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CHAPITRE IX

Decaen chargé do reconnaître la Salzach vers Laufen. — Son tnitiative est couronnée de succès. — Ses troupes francliisscnt la Salzach à Laufen. — Le pont est réparé pendant la nuit. — Moreau à Laufen. — Canonnade violente vers Salzburg. — Inquiétude de Moreau. — La brigade Durutte sur la ri\e droite de la Salzach. — Elle est dirigée immédiatement sur Salzburg. — Combat d'Anthering. — Decaen pousse un détachement vers Seekirchen. — Il est arrêté par la nuit devant Bergheim. — Des rapports annoncent la retraite des Autrieiiiens. — Dès le jour, Montaulon se porte vers Salzburg. — L armée autricliiennc se retire sur Neumarkt. — Decaen lance à sa poursuite Laffun avec tout son régiment. — Il entre à Salzburg avant Lecourbe, et le fait sentir à ce dernier. — Durutte nommé commandant de Salzburg. — Devant Moreau, Decaen se fait un malin plaisir de confondre Lecourbe.

22 frimaire (13 décembre). — L'adjudant commandant Guyot, de rélat-major général, m'apporta, pendant la nuit, la lettre du général Lahorie, ci-après transcrite, datée de Traunstein, le 21 frimaire :

L'intention du général en chef, mon cher Decaen, est que tu te portes demain devant Laufen. Peut-être seras-tu forcé à prendre la chaussée de Salzburg jusqu'à Teisendorf. Tu te régleras à cet égard sur les renseignements que tu te seras procurés pour les communications.

Le général Richepance viendra se placer sur la roule de Teisendorf à Laufen, en réserve, et prêt à te soutenir au besoin, mais aussi disposé à marcher sur Salzburg en cas d'événement.

La division du général Grouchy suivra le mouvement du général Lecourbe sur Salzburg. Ce dernier n'a pu passer aujourd'hui la Saalach, l'ennemi ayant détruit le pont sur cette rivière. 11 a pris deux pièces de canon à la faible arrière-garde qu'il a eu à pousser pour arriver sur la Saalach.

P. -S. — L'intention du général en chef est que tu fasses demain des reconnaissances sur la Salzach, soit pour découvrir un point de passage le plus commode, soit pour en trouver un pour jeter un équipage de pont qui est à ce moment à la suite de l'armée. Informe-toi aussi des gués qui peuvent exister sur cette rivière.

Pour accomplir les intentions du général en chef, je fis donner l'ordre au général Durutte de se mettre en marche à la pointe du jour, de se diriger sur Petting, occupé par son avant-garde, et de

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porter cette avant-garde à l'embranchement des routes de Laufen et Tcisendorf, pojissant des partis sur Laufen.

Il fut ordonné aux deux autres brigades de la division, placées en arrière de Waging, de partir aussi à la pointe du jour, et de se diriger sur cet endroit où il serait donné de nouveaux ordres.

Un rapport du chef Laffon m'informa que, la veille, il n'était arrivé à sa position à Altering (]) qu'à 11 heures du soir; qu'il avait eu des chemins très mauvais; que l'infanterie avait eu de la peine à marcher tant il y avait de glace; qu'il n'avait pu envoyer sur-le-champ des partis sur les points que je lui avais désignés, les troupes étant trop fatiguées; cependant qu'avant le jour, il en enverrait. Il annonçait qu'environ 60 hommes de cavalerie de l'ennemi étaient encore à Altering (2), à 3 heures de l'après-midi; que le chemin de ce village à Tittmoning, selon les renseignements qu'il s'était procurés, n'était pas bon; que ceux pour aller à Laufen étaient passables ; que, pendant sa marche, il n'avait pas rencontré un seul ennemi; que, suivant les renseignements, l'ennemi avait passé la Salzach à Laufen, et qu'il avait des postes en avant de cet endroit.

Le maréchal des logis qui m'avait apporté ce rapport fut chargé de reporter de suite au chef Laffon l'ordre de ce qu'il avait à faire.

II lui fut mandé que, la division devant se porter dans la journée devant Laufen, il devait se mettre en marche au reçu de cet ordre, poussant un fort détachement devant lui, et d'aller prendre position vers Lângdorf (3), la gauche vers la Salzach et la droite vers le petit lac d'Abtsdorfer See; de jeter des postes en avant de lui de manière à pousser autant que possible, mais sans se compromettre, l'ennemi dans la tète de pont de Laufen; d'envoyer un détachement vers Friedolfing, chargé d'observer le cours de la Salzach depuis sa gauche jusque vers Tittmoning; de charger l'officier commandant ce détachement de prendre, sur la nature de cette rivière, sur les gués, etc.. , tous les renseignements qu'il pourrait recueillir et de me les faire parvenir le plus tôt possible.

Lorsque les deux brigades furent arrivées à Waging, je leur fis

(1) Voir la note 2 page 165.

(2) Ibid.

(3) Peut-être Leobendort.

DECAEX ARRIVE A LALFE.Y JG9

continuer leur marche pour rejoindre les troupes qui s'avançaient vers Laufen.

En me rendant à la tète de la division pour la diriger suivant les circonstances, on m'apporta un rapport adressé au général Durutte par le commandant de son avant-garde, annonçant qu'il était allé, le soir, placer un poste au village de Schônram où se trouve la croisière des routes de Salzburg et de Laufen ; qu'il y avait trouvé le détachement qui avait été envoyé vers Salzburg pour avoir des nouvelles, et qu'il y avait aussi, dans ce village, un officier général avec un escadron du 9' de hussards, des troupes du général Lecourhe; ([ue cet officier général était allé jusque devant Laufen; qu'il y avait vu l'ennemi en force, tant en cavalerie qu'en infanterie, la cavalerie composée de dragons de La Tour et de hussards. Ce rapport énonçait, en outre, que les postes ennemis sur la route de Salzburg étaient à un demi-quart de lieue de Schônram; que l'officier général devait partir avec l'escadron pour rejoindre son corps d'armée; que des reconnaissances seraient envoyées, à la pointe du jour, sur les deux routes de Laufen et de Salzburg.

Lorsque je fus arrivé au village de Schônram, je me dirigeai, à la tète de la division, sur Laufen. Il était environ midi lorsque mon avant-garde arriva devant cette ville. J'avais déjà appris par le retour des patrouilles que le pont était coupé et que l'ennemi était sur la droite de Salzach.

