‹ Memoires et journaux du general DecaenChapitre 46 sur 132 · BELLE «EPONSE DE MOREAU · texte numérisé non relu

BELLE «EPONSE DE MOREAU

nous ('tions aussi rapprochés de Vienne où nous avions la perspeclive d'arriver sons peu de jours, puisque le reste de l'armée anlrichienne ne pouvait plus être un ohstaele, et (|u'il serait bien glorieux pour lui et pour son armée de faire cette conquête; (|ue, déjà deux fois, on avait ainsi interrompu le cours de nos succès.

Le général Moreau me répondit : i- Mais, Decaen, la con(juèle de la paix vaut encore mieux, et je suis persuadé que le prince Charles ne se serait pas autant avancé qu'il le fait dans cette circonstance s'il n'avait pas la certitude que l'empereur ne désavouera pas le motif de sa proposition. D'ailleurs, dans ce moment où l'armée du Rhin est déjà très avancée, je n'ai encore aucune nouvelle des opérations de l'armée d'Italie commandée ])nr Brune, (|ui peut être encore sur le Mincio. J'ignore si celle des Grisons, commandée par Macdonald, a pu pénétrer dans le Tyrol ; celle d'Augereau n'est encore qu'à Wùrzhurg. Ainsi, plus nous avancerons et plus nous nous engagerons sans appui dans les Etats de l'Autriche, et plus nous nous rapprocherons des forces qu'elle peut encore réunir et concentrer pour arrêter nos succès. Or, puisqu'ils veulent enlin la paix, il vaut beaucoup mieux en traiter au plus tôt que de les réduire au désespoir et nous exposer nous-mêmes aux chances de la guerre qui peuvent aussi nous devenir contraires, v

Auparavant que le général en chef eut reçu la lettre de l'archiduc, je l'avais informé (|ue, depuis son premier rapport, Laffon m'avait mandé que la division Richepance n'était pas entrée à Kremsmùnster ; que l'ennemi l'occupait.

Le général en chef m'avait aussi indi(|ué le mouvement (|ue ma division devait faire le lendemain, et j'avais, en consé(|uence, fait donner l'ordre à Laflbn de se diriger sur Kremsmùnster et d'y forcer l'ennemi s'il n'opposait pas trop d'obstacle, ce (jui était présumable, car la division Richepance devait aussi s'y diriger. Je lui lis mander, si cette division y était arrivée avant lui, de faire de suite un à gauche et de marcher sur Xeuhofen oii il recevrait de nouveaux ordres ; mais que, dans le cas où la division Richepance n'aurait pas encore pris poste à Kremsmùnster, il l'y attendrait, en observation, en éclairant particulièrement la roule de Steyr; et qu'aussitôt qu'il apercevrait la tête de la division Richepance, il devait exécuter son mouvement sur Neuhofen. Il lui fut

recommandé de prendre des renseignements sur les communications, surtout sur celles qui partent sur TEnns et au delà; qu'en faisant sa marche sur Xeuliofen, il devait jeter un fort parti en infanterie et cavalerie à sa droite, qui se dirigerait sur la rivière d'Enns, en passant par Wolfern, Gleimk et Siein, sans se compromettre, et prendrait poste à ce dernier endroit, s'il était possible.

Il fut prévenu que la division marcherait de Leombacli sur \'euhofen, si la communication le permettait, et de prendre des informations si, du village de Sipbachzell à Neuhofen, le chemin était passable, et de faire en sorte que, le lendemain à 7 heures, son rapport fût arrivé à Leombach.

Le général Lacour, qui était dans ce village avec sa brigade, eut l'ordre d'en partir à 7 heures du malin, de marcher sur Xeuhofen et de forcer l'ennemi s'il le rencontrait. Il fut informé de l'ordre de marche du chef Laffon et que le surplus de la division serait aussi dirigé sur Xeuliofen ; il lui fut aussi recommandé de prendre des renseignements sur les communications et d'en laisser une note à Leombach où j'arriverais de bonne heure.

Lorsque je quittai le général Moreau, il me dit qu'ayant chargé le général Lahorie de conférer avec le général-majx)r comte de Griinne, (jui avait apporté la lettre de l'archiduc Charles, le mouvement qui avait élé décidé pour ma division ne s'exécuterait pas jusqu'à nouvel ordre. Je fis donner avis de cette suspension au chef Laffon et aux généraux; mais, le lendemain matin, le général Lahorie m'écrivit :

Exécute, de suite, mon cher Decaen, le niouveinent qui avait été arrêté hier pour ta division et que les circonstances avaient fait suspendre. I/intention du général en chef est qu'il se fasse sans retard et avec vigueur.

30 frimaire (21 décembre). — Aussitôt la réception de cet ordre, des officiers furent envoyés pour faire mettre toutes les troupes en marche et pour exécuter ce qui avait été ordonné.

En partant de Wels, je fus à Leombach oi'i, d'après les renseignements «|ue j'y trouvai sur les communications, la légion polonaise et la brigade Durutle furent dirigées sur Kremsmïmster, pour suivre ensuite les troupes de Laffon sur le chemin de Xeuhofen, la brigade Durutte devant prendre sa position à Kematen.

