avois donné étoit conçu, comme il étoit juste, en termes honorables pour lui, et il lui a pas mal servi en cette occasion. Il a quatorze cents livres d'appointements par an, logement, la table, etc., à l'hôtel.
Le 11 . Le frère de M. Diemar, de Berlin, mais demeurant à Londres, étant arrivé d'Angleterre, vint tout de suite avec une lettre de recommandation pour moi et une bordure ovale contenant un bouquet de roses et autres fleurs, le tout modelé en cire de couleur, dont le fond est une glace. C'est l'ouvrage de M. Diemar, trèsbien fait et qu'il envoyé à ma femme en présent. Enfin, c'est un bon et brave garçon qui fait bien ses affaires en Angleterre, et il le mérite bien. Son frère, qu'il nous recommande, est peintre en miniatures; je ne l'ai pas encore vu, car je n'y étois pas.
Le 14. M. Halm vint nous voir avec son habit d'uniforme de professeur de l'Ecole royale militaire. Ce vêtement est gris avec boutonnières d'or et boutons dorés.
C'étoit le dimanche; le jeune M. Diemar dîna avec nous. 11 paroît bien bon enfant. Je lui prêterai des
desseins pour les copier, m'en ayant prié pour cela.
M. Beson, autrefois secrétaire d'ambassade de la part du roy à Coblcntz, prit congé de moi, accompagné de monsieur son fils. 11 part pour la Corse pour y faire des découvertes de mines qu'il y doit exploiter, étant trèsversé dans cette partie. Il parle l'allemand très-parfaitement, ayant demeuré onze ans dans ce pays. Mon fils aîné a eu beaucoup de minéraux de lui pour son petit cabinet.
Vers le soir, j'allai avec M. Baader sur la cbaussée d'An tin tout exprès pour y voir les divers palais qu'on y construit actuellement. Je fus étonné de trouver la rue presque toute formée, depuis le boulevard jusqu'à la barrière Blancbe, là où j'ay dessiné, il y a peu d'années, d'après de pauvres baraques, mais pittoresques, qu'habitoient des jardiniers et des laitières. On a même commencé à voûter dans ce quartier l'égout de la ville, quiysentoit ordinairement fort mauvais, principalement en été.
Le 15. M. l'abbé Poissonneau a pris congé de moi pour s'en retourner à Lyon.
Le 20. J'ay acheté deux jolis tableaux: l'un est de Saenredam, représentant une Vue de Rome; sur le devant il y a un obélisque avec l'année 1655. L'autre est de Post, représentant une Vue des Indes orientales, où ce peintre alla au siècle passé avec le prince Maurice de Nassau. Ces deux tableaux sont très-bien faits et fort curieux.
J'ay envoyé ce jour-là les règlements de notre Académie royale de peinture et de sculpture à M. V. Lienau, à Bordeaux, qui me les avoit demandés. Comme il m'avoit été impossible de trouver aucun exemplaire imprimé chez aucun libraire, même celui de notre Académie,
M. Cochin, noire secrétaire, me prêta celui qu'il a entre les mains, et je les ai fait copier à la plume. J'ay ajouté une lettre à M. Lienau.
M'est venu voir M. Naumann, jeune voyageur de Dresde, m'apporlant une demi-douzaine de lettres de mes amis de Dresde et de Leipzig, où il a fait ses études; comme aussi dix-huit épreuves du portrait de madame Koch, fameuse comédienne en Allemagne, gravé par M. Bause l.
Je me suis écorché la jambe dans une loge de la Comédie-Italienne, M. Daudet m'accompagnant. Au retour au logis, j'ay appliqué sur la playe un morceau de taffetas d'Angleterre, et j'espère que cela ne sera rien.
Le 25. Répondu sur deux lettres de M. de Livry. Je le remercie de ne pouvoir profiter de l'invitation qu'il me fait de l'aller voir à Fontainebleau. Je lui dis en outre que quatre de ses petites bordures sont faites et que je compte lui procurer deux petits desseins.
Le 25. Répondu à M. de Lippert, à Munich. Il m'avoit envoyé la quittance de l'argent que je lui avois fait payer pour les dix-huit médailles d'argent, par Schega, représentant la suite des princes de Bavière, qu'il m'avoit négociées, et dont je le remercie. Je lui dis de plus qu'il m'est impossible de consentir que ma médaille soit frappée par M. Schega, aux conditions qu'il m'avoit proposées.
Le 26. Répondu à M. Dorner, peintre à Munich, qui avoit peint en petit ma tête, lorsqu'il passa par Paris, et dont il a fait le corps avec deux mains à Munich, le tout richement habillé, mais médiocrement raisonné et des-
1 Ce portrait représente Christine-Henriette Koch dans le rôle de Pelopia, dans Atrée et Thyeste, de M. Weise. Le tableau était peint par Antoine Graff; la gravure en est froide et métallique.
sine. Je le remercie donc de ce portrait, que je ne veux point exposer; il me faut du beau ou rien; malgré cela il me marque, de même que M. de Lippert, qu'il a été obligé d'en faire plusieurs copies pour divers amateurs des arts. Grand bien leur fasse! Ma lettre est dans celle à M. de Lippert.
Un jeune Russe, de Saint-Pétersbourg, s'est présenté chez moi pour être mon élève. Il est pensionnaire de l'Académie impériale de Russie, ayant gagné la seconde médaille du dessein; cela lui a donné droit de jouir de la pension et du voyage pendant trois années. Je ne sais pas où le placer chez moi; cependant il me prie avec instance, disant qu'avant que de partir de Pétersbourg il s'étoit proposé de chercher à entrer chez moi, et qu'il ne désiroit point d'autre maître. Je verrai comment je ferai. Il étoil avec un autre jeune graveur dePétersbourg, qui est chez M. le Ras, et qui parle bien le françois, mais plus parfaitement l'allemand.
Le 29. Le jeune Russe, nommé M. Iwanow1, me vint voir de nouveau, accompagné de l'aumônier d'ambassade de Russie, qui porte une grande barbe et le vêtement grec. Je lui ai promis ce jour qu'il pourroit entrer chez moi.
Le 4. J'allai voir MM. Olofski et Kolzusko, Polonois, brigadiers des cadets nobles, que le roy d'aujourd'hui a érigés. Ils sont fort studieux; je leur prête des desseins, qu'ils copient joliment.
1 Nagler nous apprend que le prénom de cet artiste commençait par un G, qu'il travaillait à la fin du dernier siècle et au commencement du nôtre, et qu'il grava la Cascade, d'après Dietrich.
Le 6. M. Iwanow est enlré chez moi en qualité d'élève.
Le 11. Nous fîmes la Saint-Martin le soir. 11 n'y avoit que plusieurs de nos parents; M. Baader, cependant, s'y trouva, pour son tourment. On avoit ajouté à son insu une poulie au-dessus de la place où il devoit être à table, une corde avec des crochets rouloit sur cette poulie, et, lorsqu'on fut bien en train, mon domestique accrocha sa perruque et la fit voler en l'air jusqu'au plancher, où elle resta pendant le souper. Le pauvre M. Baader, qui feroitrire le plus misanthrope, se trouvoit très-étourdi, il prit la chose en bien et rit le premier. On fit des charges avec son bonnet blanc, qu'on lui avait flanqué sur la tête.
Le 14. Répondu à M. de Livry, encore à Fontainebleau. Je lui dis que j'ay eu soin de toutes ses petites affaires. .
Le 15. Répondu à monseigneur l'évêqtiede Callinique. Je lui réponds que le volume de la galerie de Caprarole est joliment relié. Je lui propose aussi un troc, c'est-àdire qu'il me donne l'œuvre du comte de Goudt, et une estampe, par Gollzius, et que je lui donnerai le Temple des Muses, gravé d'après Diepenbeck, première édition, avec les pièces surnuméraires qui sont rares, fort bien relié.
Le 20. M. de Livry revint deFonlainebleau, et, comme il avoit désiré quelques desseins pour garnir des pilastres, je saisis cette occasion pour lui en faire faire deux au crayon rouge, très-terminés, par mon fils. L'un représente deux joyeux savetiers, dont l'un tient un verre a la main, et l'autre fume. Le second représente une femme
qui tricote et une fille auprès d'elle qui lit dans la Croix de Jésus. Je lui avois fait faire, en outre, deux paysages coloriés par M. Dunker, aussi très-jolis. M. de Livry en fut très-enchanté, non-seulement des desseins, mais aussi de mon attention par rapport à lui; surtout il parut bien sensiblement flatté de ceux faits par mon fils, que nous le priâmes d'accepter. C'est toujours un galant homme et très-bon ami de moi et de ma maison.
Le 22. Nous avons reçu de M. Eberts, directeur des chariots de poste de l'Empire et notre ancien ami à Strasbourg, un tonneau de sauerkraut, dont ma femme particulièrement fait beaucoup de cas.
Le 25. J'allai à la Comédie-Italienne, accompagné de mon fils aîné. On y jouoit le Cabriolet volant, pièce italienne nouvelle.
Le 4. MM. Orlofski et Kolzusko, gentilshommes polonois, ont soupé chez nous. M. Baadcr y étoit aussi, comme à son ordinaire. Nous avons ri à table, autant qu'il est possible, par rapport aux réponses naïves, satiriques et singulières de M. Baader.
M. Orlofski m'a cédé un grand écu de Pologne au coin du roy d'aujourd'hui.
J'ay acheté de M. Joullain fils l, pour ma curiosité, six petites estampes, gravées parYan deVelde. Sur deux li es-
* Joullain a publié un certain nombre de catalogues; outre cela, il a fait un petit volume, encore estimé de nos jours, dont voici le titre : Réflexions sur la peinture et la gravure, accompagnées dune courte dissertation sur le commerce de la curiosité et les voiles en général, ouvrage utile aux amateurs, aux artistes et aux marchands. Metz et Paris, 1780, in-12.
DE JEAN-GEORGES WILLE. m
petites, il n'y a que deux moutons sur chacune ; sur les trois autres, un peu plus grandes, qu'une vache sur chacune, excepté une. Elles me coûtent vingt-quatre livres. Ces six estampes sont admirables d'épreuves.
Le 15. Répondu à M. de Lippert, à Munich. Je lui fais voir fort clairement que je ne pourrois plus graver de portrait et que l'habile M. Schega ne doit point faire ma médaille.