Je désignai alors les positions que devaient occuper les troupes. J'en fis entrer dans Laufen. Je chargeai les généraux Durutte et Kniaziewicz de faire faire et de faire eux-mêmes des reconnaissances de la Salzach pour y chercher des endroits guéables ou quelques points de passage favorables.

Je fus moi-même reconnaître dans quel état était le pont et quelle était la position que l'ennemi occupait.

La perspective de réussir à faire passer la Salzach, m'étant offerte par un concours de circonstances favorables et inattendues, me fit prendre la résolution de tenter l'entreprise, qui fut couronnée du plus grand succès.

Cependant à tous les motifs qui me déterminèrent à cette opération, dont l'heureux résultat devait être du plus grand avantage pour l'armée et très glorieux pour les troupes de la division et

170 AIK.MOII'.I' S KT JOIHXAUX DU GKXKRAL DECAEX

pour moi, j'o[)|)osais iiilêrieurcmoiil (|u'on ne m'avait ordonné que des reconnaissances et non un passage, et que, par conséquent, je m'exposais à de très sévères reproches si cette opération ne réussissait pas et surtout, s'il arrivait qu'un nomhre d'hommes y fussent sacrifiés par un revers. Mais excité par ma confiance que, si un tel événement arrivait, le général Moreau ne m'en saurait pas mauvais gré, persuadé que j'avais voulu faire pour le mieux, alors je ne pensai plus qu'à faire tout ce qui était possihle pour atteindre le hut (|ue je m'étais proposé.

Lorsque je pus me flatter que les troupes qui étaient passées sur l'autre rive de la Salzach pouvaient s'y mainlenir, je chargeai l'adjudant commandant Guyot, (|ui avait vu tout ce qui s'était passé, de se rendre auprès du général en chef pour lui en rendre compte et pour lui dire qu'en attendant ses ordres, j'allais employer tous les moyens pour faire passer de nouvelles troupes de l'autre côté de la Salzach, et que j'allais faire travailler à la réparation du pont de Laufen.

En réponse à mon message, je reçus une lettre du général Lahorie, datée de Teisendorf. Il me mandait :

Guyot m'a appris ton heureux passage à Laufen, mon cher Decaen ; je m'en réjouis pour l'armée dont cela couronne la campagne. Tu permettras bien aussi à mon amitié de trouver un plaisir particulier à ce que cette expédition soit ton ouvrage. Il parait que l'ennemi a fait bien des sottises et qu'il en fallait beaucoup de sa part pour réussir. .Mais il ne faut plus songer aujourd'hui qu'au résultat.

On t'envoie douze pontons pour jeter un pont. Je suppose, d'un autre côté, que celui de Laufen sera rétabli demain malin.

Le général Richepance a ordre de marcher pour se mettre en ligne avec toi, ou, du moins, aussitôt le rétablissement du pont. La division Grouchy, moins son avant-garde, arrivera aussi demain à Laufen. Elle y sera avant 9 heures du matin, s'il est possible.

L'intention du général en chef est que tu prennes position en avant de Laufen, sur les principaux débouchés, aussitôt que tu pourras passer ta division. A l'arrivée du général Richepance, tu te resserreras sur ta droite.

Demain matin, le général Moreau ira de bonne heure à Laufen.

P. S. — Les pontonniers qui te conduisent un équipage de pont n'ont pas eu de pain du tout, aujourd'hui, ni aucune espi'ce de subsistance. On ne leur a même pas laissé le temps de se reposer. Je les recommande à ta sollicitude. Je crains que léipiipage de pontons n'arrive un peu tard. Fais tout le possible pour le rétablissejnent du pont de Laufen avant le jour Ecris-moi des qu'il sera rétabli.

PASSAGF, DE LA SALZACH 171

Pour faire connaîlre comment re passage fut entrepris et mené à bien, je ne puis mieux i'exposer qu'en transcrivant dans son entier le rapport écrit que, deux jours après, j'adressai au général en chef :

Mon général,

Je devais faire prendre position à la division, le 22, devant I,aufen, et faire des reconnaissances, pour parvenir au passage de la Salzacli. Les reconnaissances et le passage se sont faits en même temps. La vigueur des troupes, l'intrépidité de quelques braves, l'activité des générauv Durutlc et Kniazieuicz et des officiers de l'étai-major m'ont fait effectuer, connue par enchantement, un passage difficile tant par les obstacles de la nature que par la présence de trois bataillons autrichiens du régiment de Gmund (1), six pièces d'artillerie et plus de 400 chevaux, partie des cuirassiers, l'autre de Grenz-hussards, tous commandés par le général Lôpper.

Ma division était partie de sa position de Waging à 7 heures du matin; je l'avais dirigée sur Laufen en passant par Làngendorf (2).

Lue colonne aux ordres du clief de brigade lialTon qui, depuis quelques jours, m'avait servi à flanquer la division, était partie d'Altering (3) pour se porter sur la Salzach, remonter cette rivière jusqu'à liaufen et laisser un détachement à Friedolfing pour éclairer sur cette rivière jusqu'à Tittmoning.

Il était environ midi lorsque mon avant-gardo arriva en avant de Laufen ; des patrouilles avaient déjà annoncé que le pont était coupé, mais que l'ennemi était placé sur la rive droite. L'ennemi, qui avait son artillerie sur une position très avantageuse, n'avait fait aucune disposition pour nous empêcher l'approche de la rivière, au-dessus et au-dessous de Laufen ; il n'avait pas même daigné nous honorer d'un coup de canon. J'ai donc eu la facilité de reconnaître l'état du pont dont on avait détruit quatre arches, de faire garnir d'infanterie tout ce qui l'exigeait, de placer l'arlilkrie et de déployer la division sur les hauteurs au débouché des bois. Je ne sais pas si ces dispositions ont effrayé l'ennemi car, au premier coup de canon qui a été tiré et qui était le signal pour engager la fusillade et cauonner sur la tête de pont, la cavalerie ennemie fit un mouvement de retraite très précipité. Le feu de l'artillerie la gênait beaucoup sur la route de Salzburg où elle se dirigeait.

Beaucoup de barques retirées par l'ennemi sur la rive droite me tentaient bien ; mais la saison ne permettait pas d'exciter de se mettre à la nage pour s'en emparer.