Lorsque j'arrivai à Kremsmiiuster vers les 4 heures de l'après-

EXCES DE COMFIAXCE DE RICHEPAXCE 193

midi, j'appris qu'il y avait suspension d'hostilités; que les ennemis s'en étaient prévalu d'avance, et qu'ils en avaient tiré un grand avantage pour faire passer par le pont de Kremsmiinster un assez grand nombre de troupes et de l'artillerie qui seraient indubitablement restées en notre pouvoir par le résultat des mouvements combinés sur ce point, si le général Ricliepance n'avait pas été trop confiant à croire à cette nouvelle qui n'était encore alors que prématurée et qui ne lui avait été donnée que par un général ennemi. Cependant le général Richepance ne fut pas, jusqu'à la fin du passajjc des Autrichiens, dupe de la ruse dont on s'était servi pour se sauver; car il arrêta subitement la marche d'une partie de leur colonne qu'il retint prisonnière. J'écrivis de Neuhofen au général Lahorie :

Ma division est en position la droite à Kematen, la gauche à X'euhofen, ajant une brigade à cheval sur la chaussée qui conduit à Enns, poussant des partis sur celte ville et sur la rivière, ainsi que sur Ehelsberg. Mon avant-garde est placée à une lieue et demie en avant de Neuhofen, sur le chemin qui conduit de cet endroit à Steyr et qu'on m'a assuré être praticable pour les voitures, poussant des partis sur Steyr et sur la rivière, vers Dietach et Stein.

Le chef LaiTon, qui avait marché ce matin sur Kremsmùnster pour se diriger ensuite sur Xeuhofen, n'ayant pas encore appris la suspension d'armes, a chassé devant lui environ 200 hommes, tant infanterie que cavalerie; il leur a nu^-me fait tirer trois à quatre coups de canon. Le général Lacour, qui avait marché par la traverse de Leombach ;ï Neuhofen, par un chemin assez difficile pour l'artillerie, a coupé la retraite à ces messieurs qui sont de différents corps. iXous avons aussi deux ofhciers du régiment du prince Charles.

Je m'attendais, ce matin, à une trêve. Mais les derniers mots sont-ils dits?

Pendant la nuit, je reçus du général Lahorie la lettre suivante, datée de Wels :

Je te préviens, mon ami, que le général en chef, sur la demande d'un armistice par l'archiduc, a cru devoir borner le mouvement de demain et d'après-demain à se trouver maître des ponts sur l'Enns à Steyr et à Enns. Cela a lieu en attendant des pouvoirs que l'archiduc Charles doit demander à Vienne et obtenir ou non dans quarante-huit heures.

D'après cette convention, le général Lecourbe tiendra le pont de Steyr, le général Richepance cantonnera sa division aux environs de Steyr, et le général Grouchy, sur Kremsmùnster. Cantonne aussi ta division sur l'Enns.

i" nivôse (22 décemlnej. — Je transmis de suite le premier paragraphe de cette lettre aux généraux de brigade, ainsi qu'au chef Laffon auquel je mandai de mettre ses troupes en marche pour aller cantonner à Thann, Piihring et dans d'autres villages, et de placer seulement de simples postes d'observation sur l'Enns.

Le général Durutte fut prévenu qu'il devait rester à Kematen et d'y cantonner sa brigade et dans les villages à une lieue aux environs, et de préférer ceux les plus rapprochés de l'Enns.

Il fut annoncé au général Lacour de s'établir à Sankt-Marien et de faire aussi cantonner ses troupes dans les villages qu'il avait déjà à sa disposition, et qu'il pouvait étendre surtout sa cavalerie vers Kremsdorf et Hargelsberg, et de faire observer par des postes les routes d'Ebelsberg; et au général Kniaziewicz, d'établir sa légion en cantonnement à Alendorf, Holzing, Maizelsdorf et autres endroits en avant de Neuhofen, les plus près du chemin conduisant de ce lieu à Steyr.

2 nivôse (23 décembre). — Le quartier général de la division resta établi à Neuhofen. Je reçus, dans la matinée, un billet du général Lahorie. Il me mandait :

Reste en position jusqu'il nouvel ordre, mon cher Decaen. l'établis les troupes aujourd'hui comme tu pourras.

On a envoyé m'annoncer qu'un officier général viendra traiter d'un armistice et qu'un courrier est parti pour faire conclure la pai.v par M. Cobenzl.

Je lui écrivis dans l'après-midi :

Je t'adresse, mon cher Lahorie, mon rapport sur le passage de la Salzach. Les marches de farmée m'ont empêché de faire cet envoi plus tôt. Je reste encore en retard pour faire parvenir les rapports sur les auti-es opérations de la division depuis ce passage. Je vais me hâter afin qu'ils te parviennent au plus tôt.

11 n'existe pas de ponts sur l'Enns entre Steyr et Enns. La position que tient la division Richepance, la situation des villages et surtout la manière dont les maisons qui en dépendent sont dispersées, me demanderont quelque tenqis pour me former si les circonstances veulent que je passe ;ï Steyr ou à lînns : je suis à peu près au centre pour l'un et l'autre. Ainsi, mon cher Lahorie, préviens-moi de bonne heure s'il arrive qu'on soit obligé de donner suite aux hostilités, afin que je mette le moins de retard possible pour effectuer le passage de l'Enns. Je t'envoie un maréchal des logis.

Je t'envoie un drapeau et la lettre qui annonce sa capture. Je te serais obligé de me dire si vous l'avez reconnu pour être de l'uniforme wurteinhergeois.

DECAEN A NEUHOFEXr 195

Je reçus du général en chef la lettre ci-après :

Je reçois à l'instant, citoyen général, votre rapport sur le passaj^e de Laufen et le drapeau que vous avez envoyé. Recevez mes félicitations sur cette affaire brillante : elle couvre votre division d'une gloire nouvelle. Veuillez lui faire connaitrc combien je sais l'apprécier et quels éloges une conduite aussi distinguée lui vaudra delà République entière. Je me hâterai de faire connaître au gouvernement les braves qui se sont particulièrement distingués. Xul doute qu'ils ne reçoivent les récompenses qu'ils méritent. Salut et attachement!

Signé : Morioau.

P. -S. — Lahorie est à Steyr. Votre division passera probablement dans cette ville.

Le général Dessolle me fit la demande d'envoyer un détachement de 25 hommes de cavalerie avec un officier pour aider à escorter près de 3 000 prisonniers réunis à U els.

Je reçus, dans la soirée, la lettre ci-après que le général en chef m'avait fait écrire par l'adjoint Rapatel, datée de Wels.