M. Domanôk, jeune homme, fils d'un artiste de Vienne, m'est venu voir, m'apportant des lettres de M. de Sonnenfels et deM.Schmuzer.C'estccjeune homme quiaremis, de la part de l'impératrice, une table singulière faite par son père, à madame la Dauphine; elle est en acier, bronze doré et bois pétrifié. On m'en avoit déjà parlé avec beaucoup d'éloges. M. Domanôk me paroît fort joli garçon, parlant joliment françois et ayant beaucoup de politesse.
Le 15. Répondu à M. de Livry. Je l'instruis que les cinq bordures qu'il m'avoit prié de lui faire faire sont faites.
Le 17. M. de Livry nous vint voir. 11 apporta deux bonnes bouteilles de vin de muscat.
Me vint voir M. le baron de Krudner, Livonien. Il m'apporta des livres et lettres de mes amis, à Leipzig, où il avoit été voir les siens en venant de Pétersbourg; car il avoit fait cy-devant ses études à Leipzig. Il va à Madrid, en qualité de gentilhomme d'ambassade de Russie. 11 est très-aimable.
Le 25. Répondu sur deux lettres de monseigeur l'évêque deCallinique. Je lui envoyé deux quitlanccsde libraire et une mesure de portefeuille. J'ay adressé le tout à son frère, M. de Livry, à Versailles.
Écrit à M. Schmidt, graveur du roy de Prusse, à Ber-
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lin. Je me plains de son silence. Je lui demande de ses nouvelles estampes, et je lui dis qu'il recevra, par Hambourg, ma Bonne Femme de Normandie, trois épreuves, une pour lui, une pour M. Rode, et la troisième pour M. Nicolaï.
Le 24. M. Spener, jeune libraire de Berlin, qui a voyagé en Italie, me vint voir, et m'apporta, de la part de M. Reicb, libraire à Leipzig, un nouvel ouvrage, par M. Wielland, intitulé Die Grazien.
Le 27. J'ay acheté d'un chimiste savoyard une poudre chimique pour faire de l'encre. Cette poudre me paroît fort curieuse. J'en ay fait l'essay de toutes manières. Etant sur le papier, on ne la peut effacer avec une éponge mouillée, et, étant seulement en poudre dans une plume que l'on trempe dans de l'eau, on écrit en perfection. Ce Savoyard nous a trompés.
Le 31. Dernier jour de cette année 1770, j'allai à l'assemblée de notre Académie royale, où il y eut nombre d'embrassades. M. Surugue, graveur, ayant trouvé la planche, gravée par B. Picard, du portrait de De Piles1,
1 Roger de Piles naquit à Clamecy en 1631, et fut en relation, dès son enfance, avec Alphonse Dufresnoy. De Piles écrivit un assez grand nombre d'ouvrages sur la peinture, dont nous allons donner la nomenclature : Abrégé de la vie des 'peintres, Paris, 1699 et 1745; Y Art de la peinture, d'Alphonse Dufresnoy, traduit en françois, avec des notes, Paris, 1668, 1675, 1684, 1734, 1753; Conversation sur la connaissance de la peinture, Paris, 1677; Dissertation sur les ouvrages des plus fumeux peintres, avec la vie de Rubens, Paris, 1681; les Premiers Éléments de la peinture pratique, Paris, 1685, 1740; Idée du peintre parfait, Paris, 1699; Cours de peinture par principes, suivi d'une Dissertation sur la balance des peintres, Paris, 1708, 1720; Dialogue sur le coloris. Roger de Piles mourut à Paris le 5 mai 1709. Il a gravé à Peau-forte, d'une pointe savante, le portrait de son ami et protecteur Alphonse Dufresnoy, et cette planche est beaucoup plus rare et beaucoup plus estimée qu'aucun de ses ouvrages imprimés.
DE JEAN-GEORGES YYILLE. 405 autrefois académicien honoraire, en a fait présenta l'Académie avec cent épreuves qu'il avait fait tirer, dont chaque membre de l'Académie emporta une épreuve. En revenant vers les sept heures du soir, par un très-mauvais tems, je perdis mon estampe qui étoit roulée, mais l'ayant aperçu, je retournai sur mes pas et la trouvai sur des pierres de la place du Louvre sans être endommagée. Sur le pont Neuf, j'achetai, selon mon ancien usage, des oranges pour donner à mes iils et à mes élèves.
Le lfr. Mon fils aîné me présenta un dessein au crayon rouge composé de trois demi-figures, une jeune femme étant assise, coiffée et vêtue selon le costume de notre temps. Elle a une serviette sur les genoux pour recevoir des oranges qu'un petit marchand lui présente; une vieille femme le fait avancer, car il paroît encore neuf dans son commerce. Le tout est au mieux et des plus finis, fait avec un art singulier. Cette étrenne m'a fait le plus grand plaisir, d'autant plus que tout, en général, a été fait d'après nature. Ce dessein a coûté un mois de travail à mon fils.
Mon fils Louis-Frédéric me présenta aussi une tête en grand au crayon rouge, copiée d'après un dessein de son frère, et qui est ce qu'il a fait de mieux jusqu'à présent. Cela me fil pareillement plaisir.
Le 6. Nous avons fait les Roys. M. et madame Chevillet et mademoiselle Manon, de môme que M. Baadcr. y étoient. M. Daudet et madame Chevillet y chantèrent beaucoup; mais mon fils aîné chanta parfaitement bien, i. 50
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ecla rîevoit être, car je lui ay fait apprendre la musique pendant plusieurs années, il est de même Irès-fort sur le zither ou guitare allemande.
Le 12. Répondu à monseigneur l'évoque de Callinique à Sens. Son portefeuille reste enveloppé icy.
J'ay remercié M. de Livry d'un pâté de six canards qu'il nous avoit envoyé de Versailles pour la fête des Roys. Répondu entre autres sur la question des différentes remarques sur les différentes épreuves du portrait du roy de Pologne, par Balechon1.
Ces jours-cy, M. Schùtz, secrétaire d'ambassade de Danemark, me remit de la part de Sa Majesté les trois volumes de la Flora Donica et le premier volume des superbes coquilles de Regenfus. Nous étions tous étonnés de ce que le deuxième volume avoit été oublié à Copenhague, et que je dois réclamer. Le tout magnifiquement relié avec l'empreinte des armes du roy de Danemark. J'aurai l'honneur d'en remercier Sa Majesté.
Vers le 15, je devins malade d'une dyssenterie qui me dura huit jours ; mais j'eus une rechute qui fut pire. Cette incommodité m'a emporté cinq semaines en pure perte.
M. de Livry, de Versailles, me vint voir, entre autres, dans cette maladie.
M. Neumann, de Dresde, prit congé de nous. Il s'est chargé d'un rouleau pour M. Dielrich et d'un autre pour M. le baron de Kessel, et, quoiqu'il m'eût apporté une demi-douzaine de lettres de mes amis en Saxe, je ne fus
1 On connaît trois états de ce portrait, voir le Manuel de V amateur d'estampes, par Ch. Leblanc, I, p. 129. Le cabinet des estampes de la Bibliothèque impériale possède une épreuve, probablement unique, de ce portrait; elle est gravée au simple trait, et lait voir le premier travail de l'artiste pour fixer la place que doit occuper chaque partie de son sujet.
point en état d'écrire aucune réponse pour l'en charger. Je lui ay donné aussi quelques estampes.
Quoique je ne fusse guère en état de m'occuper, cependant je m'amusois à répondre de temps à autre à quelques lettres.
Le 25. Répondu à M. Lienau, à Bordeaux. Je lui envoyé encore une pièce que j'ay fait copier de nos statuts de l'Académie royale.
Le 50. Répondu à M. Weitsch, à Brunswick, qui m'avoit fait la description de son voyage pittoresque en Hollande, en Flandre et à Dùsseldorf. C'est dans cette dernière ville qu'il trouva mon ancien élève, M. de Meehel, de Basle, qui va entreprendre de faire graver la fameuse galerie de cette ville.
Je prie M. Weitsch de faire, pour un amateur d'icy, deux petits desseins moyennant trente-six livres les deux.
Le 51 . Répondu à M. Schmidt, à qui je demande de ses nouvelles estampes dans le goût de Rembrandt et d'après ce maître, surtout soixante de Loth et ses filles.
Le 5. Répondu a M. Sclienau, à Dresde. Je le charge de plusieurs petites commissions.
Le 6. Répondu à M. le baron de Kessel, grand maître des cuisines de la cour électorale de Saxe et chevalier de l'ordre du Lion palatin, homme des plus aimables. Je le prie, entre autres choses, de la recherche de quelques ducats. J'ay répondu par la même voye à M. le comte de Lynar. Je lui dis que M. Schenau a été chargé de lui remettre deux épreuves du Concert de famille.
Répondu à M. Huber, professeur de la langue française à Leipzig. La lettre n'est remplie, comme à l'ordinaire, que d'expressions d'amitié et de badinage.
M. le baron de Krùdener, gentilhomme des plus aimables et très-instruit, a pris congé de nous. Il est parti pour Madrid par le plus grand froid.
Ces jours-cy, j'ay envoyé un petit rouleau d'estampes chez M. Krulbofer, qui s'est chargé de le faire parvenir à M. Kobell, à Manheim. Je l'ai accompagné d'une lettre de remercîmenls des estampes, eaux-fortes, qu'il m'avoil envoyées par M. Parizeau, et je lui dis mon sentiment sur ses travaux en ce genre. Dans le rouleau j'ay mis une Bonne femme de Normandie, que je prie M. Kobell de remettre à un jeune peintre d'animaux, à Manheim, nommé M. Millier, qui m'a envoyé quelques eaux-fortes qu'il a faites avec feu et esprit.
Le 10. Répondu à M. Schmuzer, à Vienne, sur plusieurs de ses lettres. Je lui envoyé aussi la quittance de l'argent que j'ay donné au jeune Pichlcr. Je l'instruis aussi que j'ay touché l'argent que monseigneur le duc de Saxe-Teschen me devoit. Celte réponse, comme aussi un rouleau d'estampes à monseigneur le duc, est entre les mains de M. Kruthofer, qui fera passer, par le premier courrier impérial, l'un et l'autre à Vienne. La note du volume des estampes du cabinet du roy, que monseigneur m'avoit demandé, y est aussi. Je prie M. Scltmuzer de me chercher un ducat au coin du prince de Kaunitz-Ritlberg.
