‹ Mémoires et journal inedit;Chapitre 3 sur 48 · Droit de vendre des nègres aux colonies espagnoles · texte numérisé non relu

Droit de vendre des nègres aux colonies espagnoles

tous les autres hommes , peut être souvent ébranlée par les idées des autres contre les siennes propres, et contre ses connoissances éprouvées. Vin^ suffrages cachés qui l'entourent aux heures où il est le moins en garde forment plus d'impression qu'un ministre appliqué n'en peut détruire dans la conférence sérieuse qu'il obtient à peine du roi une fois par semaine. Madame sa fille, infante d'Espagne, lui écrit chaque ordinaire de très-longues lettres, et le roi lui répond de même. Le maréchal de Noailles et M . de Maurepas sont dévoués au système d'une obéissance aveugle à l'Espagne. L'ambassadeur Campo Florido avoit souvent de longues conversations avec le roi , sans l'intervention du ministre des affaires étrangères (ce qui n'arrivoit jamais du temps du feu roi) ; il entroit même dans la familiarité de Sa Majesté.

Si le roi étoit animé du désir de la paix qu'il manifeste dans la lettre que nous venons de copier, il l'étoit plus encore de l'amour de la gloire, que lui inspiroient les succès de ses armées. On peut le remarquer dans ces mots de sa lettre : la plus vigoureuse guerre. Il vouloit sortir promptement de Versailles ; il venoit de perdre la duchesse de Châîeauroux , et avoit grand besoin de dissipation : c'étoit donc courir risque de lui déplaire que de le contredire sur ce point.

Cependant M. d'Argenson remit quelques jours après un mémoire au roi, sur lequel il supplioit Sa Majesté de faire les plus sérieuses réflexions ; mais ce fut sans aucun succès de persuasion. Ce ministre y proposoit une simple défensive en Flandre, soit de peur d'augmenter un orage de ce côté, soit pour

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s'attacher davantage aux deux autres théâtres de la guerre , l'Allemagne et l'Italie. C'étoit pourtant là que dévoient se résoudre les grandes questions qui s'agitoient alors les armes à la main. M. d'Argenson ne vouloit qu'une défensive solide de toutes parts, nous soutenant bien dans les conquêtes faites par nous ou nos alliés sur la reine de Hongrie, de manière à faire désespérer nos ennemis de jamais les reprendre. On eût gardé une partie de ces conquêtes ; l'autre eût servi de prix à la paix , quand les ennemis se seroient lassés d'efforts inutiles.

Nous n'avions pas alors perdu Louisbourg, en Amérique ' . Ainsi nous étions parfaitement intacts. Le roi de Prusse avoit conquis la Silésie. Nous avions pris Menin , Ypres , Courtrai , Furnes en Flandre, et Fribourg en Allemagne; nous occupions l'Autriche antérieure dans le cercle de Souabe , que nous destinions à l'Empereur. Celui-ci avoit recouvré toute la Bavière jusqu'à Passau ; mais cette possession n'étoit que précaire, faute de nous être emparés d'Ingolstadt. L'armée du maréchal de Maillebois occupoit la Franconie et le Cercle électoral. Du côté de l'Italie, nous possédions la Savoie. Les Espagnols y avoient une forte armée , aux ordres du comte de Gages, général renommé. Nous pouvions nous promettre des conquêtes heureuses de ce côté, en agissant , comme disent les vieux guerriers, de manière à ne pas mettre le pied gauche en avant que le pied droit ne soit bien assuré.

Rien n'étoit plus facile dans la négociation que

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