Le général en chef me charge, mon cher général, de vous prévenir que le général Lahoric est parti cet après-midi pour Steyr et que, si demain il ne traite pas définitivement avec l'ennemi, votre division passera l'Emis à Steyr. Le général Lahorie vous écrira de cette ville (l).

Vu le contenu de cette lettre, je mandai au «général Lacour (jiie l'incertitude dans laquelle j'étais si la division ferait une marche le lendemain me faisait le prévenir, surtout d'après ce qu'ii m'avait annoncé des difficultés de se réunir promptement, de donner des ordres pour que chaque corps qu'il commandait fût rassemblé, le lendemain à 8 heures du matin, sur un des points qu'il occupait, le plus rapproché de Steyr, pour le mettre ensuite en marche au premier ordre pour se rendre au lieu de rassemblement de la division, qui lui serait indiqué si elle devait passer l'Enns.

3 nivôse (24 décembre). — Vers 8 heures du matin, je reçus du général Lahorie la lettre suivante, datée de Steyr :

Le délai accordé est expiré, mon cher Decaen, et l'on n'a encore aucune nouvelle de l'ennemi. D'après cela, le général Richepance qui, déjà, s'était

(1) La lettre portait en poat-scriptum : " J'ai reçu votre lettre et le paquet pour le général Lahorie ■■ (.\. H, G.).

190 MllMOIRl^S KT JOURNAUX DU GENERAL DECAEN

établi à iiiic lieue d'ici avec son avaiit-jjaiflc, reçoit l'ordre de passer l'Enns avec toute sa division et de se porter sur Snnkt-Peter et Seitenstetten, ayant, s'il est possible, son avant-jjarde sur l'Yhbs.

La division du ;|énéral Montricbard passera l'Enns apri's lui pour remonter la rive droite de cette rivière.

Ta division devra déboucher de Steyr après ces deux divisions. La brièveté des jours et la distance ne te permettront probablement que de te former en avant de Steyr, à fjaucbe du général Richepance, c'est-à-dire sur Salabei'jj.

Est-ce qu'il n'existe pas de pont à Plaick, vis-à-vis de Cabin (1)? Cela t'abrégerait bien du chemin.

Je présume que tu pourras passer à midi.

Des ordres furent sur-le-champ donnés pour mettre en marche la division. Le passage des deux divisions qui la précédaient sur Sleyr ne permit que de porter l'avant-garde vers Salaberg. Le surplus de la division fut placé en avant et en arrière de Steyr. J'y établis mon quartier général.

On vit enfin arriver le comte de Griinne, général-major, accompagné du colonel de Weyrotlier, envoyé par l'archiduc Charles pour traiter d'un armistice. Le général Lahorie en régla avec eux les dispositions.

4 nivôse (25 décembre). — La division fut cantonnée à Steyr et dans les villages aux environs.

.l'adressai au général Aloreau le rapport des opérations de la division depuis le moment où, après le passage de la Salzach, elle avait marché sur Salzhurg, jusqu'à celui de son arrivée à Steyr. Mais, attendu que si je transcrivais ici ce rapport, ce ne serait que répéter ce que j'ai énoncé déjà, jour par jour, je me borne donc à dire que je le terminai en recommandant au général en chef tous ceux qui s'étaient distingués pendant cette glorieuse campagne et dont les noms avaient été cités.

Une convention d'armistice fut signée dans la journée et envoyée au général Moreau.

5 nivôse (2(3 décembre). — Les troupes séjournèrent dans leurs cantonnements. Elles se réjouirent à la nouvelle de cette conclu-

(1) La lettre de Lahorie porte ■ Cabin ». Il l'iul peut-être lire Gaissiog. sur l'Emis même, ou plus vraisemblablement Kaiiaiiig, à 4 kilomètres à l'est de Gaissiiig. (17. plaa autrichien au J/-2S800'' de la basse .'lutriche, Archives des Cartes, A. H. G.).

DECAEN A STEYR 197

«ion qui leur assurait le repos au moins pour le reste de T hiver. Je reçus du général Dessolle la lettre ci-apr«'s, datée de Krenismiinster :

Le général en chef, désirant distribuer ù chacun des militaires qui se sont particulièrement distingués depuis l'ouverture de la campagne les récompenses au\(pielles ils ont droit, conformément à l'arrêté des Consuls du 4 nivôse an V III, je vous invite, mon cher général, à m' adresser dans le plus bref délai le rapport particulier des traits de bravoure qui ont eu lieu depuis la reprise des hostilités, dans la division à vos ordres, et désigner, dans ce rapport, d'une manière claire et précise, les sous-officiors et soldats que vous croyez les plus dignes de ces récompenses, ainsi que les officiers qui, par leur conduite dans les différentes affaires, vous auront paru mériter de l'avancement. Déjà plusieurs rapports sont parvenus au général en chef; mais il attend, pour statuer sur les demandes qu'elles contiennent, la réception de ceux qui lui manquent. Je ne puis donc trop vous engager, mon cher général, à n'apporter aucun retard à l'envoi de ce travail.

Les intentions du général en chef furent remplies. Les rapports demandés lui furent envoyés peu de jours après la réception de cette lettre.

0 nivôse (27 décembre) . — Le général Lahorie, resté à Slej r, m'adressa la lettre suivante :

Ci-joint, mon ami, un exemplaire de la convention d'armistice entre les deux armées pour être mis à l'ordre de la division. Ta division occupera le canton de la Traun sans passer la rivière de ce nom. Indépendamment de cet arrondissement, elle aura, au delà de l'Enns, tous les cantonnements compris dans le triangle formé par le confluent de l'Enns dans le Danube et une ligne tombant de Cabin (1) sur le Danube à la hauteur de IVeinberg, passant par Cabin, Guttenhofen etOber Walling.