Le 12. Nous avons fait le mardy gras. Le soir il y avoit, outre notre monde ordinaire, ma nièce de Villopesle, qui a passé les jours gras avec nous; M. et madame Coulouli et M. Coulouli fils, qui recherche ma nièce en mariage;
et M. et madame Chevillet, de même que M. Baader, qui est venu habillé en poissarde. Nous avons bien ri, surtout des charges plaisantes de M. Baader. Nous ne nous sommes sépares qu'à une heure après minuit.
J'ay reçu, dans une lettre de M. de Lippert, un ducat représentant l'électeur de Trêves, que M. Sehega a gravé nouvellement à Munich. Je lui en envoyerai un autre à la place.
Le 14. On vint chercher ma nièce, qui partit, après avoir déjeuné, pour s'en retourner chez elle.
Le 15. Répondu à M. Strecker, premier peintre du landgrave de liesse, à Darmstadt, mon ancien ami. Je le prie d'envoyer les deux vues des environs de Coblentz, que j'ay gravées depuis peu, d'après M. Schûtz, de Francfort, à M. Schûtz.
Le 16. Répondu à M. de Lippert, conseiller actuel de révision et de commerce, de S. À. S. E. de Bavière, et secrétaire de l'Académie des sciences électorales, à Munich. Causa Âcademix. Je lui envoyé dans la lettre un ducat de Hollande pour un ducat de l'électeur de Trêves, gravé par Schega, qu'il m'avoit envoyé. Je le prie de m'envoyer le double ducat de Salzbourg dont il m'avoit parlé.
M. Rogler, gouverneur de M. Fregc, de Leipzig, qui m'étoit déjà venu voir, a passé la soirée avec moi. Il est beaucoup instruit, car il a beaucoup voyagé.
Le 19. Ecrit à M. Richter, à Leipzig, pour lui demander si je dois prendre pour lui, à soixante-six livres, les festes que le duc de Parme a données à l'occasion de son mariage avec l'archiduchesse.
Je sortis, depuis mon incommodité, pour la première
lois, accompagné par M. Daudet. Nous allâmes voir le cabinet de feu M. Boucher, premier peintre du roy, qui demeuroit au Louvre. J'ay vu former ce magnifique cabinet successivement, étant ami, depuis environ trente ans, avec M. Boucher, dont je regrette toujours la mort.
Le 22. J'ay mené ma femme et mon fils Frédéric voir le cabinet de feu M. Boucher, dont on a commencé la vente1 depuis le 18, en commençant par les tableaux, terres cuites, etc. Le reste de ses curiosités, étant encore en place, mérite la plus grande attention par leur choix et variété; ma femme et Frédéric en furent surpris, en voyant des porcelaines, minéraux, coquilles, pierres précieuses, laques, armes, instruments, et autres productions de la nature et de l'art, rassemblés depuis nombre d'années par ce fameux et gracieux peintre, avec autant de gout que de dépense.
Comme je commençois à sortir après mon incommodité, j'allai plusieurs fois à la vente de feu M. Boucher. Je n'ay cependant acheté que pour cent cinquante livres trois articles de desseins dont un de dessein de lui, les aulres de l'école des Pays-Bas.
Le 5. J'ay fait des trocs de desseins provenant de la vente de M. Boucher, avec Debessc2, architecte et mon ami.
1 « Catalogue raisonné des tableaux, desseins, estampes, bronzes, terres cuites, laques, porcelaines de différentes sortes et de feu M. Boucher, premier peintre du roi. Cette vente se fera au vieux Louvre, dans l'appartement du défunt sieur Bouclier : elle commencera le lundi 1 8 février 1771, etc. Paris, 1771, in-12. » 11 parut sur Boucher une curieuse notice dans le y<:crologe des hommes célèbres, 1771, et Mariette lui consacra quelques lignes pleines d'intérêt, Abeccdario, 165.
- Debessc est, sans aucun doute, mort en I7S5, car sa vente se fit le 12
Le 4. M'est venu voir M. Haag1, peintre du prince d'Orange et Nassau, stadthouder de Hollande. 11 est aussi directeur et inspecteur du cabinet des tableaux de ce prince; je lui ay montré mon cabinet, dont il a paru satisfait.
MM, Ott et Schuldsess, de Zurich, me sont venus voir apportant des lettres de recommandation de la part de M. Fuessli. Ils sont jeunes et gentils enfants.
Le 6. M. de Livry vint de Versailles, nous apportant plusieurs bouteilles de vins rares et fins.
J'ay remis à un courrier de Sens un paquet que j'avois à monseigneur l'évèquc de Callinique, qui m'avoit écrit pour cela.
Notre sœur de Villepisle nous vint voir.
Le 7. J'ay envoyé à notre sœur de Yillepesle une lettre écrite par M. Coutouli père, par rapport à notre voyage que nous y devons faire aussitôt qu'il fera beau.
Le 8. J'ay reçu une caisse avec ce papier admirable qui vient de Bâle.
Le 9. J'ay été avec mon fils aîné, la première fois depuis ma maladie, à l'Opéra-Comique. Un nouvel acteur débuta dans Annette et Lubin, sa voix n'étoit pas mauvaise et son jeu avoit de la vivacité et de l'expression. L'usage, sur un théâtre de Paris, pourroit le bonifier singulièrement.
janvier 1786, et il est indiqué comme feu M. Debesse. Le catalogue de cette vente, rédigé avec soin par A.-J. Paillèt, contient une notice bien courte sur cet architecte, dont on ne trouve le nom dans aucune biographie.
1 Philippe Christian Haag naquit en Hesse-Cassel en 1757, et mourut •en 1812.
Le 10. Répondu à M. Ziogg, à Dresde. Je lui dis que M. CoindeUlui envoyé le compte de ses desseins vendus et de ceux qu'il garde à sa disposition. Je lui marque en outre les raisons qui m'empêchent de me charger de ses desseins. M. Coindet m'a remis trente-six livres que je dois envoyer à M. S. Gessner, à Zurich.
J'ay acheté un superbe tableau peint sur bois, par D. Teniers, représentant gibier et poissons et trois figures; le tout admirable, et ce tableau donne du lustre à mon cabinet.
Le 20. Me sont venus voir M. le baron de Vreech, envoyé de Hesse-Casscl, et M. de Sandau, envoyé du roy de Prusse. Ils sont l'un et l'autre connoisseurs et amateurs.
Le 25. M. de Boissieu, peintre et trésorier de France, étant arrivé de Lyon sa patrie, m'est venu voir plusieurs fois. Je lui ay rendu visite pour voir les desseins qu'il a faits en Italie et des tableaux qu'il a apportés icy pour les faire voir aux artistes curieux.
Le 28. M. le baron de Vreech m'ayanl invité à dîner, je m'y rendis. M. de Sandau, envoyé de Prusse, un seigneur anglois, M. Loutherbourg et Greuzc éloicnl aussi du repas. M. l'envoyé nous traita très-bien.
Le 1er. Je suis parti de grand matin en voiture avec ma femme, mon fils Frédéric et M. Coutouli, mon chirurgien, pour aller à Yillepesle, chez notre belle-sœur, pour y traiter de mariage pour ma nièce et M. Coutouli fHs. Nous y avons été reçus le mieux du monde, y avons couché la nuit et sommes revenus le 3, qui éloit la Irai-
sièmc festede Pâques. 11 faisoit ces jours-là le plus beau temps du monde.
Le 4. M'est venu voir un jeune peintre saxon nommé M. Sehmidt. Il m'a conté bien des choses de beaucoup de mes amis dans ce pays-là.
M. Basan, après avoir fait le voyage de Chanleloup pour voir M. le duc deChoiseul, vint souper chez nous.
Le 7. Mon lils est parti de grand malin en cabriolet, accompagné par M. Coutouli le fils (qui recherche ma nièce de Yillcpesle en mariage), et de M. et madame Chevillet, pour ledit endroit. Ils y passeront les deux festes.
Le 8 au soir mon fils et les autres sont revenus de Vil— lepesle; à ce retour il ont eu deux roues de rompues au cabriolet; au reste ils me disent qu'ils ont eu beaucoup de plaisir.
Le 14. Répondu et écrit à M. de Wasserschleben, conseiller de conférence du roy de Danemark, avec une lettre de remercîment pour les deux médailles d'or et les superbes volumes dont Sa Majesté a bien voulu m'honorer.
Mon fils Frédéric a fait sa première communion à l'âge de douze ans et demi. Je l'avois fait instruire au logis, par M. l'abbé Le Bossu, à qui j'ay fait présent de plusieurs de mes eslampes toutes encadrées, ce qui lui a fait grand plaisir.
Le 1G. J'ay ajouté encore une lettre à M. Wasserschleben, dans laquelle je dis que le second volume des Coquilles ne s'estoit point trouvé dans la caisse ouverte en présence de M. Schûtz, et quoique annoncé de la part du roy dans la lettre du 22 janvier 1 770, écrite par M. Was-
serschleben, et qui accompagnoit la lettre patente du roy qui me nomme son graveur ordinaire avec rang de professeur de l'Académie royale de Copenhague. Je le prie de voir si ce volume n'auroit pas été oublié par l'encaisseur. Je lui promets de lui envoyer le catalogue de l'œuvre de M. Cochin \
Le 17. Son Altesse monseigneur le jeune duc de Holslein m'a fait l'honneur de venir chez moi. Il est trèshonnête et aimable. Il est resté bien deux heures avec moi. Je lui faisois voir mon cabinet de tableaux et desseins, dont il éloit fort flatté.
Le 19. Répondu à M. Stiïrz, conseiller de légation, directeur général des postes du Danemark. Je lui dis que l'estampe qu'il m'a envoyée n'est pas de Rembrandt, mais de J. de Ghein. Comme aussi que mon fils n'est point trop content des minéraux qu'il lui a envoyés. Cette lettre est dans celle à M. Wasserschleben.
Le 20 au matin, madame Deforge, ma belle-sœur et ma nièce sa fille, sont parties pour retourner à Yillepesle, après être restées quatre jours avec nous, traiter du mariage projeté entre elle et M. Coutouli; et hier M. Collin, secrétaire du roy, de la connoissance de ma belle-sœur, vint au logis parler à M. Coutouli père et prendre les intérêts de ma nièce.