J'étais pourtant à la recherche des moyens qui pourraient me procurer

(1) On na pu identifier ce nom. Le registre 74 (correspondance des divisions do centre et de la réserve, A. H. G.) porte : 1p régiment de Mnnd.

(2) Peut-être Leobendorf.

(3) Peut-être Alterfing.

172 MEMOIRES F':T J0UR\AL\ DU GEXERAL DECAEX

quelques-uns de ces bateaux lorsque le «général Durutte, que j'avais eharj^é de luire retnoiiter la Salzach afin de reconnaître quelque endroit «{uéable ou quelque point de passa;|e favorable, me (it annoncer (|ue trois intrépides cbasseurs de la 14* d'infanterie légère s'étaient déterminés à se jeter à la nage pour aller prendre une barque qui avait été aperçue à une demi-lieue au-dessus du pont de Laufen ; que c'était le nommé Bernard, tambour, qui leur avait donné l'exemple. Les deux autres sont Lemàle et Perrin, du même bataillon. Ces intrépides soldats, ayant à lutter contre la rigueur de la saison, eurent encore plus à faire contre le courant de la Salzach qui les reporta deux fois à la rive d'oii ils étaient parvenus, avec toutes les peines possibles, à arracher leur bateau ; enfin ils ne purent achever leur pénible tâche que lorsque deux d'entre eux se furent jetés de iiouveau à la nage et, au moyen d'une corde qui était à la barque, ils parvinrent à arriver à la rive gauche.

Ce trait de courage, auquel on ne peut donner de nom, inspira le plus grand enthousiasme. Bientôt un grand nombre de cha.sseurs de la 14% iï la tète desquels se mirent le capitaine Jean et l'adjudant major Cornille, entra dans la rivière pour pa.sser un de ses bras qui n'avait que deux pieds d'eau, s'embarqua et descendit ensuite sur l'autre rive.

Je saisis avec empressement ce trait de dévouement. Je me déterminai à jeter 300 ou 400 hommes sur la rive droite, dont deux compagnies de la 4* de ligne, commandés par le capitaine Cazeneuve et le lieutenant Duvaldreux, qui se mirent la plus grande partie à l'eau, connne les soldats de la 14'= légère, quoique des chasseurs du 10* voulussent les passer au delà du premier bras de la rivière sur leurs chevaux ; et je fis des dispositions pour leur protection, et surtout en faisant fusiller et canonner fortement l'ennemi qui était placé et embusqué à la tète du pont. On s'empara encore de quelques autres bateaux.

li'adjudanl commandant Plauzonne passa la rivière pour aller prendre la direction des troupes qui n'étaient pas même au nombre de cent, s'emparèrent bientôt d'un petit village par lequel passe la route de Salzburg, barricadèrent les débouchés par lesquels on pouvait venir sur eux, y laissèrent quelques hommes et s'avancèrent ensuite, en échelons et dans le plus grand silence, jusqu'à la tète du pont. L'emiemi, qui ne s'occupait que de ce point, — le jour linissait, — attaqué à l'inqiroviste par des cris et les baioimettes d'une poignée d'honnnes, fut mis en fuite. On fit plus de cent prisonniers dont quatre officiers (Ij.

(1) Decaen ne dit pas que son jeune frère, alors sous-lieutenant au 6* chasseurs, accorapa<jnait Plauzonne dans ce hardi coup de main. Voici d'ailleurs le rapport de Durulle (sans date ni lieu) sur ce passaije :

•■ Mon général, je ne bous fais point de rapport sur l'attaque de Laufen parce que je n'ai fait qu'exécuter vos ordres; mais la justice que je dois aux troupes que j'ai l'hoDneur de commander m'impose le devoir de vous faire un rapport particulier sur le passage de la Salzach.

" Lorsque vous me prescrivîtes de lâcher de trouver le gué que uons présumions devoir exister à une demi-lieue à droite de Laufen et de le passer avec de la cavalerie et

PASSAGK DE LA SALZAGH 173

Ce succès ne fut point troublé. 11 fut possible de faire passer des bateaux à la rive droite et bientôt plus de 800 hommes furent de l'autre côté et bien établis, de sorte qu'on put bientôt s'occuper de travailler à la réparation du pont.

de l'infaaterie en croupe, je pris avec moi des bateliers qui, disait-on, devaient connaître très bien ce gué. Je leur offris en vain des sommes considérables ; mais les menaces les plus violentes ni l'attrait des récompenses les plus grandes ne purent jamais les engager à me dire autre chose qne le fond de celte rivière était tellement mobile qu'il leur était impossible de me désigner des endroits guéables.

i^ Ne pouvant alors exécuter vos ordres, je réfléchissais aux moyens de passer cette rivière, lorsque je sis plusieurs bateaux vers la positiou de l'ennemi, qu'il avait retirés de son côté, et un autre plus loin, à droite, qui n'était pas gardé.

t Je demandai alors au 2'" bataillon de la 14" légère si, parmi les soldats de ce bataillon, il n'y avait pas quelques bons nigeurs qui voulussent bien passer la Salzach à la nage pour aller prendre le bateau qui était isolé sur la rive droite. On garda un moment le silence. L'approche de la nuit et la rigueur de la saison rendaient cette entreprise aussi difficile que dangereuse; mais, ayant réitéré une seconde fois cette proposition, le nommé Beruard, tambour, sortit des rangs et me dit que, s'il était suivi par quelques camarades, il irait prendre ce bateau; et il eicita aussitôt plusieurs volontaires qui savaient nager à le suivre.

" Deux chasseurs du même bataillon, nommés Leniàie et Perrin, se jetèrent aussitôt à la nage avec lui et traversèrent la rivière. Ils tentèrent en vain deux fois d'amener ce bateau sur la rive gauche; la violence du courant les rejetait sur la riie droite. Je leur conseillai alors de se jeter de nouveau à la nage et de tirer ce bateau avec la corde qui s'y trouvait attachée icrs la rive gauche, ce qui fut aussitôt heureusement exécnlé.

«■ Dès que j'eus ce bateau, je fis passer cette rivière, en deux traversées, à une trentaine d'hommes du 2'^ bataillon de la 14" demi-brigade légère, commandés par le capitaine Jean et le citoyen Cornille, adjudant major de ce bataillon, auxquels j'ordonnai d'aller s'emparer des baleaux (|ui étaient près de la ville sur la rive droite.