A l'exception de cet arrondissement, tout le pays désigné sur la carte de r.Autriche sous la dénomination de Viertel Ob deni Wienervvald jusqu'à la ligne de démarcation sera occupé par le général Richepance.

Le général Grouchy occupera, avec sa division, le quartier comm sous la dénomination de Lansrucht (?) qu'il partagera en partie avec le général Grenier.

Ton mouve;ncnt pourra être complété après-demain pour l'établissement de tes cantonnements.

Les troupes devront vivre dans le pays. Peut-être, cependant, se trouverat-on forcé de faire faire des distributions régulières de pain.

(Il Voir la noie tle la page précédente.

198 MUMOIHF.S ET JOIRXAIX DU r.K.VERAL DECAEX

En mrnic lemps que les troupes seronl réparties chez les habitants, les mesures les plus sévères devront être prises pour arrêter le cours des exactions particulières et de la dévastation auxquelles ont pu servir d'excuse, pendant cette caiiipajjne, les niarclies, les besoins, les combats multipliés et la lifjueur de la saison.

Le matériel entier de rartilleric devra être envoyé h Wels où sera réunie toute l'artillerie du centre sous la direction du commandant du parc de cette partie de l'armée, pour la réparation dont le matériel peut être susceptible. Les chevaux, après cette marclie, devront rentrer dans l'intérieur de ta division.

.le suppose, mon ami, que tu as donné des ordres pour le renvoi des chevaux et voitures ([ue le besoin de ta division avait fait prendre ou requérir sur nos derrières, et que tu as pris des mesures pour l'enlèvement des chevaux volés ou inutiles à la suite des corps, du parc, etc., dans ta division.

Nous nous établirons à Salzbur;|.

Botijour, mon cher Decaen, je t'embrasse.

Tu m'enverras l'état de tes cantonnements dès qu'il sera achevé.

Voici la convention :

Sa Afajesté l'Empereur et Roi voulant traiter de suite de la paix avec la République française, quelle que soit la détermination de ses alliés, les jjénéraux en chef des armées française et impériale en Allemagne désirant arrêter, autant qu'il est en leur pouvoir, les maux inséparables de la guerre, sont convenus de traiter d'un armistice et suspension d'armes; et, à cet effet, ont chargé respectivement de pouvoirs spéciaux, savoir le général en chef Moreau : le général de brigade Victor Panneau Lahorie; et S. A. R. l'archiduc Charles, le général-major comte de Grùnne et le colonel de Weyrother, de Tétat-major, lesquels ont airêté ce qui suit :

Article premikr.

La ligne de démarcation entre la position de l'armée gallo-batave en Allemagne, sous les ordres du général Augereau, dans les cercles de Westphalie, du Haut Rhin, et de Franconie jusqu'à Baiersdorf, sera déterminée particulièrement entre ce général et celui de l'armée impériale et royale qui lui est opposée.

De Baiersdorf, cette ligne passe à Erlangen et X'uremberg, Neumarkt, Parsberg, I^aaber, Stadt am Hof et Ratisbonne, où elle passe le Danube dont elle longe la rive droite jusquW l'Erlauf qu'elle remonte jusqu'à sa .source, passe à .Markt Gaming, Kogeisbach, (lostling, Steibsbach (I), Mandling, Leopoldstein, Eisener/, Vordernberg et Leoben, sur la rive gauche de la .Mur jusqu'au point où cette rivière coupe la route de Salzburg à

(1) Martens et Hùfffr (Quellen zur Gescliichte des Zcitaltcrs dcr /ranzosisclicn Révolution, I, p. 508; indiquent : Ilemnifii. Le manuscrit de Decaen porte Steibsiiach. Il faut peut-être lire • Steiiibaclistlilag, à environ '2 300 mètres au sud-est de Gôstlinj.

ARMISTICE DE STEYR 199

Klagenfurt qu'elle suit jusqu'à Spittal, remonte la chaussée de Vïrone ])ar Lienz et Biiven jusqu'à Botzeu ; de là, passe à Meran, Glurns et Saiikt- Marin, et arrive, par Boraiio, dans la Valteline où elle se lie avec l'année d'Kalie.

Article 2.

La carte d'Allemagne par Chauchard servira de règle dans les discussions qui pourraient s'élever dans la ligne de démarcation ci-dessus.

Article 3.

Sur les rivières qui sépareront les deux armées, la cession ou la conservation des ponts sera réglée par des arrangements particuliers suivant que cela sera jugé utile soit pour les besoins des armées, soit pour ceux du commerce; les généraux en chef des deux armées respectives s'entendront sur ces objets, ou en délégueront le droit aux généraux commandant les troupes sur ces points. La navigation des rivières restera libre, tant entre les armées que pour le pays.

Article A.

li'armée française non seulement occupera exclusivement tous les points de la ligne de démarcation ci-dessus déterminés, mais encore, pour mettre un intervalle combiné entre les deux armées, la ligne des avant-postes de l'armée impériale sera, dans toute son étendue à l'exception du Danube, à un mille d'.AIlemagne au moins de distance de celle de l'armée française.

Article 5.

A l'exception des sauvegardes ou gardes de police qui seront laissées ou envoyées dans le Tyrol par les deux armées respectives et en nombre égal mais qui sera le moindre possible (ce qui sera réglé par une convention particulière), il ne pourra rester aucune autre troupe de Sa Majesté l'Empereur dans l'enceinte de la ligne de démarcation.

Celles qui se trouvent en ce moment dans les Grisons, le Tyrol et la Carinthie devront se retirer immédiatement, par la route de Klagenfurt, sur Bruck pour rejoindre l'armée impériale d'Allemagne sans qu'aucune puisse être dirigée sur l'Italie.

Elles se mettront en roule, des points où elles sont, aussitôt l'avis donné de la présente convention, et leur marche sera réglée sur le pied d'une poste et demie d'Allemagne par jour.

Le général en chef de l'artnée française du Rhin est autorisé à s'assurer de l'exécution de cet article par des délégués chargés de suivre la marche des troupes impériales jusqu'à Bruck.