Mon fils a été à l'enterrement de la jeune cl aimable madame Chéreau, morte en couches, rcgretlée d'un chacun et principalement de nous. Je ne pus pas m'y rendre,
1 II est rédigé par Charles Antoine Jombert, et parut en 1770 sous ce titre: Catalogue de l'œuvre de Ch. Nie. Cochin fils, écuyer, chevalier île l'ordre du roy, censeur royal, garde des desseins du cabinet de Sa M;ijestc, secrétaire et historiographe de l'Académie royale de peinture et de sculpture. Paris, de l'imprimerie de Prault, in-8° de cent quarante-trois pages.
DE JEAN - GEORGES WILLE. 475 un peu de mal aux yeux m'en ayant empêché; M. Daudet s'y est rendu.
Le 21. Nous avons tous dîné chez M. Coutouli, noire chirurgien.
Le 22. Monseigneur l'évêque de Callinique et M. de Livry me sont venus voir de Versailles.
Ma belle-sœur de Villepesle a été plusieurs jours avec nous.
Le 27. Répondu à M. Dietrich, qui veut m'envoyer des ouvrages de son élève et me promet son œuvre gravé. Je lui promets douze épreuves de son portrait sur six qu'il m'a demandées.
M. Bellanger, fameux curieux, ayant vendu ses estampes à M. Buldet, marchand d'estampes, j'en ai acquis de lui plusieurs belles épreuves, entre autres Y Antiquaire, par C. Visscher, trente livres, plusieurs Goltzius, etc.
Le 8. Répondu à la lettre que m'avoit écrite Son Altesse monseigneur le prince Adam Czartoriski, général de Podolie, en me recommandant le sieur Wroczinski, mon élevé. Je lui propose aussi de lui...*
Le 9. J'ai acquis de M. Basan le Juif à la rampe, par Rembrandt, qu'il m'a vendu soixante livres; c'est cher, mais l'épreuve est des plus belles.
Le 12. M. de Livry, de Versailles, entre autres a soupe chez nous.
Le 17. Ma belle-sœur étant venue à Paris, le contrat de mariage de sa fille, qui demeure chez nous, et de
M. Coulouli fils, a été signé de part et d'autre. Le lendemain M. Coutouli fils a apporté une bourse de cinquante louis et une montre d'or à ma nièce.
Le 21. Répondu à M. Schmuzer. Je lui dis que j'ay remis sa lettre à M. Ducrcux; que je crois aux estampes comme aux desseins qu'il prétend m'avoir envoyés et qui n'ont point paru; que je pardonne à M. Weirotter ses sottises actuelles comme je lui ai pardonné cent fois dans Paris... (J'apprends depuis peu, par plusieurs lettres, que ce pauvre Weirotter est mort. Cela me fait de la peine, quoique son caractère moral ne valût rien; mais il avoil du talent); que j'ay remis un rouleau chez l'ambassadeur pour Son Altesse Royale le duc de Saxe-Tescben; que l'architectede Vienne qu'il m'avoit envoyé étoit sans argent, sans savoir le françois, et qu'il n'y avoit point d'ouvrage a espérer pour lui; qu'il devroit mieux conseiller les jeunes gens qui s'en vont de Vienne; que je (lui enverrois mon portrait gravé par Ingouf, d'après mon fils.
M. Vadicr, gouverneur du jeune M. Thellusson, fils du banquier de ce nom, m'est venu voir, m'apportant de Leipzig et de Dresde des lettres et des livres de la part de mes amis. Ils ont passé deux ans dans la première de ces villes pour apprendre la langue allemande, et ont fort bien réussi.
Le 25. J'allai à l'assemblée de l'Académie royale. M. de Saint-Aubin, graveur qui a du mérile, y fut agréé.
Le 26. Répondu à M. Ernest-Christian Render, fûrstlichen zollverwalter à Kônigsberg, qui m'avoit donné avis qu'il avoit épousé une de mes nièces. Je l'en félicite et lui dis toutes sortes de belles choses d'usage en pareille occasion.
Comme j'avois gagné un très-gros rhume la première Peste de la Pentecôte, j'étois obligé de garder la maison el même de me purger le 31 de ce mois.
Le 51. Me sont arrivées plusieurs nouveautés et livres que mes amis de Leipzig m'envoyent, tels que MM. Huber, Weiss et Reich. 11 me paroît qu'il y a des choses curieuses parmi. C'est encore M. Vadier qui en étoit chargé.
Le w2. M. le baron de Blooms, ambassadeur du roy de Danemark, me vint voir et resta longtemps avec moi.
Le 6. M. Eberls, place des Victoires, m'envoya un paquet monstrueux venant certainement à son adresse, de M. Herzberg, d'Àugsbourg, et, craignant apparemment l'embarras et les dépenses, il me l'envoya bonnement comme l'ayant reçu pour moi; mais je ne fus pas tout à fait claude de son invention : je lui renvoyai le lendemain le tout avec une lettre, dans laquelle je lui fis sentir qu'il s'étoit trompé dans son attente.
Le 9. M. Verhaghen l, peintre flamand au service de l'impératrice-reine, vint chez moi et me lit voir de ses ouvrages historiques qui portent un bon caractère. 11 va, accompagné de son fils, en Italie, pour y voir ce qu'il y a de remarquable; le tout aux dépens de cette princesse, qui lui a envoyé en dernier lieu cinq médailles d'or, après avoir vu un tableau de sa main. Voilà depuis du temps le premier peintre de Flandre qui promette quelque chose. 11 parut singulièrement content de plusieurs ta-
1 Né en 1720, Pierre Joseph Verhaghen mourut en 1811.
bleaux do mon cabinet, entre autres, Sara présentant Agar à Abraham, peint par M. Dietrieb, qu'il ne pouvait pas quitter.
Le 11, qui étoit le mardy, notre nièce mademoiselle Defôrge, de Villepesle, fut mariée a Saint-André-des- Arls, notre paroisse, à cinq heures et demie du matin, avec M. P.-V. Goutouli, maître es ar ts de l'Université de Paris, chirurgien de l'Académie royale de Saint-Côme et fils de M. Coutouli, aussi chirurgien. Noire nièce ayant demeuré plusieurs mois avec nous, ce fut moi qui la menai à l'autel. Presque tous les parents de part et d'autre s'y étoient rassemblés. Le repas, qui éloit magnifique, fut donné au Jardin des Épiciers, faubourg Saint-Denis; l'assemblée s' y trou voit très-nombreuse. Nous étions de bonne humeur, et mon plaisir auroit été plus parfait, si je n'avois pas senli du mal à un pied qui étoit enflé depuis deux jours. C'est pourquoi je partis à la sourdine vers les huit heures et demie, accompagné de mon fils aîné, pour me rendre au logis. Je fus étonné qu'en me déchaussant mes deux pieds étoient enflés sans que je pusse en deviner la cause. Ma femme, que j'avois prévenue de mon départ, ne revint avec notre fils Frédéric que vers une heure de la nuit; car elle avoit été obligée de coucher la mariée, qui est grande, bien faite et bonne enfant.
Le 12 de bon matin, notre neveu Coutouli nous vint voir avec une mine contente. Plusieurs de nos parents vinrent aussi avant leur départ pour la campagne. Ma femme et Frédéric sont allés dîner chez les nouveaux mariés, qui demeurent chez père et mère, et, l'après-dî-; ner notre nièce est venue avec eux au logis. Mes pieds sont encore enflés aujourd'hui. — Cette incommodité a cessé trois jours après.
DE JEAN-GEORGES WILLE. 47î>
Le 16. J'ay reçu de Dresde quelques tableaux d'un élève de M. Dietrich, nommé Klein.
Le 21. J'ay remis, en sortant de ehez M. le baron de Blome, diverses estampes de M. Preisler à M. Cochin, pour être exposées à l'assemblée de l'Académie. M. Preisler désire y être agréé.
M. le baron de Palm, attaché à la cour de Baade-Durlach, me vint voir. Je l'ai revu avec plaisir.
Notre nièce et son mari, M. Coutouli, nous ont rendu la visite de cérémonie et ont dîné chez nous.
Piépondu à MM. Wasserschleben, Stùrz et Preisler, à Copenhague. Je leur dis que tout ce que chacun m'a demandé est dans la même caisse que M. le baron de Blome, envoyé extraordinaire, expédie lui-même.
Le 22. Écrit à M. Bause, à Leipzig. Je lui demande le compte de ce que je lui dois et de ce qu'il me doit. Je lui demande aussi quelques estampes de celles qu'il a gravées.
Le 25. L. A. S. monseigneur le margrave et madame la margrave de Baade-Durlach, avec deux princes leurs fils, m'ont fait l'honneur de venir chez nous. J'y ai été fort sensible, admirant leur affabilité, leur candeur et leur honnêteté. Ils ont daigné me dire les choses les plus flatteuses, de même qu'à madame Wille. La princesse surtout la metloit très à son aise, et ma femme s'en tiroit avec politesse, comme il convenoit vis-à-vis des personnes de ce rang. Ils sont restés deux heures avec nous, et, comme cette digne princesse a non-seulement un cabinet des plus beaux qu'elle a ramassé, mais qu'elle peint et dessine très-joliment, elle trouva de quoi s'amuser chez moi en examinant mes tableaux et desseins qui sont ex-
posés en trois pièces, indépendamment des tableaux qui sont dans la salle. Elle parut très-satisfaite, et de nous et de mes curiosités. Je saisis cette occasion et je fis présent à monseigneur le margrave de mon œuvre particulier, consistant en quatorze morceaux, épreuves choisies et superbes, étant des premières, qu'il accepta avec plaisir et parut très-flalté de ma façon d'agir. M. le baron de Palm, qui les accompagnoit, me sut gré de ce trait.
Le 26. J'envoyai, selon qu'il étoit convenu, mon œuvre particulier dans un portefeuille, chez M. le baron de Palm, pour le remettre à monseigneur le margrave.
Le 29. M. Orlofski, brigadier, me remet la réponse sur ma lettre que j'avois écrite à S. À. monseigneur le prince Czartoryski, général de Podolie, et par laquelle je lui proposois la dédicace de ma nouvelle planche. Celte réponse étoit on ne peut pas plus satisfaisante : non-seulement il accepte dans les termes les plus polis cette dédicace, mais il m'envoye aussi le dessein de ses armes cl de ses litres.
