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LE GOUVERNEMENT ELECTORAL PROVISOIRE

Je fus flatté de voir toutes les croisées garnies de spectateurs et l'empressement avec lequel ou arrivait de tous les côtés pour voir les Français. A ce ravissant spectacle, il semblait que nous étions plutôt des libérateurs que des ennemis.

Je fus descendre à l'auberge du Grand-Cerf. J'écrivis sur-lecliamp au général Moreau :

Je vous annonce, mon «jénéral, que j'ai pris possession de Munich aujourd'hui à midi. Les Autrichiens avaient laissé un seul piquet pour nous altendre.

Sans doute que, par cet arran<5[ement, ils avaient été cliar<{és de faire notre avant-garde jusqu'au delà de l'isar car, après une conférence avec mon officier d'avant-poste, ils sont partis sans faire le coup de pistolet.

D'après les renseignements que j'ai pris, M. de Merveldt n'avait pas, dans la partie de pays que j'ai parcourue hier, plus de troupes que celles que j'ai chassées.

Toutes les troupes bavaroises sont au delà de l'isar, je ne sais pas encore sur quel point.

Les magistrats chargés du gouvernement provisoire ont seulement envoyé un député pour demaiuler, au nom de l'Klectcur, protection pour .Munich. J'appelle à l'instant ces messieurs pour leur demander quelles ont été les dernières volontés de leur maître à son départ.

Mon avant-garde occupe le faubourg en avant de l'isar. Demain, je pousserai des partis pour avoir des nouvelles de l'ennemi qui s'est retiré sur Laudsliut.

J'ai pris position de manière à couvrir les différents débouchés qui arrivent sur Munich, surtout du côté du Danube.

V.n attendant le moment ou j'aurai le plaisir de vous voir, je vous salue respectueusement.

Cette lettre n'était pas encore fermée, lorsque les membres du gouvernement se présentèrent. Ils se firent annoncer avec le titre de membres composant le gouvernement intérimistique (1). 11^ renouvelèrent, au nom de l'Électeur, la demande de protection pour la ville. Je leur demandai en quel lieu élait leur souverain. (Je savais déjà qu'il n'avait quitté Munich que pendant la nuit précédente.) Ils répondirent qu'ils l'ignoraient. « Mais, » leur dis-je, " puisque vous me demandez protection en son nom, et que vous vous dites gouvernant en son absence, il a dû vous laisser des instructions? Et il vous a sans doute fait part s'il voulait continuer la

[}) ' Interimistisch. > C'étaient le comte Marauilzky, le baron d'Hertlinjj et le comle de Torring (Le j^oiivernemeiit intérimistique au géuéral Decaen, 4- juillet 1800, Papiers Decaen, in-f. 77, 3tj, p- 3).

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guerre ou bien prendre un parti plus convenable aux intérêts de la Bavière, celui d'abandonner la coalition et surtout de cesser de vendre aux Anglais, pour de l'or, le sang de ses sujets pour combattre contre les Français, vos alliés naturels, conduite fort extraordinaire de sa part, laquelle, avec ce qui s'est passé en 1796, après la visite que nous étions déjà venus vous faire, l'exposent personnellement à tout perdre en même temps qu'il fait le malbeur du ])ays, tandis qu'en abandonnant la coalition le plus promptement possible, il peut, non seulement prévenir cette calastroplie, mais encore recueillir, par l'effet de cet abandon, des avantages précieux tant pour lui que pour le peuple bavarois. «

D'après leur réponse négative, je leur dis : .. Puisque vous n'avez pas d'instructions, vous ne pouvez pas prendre le titre que vous prenez. Vous ne voulez pas non plus me dire où est, en ce moment, votre Électeur. Je veux bien (jue vous ayez quelques motifs d'en faire mystère; cependant il n'est point sans vous indiquer en quel lieu vous pourrez communiquer avec lui, ne serait-ce que pour l'informer du résultat de la demande faite en son nom pour la protection de sa capitale. Alors comment pourrez-vous lui transmettre ma réponse ainsi que les conditions que je puis vous imposer?-; A ces arguments, ces messsieurs déclarèrent qu'ils s'en rapportaient à la générosité française, qu'ils mettaient toute leur confiance dans la bonté du général en chef de l'armée. Ils ajoutèrent : tt Nous vous donnons l'assurance que notre Electeur a fait tous ses efforts, mais vainement, pour ne pas reprendre les armes contre la France, et (|ue c'est avec le plus vif désir et la plus grande impatience qu'il espérait l'heureux moment où il lui serait possible de reformer de nouveaux liens de paix et d'amitié avec le Premier Consul, chef de votre gouvernement. «

D'après cette déclaration, je leur dis : « Puisque vous me parlez ainsi et que je crois pouvoir compter sur votre assertion, vous pouvez avoir toute confiance dans la garantie que je vous donne d'une parfaite protection non seulement pour la ville de Munich, mais encore pour tout le pays que j'occupe avec mes troupes et que je ferai occuper, parce que je suis persuadé que vous ferez, de votre côté, tout ce (ju'il sera possible de faire pour contribuer à alléger les maux de la guerre qui pèsent sur votre pays. Je vous promets, d'ailleurs, de rendre au général en chef un compte exact de vos

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honncs dispositions. Je vous préviens que voire bourgeoisie ne sera pas désarmée, et que, même, j'ai déjà exprimé aux postes des portes par lesquelles j'ai passé, (|u'elle participerait aux mesures que je vais ordonner pour le maintien de l'ordre et de la tranquillité de votre cité. 5? Ces messieurs s'en retournèrent alors fort satisfaits.