Les troupes autrichiennes et les troupes impériales qui pourraient avoir à se retirer du Haut Palatinat, de la Souabe, de la Eranconie, se dirigeront par le chemin le plus court au delà de la ligne de démarcation.

L'exécution de cet article ne pourra être retardée, sous aucun prétexte, au delà du temps nécessaire, eu égard aux distances.

200 MEMOIRES ET JOL'RNAUX DU GÉNÉRAL DECAEiY

Articlk 6.

Les forts de Kul'stein et de Scharnitz et les autres points de fortification permanente dans le Tyrol seront remis en dépôt iï rarmée française pour être rendus dans le même état où ils se trouvent à la conclusion et ratification de la paix, si elle suit cet armistice sans reprise d'hostilités. Les débouchés de Finslermùnz, Xauders et autres points de fortification de campagne dans le Tyrol seront mis à la disposition de l'armée française.

Article 7.

Les magasins appartenant, dans ce pays, à l'armée impériale sont laissés à sa disposition.

Article 8.

La forteresse de W'ûrzburg, en Franconie, la place de Braunau, dans le cercle de Bavière, seront également remises en dépôt à l'armée française pour être rendues aux mêmes conditions que les forts de Ivufstein et de Scharnitz.

Article 9.

Les troupes tant de l'Empire que de Sa Majesté Impériale et Royale qui occupent ces places les évacueront, savoir la garnison de U ûrzburg, le 16 nivôse (6 janvier 1801); celle de Braunau, le 14 nivôse (4 janvier), et celles des forts du Tyrol, le 18 nivôse (8 janvier).

Article 10.

Toutes les garnisons sortiront avec les honneurs de la guerre et se rendront avec armes et bagages par le chemin le plus court à l'armée impériale.

Il ne pourra être rien distrait par elles de l'artillerie, des munitions de guerre ou de bouche et d'approvisionnements de tout genre de ces places, à l'exception des subsistances nécessaires pour la route jus(|u'au delà de la ligne de démarcation.

Article 11.

Des délégués seront respectivement nommés pour constater l'état des places dont il s'agit, mais sans que le retard qui serait apporté à cette mission puisse en entraîner dans l'évacuation.

Article 12.

Les levées extraordinaires ordonnées dans le Tyrol seront immédiatement licenciées et les habitants renvoyés dans leurs foyers. L'ordre et l'exécution de ce licenciement ne pourront être retardés sous aucun prétexte.

Article 13.

Le général en chef de l'armée du Rhin voulant, de son côté, donner à S. A. R. l'archiduc Charles une preuve non équivoque des motifs qui

ARMISTICE DE STEYR 201

l'ont déterminé à demander l'évacuation du Tyrol, déclare qu'à l'exception des forts de Kufstein, Scharnitz et Finstermûnz, il se bornera à avoir, dans le Tyrol, les sauvegardes ou gardes de police déterminées dans l'article 5 pour assurer les communications. Il donnera, en même temps, à tous les habitants du Tyrol toutes les facilités qui sont en son pouvoir pour leur subsistance ; et l'armée fiançaisc ne s'immiscera en rien dans le gouvernement du pajs.

Articlk 14.

La portion du territoire de TEmpire et des États de S. M. l'Empereur comprise dans la ligne de démarcation est mise sous la sauvegarde de l'armée française pour le maintien du respect des propriétés et des formes actuelles du gouvernement des peuples.

Les babilanls de ces pays ne seront point recherchés pour raisons des services rendus à l'armée impériale, ni pour opinions politiques, ni pour avoir pris une part active à la guerre.

Article 15.

Au moyen des dispositions ci-de.ssus, il y aura, entre l'armée gallobatave, celle du Khin et l'année de Sa Majesté Impériale et Royale et de ses alliés dans l'empire ge!niani((ue, un armistice et suspension d'armes qui ne pourra être moindre de trente jours.

A l'expiration de ce délai, les hostilités ne pourront recommencer qu'après quinze jours d'avertissement, comptés de l'heure où la notification de rupture sera parvenue; et l'armistice sera prolongé indéfiniment jusqu'à cet avis de rupture.

Articlk 16.

Aucun corps ni détachement, tant de l'armée du Rhin que de colle de Sa Majesté Impériale en Allemagne, ne pourra être envoyé aux armées respectives en Italie tant qu'il n'y aura pas d'armistice entre les armées française et impériale dans ce pays.

L'inexécution de cet article serait regardée comme une rupture immédiate de l'armistice.

Articlk 17.

Le général en chef de l'armée du Rhin fera parvenir le plus promptement possible la présente convention aux généraux en chef des armées gallo-batave, des (Irisons et d'Italie, avec la pressante invitation, particulièrement au général en chef do l'armée d'Italie, de conclure de son côté une suspension d'armes. Il sera donné en môme temps toute facilité pour le passage des officiers ou courriers que S. A. R. l'archiduc Charles croira devoir envoyer soit dans les places à évacuer ou dans le Tyrol et, en général, dans les pays compris dans la ligne de démarcation, durant l'armistice.

Fait double à Steyr, le 4 nivôse an IX (25 décembre 1800) . Signé : le général-major comte de Gri xxe, le colonel de Weyrother et le général de brigade Lahorie.

202 MEMOIRES ET JOURXAUX DU GENERAL DECAEX

Ainsi se Icrniina celto helle campagne, si courte par sa durée et si grande par ses résultats, et qui offrit à ma division différentes occasions de se distinguer.

Je ne puis nrem])èrlier de dire (jue j'éprouve eiicore une bien vive satisfaction en écrivant en ce moment, (|uoi(jue vingt-quatre ans soient expirés, que, comme réserve, ou admira la justesse de ses mouvements et que, dans les attaques, on lui sut gré de sa conduite.