Le 50. M. Schlaf, artiste saxon, me vint voir; il m'éloil déjà recommandé, et part pour Londres y joindre deux frères qui y font bien leurs affaires.
Le 13. Écrit ou répondu à M. Dielrich, à qui j'envoye douze épreuves de son portrait qu'il m' a voit demandées et une épreuve du mien. Je disque deux tableaux de son élève seront difficilement vendus, c'est-à-dire le Moulin qui brûle et pendant. Je le remercie de son petit œuvre qu'il m'a envoyé.
Répondu à M. Hubcr. Je lui envoyé mon périrait.
Répondu à M. Weiss. Je lui envoyé Y Amoureux de quinze ans et mon portrait. Je les remercie tous deux des livres et journaux qu'ils m'ont envoyés.
C'est M. le baron de Krudener, gentilhomme aimable s'il en fut jamais, qui a bien voulu se charger des lettres et paquets cy-dessus. Il est parti le 14; la veille, il prit congé de moi ; ce fut lui qui eut la bonté de m'apporter les cinq monnoies d'or qui ont cours en Espagne, et, malgré toute ma résistance, il m'en fit présent. D'après cela, il fut obligé d'accepter le portrait du comte de Saint-Florentin, mon meilleur ouvrage en fait de portraits, et le plus rare.
Le 14. M. Kruthofer, secrétaire de M. l'ambassadeur de l'Empereur, courut après moi au Luxembourg et me fit absolument présent d'un ducat au coin du prince de Paar, me disant qu'il l'avoit reçu du prince et qu'il en vouloit augmenter ma collection.
Le 17. Je menai mes deux fils, l'après-midy, goûter au nouveau boulevard. Il faisoit, ce jour, une chaleur excessive. Le soir, vers les onze heures, tout Paris fut consterné d'un phénomène qui mit presque toute l'atmosphère en feu. Aujourd'hui, 18, on dit, et je le crois, que c'étoit un jeu et opération chimique de M. le duc de Chaulnes, qui demeure sur les nouveaux boulevards.
Le 20. Il est faux que M. leducde Chaulnes l'ait opéré. C'étoit un véritable phénomène qui a été vu dans plusieurs provinces.
Répondu à M. de Lippert, a Munich. Je lui envoyé deux ducats pour un double ducat de Salzbourg qu'il m'avoit envoyé; mais je lui refuse poliment l'histoire de ma vie qu'il désiroit, comme plusieurs l'ont déjà désirée, pour i. 51
la faire imprimer dans la Gazette des Beaux-Arts d'Augsb&urg. Je n'aime pas les histoires des gens qui existent.
M'est venu voir un jeune orfèvre de Pétersbourg, nommé M. Pasch, que M. le baron de Krudencr me recommande. Je l'ai adressé dans le moment à M. Bander, pour lui enseigner un peu de dessein qu'il désire «apprendre.
Répondu à M. Marschall, pasteur à Radheim, près de Geissen, qui, étant devenu mon neveu, m'en a donné la nouvelle ; je l'en félicite.
Le 24. M. Schultz, de Hambourg, prit congé de moi. J'eus de lui une petite médaille d'or, d'un côté est le profil du feu roy de Danemark, de l'autre un vaisseau de guerre. Il m'en a absolument fait présent, il aura en revanche ma nouvelle estampe.
MM. Kôpke et Lienau, de Hambourg, m'ont apporté une planche de cuivre brut que M. Lienau, mon ami à Hambourg, m'envoye. J'espère et je désire qu'il soit bon.
Le 5 et le G. J'ay fait graver la lettre sur ma nouvelle planche quej'avois finie deux jours auparavant, C'est M. Gutlenberg qui m'a gravé cette inscription, dont le titre est les Offres réciproques l. Cette planche sera le pendant des Musiciens ambulants, que j'ay gravés il y a plusieurs années. J'écrivis au printemps passé à Son Altesse monseigneur le prince Adam Czartoryski, pour lui demander la permission de lui dédier mon nouvel ouvrage; ce qu'il daigna «d'accorder le plus poliment du
1 N° î)3 du Catalogue tic l'œuvre de Wille.
monde, par sa réponse, en m'envoyant ses armes et ses titres.
Le 11. Se présenta' chez moi un jeune homme d'une figure intéressante, se disant élève de M. Krahe1, peintre et directeur de la Galerie de Dusseldorf, mais qui désiroit être graveur. Il me conta qu'ayant été volé entre Maëstricht et Aix-la-Chapelle, il étoit sans ressource et réduit au désespoir. Je m'en défiai d'abord, car toutes ces assurances d'événements sont fortement employées par maintvoyageur, par conséquent aussi fortement usées; mais il me montra deux planches qui ne montroient que quelque envie de graver, et moi je le fis dessiner pour m'assurer si c'étoit bien lui qui les avoit faites. Il me montra aussi un burin construit de la manière la plus singulière et absolument inutile pour la gravure. Enfin, il pleura comme un homme réellement au désespoir. J'en fus touché; je lui fis présent de six livres, d'une planche de cuivre poli, de plusieurs burins, pointes, ébarboirs, papiers vernis, et je lui donnai une estampe à copier, en le menant moi-même chez M. Guttenberg, qui lui vernit cette planche. Il versa des larmes de joye et de reconnoissance. Il s'appelle M. Schmits. Il parle bien, et, s'il est honnête et sage, je ferai quelque chose pour lui.
Le 12. Le comte de Werthern, que j'ay connu il y a environ huit ans, vint me voir, mais je ne le remettois nullement, ce dont il rit beaucoup ; mais cela n'étoit pas étonnant, je l'avois connu fort maigre, et il est actuellement très-gras et bien portant. Il étoit seulement venu voir M. son frère, qui est l'envoyé extraordinaire de
1 Jean Lambert Krahe, peintre d'histoire, né à Dusseldorf en 1712, mourut dms la même ville en 1790.
l'électeur, et il va s'en retourner en Saxe clans peu de jours.
M. Basan m'avoit invité pour être médiateur, avec trois autres, entre lui et M. le Mire, qui se sont séparés d'intérêts dans leur entreprise des Métamorphoses d'Ovide. M. Basan reste actuellement seul propriétaire, en donnant dix mille six cents livres et douze exemplaires complets à M. Le Mire, et tout le monde paroît content.
Le 15. Répondu sur deux lettres de M. de Livry. Je lui touche un mot sur les alarmes des graveurs et marchands d'estampes, et que je désirois beaucoup son retour de Compiègne.
M. de Stengel, fils du conseiller de l'électeur palatin, m'est venu voir. 11 aime les arts, dessine et grave lui-même.
Le 18. M. Schmils, ce jeune homme dont il est parlé plus haut, vint me dire qu'il éloit sans nouvelles de chez lui et qu'il étoit résolu de s'en retourner le lendemain dans son pays. Il me pria de lui donner une lettre en forme de certificat pour M. Krahe, à Dusseldorf. C'est ce que je fis avec des restrictions, par rapport à moi, et, comme il m'avoit dit qu'il éloit venu avec six livres d'Aix-la-Chapelle jusqu'à Paris, je lui fis présent de neuf livres pour s'en retourner y trouver des amis qu'il disoit y avoir. L'après-midy, il revint, me disant avoir reçu des lettres de chez lui avec une petite lettre de change de dix- huit livres. Je lui conseillai alors d'en écrire de nouveau et de demander à ses parents s'ils pouvoient l'entretenir pendant l'hiver, etc. Il y a de cela huit jours sans que je l'aie revu.
Ce jour, M. le comte de Werthern prit congé de moi.
Le c23. Comme j'avois une petite fluxion sur la joue,
je priai M. le brigadier Orlofski de faire transporter une caisse contenant ma nouvelle estampe en belle bordure sous glace et un portefeuille avec vingt-quatre épreuves chez MM. Grand et Labharl, banquiers, pour l'envoyer avec sûreté à Son Altesse monseigneur le prince Adam Czartoryski. C'est à ce seigneur que j'ai dédié cette estampe sous le titre les Offres réciproques, après lui avoir préalablement écrit pour en avoir la permission. Il me répondit dans les termes les plus polis en m'accordant ma demande et en m'envoyant ses armes et ses titres. Ce seigneur est actuellement à Varsovie. Le lendemain, 25, je remis une lettre que j'avois écrite au même M. Orlofski, pour la faire parvenir avec les siennes à Son Àllesse monseigneur Czartoryski, dans laquelle je disois ce qu'on a ordinairement à dire aux grands en pareil cas.
Ces jours-cy, répondu à madame la veuve Caste, h Vienne, h MM. le baron de Kessel, Thomas Richter, Bause, Dietrich, Resler, Eberts, etc.
Le 25. Un jeune homme de Strasbourg, fort petit de sa figure, peintre en miniature, nommé M. Meîzger1, me vint voir et se recommander. Il parle très-peu françois.
Le 26. M. de Livry, étant de retour de Compiègne, nous a apporté un pâté de perdrix. L'aimable homme!
Répondu à M. Kobell, peintre de l'électeur palatin. Je lui dis qu'il doit recevoir de ma part, par les mains de M. Krulhofer, soixante-douze estampes gravées par notre célèbre Dietrich ou Dietricy, qu'il désiroit fort. Je le prie de me peindre quelque chose en revanche.
1 J. R. Metzgcr était aussi graveur, no;;s apprend Nagler, et il grava, d'après Schûtz, les Cataractes du Rhin près de Schaffhoiise.
M. le baron de Hane, beau-frère de M. le baron de Blomme, ambassadeur de Danemark, m'est venu voir: il paroît aimable et de bon esprit.
Le 27. Répondu à M. le comte de Dallwitz, chambellan de S. À. S. 1'élecleur de Saxe. Je le remercie de la petite pièce d'or qu'il m'a envoyée il y a du tems. Je lui donne avis que M. le baron de Kessel lui remettra ma nouvelle estampe que je le prie d'accepler. Gettelettre estdans celle à M. le baron de Kessel.
Ecrit et répondu à M. G. Winckler. Je lui dis qu'il trouvera Y Avant-Coureur avec les effets de M. RiclUer. Je lui fais aussi une description de mon grand dessein de Rubens composé de vingt et une figures, qui orne actuellement mon cabinet.
