CHAPITRE III
Moreau félicite Decaen de son rapide succès. — Réquisitions imposées à la ville de Munich. — Sur l'innitalion de Moreau, Decaen relire une contribution en argent. — Moreau arrive à IVymphenburg. — La brigade Debilly «ur la rive droite de l'Isar. — Merveldl pousse 600 chevaux à ParsdorI'. — Leur attaque sur Riem échoue. — La diviaion Decaen s'étend, au sud, jusque vers Schâftlaru. — Mervcldt reste vers Oberndorf. — L'armée autrichienne en retraite. — La division Decaen passe eu entier sur la rive droite de l'Isar. — Mauvais traitements infligés par les Autrichiens à des officiers français. — Plaintes de Moreau à Kray à ce sujet.
10 messidor. — Le lendemain, dans la matinée, je reçus, par un couiTier, une lettre du général Laliorie datée de Donauwortli le 9, à 11 heures du soir.
11 m'écrivait :
Le général en chef a reçu votre lettre de ce jour (1). On ne pourrait pas mettre plus de célérité que vous en avez apporté dans votre marche sur Munich. Le général Moreau me charge de vous prévenir qu'il se rendra demain matin à Augsbourg, d'où il partira pour vous rejoindre. Si l'on vous proposait des négociations, prévenez-le de suite et entamez-les jusqu'à son arrivée.
Cette lettre, sans me faire connaître le résultat du combat do Neuburg, me faisant préjuger qu'il avait été à notre avantage, je ne pressai pas le premier paiement de la contribution que j'avais imposée, lorsque les membres du gouvernement me firent demander, par M. de Cetlo, un passeport pour le député qu'ils voulaient envoyer à l'Electeur. Mais je demandai la communication de la dépêche qu'on voulait lui envoyer. M. de Cetto me fit diverses observations afin d'éluder cette communication, et il fut jusqu'à me dire qu'elle était écrite en langue allemande. Je lui représentai que ses observations n'étaient pas raisonnables, et qu'il fallait agir avec moi de bonne foi; que je ne pouvais pas permettre des communications du côté de l'ennemi sans en connaître les motifs,
(1) « C'était celle écrite le matin, de Dachau » (Xote de Decaen).
et que je n'aurais pas même dû avoir la peine de demander ce qu'on mandait à rKlccteur dans une dépèclie qu'on lui adressait dans ces circonstances, siirloul lorsque je donnais un passeport au porteur. « Enfin, pour vous prouver, lui dis-je, combien je suis loin de chercher à contrarier vos communications, et que je suis plutôt porté à les favoriser, il ne faut écrire, dans cette lettre, que ce qu'on veut que je sache; pour le surplus, comme c'est une personne de confiance qui est envoyée, eh bien ! qu'on la charge de dire verbalement ce qu'on ne veut pas qui vienne à ma connaissance. 15 M. de Cetto trouva ce moyen on ne peut pas meilleur. Il retourna faire part de mes observations. La dépèche me fut ensuite adressée, et, après avoir pris connaissance de son contenu, je la renvoyai avec le passeport.
J'écrivis au général en chef :
Je vous adresse, mon général, différentes lettres dont plusieurs ont été interceptées, les autres prises à la poste (1). Celles qui sont dans le petit paquet avec les gazettes sont celles qui m'ont paru donner le plus de renseignements sur la marche de l'armée autrichienne et les intentions du général Kray. V^ous y trouverez aussi un ordre donné k un officier d'aller faire couper le pont de l'^reising. Cet officier, qui a été pris en faisant son retour il Munich, m'a dit que les troupes bavaroises étaient à Landshut.
Mes reconnaissances d'hier et d'aujourd'hui n'ont plus trouvé d'Autrichiens. Comme j'avais de l'argent et des lettres à faire remettre pour des officiers prisonniers de guerre, j'envoie mon aide de camp qui me donnera des nouvelles du lieu où a pris poste M. de Merveldt.
Je vous ai prévenu, mon général, que j'avais permis aux membres du gouvernement provisoire d'envoyer auprès de l'Electeur. Ils m'ont communiqué leur demande qui porte le caractère de la bonne foi et des instances assez vives pour que l' l'électeur s'occupe d'une pacification.
On a trouvé à l'arsenal 15 000 fusils dont 12 000 bons et de calibre, 6 000 pistolets dont le calibre est petit, 300 sabres pour la cavalerie, 200 pour l'infanterie, 10 000 livres de poudre de guerre. Il y a quelques
(1) Parmi ces leUrcs inlerceplées, l'une était particuliùrement intéressante pour le général Moreau. Elle élaift adressée pir un M. Wolf à rÈ!e<teur du Bauière et datée dlnffolstidt le '28 juin, à 10 heures du matin. D'après ?a lettre, les Français s'olaient retirés le 27, à la nuit tombante, d'une partie de Keiiburg, mais malgré cela, l'armée autrichienne se retirait, le 28, jusque sous les murs d Ingolstadt sur trois colonnes. Le camp «e trouvait devant Ingolstadt où le général liray n'était pas encore arrivé le 2", mais devait y cire cerlaincment avant 11 heures, le 28... Enfin il ajoutait que le plau du gi'néral Kray était d'occuper Rain, de gagner le Lech, et de se joindre aux généraux Mericldt et Ueuss ; mais que les Français l'avaient prévenu et avançaient sur la rDUte de Oonanuorlli jiis(ju'à Neuburg, et que la rom-unnication entre In,']olstadt et Munich serait bientôt interceptée, l'avant-garde des França's ayant dépassé Lichlenau... (Extrait de lettres saisies à Munich, 28 juin 1800, A. H. G.).