La précision et la hardiesse de ses manœuvres h la bataille de Hohenlinden, sa célérité et son audace au passage de la Salzach lui valurent les louanges de l'armée et les témoignages de la satisfaction particulière du général en chef.

Plus de iOOO prisonniers dont 70 officiers, sept pièces de canon enlevées sur le champ de bataille et un drapeau, beaucoup d'équipages, des magasins considérables pris à Salzburg, à Wels, furent, pour cette division, les avantages de cette campagne qui ne lui coûta pas 300 hommes.

Aussitôt la réception de la lettre précédente, je fis mettre le contenu de la convention à l'ordre du jour de la division et je donnai les ordres ci-après :

Au chef de brigade Laffon.

Les cantonnements qui vous sont désignés, mon cher Laffon, sont la ville d'Enns et ses environs. Mais, comme le corps du général Grenier, qui occupe cette contrée, ne l'a pas totalement abandonnée, vous ne pourrez y faire votrf établissement que lorsque les troupes de ce général auront fait leur mouvement, qu'il faut faire de suite observer pour occuper, à fur et à mesure qu'if'^ seront abandonnés, les villages qui sont sur la rive droite de l'Kims compris dans la ligne ci-nprès.

Cette ligne part de Ivanning, près TEnns, tombant directement sur le Danube, et dans laquelle sont compris Kanning, Guttenhofen, Ober-VValling et Miltcr-Au.

Venez demain soir à Enns où sera établi le quartier général de la division. .Je réglerai définitivement vos quartiers.

An (jcnéral Duriitle.

Aussitôt que les troupes qui environnent Stejr et qui occupent cette ville, autres que celles de votre brigade, mon clier général, en seront parties, vous les caiitomierez dans le terrain conq)ris dans la ligne ci-aprcs tracée :

Toute la vallée de la Steyr, depuis Sierning jusqu'à Grûnburg, le terrain

EMPLACEMEXTS DE LA DIVISIOX DECAEiY 203

compris entre la Steyr et l'Enns, celui compris sur la rive droite de celte rivière jusqu'aux limites du canton de l'Ybbs, enfin ce qui est entre l'Enns depuis Steyr jusqu'à Kronstorf exclusivement, et une ligne tirée de ce village passant par Losensteinleiten, Matzelsdorf; ces deux villages ne sont point à votre disposition.

Le quartier général sera établi à Enns. Je vous informerai de la manière dont il sera pourvu à la subsistance de vos troupes.

Au général de brigade Lacour.

Votre brigade devra partir demain de sa position, mon cher général, pour aller prendre ses cantonnements dans le pays compris dans la ligne de démarcation ci-après tracée :

La rive droite de la Traun depuis Weisskirchen jusqu'au Danube, et de Weisskirchen, tirant une ligne droite sur Sankt IVolfang (1), passant ensuite à Matzelsdorf, Losensteinleiten, Hofkirchen et Sankt Florian, et, de là, suivant la gauche du ruisseau qui passe devant Sankt Florian jusqu'au Danube. Tous les lieux par où passera la ligne feront partie de vos cantomiements.

Vous ferez votre établissement le plus tôt possible ; en raison de la marche que votre troupe doit faire pour s'y rendre, vous laisserez votre artillerie légère à Steyr : l'officier qui la commande en préviendra l'état-major.

Le quartier général de la division sera établi à Enns.

Au général Kniazieivicz.

Le général Kniazieivicz cantonnera sa légion dans la ligne de démarcation ci-après : tout le pays entre la Traun et l'Alm, tout celui compris entre l'Alm et la chaussée qui conduit de Wels à Steyr pa.ssant par Kremsmùnster et Hall, jus(ju'à Sierning exclusivement, d'où il sera tiré une ligne droite passant par Adlwan;;, Voitsdorf, Vorchdorf, jusqu'à l'Alm.

îiC général kniaziewicz aura à sa disposition tous les villages compris dans celte ligne de démarcation et tous ceux par lesquels traverse la ligne qui en forme les limites, excepté le village de Schergendorf et ce qui se trouve en avant de ce village vers \\ els, entre la Traun et la chaussée de Kremsmûnster.

Le général Kniaziewicz établira ses troupes dans leurs cantonnements le plus tôt possible, et de la manière la plus convenable en raison des localités.

Le quartier général de la division sera établi à Enns, et il sera indiqué la manière dont il sera pourvu à la subsistance des troupes.

7 nivôse ('28 décembre). — Je partis de Steyr pour me rendre à Enns, où je résidai presque constamment jusqu'au départ de i'ar-

(1) Wolfangslein sur le 1/75 000° aiitriciiien.

204 MKMOIRES ET JOLRXAUX DL' GÉNÉRAL DECAEX

niée pour rolournor on France, après la ratification du traité de paix de Lunêville.

Comme je n'ai entrepris de rédiger ce journal (|ue pour me créer de l'occupation, je me suis décidé à le conliiiuer, (juoi(|u'il ne s'agisse plus que de dispositions relatives aux inlérèlsde l'armée et pour la maintenir dans le meilleur état sous tous les rapports; et ensuite de sa marche de retour, après avoir séjourné pendant plus de trois mois pour ainsi dire aux portes de la capitale des Etats autrichiens, oii elle n'était pas entrée parce que son chef, (|ui n'en avait pas eu l'ambition, avait généreusement suspendu ses armes dès que les ennemis lui avaient déclaré (ju'enfin ils demandaient la paix.

9 nivôse (30 décembre). — Je fus informé par le général Durutte qu'à Steyr on avait trouvé des grains dans plusieurs magasins; mais que la plus forte partie était réclamée pour appartenir à la compagnie des mines de Styrie, pour la subsistance des ouvriers; cependant que, vu les circonstances, les magistrats de cette ville en disposaient pour la nourriture des habitajils. J'ordonnai qu'ils en eussent la libre disposition et qu'on ne mit la main (jue sur ce qui appartenait à l'armée autrichienne.