^ Vous êtes alors arrivé. Vous avet vu ainsi que moi que, malgré tous leurs efforts, ils ne purent les mettre à Hot parce qu'ils étaient à sec sur le rivage, et tous très pesants. Ce détachement se jeta alors dans un petit hameau pour faire face à des hussards qui venaient les attaquer, ils le» repoussèrent et se maintinrent jusqu'à la nuit dans cette positiou qui était prolégëe par le feu de notre artillerie.

" Quoique tout devait nous présager que ce détachement aurait élé pris, l'adjudant commandant Plauzonne et le jeune Decaen, sous-lieutenant au {]" régiment de chasseurs à cheval, vous offrirent d'aller joindre ce détachement pour l'exciter à attaquer le pont de Laufen par la rive droite. En applaudissant à leur zèle, vous m'ordonnâtes de faire soutenir cette attaque par deux compagnies du l""' bataillon de la 4" demi-brigade; elles furent commandées par le capitaine Careneove qui leur montra l'eiemple de passer un bras de la rivière dans l'eau jusqu'à la ceinture.

.> Dès que l'adjudant commandant Plauzonne et le jeune Decaen furent de l'autre côté, ils marchèrent aussitôt avec les trente hommes de la 14' vers le pont de Laufen qui était défendu par deux cents hommes et soutenu, sur la hauteur, par trois bataillons d'infanterie et deux pièces de canon. Le citoyen Flandre, sergent, marchait à la tète de ce détachement : il parlait allemand aux Autrichiens pour leur faire croire qu'ils étaient des leurs, de sorte que nos troupes se trouvèrent au milieu d'eux sans qu'ils s'en aperçussent. Dès qu'ils lirent feu, une grande partie des troupes qui défendaient le pont se rendit et l'autre se sauva.

« Les batailluns qui étaient sur la hauteur, étonnés de cette attaque, se retirèrent avec leur artillerie. C'est ainsi que nous devons au dévouement d'une centaine de braves le passage heureux de la Salzach.

• Je dois des éloges particuliers au citoyen Cornille, adjudant major du 2" bataillon de la li' demi-brigade légère : cet officier a passé la rivière avec ce détachement sans être

174 MKMOIKKS ET JOURNAUX DU GENERAL DECAEX

Le «jênéral Durutte, le chef de bri,i[acle Mortières (l), le capitaine d'artillerie Valée, le lieutenant du jjénie Michaud, qui passèrent sur la rive droite, mirent tout le zMe et toute l'activité qu'exigeaient les circonstances.

Pendant la nuit, on construisit un pont volant. Le capitaine Dattessen, de la L4% et mon aide de camp Labisse en accélérèrent la construction de manière qu'au point du jour il commença à servir pour passer l'artillerie ^t une partie de la cavalerie de la division. Le grand pont fut praticable pour l'infanterie et la cavalerie entre 9 et 10 heures du matin.

Le général Kniaziewicz, qui avait été chargé de faire reconnaître la Salzach au-dessous de Laufen, n'avait pas trouvé d'endroit guéable. Si ses troupes avaient aperçu quelques bateaux, sans doute qu'elles auraient cherché à les posséder; car plusieurs Polonais s'étaient avancés pour sonder la rivière et la passer à la nage au besoin. Un sergent-major nommé Gzyszkouski leur en a donné l'exemple : il se jeta à l'eau pour voir si la rivière était praticable au gué; mais elle avait plus de huit pieds de profondeur.

Je vous demande, mon général, des récompenses distinguées pour les officiers et soldats dont je vous ai cité les noms. J'ai aussi beaucoup à me louer de l'adjudant commandant Guyot qui est resté avec moi pendant toute cette opération et qui, par son zèle et son exemple, a beaucoup contribué au succès de cette journée.

J'ajouterai, mon général, que les officiers qui ont passé les premiers sur la rive droite m'ont fait le rapport que mon frère, qui était avec eux, avait bien fait son devoir.

23 frimaire (14 décembre). — Je fus prévenu, entre A et 5 heures du matin, que l'équipage de pontons était arrivé. Alors, avec le chef de bataillon d'artillerie Xeigre (2) qui le comman-

commandé. Son intelligence à disposer les posles de son bataillon est aussi précieuse que son activité et sa bravoure.

^ Mes éloges n'ajouteront rien sans doute à votre estime pour l'adjudant général Plauzonne; depuis longtemps le général en chef a su l'apprécier, et il a prouvé dans cette journée qu'aux connaissances militaires il savait à propos [...] être téméraire.

.. Permettez-moi aussi de vous faire observer que votre jeune frère a su prouvera notre division qu'il ne voulait pas vous le céder eu bravoure.

- Signé : Dlrutte. ■

(1) Laplanche-Morfiéres (Claude-Joseph Delaplanche de Morthiêres, d'après l'acte de naissance), né le 28 juin 1"7'2 à Aulnay (Aube) ; page à la Grande Ecurie, le "25 avril 1185 ; sous-lieutenant, le 6 février 1788; lieutenant, le 20 mars 1701; capitaine, le 9 juillet 1702; lieutenant-colonel, le 27 mai 1703; chef de brigade, le 28 fructidor an IV; général de brigade, le 11 liuctidor an XI , mort de maladie à Ctieti, le 28 octobre 18(J6 (A. A. G.).

(2) Decaen fait une erreur : Neigre était alors seulement capitaine. Neigre (Gabriel), né le 28 juillet 177i, à la Fère ; enfant de troupe au 2« d'artillerie en 1780; eurôlé volontaire audit régiment, le lijnillet 1790; sergent en 1703; capitaine, le 10 janvier 1"94-; capitainu au 1" bataillon de pontonniers, le 2 avril 1797; chef de bataillon, le 2 octobre 1802; colonel, le 12 janvier 1807; général de brigade, le 10 janvier 1813;

MORE AU A LALFEN 175

dait, je me rendis sur le bord de la Salzach pour lui indiquer l'endroit que j'atais reconnu, la veille, fort peu éloigné et au-dessus du pont qu'on réparait, et qui m'avait paru oifrir le plus de possibilité et de commodité pour y jeter les pontons (1).