Répondu à M. G. -M. Kraus. J'ay envoyé ma lettre h Miïhlhausen, en Suisse, à M. Koachlin fils, adresse qu'il m'a envoyée, parce qu'il a été appelé pour peindre en diverses villes de la Suisse.
Répondu à M. ïïcidegguer, fils de M. le bourgmestre Heidegguer, à Zurich en Suisse. Il me demandoit un catalogue de tous les portraits des grands hommes les mieux gravés avec le prix de chaque portrait. Je lui dis que cette idée éloit impraticable, que, pour cette commission, il faudroit carte blanche.
Répondu à M. le baron de Heineken, conseiller privé de S. A. S. Electorale de Saxe, en son château d'Allendobern, en basse Lusace. Je lui dis que M. l'abbé Mercier m'a payé pour lui cent cinquante-quatre livres. Je lui envoyé des éclaircissements qu'il m'aveit demandés sur plusieurs artistes.
Le 51. J'allai faire ma révérence à L A. S. monsei-
gneur le margrave et madame la margrave de Baade- Durlach.
Répondu à M. Schmuzer, directeur de l'Académie impériale et royale de gravure. Je lui accuse réception du portrait de l'impératrice-reine et de celui de M. de Sonnenfels. Ce dernier vaut mieux que le premier, selon moi.
Par convocation générale, l'Académie royale s'assembla pour juger les grands prix. S. A. S. le margrave de Baade, madame la margrave, le prince héréditaire et son frère, leurs fils, ainsi que quelques personnes de leur suite, y parurent. J'eus l'honneur de saluer et de parler quelques moments à madame la margrave; après cela je fis ma révérence à monseigneur le margrave, qui s'entretint longtemps avec moi, et je l'accompagnai pendant du temps en lui expliquant bien des choses concernant les prix des jeunes gens, etc. L'assemblée s'étant formée et les princes et la princesse placés dans des places distinguées, on leur présenta les cartes aux chiffres pour avoir voix comme nous autres. Ils les acceptèrent avec bonté et agirent de même pendant la durée de la séance. Tout étant fait, on^se leva et on leur présenta la plume pour signer leurs noms sur les registres de l'Académie. Cela étant fait, nous signâmes après, selon les rangs. Après cela, les princes et princesses parcoururent encore les salles de l'Académie et parurent fort contents de l'accueil qu'on leur avoit fait, comme l'Académie étoit également flattée de leur présence, de leur affabilité et de leur politesse. J'avois oublié de dire que, lorsqu'ils étoient assis dans leurs fauteuils, M. Pierre, premier peintre du roy, qui étoit vis-à-vis d'eux, se leva de son fauteuil, les salua, s'assit et leur adressa un compliment étudié et en termes choisis, et les salua de nouveau en finissant son discours.
Le 5. Monseigneur le prince , Russe, qui voyage
incognito, m'a fait l'honneur de venir chez moi accompagné d'un prêtre russe, aumônier d'ambassade, que je connoissois déjà. Ce seigneur est fort aimable. 11 pari pour l'Italie et reviendra icy vers le printemps prochain. Je l'ai chargé de m'apporter quelques ducats des souverains de ce pays; il me l'a promis avec plaisir, à ce qu'il m'a paru.
Le G. Monseigneur le prince Poniatowski, neveu du roy de Pologne, m'a fait l'honneur de me venir voir.
Le 8. Je partis de bon matin pour Longjumeau, accompagné de mon fils aîné, de MM. Baader et Guttenberg, pour y dessiner dans les environs. Nous y sommes restés jusqu'au samedy 14 du mois. J'y ai dessiné des chaumières à Sceaux-les-Charlreux, à Sceauxier et aux Cassaux : mon fils y a dessiné un extérieur seul, le reste étoit des dedans et des enfans des villages, le tout très-bien ; entre autres, il a fait un intérieur aux Casseaux, peuplé de six figures d'après nature, qui est au mieux. Le samedy au matin, ma femme avec notre fils Frédéric vinrent nous trouver en carrosse de remise. Nous dînâmes à Longjumeau ensemble et en bonne humeur, et revînmes à Paris après sept heures du soir en très-bonne santé.
Après mon retour, j'ay commencé la Petite Ecolière, d'après un petit tableau de M. Schenau, qui est dans mon cabinet.
Le 15. Répondu à M. Lienau, à Bordeaux. Je le remercie du catalogue imprimé de la première exposition de la nouvelle académie des arls de Bordeaux. Je lui
promets celui de notre Salon actuel. Je lui envoyé le compte de ce qu'il me doit, comme il l'avoil exigé.
Ces jours-cy j'écrivis à M. Jeaurat1, à Versailles, pour sçavoir des nouvelles de la maladie de M. de Livry. Il me répondit que la fièvre l'avoit quitté et qu'on espéroit beaucoup.
Le 26. M. le baron de Ropp, courlandois, ayant ses biens en Lilhuanie, à ce qu'il m'a dit, m'esl venu voir, m'apportant une leltre de M. Schûlz, à Francfort. Il se propose de vivre icy retiré dans l'étude jusqu'à ce que les troubles de ces pays soient passés.
Le 28. M. le baron de Haen vint prendre congé. 11 étoit avec M. le baron de Blomme, ambassadeur de Danemark, son beau-frère. Il retourne en Allemagne par Manbeim, Francfort, etc.
On est venu aujourd'hui me proposer la gravure du portrait du cardinal de Bernis2; mais, à mon ordinaire, je m'en suis excusé en proposant d'autres artistes.
Le 50. M. le baron de Palm vint prendre congé de moi, ayant été obligé de rester icy quinze jours de plus que le margrave; la margrave, avec les trois princes, est partie pendant que j'étois à la campagne. Il m'a dit bien des choses obligeantes de leur part. Nous restâmes deux heures ensemble, parlant de mille choses différentes;
1 il parut, vers la fin du dix-huitième siècle, une curieuse notice sur Jeaurat, devenue fort rare aujourd'hui. En voici le titre exact : Notice de la vie et des ouvrages de M. Etienne Jeaurat, doyen de V Académie royale de peinture. Paris. S. D. In-i°.
2 Nous ignorons sur qui se porta la recommandation de Wille, car nous ne voyons de portrait véritablement joli du cardinal de Bernis qu'en 1778 ; et celui-là est gr.ivé par P. Savart, d'après A. Callet. Il en a été encore gravé un autre fort habilement par N. le Mire; mais c'est beaucoup plus tard.
car, comme il est très-instruit et aime à discourir, il est très-intéressant et fort aimable.
Le 1er. M. Kamm, de Strasbourg, mon ancien ami, étant venu prendre congé, ne m'a pas trouvé, et, ma femme étant malade, il n'a parlé qu'à nos domestiques.
Le 4. Répondu à M. de Mechel, à Raie.
Le 7. Répondu à M. Heidegguer, fils du bourgmestre de ce nom, à Zurich.
Le 10. Répondu à M. de Livry, à Versailles, qui relève d'une grande maladie. Je lui dis combien nous sommes réjouis de ce qu'il commence à se mieux porter.
Le 16. M. Quadal, sur son départ pour Londres, m'a apporté un dessus de porte représentant deux chiens. Il est assez bien, mais triste de couleur. Il veut le retoucher.
Répondu à madame la comtesse de Bentinck, née comtesse d'Àltenbourg, résidant actuellement à Hambourg. Elle m'avoit écrit la lettre la plus honnête, la plus polie et la plus flatteuse pour moi, en me recommandant M. Weisbrodt l, jeune graveur à qui elle a la générosité de donner une pension pour le mettre en élat d'étudier, et cela parce que son père a servi longtemps
1 Charles Weisbrodt naquit à Hambourg, en 1754; il grava à l'eau-forte, d'une pointe fine et légère, un grand nombre de paysages. Son œuvre est considérable, et quelques pièces gravées par lui sont assez recherchées. On cite entre autres celles qui ornent le catalogue JNeyman, par Basan; elles sont gravées d'après des tableaux appartenant à la vente, avec un talent fort remarquable. Après être venu étudier à Taris, il retourna à Hambourg; car on voit, dès 1781 , une Villageoise allaitant son enfant, gravée par Weisbrodt, à Hambourg.
et fidèlement madame la comtesse. Rare exemple de vertu dans les grands et digne de bénédiction.
Le 20. Répondu à M. J.-H. Schlegel, professeur de l'Université de Copenhague, de l'Académie des beauxarts. Je lui dis que ce n'est pas la faute de M. Sehùlz ni la mienne de ce que la suite des roys de Danemark, gravée par M. Preisler, ne se vend pas ici; que le temps des collections de portraits est passé; que cependant M. de La Combe, libraire, l'avoit fait annoncer dans Y Avant- Coureur, comme se trouvant chez lui; que j'étois bien fâché de ne pouvoir pas lui donner un meilleur avis. Il est vrai, chose que je n'ay pas voulu dire, que les portraits en question sont bien médiocres.
Le 26. Écrit à M. Dietrich. Il y a dans ma lettre un billet sur M. Resler, portant que je le prie de payer deux cent quarante livres à M. Dietrich, pour die fùnf tableaux peints par son élève Klengel. Je lui demande encore trois ou quatre paires de cette espèce, mais agréables, comme aussi quelques desseins pour moi. Je lui répète aussi que M. Resler lui rendra un roulenu de quatre épreuves de ma nouvelle planche, mais qu'il en aura davantage en temps et lieu. Je lui dis que Y Incendie ne trouve point d'amateur.
Le 51. M. Cochin fil porter chez moi plusieurs épreuves du portrait de l'archevêque de Rouen, gravé autrefois par M. Melini L, qui a actuellement retouché cette planche. M. Cochin se rendit, de même que M. Tardieu, chez moi, pour juger cette retouche et le prix que
1 Charles-Dominique Melini naquit à Turin, vers 1745. 11 vint à Paris de bonne heure pour apprendre l'art du graveur, et entra, dit-on, dans l'atelier de Beauvarlet; son burin est net et métallique.
M. Melini pouvoit mériter. Nous mîmes cet ouvrage à douze cenls livres, à condition qu'il travaillèrent encore sa planche. M. Melini a voit demandé beaucoup plus, mais le prix que nous avons adjugé est très-raisonnable. C'est monseigneur l'archevêque qui avoit requis notre jugement, et M. Melini avoit consenti.