10 nivôse (31 décembre). — Le général Kniazievvicz envoya l'état des villages dans lesquels sa légion était cantonnée et m'annonça (|ue, dans peu de jours, il m'adresserait les renseignements que je lui avais recommandé de prendre, ainsi (|u'aux autres généraux de brigade, sur la population et les ressources dans leurs arrondissements.

11 nivôse (J " janvier 1801). — Je reçus du général Lahorie une lettre datée de Salzburg, le 0. Il me mandait (1) :

La rcnln'o dos coiilrihutions de rAutricho éprouvera, ;! ce qu'il parait, beaucoup d'obstacles, tant par la rareté du numéraire ([ue par la mauvaise volonté du pays. Je n'ai pas besoin de l'engager à faire connaître que tu traiteras le pajs avec la dernière sévérilé en cas du moindre relard

(Il CeUe lettre débutait ainsi : « Je le préïiens, mon ilier Dec.icii, que le payeur et la poste (lu centre s'clahiirunt à Linz au lieu de Wi*!». La rentrée des conlributio:is de l'Autriche éprouvera, etc.. » (Laliorie à Decaeii, Salzburg, 9 nivôse, A. H. G.).

DECAEX A EXXS 205

pour le paiement des contributions ou pour des arrangements avec le payeur général. L'intention du général en chef est que tu donnes à ce dernier toutes les facilités possibles en force armée^ etc.. (1).

11 me fut annoncé par le général Duriitte que le capitaine d'artillerie Alalliieu était parvenu à établir à Steyr un atelier pour la réparation des armes. En conséquence de cet avis, des ordres furent donnés pour que les corps de la division y envoyassent les armes qui avaient besoin d'être réparées.

Le cbef de Télat-major de la division transmit à cbacun des corps l'extrait ci-après d'une dépècbe du cbef de l'état-major général, datée de Salzburg, le 0 nivôse :

Le général en chef, désirant connaître la situation de l'armée au moment de la cessation des hostilités, me charge de vous écrire pour que vous ayez à prévenir tous les corps d'adresser un état de situation exact de tous les hommes présents sous les armes, au moment actuel.

Ces états, par vos soins, devront être rendus au quartier général dans huit jours à dater de la réception de la présente.

Le général en chef pourra ainsi s'occuper à réparer de suite les pertes que les corps ont essuyées pendant la campagne, en ordonnant au\ généraux inspecteurs, soit d'infanterie, soit de cavalerie, de diriger sur les corps les plus faibles les recrues ou remontes nécessaires pour les porter au complet. Les corps feront ensuite dresser successivement l'état de leurs besoins, soit en armement, habillement et équipement pour que le général d'artillerie ou l'ordonnateur en chef puissent s'occuper de suite des mojens d'y pourvoir.

Par le dernier paragraphe, il était dit :

J'espère que vous voudrez bien mettre tous vos soins à l'exécution des dispositions contenues dans cette lettre et que vous partagerez l'intérêt qu'y met le général en cbef.

Malgré le besoin que la cour de Vienne a de la paix, son obstination à faire la guerre jusqu'à ce jour doit nous engager à nous préparer à la continuer avec avantage, s'il était nécessaire, en nous préparant pendant l'armistice.

12 nivôse (2 janvier). — Le général Durutle annonça l'arrivée à Steyr du 1 ' bataillon de la 14" d'infanterie légère qui avait été

(1) Lahorie ajoutait, en post-scriptum : - Fais-moi le plaisir de faire remettre celle lettre ci-joiate au fjétiéral Ricliepame. Fai» établir une torrespoudauce entre Linz et tou quartier «jénéral. J écris aux «jéuéraux Grouchy et Riihepauce pour <|ue cette chaîne soit formée sans interruption • jLahorie à Decaeu, Salzburg, 9 nivôse, A. H. G.).

206 MKMOIRES ET JOIR-VAIX DU GEXERAL DECAE.Y

détaché à la division Ricliepance à Touverture de la campagne; qu'il n'avait point encore envoyé un état exact de ses cantonnements parce que, la plupart des habitants du pays ayant abandonné leurs foyers, ils n'y rentraient que peu à peu et qu'autant qu'ils étaient instruits des mesures prises pour assurer leur tranquillité; et que, pour ne point les efTrayer, il ne faisait faire que des mouvements partiels ; qu'il y avait encore quelques bailliages où il ne pouvait envoyer personne, tels que celui de Steinbach qui avait été en partie brûlé parce que les habitants avaient eu l'imprudence de faire feu sur les troupes du général Lecourbe ; que je verrais, par un tableau qu'il m'adressait, à lui remis par le capitaine du cercle, que la population du pays était assez considérable, mais qu'il était rare d'y trouver vingt maisons réunies (1).

19 nivôse (0 janvier). — Par une lettre de l'état-maj or général, je fus prévenu que le général en chef avait décidé que les troupes qui se rendraient de Linz à Munich seraient dirigées par Wels, Schwanenstadt, Frankenmarkt, Xeumarkt, Salzburg, Waging, Stein, Uasserburg et Ebersberg; mais que, comme il n'existait d'établissements militaires que dans les places de Munich, Wasserburg, Salzburg, Wels et Linz, il devenait indispensable que les troupes marchant en corps prissent, dans ces places, les subsistances nécessaires pour les jours où elles logeraient dans les communes où il n'existait point de magasins.

20 nivôse (10 janvier). — Le général Durutte annonça que la compagnie des sapeurs qui était à Steyr avait reçu ordre du général du génie Clémencet (2) de se rendre à Salzburg.