Eclairés avec des fanaux, nous finies cette nouvelle reconnaissance sur les deux rives de la Salzach. Le point le plus favorable étant déterminé, les pontonniers travaillèrent avec le plus grand zèle et la plus grande activité; néanmoins, l'obscurité et le courant rapide delà Salzach rendaient le travail difficile, et ces contrariétés ne permirent pas que le nouveau pont fût praticable avant 10 heures du malin.

Le général Moreau arriva à Laufen entre 8 et 9 [heures]. Il me fit des compliments sur le succès de mon opération. Je lui rendis compte qu'au moyen du petit pont volant que j'avais pu faii'c établir, on avait déjà pu faire passer une partie de l'artillerie et un peu de cavalerie, et, avec les bateaux, l'infanterie de la brigade du général Durulte qui, pendant la nuit, avait fait garder tous les débouchés qui viennent sur Laufen, particulièrement ceux de Salzburg et de Neumarkt; que le passage des troupes se continuait; qu'on travaillait avec activité à établir les pontons; qu'on ne tarderait pas k pouvoir passer, mais seulement avec l'infanterie et la cavalerie, sur le pont à la réparation duquel on n'avait pas discontinué de travailler pendant toute la nuit.

J'accompagnai le général en chef qui se rendit au pont pour voir par lui-même où les choses en étaient. On entendait une très vive canonnade du côté de Salzburg. Le général Moreau me dit qu'il avait fait prévenir le général Lecourbe que, d'après le succès inattendu de mon heureux passage, c'était sur Laufen qu'il allait faire agir l'armée et que, dés les premiers coups de canon qu'il avait entendus depuis qu'il était parti de Teisendorf, il avait envoyé

général de division, le 25 novembre 1813; inspecteur général d'artillerie en 1814, puis, comme lieutenant général, membre du comité de l'artillerie; inspecteur général de celle arme jusqu'en 1839 et 1840; décédé le 8 août 184", à Nogent-sur-Marne (A A. G.). (1) La veille, Decaen avait écrit à Laliorie : « Il serait bien nécessaire, mon clier Laborie, qu'on m'envoie des sapeurs et [que] quelques officiers entendus viennent pour la réparation du pont de Laufen, dont quatre arches sont coupées. Les charpentiers de la ville sont du côlé de l'ennemi et se sont évadés pendant la discussion. Mes sapeurs et un officier du génie de la division sont restés à Rosenheira. Je n'ai qu'un officier du génie ici qui fait ce qu'il peut, mais je prévois que ce sei'a très long à réparer si lu n'envoies pas de suite à mon aide. Guyot t'a déjà rendu com[^'te. Je ferai demain mon rapport " (Decaen à Lahorie, Laufen, "22 frimaire, A. H. G).

176 MÉMOIRES ET JOLRYAUX DU GEXERAL DECAEM

lin de ses aides de camp auprès du général Lecourhe pour lui dire de ne pas s'engager et surtout de ne pas se compromettre.

Enfin, entre 9 el 10 heures, on put se servir du pont, mais réparé à la hâte et pendant la nuit; el, vu les largeurs entre les piles, on n'avait pu rétablir (ju'une partie de ce qui avait été détruit. Cette reconstruction, faite avec des longerons jetés d'une arche à l'autre et recouverts de planches, ne permettait pas, à cause du peu de largeur et surtout du balancement, qu'on put passer facilement et rapidement; mais c'était toujours un nouveau moyen pour améliorer le passage des troupes de l'autre côté de la rivière, eu attendant que le pont de pontons fût achevé.

Ainsi on fit passer, d'abord pour l'essai, un cavalier à pied tenant son cheval par la bride, et, successivement et de cette manière, la cavalerie ainsi que l'infanterie défilèrent par un. Ce qui appartenait à l'artillerie et aux ambulances continua à se servir du pont volant. Les autres équipages vinrent plus tard rejoindre la division.

La canonnade continuait à se faire entendre toujours très vivement du côté de Salzburg. Le général en chef, à qui cela donnait (|uelque inquiétude, renvoya de nouveau auprès du général Lecourhe pour lui annoncer que ma division se mettait en marche pour aller vers Salzburg par la rive droite de la Salzach.

Dès que la cavalerie de la brigade Durutte eut rejoint son infanterie, je quittai le général Moreau qui me recommanda de faire marcher avec le plus de célérité possible et de faire faire un grand feu d'artillerie dès que je rencontrerais l'ennemi, ce qui contribuerait à produire une diversion favorable au général Lecourhe contre le([uel, d'après les rapports (|ui étaient déjà parvenus, l'ennemi avait déployé la plus grande partie de ses forces et qui étaient plus nombreuses que celles aux ordres de ce général.

Je donnai donc l'ordre au général Durutte de diriger sa brigade sur la chaussée de Salzburg, et aux autres corps de la division, à fur et à mesure qu'ils seraient formés sur la droite de la Salzach, celui de suivre en échelons son mouvement, éclairant et couvrant successivement les communications à leur gauche; à la droite, on trouve la rivière toujours très rapprochée de la route jusqu'à Salzburg.

Le général Dnrulle s'avança sans rencontrer d'ennemi jus([u'à

BATAILLE DE SALZBURG 177

la tète du défilé qui existe depuis Laufen jusqu'à une demi-lieue d'Anthering où le terrain, ouvert dans une largeur d'environ 800 toises, facilite l'action de toutes les armes. L'ennemi avait une observation d'environ 600 chevaux, des cuirassiers de Mack et de Grenz-hussards, avec une pièce de canon et environ 200 hommes d'infanterie qui voulurent contester le débouché, à quoi ils ne réussirent pas, quoique le général Durutte n'eût alors avec lui qu'un escadron du 10'' régiment de chasseurs et une pièce de 4. Il poussa l'ennemi même au delà d'Anthering, après lui avoir démonté son canon et sabré quel(|ues hommes. Il attendit ensuite que la division fut serrée et (|ue l'artillerie fût arrivée.

Le feu du combat du général Lecourbe était toujours très vif. Je désirais pouvoir faire au plus tôt la diversion qui m'avait été recommandée ; mais, malgré la plus grande célérité, ce ne fut que vers les 3 h. 30 (1) que j'eus suffisamment de moyens pour engager une affaire qui pouvait devenir sérieuse par le rapprochement qu on faisait de l'armée ennemie (|ui devait mettre tous ses efforts pour [m'] empêcher de pénétrer jusqu'au village de Bergheim; car alors sa retraite de Salzburg et surtout de la rive gauche de la Salzach, oùil était pour la plus grande partie engagé avec le général Lecourbe, lui serait devenue très difficile, surtout pour l'opérer par la chaussée de Neumarkt (2) .