Le G. J'ay remis à M. Batanchon, peintre de Bordeaux, selon la réquisition de M. Lienau, un rouleau d'estampes et les brochures qui ont paru sur le Salon. M. Batanchon doit partir pour ladile ville vendredy prochain et porter le tout à M. Lienau, à Bordeaux.
J'ay mis dans le rouleau mes Offres réciproques, dont je lui fais présent.
Le 8. Écrit à M. Lienau pour lui donner avis de ce que j'ay fait remettre à M. Batanchon. Je m'informe aussi s'il a reçu ma réponse avec le compte qu'il m'avoit demandé au mois de septembre dernier.
Le 9. Bépondu à monseigneur l'évèque de Callinique. Bépondu à M. de Livry.
Bépondu à M. Schmuzer, à Vienne. Je lui envoyé le compte de monseigneur le duc de Saxe-Teschen. J'ay fait remettre cette lettre à M. Kruthofer.
Le 14. M. Quadal, peinlre habile d'animaux sauvages, Allemand de nation, a pris congé de nous, en partant pour l'Angleterre. 11 m'avoit fait un tableau de deux chiens, grands comme nature, mais il n'en étoit pas plus content que moi; c'est pourquoi il a pris la mesure de ce tableau, me promettant d'en faire un autre et de
DE JEAN-GEORGES WIL LE. m
me l'envoyer de Londres. J'espère qu'il tiendra parole, s'élant offert de lui-même.
Le 15. Mon neveu, M. Coutouli, m'a arraché une dent, et c'est la première fois qu'on m'a fait une telle opération, mais c'étoit aussi la première fois que j'avois senti du mal réellement. Elle n'étoit point du tout gâtée, mais elle branloit dans son alvéole, occasionné par le gonflements des gencives. Avec tout cela, je m'en serois fort bien passé et de ce service et de l'honneur que mon neveu a bien voulu me rendre; mais il est bon enfant et très-zélé pour nous.
Le 17. Répondu à M. Ban se. Je lui dis que je ne veux pas de toute la collection de curiosités; que cependant, s'il y a moyen de détacher les deux desseins historiques de M. Dietrich à huit ducals, comme il est marqué dans sa lettre, il pourroit les prendre, comme aussi une gouache par Wagner.
Répondu à M. Richter. Je lui dis avoir touché son argent, etc. La lettre à M. Bause est dans la sienne.
Répondu à mon ami M. Stùrz, directeur général des postes du royaume de Danemark. Je lui* dis que j'ay touché son argent. Je le prie d'envoyer de meilleurs minéraux à mon fils aîné, s'il a la démangeaison de lui en envoyer encore, comme aussi de m'envoyer des ducats rares qu'il dit avoir ramassés pour moi dans une lettre, et que je lui enverrai chaque année, comme il le désire, pour quelques centaines de livres d'estampes nouvelles.
Le 19. J'ay signé le contrat de mariage de mon neveu Deforge, qui doit épouser mademoiselle Desvignes.
Répondu à M. Dietrich, à Dresde. Je lui dis qu'il peut m'envoyer les petits tableaux de son élève, qu'il inepro-
pose. Je lui envoyé aussi une mesure pour que celui-cy me fasse deux paysages, dessus de portes. Allein ich sage ihm dass ich nicht mehr als zivei Louis d'ors an iede wagen ivolle, gesezi er mâche sic : so kônnten aile in einen Kasten geleget werden. Ich wûnschete auch ein Paar Zeichnungen von des jungen Menschen Hand *.
Le 26. Mon neveu Deforge fut marié à Saint-Paul avec mademoiselle Desvignes, que j'avois l'honneur de reconduire. Le repas de la noce se lit dans l'île Saint- Louis. Il y avoit près de soixante-dix personnes. Il fesoit fort humide ce jour-là, et j'y gagnai une bonne ou plutôt une mauvaise fluxion sur les dents. Nous revînmes, ma femme et moi, avec nos deux fils, accompagnes de M. Baader, vers les neuf heures du soir, et nous étions les premiers qui quittèrent l'endroit, c'est-à-dire, sans vanité, les plus sages.
Le 27. Je donnai à souper à MM. de Stengel, de Manheim, Kruthofer, secrétaire de l'ambassadeur de l'empereur, Pariseau et Baader. Le premier prit congé de nous pour s'en retourner. Je l'ay chargé d'un rouleau pour M. le baron de Groschlag, à Mayence. Il contient une épreuve de ma nouvelle planche pour lui, une pour M. le baron de Dalberg, une pour pour M. Kraus, peintre de Francfort, qui doit être à Mayence, chez M. le baron de Groschlag. Il s'est aussi chargé d'une épreuve pour M. Kobel, peintre de l'électeur palatin, et d'une dont j'ay fait présent à M. de Stengel.
1 Mais je lui dis que je ne veux mettre que deux louis à chaque pièce, pourvu qu'il les fasse. Toutes les pièces pourraient être placées dans une seule caisse. Je désirerais aussi avoir deux dessins de la main de ce jeune homme.
Le 8. Répondu à S. E. M. le baron de Groschlag, grand maître de la eour et ministre d'Etat de S. A. E. de Mayence. Je le remercie de tontes ses bonnes intentions pour moi; et, comme il m'avoit fait présent de quelques ducats rares pour ma collection, je lui propose, en reconnoissance, la dédicace de ma nouvelle petite planche que je fais actuellement. Je l'avertis aussi que je lui envoyé ma dernière estampe, que je le prie d'accepter, scion sa bonté ordinaire.
Répondu à M. Kraus, peintre à Francfort. Je lui fais des complimens sur son retour de la Suisse, où il a beaucoup travaillé. Je lui dis que j'ay envoyé une épreuve pour lui de ma dernière estampe à M. le baron de Groschlag. Je le remercie d'avance d'un petit tableau de cabinet qu'il s'est offert de me faire cet hiver-cy.
Le 11. J'ay appris aujourd'hui une nouvelle qui m'afflige singulièrement. C'est la mort de M. de Livry. 11 éloit premier commis de monseigneur le duc de La Vrillière (cy-devant comte de Saint-Florentin), ministre et secrélaire d'État. Nous étions de vrais amis depuis vingtdeux ou vingt-quatre ans, sans interruption, avec autant de zèle dans ce's derniers temps comme dans le commencement. Il étoit amateur et connoisseur dans les arts, vertueux et honnête homme s'il en fut jamais. Je le regretterai toujours.
J'ay mis au jour ma nouvelle planche, les Offres réciproques, que j'ay gravée d'après un tableau de M. Dietrich ou Dietricy, comme il signe ordinairement sur ses ouvrages. Le tableau est dans mon cabinet, faisant le pendant des Musiciens ambulants.
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Le 22. J'ay remis à M. Messager, le priant de remettre à M. Sliirz, un rouleau et une lettre pour les emporter à Dresde (comme il s'étoit volontairement offert) à M. Dietrich. Il y a cinq Offres réciproques dans le rouleau.
Le 25. Répondu à M. Abraham Fonlanel, peintre et marchand d'estampes, à Mende, en Gévaudan. Il me demande seulement douze épreuves de ma nouvelle planche avant la lettre. Gela est étonnant, puisqu'elles se vendent le double de celles avec la lettre. Y auroit-il de si lins gourmels et curieux en Gévaudan ? Je lui dis qu'il n'y en a plus, et, si quatre avant l'accent sur l'A 1 lui fesoient plaisir et huit à l'ordinaire, je les remettrois à celui qui me les payeroit icy de sa part. Il demandoit aussi quatre Musiciens ambulants avant la lettre E, au mot électorale. Je lui en accorde deux, à vingt livres pièce, parce qu'il doit gagner en sa qualité de marchand.
Le 26. Mon neveu Coutouli, sa femme, M. et madame Chevillet, M. Baader, ont dîné et soupé chez nous; nous avons bien ri.
Le 28. Ecrit une lettre de condoléance à M. de Livry fils, maître d'hôtel de madame la comtesse de Provence, sur la mort de M. de Livry son père et mon ancien et digne ami. J'ay mis dans la lettre une quittance de quarante-quatre livres de deux bordures faites par M. Jcauffret, mon doreur, pour le défunt, et qui n'ont pas été payées.
1 Une légende, p«u venue jusqu'à nous, prétend que Rembrandt faisait des retouches a ses planches avec l'intention de faire vendre plus chères les premières épreuves de ses estampes. Willo nous semble faire une chose assez analogue, et la légende devient ici un fail historique.
Le 29. Mon fils P. -A. Willç a achevé son premier tableau sérieusement parlant. Il représente une jeune femme, demi -ligure, assise clans une bergère et ayant à la main gauche une lettre qu'eile vient de recevoir par l'entremise d'une vieille femme en manteîet noir et qui paroîl assurer la jeune que tout ce que contient la lettre est de la plus grande vérité. 11 y a une toilette, cafetière, tasses, etc. Ce tableau fait plaisir par la vérité du dessein, l'expression, la bonne couleur, etc.
Le 1er. Grand concours chez nous.
Le 2. J'allai à l'enterrement de M. Pouget, ancien joaillier et père de madame Tilliard, femme du libraire qui demeure dans notre maison. Il avoit, si je ne me trompe, quatre-vingt-huit ans, étoit né à Copenhague, et avoit encore vu Charles XII, ainsi qu'il me l'a conté lui-même en allemand comme en françois. Il fut enterré dans l'église Saint-André-des-Arts, notre paroisse.
Le 6. Nous avons fait les roys; M. Baader étoit donc le monarque; on lui mit un bonnet pointu de papier, haut de cinq pieds; jamais nous n'avons tant ri que cette fois.
Le 11. Madame la comtesse , dame polonoise,
m'est venue voir. Elle a des connoissances et peint joliment en miniature.
Le 12. Répondu à M. Fontanel, à Mende, en Gévaudan.
Le 18. M. le baron de Grosschlag, premier ministre de S. A. E. de Mayence, m'a envoyé dans une lettre deux ducats; l'un du prince évêque de Wurzbourg et de Bami. 3:>
berg. qui méfait plaisir; l'autre de l'électeur de Trêves; mais j'en ai déjà trois avec le même portrait.
Le 20. J'ay dîné en bonne compagnie chez notre ami M. de Marcenay.
Le 21. Répondu à M. de Mechel, à Baie.