(1) La répartilion en cantonnements du pays occupé n'allait pas toujours sans certains tiraillements entre les généraux français, témoin la lettre suivante de Lahorie à Decaen :

« Le jjcnéral Groucliy se plaint que tu aies laissé les chevaux de ton parc dans son canton. Cependant, il était convenu que le matériel de l'artillerie seul resterait à Wels; le c[énéral Grouchy ne peut effectivement nourrir cette jjrande quantité de chevaus, ayant déjà tous ceuï du parc «jéuéral du centre. Donne des ordres, mon ami, pour faire rentrer <lans ton canton les chevaux de ton parc. Je sais bien que tes cantonnements en seront uu peu foulés, mais nous ne devons pas vieillir dans ce pays; aussi il n'y a pas <]rand mal à le fjru<jer un peu = (Lahorie à Decaen, Salzbur;[, 18 nivôse an IX, A. H. G. i.

(2j Clémencet (Louis), né le 30 janvier 174", à Màcon ; lieutenant en 1770; capitaine, le 5 décembre 1782; lieutcnaiit-colonel, le 8 novembre 1792; général de brigade, le 10 frimaire an III; mort à Paris, le 3 prairial au XIII (A. A. G.).

DECAEX A EXiMS 207

21 nivôse (11 janvier). — Le chef de l'élat-major de la division reçut du général Lahorie, remplissant par inlérim les fonctions de chef de Tétat-major général, Tordre suivant :

Le général en chef de l'armée du Rhin, ù la prière de la plupart des ofticiers, sous-officiers et soldats prisoimiers de guerre blessés de Tarniée de Sa Majesté Impériale et Royale qui se trouvent encore, dans l'étendue de la Bavière, de l'Autriche et de l'évèché de Salzburg, dans l'arrondissement de l'armée française, a ordonné que tous ces prisonniers de guerre seraient immédiatement renvoyés à l'armée impériale et dirigés par Enns sur la route de Vienne. Le chef de l'état-major de l'armée du Rhin a l'honneur de prévenir AI. le chef de l'état-major de l'armée de Sa Majesté Impériale et Royale, en l'invitant à donner des ordres immédiatement pour que ces prisonniers soient reçus aux avant-postes.

L'état des prisonniers de guerre envoyés sera dressé par duplicata dont un sera signé par l'officier de l'armée impériale chargé de les recevoir aux avant-postes.

Cet ordre était accompagné d'une lettre d'envoi dans laipudle étaient indiquées les dispositions d'exécution (jui furent remplies exactement (1).

23 nivôse (13 janvier). — Il arriva une lettre du général Lahorie, datée de Salzhurg, le 21 nivôse, pour le chef de l'état-major de la division, énonçant ce qui suit :

Le général en chef, voulant connaître les consommations de denrées qui ont lieu à l'armée, me charge de vous inviter à m'adresser dans le plus bref délai, et à dater du 1" frimaire dernier, un étal par décade des denrées en pain, viande, litjuides, foin, paille et avoine, qui ont été reçues et distribuées dans la division du corps d'armée dont le détail vous est confié.

Ces états indiqueront sommairement les denrées reçues pendant la décade et d'où elles proviennent, celles qui auront été distribuées et versées sur d'autres divisions, avariées, etc., et ce qu'il en reste de disponible le dernier jour de la décade.

Vous continuerez à m'adresser ces états jusqu'à nouvel ordre, en y joignant ceux des magasins des places occupées par les troupes de la division dont le détail vous est confié.

(1) Uq Hongrois du uom de Charles Birony, qui avait été lieuteuaut-coloncl, et employé par le roi de Naples à diverses missions diplomatiques auprès de la cour de Vieune, s'était présenté à Decaen quand celui-ci était entré à Munich, quelques mois plus tôt... » l.a nécessité m'a forcé de recourir directement au général Decaen qui, par sa bonté ordinaire, me présenta au général Desselle..., ^ écriiait-il; et il ])roposait de lever un corps hongrois afin, disait-il, « de pouvoir être utile à l'armée, d'uue part, et pour ranimer l'espoir de mes compatriotes en Hongrie... >• Cette proposition n'avait pas abouti (Birony au général en chef, Munich, 21 nivôse an IX, A. H. G.).

En m'cnvoyant les étals particuliers des gardes-magasins visés des commissaires des guerre ou commandants de place, en l'absence des commissaires des guerres, vous serez dispensé de m'adresser un état général.

Le général en chef compte sur votre exactitude dans l'evécution des présentes dispositions.

Quelques jours auparavant, le 17 nivôse, j'avais écrit au commissaire des guerres de la division, Maljean, de me faire un rapport, le lendemain matin, de quels moyens il avait pourvu à la subsistance des troupes de la division depuis qu'elle était établie dans le canton de la Traun, à dater du 2 niv^ôse; que ce rapport devait faire connaître les quantités consommées, quelles denrées, d'où elles étaient provenues, si c'élaient des ressources du pays ou des magasins pris sur l'ennemi, et de déterminer les quantités fournies par l'un et l'autre; enfin ajouter, pour tout ce qui avait été requis aux différents baillis, le nom de la commune où il avait frappé la réquisition, et, en donnant une note des réquisitions, dire si elles avaient été acquittées ou ce qu'il fallait encore verser pour les compléter; d'ajouter à ce rapport une note qui me fît connaître l'état des magasins de l'armée autricbienne dont il avait dû prendre la surveillance depuis l'établissement de la division.

Il fut prévenu que j'avais fait donner ordre aux gardes établies à cbaque magasin pris sur l'armée autricbienne de n'en laisser rien distraire, ni même d'y laisser entrer qui que ce soit jusqu'à nouvel ordre.

J'avais écrit cette lettre et j'avais pris cette mesure parce que j'avais été informé qu'il s'était commis des abus et des dilapidations préjudiciables aux intérêts de l'armée.

26 nivôse [\Q janvier). — Les troupes de la division étant alors bien établies dans leurs cantonnements, et toutes les dispositions ayant été prises pour assurer leur subsistance, j'avais prévenu le général en chef que je me proposais d'aller passer quelques jours à Munich. Je me mis donc en route pour y aller directement en passant par Braunau.

Page 1