Aussitôt que l'avant-garde aux ordres du chef Laflbn qui, après avoir passé au pont de Laufen, avait suivi immédiatement la brigade Durutte, fut arrivée devant Anthering, je lui fis reprendre la tête de la division et marcher de suite en avant, soutenue par la brigade Durutte et par la légion polonaise.

J'avais fait rester en réserve, près de ce village, la brigade commandée par le général Lacour (il était arrivé la veille à la division), en attendant l'arrivée des troupes du général Richepance. J'avais donné ordre au général Lacour de détacher un bataillon et 200 chevaux, et de les envoyer sur Seekirchen, pour menacer la droite de l'ennemi et, en outre, gagner l'avantage du terrain en s'emparant des hauteurs.

i 1 1 La copie du rapport de Decaen du 2 nivôse qui est aux Archives de la Guerre porte - 7 h. 30... 1! y a là probablement un lapsus.

I "2 i Jusqu'ici, cette narration cile presque teituellement le rapport de Decaen à Moreau, daté, le 2 nitôse, de Neuhofen, et qui est aux Archives de la Guerre.

178 MKMOIRES ET JOURX'ALX DU GÉXÉRAL DECAEX

L'avant-garde, après avoir chassé rennemi depuis Antliering, le trouva formé en arrière du ruisseau qui coule du U aller See a la Salzacli, au villaj;e de Bergheini, à rembranclioment de la route de Salzhurg à Mattsee et à Laufen. Il occupait une belle et forte position (1). La canonnade s'engagea vivement des deux C(Mos, mais la nuit empêcha de faire plus que de le repousser au delà du ruisseau du U'allcr See.

Quand le feu eut cessé, on plaça les avant-postes, et les troupes restèrent au bivouac sur le lieu (ju'elles occupaient.

Un officier que j'avais envoyé informer le général en chef de mon arrivée à Anthering et de ce qui s'était passé m'avait dit, à son retour, qu'il avait annoncé que j'occupais Bergheim; mais, lorsque je fus revenu à Anthering, où je pris mon quartier, j'écrivis au général Lahorie :

C'est une erreur qui a été commise, mon cher Lahorie, que d'avoir annoncé que mes troupes s'étaient emparées de Bergheim. L'ennemi a défendu ce village avec six pièces de canon et de l'infanlerie. La fin du jour a empêche de faire les dispositions convenables pour l'attaquer. La poisition est favorable à l'ennemi : Bergheiin est sur une hauteur peu éloignée de la Salzach, et un marais devant le iront. IMais demain, au jour, on reconnaîtra mieux la position.

Mes avant-postes ont été établis à peu de distance de ceux de l'ennemi. On le fera observer pendant la nuit. La division est établie en échelons flepuis ce point jusqu'au village d'Anthcring. Le général Lacour a poussé un bataillon sur Seekirchen avec de la cavalerie ; il doit pousser des postes jusqu'à cet endroit.

J'apprends que le général Richepance n'a pas suivi mon mouvement. Il aurait cependant été utile qu'il eût avancé quelques troupes, afin qu'on puisse éclairer les débouchés qui viennent de Neumarkt sur la route de Laufen à Salzhurg. On a fait une centaine de prisonniers des régiments de Stain et Benyowsky, dont deux officiers, et pris un drapeau.

Je n'ai pu avoir de renseignements sur les projets de l'ennemi. On m'a appris seulement que les petits postes établis sur le débouché où je me trouve avaient reçu l'ordre de se retirer sur Xeumarkt, s'ils étaient forcés.

Ln bataillon de Stain et un escadron de cavalerie sont à Burghausen (i).

(1) ' ... Il avait sept pièces de canon en batterie, avec plusieurs bataillons, dont deux de Stain, les autres de Benyowsky, Weiiklieim et Ferdinand. A la nouvelle de mou mouvement, ces corps, ijui formaient une réserie à Salibiirg, étaient venus prendre celte position .. " (Decaen à Moreau, A'eubofeu, 2 nivôse, A. H. G.).

(2) Le renseignement était exact i L'archiduc Jean à Kienmajfer, Teisendorf, 11 déceml)re, K. K. Archiv, XII, 200).

LES AUTRICHIEXS EVACUEXT SALZBURG 179

On a tué quelques cuirassiers de Mack avec des hussards de Grenz. Mon artillerie n'a aucunement souffert. J'ai eu peu de blessés (1).

Les prisonniers ont dit que les régiments d'infanterie dcBenyowski^ Stain, Wenkheim et Ferdinand devaient être devant moi (2).

La réponse, datée de Laufen à minuit, m'annonça :

J'attendais ton rapport avec bien de l'impatience, mon cher Decaen, pour en faire part au général en chef qui est parti pour Teisendorf et que je vais rejoindre pour le mouvement de l'armée.

On t'a trompé quand on t'a assuré que le général Richepance ne marchait pas pour te soutenir (;î). 11 a une brigade sur la roule de Salzburg ; il en a jeté une autre sur celle de liurghausen, dont on n'a pas encore de nouvelles de ce point. Je lui écris de se diriger de manière à couvrir les débouchés de Neumarkt, disposé en même temps à le soutenir sur la route de Salzburg. Il est à croire que cette division sera dirigée sur Xeumarkt; alors Grouchy la remplacera sur la roule de Salzburg, en réserve de ta division.

Fais faire, je le prie, des reconnaissances demain au point du jour et envoies-en le résultat à Laufen oij sûrement le général en chef viendra de bonne heure.

24 frimaire (15 décembre). — Les rapports qui me furent faits pendant la nuit présagèrent que l'ennemi s'occupait de sa retraite ; et que, sur Seekirclien, on avait trouvé peu de troupes. Les feux qui avaient été allumés en assez grande quantité ne furent point entretenus.