Après leur départ, j'ajoutai à ma lettre au général en chef :

Les magistrats vieinient de m'annonccr que l'Electeur avait toutes les dispositions pour renouer avec le gouvernement français; ils m'ont demandé de pouvoir envoyer un député pour avoir ses pouvoirs, ce que j'ai accordé .

Ensuite, des ordres furent donnés pour que les troupes destinées à rester dans la ville fussent casernées. Le colonel de la 100" demi-brigade fut nommé commandant de la place. Les postes des portes et de l'intérieur furent composés de troupes françaises et de bourgeois, et une proclamation annonça aux habitants que leurs personnes et leurs propriétés seraient respectées, qu'ainsi ils pouvaient se livrer à leurs occupations avec sécurité.

Il fut recommandé aux avant-postes de ne laisser passer qui [que] ce soit voulant aller du côté de l'ennemi. Comme il y avait quelques émigrés restés en ville, ils furent prévenus de ne pas avoir d'in(|uiétude.

Je fis écrire au général Nansouty pour le prévenir de mou entrée à Munich. Il fut informé de la position donnée aux troupes de la division et il fut invité de communiquer fréquemment avec moi.

Des ordres furent donnés pour mettre des gardes à l'arsenal, à l'hôpital militaire, aux archives, aux magasins et aux principaux établissements, ainsi que de s'emparer des lettres de la poste. Dès l'instant de l'arrivée des troupes dans un endroit où il y avait des bureaux de poste, j'ai toujours eu le soin d'y faire prendre les lettres qui pouvaient s'y trouver parce que, fort souvent, ou y trouve de fort bons renseignements sur l'ennemi, car il y a toujours des indiscrets, et on remettait aux directeurs, après la visite, celles (|ui n'étaient pas utiles.

Il me fut oiiert de prendre mon quartier au palais de l'Electeur, ce que je refusai. Alors on me désigna l'hôtel du comte deTatten-

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baril où, apivs le dîner, un connier du général en chef m'apporta la lettre ci-après :

Lecourbe a un très vijjoureux; combat du coté de X'euburg, L'armée s'y porte, ce qui m'empêche de me rendre à Munich où je présume que vous êtes arrivé. Gardez bien votre gauche, surtout : il parait que l'ennemi marche en Bavière par Ingolstadt et Xeustadt. Xe vous entêtez pas à tenir Munich si vous trouviez des forces trop considérables. Xous y reviendrons toujours quand nous voudrons : mais si l'ennemi veut tenir, il faut le battre, et je liens surtout à ce qu'aucun corps de l'armée n'éprouve d'échec.

Comme Sainte-Suzanne doit actuellement être en pleine marche, je ne me presserai pas beaucoup, à moins que je ne trouve très beau jeu puisque, dans les cinq ou siv jours, son corps peut être assez avancé pour donner beaucoup d'inquiétude à l'ennemi. Surtout, placez-vous bien, et ne vous compromettez pas.

Salut et attachement.

Signé : Moreau.

Je répondis sur-le-champ au général en chef :

Par l'annonce que je vous ai faite de la prise de possession de Munich, mon générai, je vous ai prévenu que je me suis particulièrement occupé de ma gauche dans la position que j'ai donnée à mes troupes. J'ai même laissé à Dachau un bataillon et 50 chevaux pour me couvrir.

Je ferai tout pour que vos intentions soient remplies.

Comme vous ne me parlez pas de contributions et que vous êtes incertain du moment que vous viendrez ici, j'ai demandé deux millions à Munich, 300000 francs pour demain, 700 000 francs dans vingt-quatre heures et le surplus dans quatre jours.

Je présume que je recevrai une réponse à ma lettre de ce matin et que vous me ferez connaître vos intentions dans le cas où vous resteriez quelque temps avant de venir à Munich.

Je prévins que j'allais prendre mon quartier général à Nymphenburg.

Vu ce que m'avait mandé le générai Moreau dans sa lettre, dont je reçus le duplicata quelques heures après lui avoir envoyé son courrier avec ma réponse, j'ordonnai la plus grande surveillance et que toutes les troupes fussent sous les armes à 2 heures du matin; et, après avoir envoyé ma réquisition pour la contribution de deux millions, je partis pour Xymphenburg, avec une compagnie de grenadiers et un escadron de cavalerie, pour y établir mon quartier général.

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