‹ Memoires et journaux du general DecaenChapitre 17 sur 132 · SINGULIÈRES EXIGENCES DE LECOURBE · texte numérisé non relu

SINGULIÈRES EXIGENCES DE LECOURBE

i" thermidor (20 juillet). — Ayant appris que Tofficier autrichien qui occupait Isen prétendait y rester, sous le prétexte qu'on avait déterminé une autre ligne de démarcation, je fis envoyer au chef du 17' de dragons, chargé des avant-postes dans cette partie, un extrait de la convention, et il fut mandé au général Durutte, si on faisait encore la moindre difficulté pour céder ce village, de s'adresser au général Gyulai; et que, si ce général ne faisait pas droit, je réclamerais du général Kray l'exécution de la convention.

En me promenant avec le général Aloreau, il me fit part que le général Lecourhe, ayant été visiter le palais del'Electeurà Munich, lui avait demandé la permission d'y prendre six tahleaux pour ajouter à sa collection. Fort étonné de cette communication, je dis au général Moreau que je trouvais une pareille demande bien singulière et que je pensais qu'elle devait être refusée; que, si le général Lecourhe aimait les tahleaux, on ne pouvait pas lui permettre de se satisfaire d'une manièie aussi inconvenante ; d'ailleurs que, s'il y avait lieu d'extraire quelques ohjets d'art de la Bavière, comme on l'avait fait en Italie, ce ne pourrait être que pour enrichir les musées de la France et d'après des conventions. Le général Moreau parut goûter mes observations. Mais, sollicité de nouveau, il ne put pas se décider à un refus. Alors le général Lecourhe, muni d'une autorisation, fit enlever les tahleaux qu'il avait choisis d'après les conseils du docteur Percy, son guide essentiel dans la recherche, l'examen et l'appréciation des ohjets d'histoire naturelle, de médailles, de tableaux, d'ouvrages scientifiques, etc., dont ce général était devenu un très grand amateur.

Quelques jours après, je fus, pour la première fois, visiter le palais de l'Élecleur et je vis que, dans chacune des six places restées vides, on avait eu le soin d'en faire remarquer la cause par ce très gracieux souvenir : ci Ce tableau a été enlevé par le général Lecourhe. ■>•:

J'écrivis à MM. les membres du gouvernement provisoire qu'ayant besoin d'avoir des renseignements sur les localités du pays occupé par ma division, je les invitais de nommer, pour être à ma disposition, MM. Gazzi, Schneider et Wolf. Ils étaient employés dans les eaux et forêts et m'avaient été désignés comme très dévoués aux Français.

Ma demande ne plut pas à MM. du gouvernement électoral.

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Ils m'adressôrent iiup uote pour m'aimoncer qu'on avait fait connaître mon désir aux personnes indiquées; néanmoins, qu'on ne pouvait se dispenser d'observer que, ces personnes étant en activité de service, leur présence à Munich était de moment à autre indispensable pour les objets mêmes qui intéressaient les besoins de l'armée, de manière que leur déplacement ne pourrait avoir lieu sans beaucoup d'inconvénients; qu'on avait l'honneur de me prévenir (jue je trouverais, dans chaque chef-lieu de bailliage, des hommes capables de me fournir sur les localités tous les renseignements que je pourrais désirer, et qu'on avait eu l'attention, pour la facilité du service de l'armée française, de leur adjoindre des interprètes pour les deux langues.

Je ne donnai point de suite à ma demande parce que le général en chef, auquel je communiquai cette réponse, devait ordonner, dans peu de temps, l'organisation d'une commission de routes qui produirait les renseignements dont on aurait besoin.

Je fus invité par le général Dessolle, chef de l'état-major général, de lui adresser les ordres que je pourrais recevoir du ministre de la Guerre pour faire reconnaître quelque officier que ce fût dans un des corps sous mon commandement avant de les faire mettre à exécution.

Cette disposition avait été ordonnée par le général en chef parce que plusieurs officiers avaient été envoyés de Paris à difi'érents corps pour y remplir des emplois vacants auxquels le général en chef désirait lui-même pourvoir, soit en y nommant provisoirement, soit en proposant les sujets au gouvernement, tt parce que» , disait-il avec raison, « il n'était pas juste que ces places fussent données à d'autres officiers que ceux qui servaient directement sous ses ordres et qui méritaient de l'avancement pour s'être distingués en diverses occasions pendant lacampage ; que, d'ailleurs, c'était nuire à l'émulation dans son armée et y causer du mécontentement. V Ces envois du ministre lui donnèrent de riuimeur et il fit, à ce sujet, de vives représentations.

5 thermidoi' (24 juillet). — J'ai déjà dit qu'il y avait à Munich des émigrés et qu'ils n'avaient été nullement inquiétés. Après l'armistice, plusieurs demandèrent des passeports pour aller en France. Mais, d'après les ordres du général en chef, je refusai de

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