Toutes les troupes de la division avaient reçu l'ordre d'être sous les armes une heure avant le jour. Dès qu'il parut, le commandant de l'avant-garde me fil annoncer que ses avant-postes l'avaient prévenu que l'ennemi avait abandonné sa position; et que, surle-champ, il avait envoyé le chef d'escadrons Monlaulon avec un détachement vers Salzburg, Je fis de suite mettre en marciie la division et je fis dire au chef Laffon d'appuyer son détachement avec toute sa cavalerie.

On prit quelques Iraineurs qui déclarèrent que toute l'armée autrichienne se dirigeait sur Neumarkt.

(1) ■ Une liiiritaiiie de chasseurs des ()<^ et 10" tivaieut reru des coups de sabre » (Note de Decaen i.

(2) Decaen ajoutait : .... Le général Fririon et sou cl.eial sont tellement fatigués que Fririon me fait l'honneur de passer la uuit avec moi. Fais-moi passer au plus tôt ce que le général en chef veut que je fasse demain » [\. H. G.).

(3) La transcription de cette lettre qui existe au.v Archives de la Guerre (1800, Armée du Rhin, Registre 73, f" 153, verso) porte : ... marchait pour te soutenir... •; c'est une erreur de copie.

Le parti envoyé sur Salzburg y entra entre 8 et 9 heures du matin. J'avais iTJoiut le chef Lafibn auprès de Salzburg. Je l'envoyai avec tout son régiment à la poursuite de l'ennemi sur la route de Neumarkt où il fit quelques centaines de prisonniers (1), et, sans un fort brouillard qui, pendant la nuit et dès le matin, avait empêché de s'apercevoir du moment où les postes ennemis avaient fait leur retraite, on aurait eu sans doute l'occasion de lui faire beaucoup plus de mal.

Comme je présumais que le général Richepance avait reçu l'ordre de se diriger par Seekirchen sur X'eumarkt, je fis placer ma division en avant de Salzburg, la droite en avant de Ncubaus où se trouve la route de Rottenmann. Je fis envoyer un parti sur cette route jusqu'à l'Aber See : j'avais appris que le corps de Condc y faisait sa retraite. La gauche de la division fut appuyée à la Salzach au village de Bergheim.

Lorsque je fus entré a Salzburg, je traversai cette ville pour aller reconnaître l'état du pont sur la Salzach. L'ennemi l'avait laissé intact. Alors j'envoyai mon aide de camp Labisse pour annoncer au général en chef mon entrée à Salzburg, et que toute l'armée autrichienne faisait sa retraite sur la route de IVeumarkt; qu'en attendant ses ordres, j'avais envoyé à sa poursuite toute la cavalerie de mon avant-garde; que j'avais aussi envoyé un parti sur l'arrièrc-garde du corps de Condé qui s'était retiré à Rottenmann (2) ; que mes troupes placées en avant de Salzburg avaient leur droite à Neuhaus et leur gauche à Bergheim; et que mon intention était de faire entrer seulement un bataillon et un escadron dans la ville; que je n'avais fait mettre (jue des gardes aux portes, avec celle de la bourgeoisie à laquelle j'avais fait laisser les armes.

Je chargeai aussi mon aide de camp de dire au général en chef que je le priais de se rendre le plus tôt possible à Salzburg, parce (jue cela empêcherait toute discussion avec le général Lecourbe qui

(1) « ... J'ai fait conduire au moins trois cents prisonniers que nous avons faits sur Salzbiir<j. Je crois n'avoir perdu qu'un chasseur de mon régiment, qui a été haché par des dragons de La Tour... ■ (Laffon à Decaen, Seekirchen, 24 frimaire, A. H. G.).

(2) Le renseii^ncment était exact. L'archiduc Jean, mécontent des Condéens, à la négligence desquels il attribuait les revers de la journée du 9 décembre, les avait renvoyés à Kottcamann (L'archiduc Jean à l'empereur, Teisendorf, 10 décembre, R. K. Archiv, XII, 173.)

DECAEN ENTRE A SALZBURG 181

aurait sans doute de l'humeur de ce que j'y fusse entré avant lui qui avait combattu, la veille, toute la journée, voulant y entrer le premier.

Comme je m'attendais ([ue les troupes du général Lecourbe, au travers desquelles mon aide de camp allait passer pour remplir sa mission, ne tarderaient pas à se présenter, puisque ce passage indiquerait l'entrée des troupes de ma division dans la ville, je fis donner la consigne de n'en laisser entrer aucune des premières avant l'arrivée du général en chef; et, si le général Lecourbe se présentait, de ne lui faire aucune observation, et de me faire prévenir sur-le-champ de son arrivée.

Je me rendis ensuite aux portes de la ville afin de reconnaître le pays à l'extérieur sur chacun de ces points. Je trouvai à ces portes, comme aux deux premières par lesquelles j'étais déjà entré et sorti, un député des magistrats et des gardes bourgeoises. On m'y présenta aussi des suppliques réclamant la protection du général en chef et celle de l'armée française. J'en donnai l'assurance.

J'étais rentré dans l'intérieur vers 11 heures pour descendre de cheval lorsqu'on me prévint de l'arrivée du général Lecourbe. Xous nous rencontrâmes sur la place de l'évéché. Il m'aborda assez froidement et me témoigna sa surprise qu'on eût dit à ses premières troupes qu'elles ne pouvaient pas entrer; que, Salzburg étant devant son front, c'était à son corps d'armée de l'occuper. Je lui répondis (jue les circonstances avaient changé cette disposition ordinaire et que, mes troupes y étant entrées les premières, il était tout naturel que j'eusse pris des mesures pour le maintien du bon ordre; (jue, jusqu'alors, il n'y était encore entré que des troupes de ma division que pour la garde des portes ; au reste, que le général en chef, que j'avais fait prévenir, n'allait sans doute pas tarder à arriver et qu'il donnerait sa décision; et que, quoiqu'il fut présumable qu'il me donnerait l'ordre de marcher sur les traces de l'ennemi, je ne voulais pas céder, quant à présent, un droit acquis par ma division; cependant que, pour mettre une fin convenable à cette contestation, je lui proposais de faire entrer seulement un bataillon et un escadron; qu'il occuperait la moitié de la ville du côté de la Salzach ; que je ferais la même chose dans l'autre moitié, et que le général Durutte, que j'avais désigné pour comnian-

dcr à Salzburjj, conimandcrait le tout. Le général Lecourbe accepta cette proposition. Nous nous séparâmes et je fus à mon quartier où, de suite, je fis écrire aux magistrats :

Le général Decaen, dont les troupes occupent Salzburg, vous prévient. Messieurs, qu'il a nommé commandant de la ville le général de brigade Durulle. C'est avec ce général que vous devez entrer en relations pour la police intérieure et généralement tout ce qui concerne les intérêts de votre ville.