Le 25. Répondu à M. Kôbell, peintre de l'électeur palatin, à Mannheim. Il m'a promis un tableau paysage, que j'accepte volontiers, d'autant plus qu'il a beaucoup de talent.
Le 24. Répondu à M. Kraus, peintre à Francfort, brave garçon qui a du talent. 11 m'a aussi offert un petit tableau de sa main, cela me fait plaisir. J'ay mis dans la lettre un ducat au coin du roy de Pologne d'aujourd'hui. Je le prie de me le troquer contre un autre quelconque. Je lui dis bien des choses de M. le baron de Grosschlag.
Le 25. Ecrit à M. Strecker, peintre du landgrave de Hesse, à Darmsladt. Il m'avoit fait payer l'été passé l'argent qu'il me devoit, sans répondre sur ma lettre jusqu'à ce jour. Je m'informe donc de la cause et de celle de sa santé, d'autant plus que nous avons été depuis bien des années de grands «amis.
Le 2. M'est arrivée une caisse avec des tableaux, de Dresde, par M. Klengel.
Répondu à M. Lienau. Et tvollte zivey Gemàlde von Hr. Dietrkh, welche ich ihm um$5 Louis lasse1 .11 veut des
1 II voulait deux tableaux de M. Dietrich, que je Lui ai cédés pour vingtcinq louis. ' -
eaux-fortes, elc. Je lui dis que je n'ai pas répondu sur sa lettre du 26 novembre dernier, parce qu'il m'avoit assuré que, dans huit jours, il m'écriroit de nouveau. Il voudroit avoir des estampes chinoises.
Le 10. M. Millier, graveur de Stuttgard, me remit un ducat en or au coin du duc régnant de Wurtemberg, qui me manquoit comme bien d'autres.
Le 13. Répondu à M. Batanchon fils, peintre, professeur de l'Académie de peinture, à Bordeaux, rue Bouquière. 11 m'avoit envoyé deux copies à collationner sur les statuts de notre Académie. C'est M. le Sueur, secrétaire du roy, qui l'a fait, et je les renvoyé à M. Batanchon, après les avoir fait copier sur du papier timbré à Paris.
Le- 15. Répondu à M. Slrecker, premier peintre du landgrave de Hesse-Darmstadt. Je lui dis que ses estampes sont parties; que je lui envoyé ma nouvelle pour la petite pièce de monnoie au coin du landgrave, lorsqu'il étoit encore prince héréditaire; etj'ay mis un ducat de l'électeur de Trêves, sous le cachet de ma lettre, le priant d'en troquer un autre pour moi, car celui-cy, je l'avois double. Je le prie, en outre, de me chercher quelquesunes de ces monnoies d'or que frappent les divers princes, évêques et villes d'Allemagne.
Le 16. Répondu à M. Eberts, à Strasbourg. Je le remercie entre autres choses de l'almanach très-curieux (en allemand) de Hanovre qu'il m'a envoyé.
Le 17. J'ay acheté un tableau de D. Teniers, pour mon cabinet. Il est composé de dix-neuf figures. Ce sont des paysans au devant d'un cabaret, buvant en deux groupes différents. Une femme s'efforce de ramener son
ivrogne de mari, qui résiste en se retournant vers uncamarade, qui l'appelle le verre à la main. Un paysan dort, la tête appuyée sur un tonneau debout; un autre, plus loin, lâche de l'eau; au fond sont des maisons couvertes de tuiles, des arbres; dans le lointain il y a une église. Sur le devant, à gauche, il y a un poteau avec une inscription, des pots, une savate, une cuve renversée avec un balai posé contre ce meuble. Ce tableau, peint sur bois, de la plus parfaite conservation, est trèsclair et touché avec un esprit admirable l. J'ay donné, de retour, un tableau de C. Poelenbourg, deux de Yan Dow et un de Marienhof. et trente louis d'or en argent; mais il m'a fait grand plaisir, et je compte le garder soigneusement.
Le 25. Répondu à M. Schenau, peintre de l'électeur de Saxe. Je lui fais mes compliments sur la réussite de son tableau représentant toute la famille électorale, dont il m'avoit marqué la réussite et l'approbation de toute la cour.
Répondu à monseigneur l'cvêque de Callinique, à Sens. Je lui envoyé la réponse en original que M. Savart m'a* faite, sur ma demande, delà part de monseigneur, combien il prendroit pour la gravure d'un petit portrait, comme, par exemple, l'archevêque de Cambrai, Fénelon, qu'il a gravé.
1 Ce tableau a été gravé par J.-P. Lebas, sous le titre de Guinguette flamande, et on lit au-dessous la dédicace suivante à Favart :
Estimable Favart, qui, par plus d"un ouvrage, De tous les connoisseurs as gagné le suffrage, Accepte le portrait des divertissements
Où s'amusent ces bons Flamands.
Ali! si, poussant plus loin le sçavoir et l'adresse, Mon burin de la plume égaloil la linesse, Je pourrois dire alors : J'ose te présenter
Un morceau qui doit te flatter.
Le 24. M. le baron de Klingstàdt, conseiller d'État de T impératrice de Russie, me vint voir, m'apportant des lettres de mon ami M. Meyer, à Hambourg. C'est un aimable homme qui resta plusieurs heures avec moi. Il me céda, pour un louis d'or, une pièce d'or de l'impératrice de Russie.
Répondu à S. E. M. le baron de Kessel, grand maître des cuisines de la cour électorale de Saxe, chevalier de l'ordre du Lion du Palalinat. 11 étoit chargé de me faire la proposition, de la part de la cour (comme étant en correspondance ordinaire avec moi), de graver toute la famille électorale, d'après un tableau fait par M. Schenau, consistant en dix-sept figures et fort applaudi à la cour. Je m'excuse avec politesse d'entreprendre un tel ouvrage, qui serait pour dix ans pour moi et plus. Je m'explique même plus au long avec M. Schenau, qui insistoit en son particulier, disant que cela seroit le plus grand bonheur qui pourroit lui arriver; mais qui sait mieux ce qui me convient que moi?
Le 25. M. le comte Tomatis vint chez moi me remettre, de la part de S. A. monseigneur le prince Czartoryski, une superbe tabatière d'or émaillé, avec le chiffre du prince (A. C, Adam Czartoryski) sous glace sur le couvercle. Je suis très- sensible à la munificence de ce prince envers moi. Je compte avoir l'honneur de l'en remercier en répondant à la lettre qu'il m'a écrite depuis peu de jours. Cela n'empêche pas que cette pièce est fautive.
Ces jours-cy, ma femme étant tombée d'une chaise se fit beaucoup de mal; cela cependant n'a eu aucune mauvaise suite, Dieu mercy!
Le 5, qui étoît le mardy gras, il y avoit souper chez nous. Il n'y avoit que gens de notre famille, excepté M. Raader, qui nous a fait rire bien singulièrement.
Le 4. Répondu à monseigneur l'évêque de Callinique. Je lui dis que j'avois fait donner sa boëlede fer-blanc au révérend père procureur de l'abbaye de Sainte-Colombe pour la lui porter. Je laisse son idée de se faire graver par M. Savart indécise, quoiqu'il m'ait consulté. Je lui dis cependant tout ce que mérite ce graveur, qui finit très-prodigieusement.
Le 9. M. le baron de Diminow, Russe, m'est venu voir. Ii est grand amateur de tableaux. Il auroit bien désiré mon excellent tableau de M. Dietrich, représentant Abraham, Sara et Agar. Il ne parle point françois.
J'ay acheté, dans la vente de M. le baron de Thiers l, six superbes estampes d'après Van Dyck.
Le 12. Répondu à M. Lienau. Je lui mande que ses deux paysages et les estampes sont prêts chez moi, mais que M. Rachou, qu'il m'avoit indiqué, étoit déjà parti. Je lui demande ce que je dois faire.
Le 15. J'allai rendre visite à M. le baron de Klingstâdt. J'y restai deux heures avec plaisir.
1 II s'agit ici simplement de la vente des estampes et des statues; car les tableaux furent vendus en bloc à l'impératrice de Russie. Voici le titre du catalogue de la vente dont parle ici J -G. Wille : « Catalogue des estampes, vases de poteries étrusques, figures, bas-reliefs et bustes de bronze, de marbre et de terre cuite, ouvrages en marqueterie du célèbre Boule père, pièces de mécanique et autres objets curieux du cabinet de feu M. Crozat, baron de Thiers, brigadier des armées du roi, lieutenant général pour Sa Majesté de la province de Champagne juj département de Reims, et commandeur en ladite province; par P. Remy. Paris, 1772, in-î2. »
Le 25. Répondu à M. Lienau. Je lui donne avis que sa caisse, avec les deux petits tableaux, doit partir demain. Je lui mande que MM. Mark et Lavabre m'ont payé, que ses estampes sont encore roulées chez moi ; que je suis sensible à la part qu'il prend au progrès de mon fils, et je lui parle amplement de sa peinture, et qu'il lui feroit, comme il l'a désiré, une couple de desseins, lorsqu'il sera un peu avancé avec ses tableaux actuellement commencés.
Le 2. J'allai, accompagné de mon fils aîné, voir les tableaux de monseigneur le duc de Choiseul, dont la vente doit commencer lundy prochain, 6 d ; ce mois.
Répondu à la lettre de S. A. monseigneur le prince Czarloryski \ en le remerciant de la boëte d'or émaillé qu'il m'avoit fait remetlre par M. le comte Tomatis, Italien. Je compte donner ma lettre à une dame polonoise qui doit partir incessamment et qui s'en chargera volontiers. — J'ay été depuis chez cette dame pour lui remetlre cette lettre.
Le 4. M. Meiss, gentilhomme de Zurich venant d'Italie, m'est venu voir. Il m'a apporté, de la part de M. Fuessli, des lettres, son portrait gravé et ceux de ses
1 Voici la lettre qu'avait écrite à Wille le prince Czarloryski; elle nous est communiquée par M. A. de Montaiglon :
« J'ai reçu, monsieur, il y a environ huit jours, avec reconnoissance et avec un plaisir extrême, les exemplaires de L'estampe que vous avez bien voulu me dédier ; j'ai senti et le prix de l'ouvrage et la préférence que vous m'avez accordée; je vous prie de croire que j'en conserverai toujours le souvenir. Je suis, monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.