L'ordre ci-après fut adressé au général Durutte .

Le général Durutte prendra position de la manière ci-après : Il portera sa bri<]ade sur la route de Linz passant par Neuniarkt jusqu'au village de Xeuliaus. Il occupera ce village et celui de Sollheim. Il placera son bataillon d'infanterie légère sur la route qui conduit à Ischl. Ses avant-postes s'avanceront jusqu'à Hamschof (1). Il enverra des partis sur cette route pour avoir dos nouvelles de l'ennemi dans cette partie et, s'il est possible, jusipi'au lac Aber See. Il laissera un bataillon en ville, et il y aura un escadron de dragons.

Jusqu'à nouvel oi'dre, le général Durutte prendra le commandement de Salzburg. 11 est prévenu que le général Lecourbe aura aussi un bataillon et un escadron en ville; mais c'est le général Durutte qui sera cbargé de maintenir l'ordre. Les portes de Hallein et de Teisendorf seront occupées par les troupes du général Lecourbe.

Il ne s'était passé que fort peu de temps, et des plaintes m'étaient déjà faites que des officiers du corps d'armée du général Lecourbe avaient fait diverses réquisitions.

Pour y mettre fin, j'écrivis au général Lecourbe :

Nous sommes convenus, mon cher général, de tenir garnison par moitié à Salzburg jusqu'à l'arrivée du général en chef. Mes troupes ne se sont permis aucune réquisition. J'ai cbargé le général Durutte du maintien de l'ordre; de tous côtés, il m'arrive des plaintes pour des réquisitions partielles faites par des officiers particuliers. Je vous engage de faire que ces désordres n'existent pas. S'il y a quelques ressources à Salzburg, il faut qu'elles soient pour l'armée et non pour quelques individus. Je pense que vous ne voulez pas en agir autrement.

Mon chef d'état-major écrivit de ma part au général Durutte :

Le général Decaen me charge de vous mander, mon général, d'adresser une proclamation aux habitants pour les assurer des mesures de police qui seront prises pour la sàreté et la tranquillité intérieures de la ville.

(1) Peut-être faut-il lire .\m Hofe, ou Hof, à JO kiloinèires à lest de ^eullaus, sur la route de Salzburg à Ischl.

LiVK KSI'IKGLKRIE DE DECAE.V 183

Il vous cliarge de mander à toutes les autorités de n'obtempérer à aucune espèce de réquisitions, quelles qu'elles soient, si elles ne sont visées du chef d'état-major ou de lui.

Enfin le fjéuéral en chef ariva à Salzburg vers une heure de raprès-midi. Lorsque j'en fus informé, je me rendis auprès de lui. Le général Lecourbe m'avait précédé. 11 prétendit que ses troupes étaient arrivées à Salzburg d'un côté en même temps que les miennes y enti-aient de l'autre. Alors je lui dis : c Si cela était, vos premières reconnaissances n'auraient pas trouvé la porte fermée et un de mes postes en avant, et on n'aurait pas eu la peine de vous l'ouvrir lorsque vous vous êtes présenté. •' C'était une espièglerie que j'avais voulu faire pour lui faire sentir que sa trop vive impatience pendant la journée de la veille ne l'avait pas servi à souhait. Je dirai plus loin ce que j'appris à ce sujet. Après cette première réponse, je tirai de ma poche toutes les suppliques que j'avais reçues aux portes, et j(^ les présentai au général en chef, en disant au général Lecourbe : « Si vous êtes entré comme moi, vous devez en présenter les mêmes preuves. « Cela ne fut pas poussé plus loin. Le général en chef approuva et ne changea rien aux dispositions qui avaient été convenues.

Lorsque le général Lecourbe fut sorti, j'entretins le général Moreau de ce que j'avais fait depuis que je l'avais quitté à Laufen, et je lui dis que je souhaitais qu'il entrât dans ses vues de me détacher pour aller communiquer avec l'armée d'Italie dont je présumais ((ue les heureux succès de ses opérations ne pouvaient pas tarder de la faire avancer vers Klagenfurl, et que je pensais qu'il suffirait de me donner seulement une brigade d'infanterie de plus. Le général Moreau me répondit (|ue cela ne se ponvnit pas, car ce serait encore traverser le front du général Lecourne qui avait été assez mécontent que, dans la campagne précédente, j'eusse été détaché sur Munich.

Je ne tardai pas à apprendre que, malgré que le général Moreau eût prévenu le général Lecourbe de ne pas engager d'affaire devant Sazlburg, puis(|u'il allait faire manœuvrer par Laufen, son désir ardent d'entrer à Salzburg l'avait emporté; et qu'à cet ellet, il avait voulu tàler l'ennemi qu'il rencontra avec l'intention de combattre et (jui avait des forces supérieures; (jue cet essai avait amené l'engagement qui s'était ensuite soutenu de part et d'autre

184 AIEMOIRES ET JOURXAIX DL GEXKRAL DECAEiV

avec la plus grande opiniâtreté et dont l'avantage aurait été probablement en faveur de l'ennemi, sans la diversion que le général en chef m'avait ordonné de faire et qui produisit un tel effet sur l'armée autrichienne que, dès qu'elle entendit les coups de canon tirés en débouchant sur Anthering, elle ne soutint plus le combat que pour couvrir la retraite de ses troupes par le pont deSalzburg. Il était d'autant plus fâcheux ou plutôt très pénible pour le général en chef et pour toute l'armée que le général Lecourbe se fût ainsi engagé qu'il perdit plus de 1 500 braves en tués et blessés, parmi lesquels d'excellents officiers, seulement par ambition de vouloir entrer un jour plus tôt dans une ville, tandis que le passage de la Salzach à Laufen en avait fait présumer la possession sans coup férir ou, du moins, avec une perte beaucoup moins considérable. Aurait-elle même été plus grande, elle n'aurait pas été jugée inutile et intempestive comme celle faite par l'entêtement du général Lecourbe, et qui excitait les plus vifs regrets.

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