UME CHASSE AU CERF SUR LR KOENIGS SEE
<eùmes la surprise d'entendre une musique guerrière. Celte cli.ir- «nante surprise avait été préparée par le chef de brigade Gautier (1) en cantonnement à Berchtesgaden avec quelques troupes et son ^tat-major.
La musique, rillumination, les mineurs aux travaux et la détonation des mines chargées auxquelles l'on mit successivement le feu, nous offrirent un spectacle intéressant et (|ii'on ne peut dépeindre. Mous vîmes ensuite briser et réduire en morceaux portatifs pour un seul homme les éclats détachés par l'effet de la poudre. Les fragments, de la mine, sont ensuite transportés à l'extérieur et jetés dans l'eau afin de s'y dissoudre, parce qu'ils contiennent des parties terreuses de quatre à cinq sur cent, et, quand l'eau est suffisamment imprégnée de sel, elle est conduite à la bouilloire.
Pendant notre diner avec l'évèque de Berchtesgaden, Son Éminence nous fit la galanterie de faire faire de la musique. Il faudrait l'avoir entendue et vu les musiciens qui l'exécutaient pour se faire une idée de cette singulière parade; car, parmi de jeunes musiciens qui jouaient avec des instruments ordinaires, on avait intercalé des hommes d'une cinquantaine d'années, portant perruque, ayant une mise assez bizarre, faisant leur partie avec des jouets d'enfant et gardant un sérieux inexprimable.
Nous séjournâmes à Berchtesgaden pour avoir le plaisir de chasser le cerf. Le lendemain, et pour cette chasse, nous allâmes sur le bord du Konigs See pour nous y embarquer afin de poursuivre sur le lac les cerfs qui devaient s'y jeter, du côté où ils seraient forcés par les paysans, pour se sauver sur l'autre rive. Nous ne tardâmes pas à voir descendre de la montagne où l'on faisait la battue unedouzainede cerfs et bichesqui, bientôt, entrèrent dans le lac. Nos bateaux furent aussitôt dirigés pour les poursuivre. Mais, de ces animaux à la nage dont on n'apercevait que la tête et sur lesquels nous ne pûmes tirer que de fort loin, aucun ne reçut le coup fatal.
(1) Gaulier (Nicolas-Hyaciulhe), iié le 5 mai m4, à Loudéac ; lieutenant au i" bataillon des CôteB-du-Nord, le 23 septembre n92; capitaine, le 14 vendémiaire an V; chef de bataillon aide de camp de Masséna, le 17 pluviôse an VII; nommé adjudant général chef de brigade sur le champ de bataille par le fjéiiéral commandant en chef l'armée du Danube, le 3 vendémiaire an VIII; général de brigade, le 12 pluviôse an XIII; décédé à Vienne, le 14 juillet 1809, des suites de blessures reçues à l'affaire du 6 (A. A. G.).
Aprôs celle chasse, pour nous, d'un nouveau genre, nous revînmes déjeuner à Berchlesgaden. On nous servil du poisson du Kônigs See. Ce poisson, un peu plus gros que la grosse sardine, mais rouge cl (jui est très délicat, est la seule espèce qui soit pêchée dans ce lac (|u'on dit avoir plus de mille pieds de profondeur; et on ne le pèche que pendant quelques mois de l'année, car il disparaît.
Xous fûmes, le soir, de retour à Salzhurg.
Le général .\Ioreau, qui était allé à Paris pendant la suspension d'armes qui avait eu lieu pendant notre campagne d'été, s'y était alors marié. En causant de diverses choses dans la voiture où nous étions seuls, je lui en témoignai mon étonnemeut en lui disant que je n'aurais pas pensé qu'il eût formé ce nœud pendant la guerre et que, fait pendant le peu de temps qu'il était demeuré à Paris lors de son dernier voyage, ce ne pouvait être que la suite d'un projet bien antérieur. Il me dit qu'il n'avait vu que quelques fois dans le monde la personne avec laquelle il s'était marié, Mlle Hulot, fille du trésorier général de l'île de France, et que ses amis lui avaient conseillé de se marier. Surpris de cette fin de réponse, je ne pus m'empècher de répliquer : i. Je ne croyais pas que le général Moreau se fût marié par le conseil d'amis. — Ils m'ont représenté, 11 dit-il, «que cela était nécessaire pour mes intérêts; car, tant que je resterais garçon, je n'y songerais pas. Croiriez-vous que, lorsque j'ai pris le commandement de cette armée, je devais 30 000 francs? r, Il n'en fut pas dit davantage sur ce sujet, mais cela amena le général Moreau à me dire : " Bonaparte et sa femme ont voulu me faire entrer dans leur famille, et j'ai bien su l'éviter. J'avais été diner avec eux à la Malmaison. Après le dîner, ayant trouvé le journal du soir sur la cheminée du salon, je voulus le parcourir; mais j ayant trouvé : On dit que le général Moreau doit épouser Mlle Hortense Deauharnais, je glissai vite le journal sous la pendule. Mais, peu de temps après, Bonaparte,^ qui avait tourné dans le salon, s'approcha de la cheminée, retira le journal de dessous la pendule, et à peine avait-il jeté les yeux dessus qu'il éleva la voix et dit : « On parle de vous dans ce journal. » Quel(|u'un lui ayant demandé ce que l'on disait, alors il avait lu la nouvelle » .
En écoutant, j'éprouvai une vive sensation de curiosité d'ap-
REMARQIES BLESSAXTES SUR LES BONAPARTE 215
prendre la suite du dialogue et surtout la réponse du général Moreau qui venait de se vanter d'avoir bien paré ce coup qui. n'était plus, pour lui, inattendu. Mais je fus extrêmement étonné quand j'entendis qu'il avait répondu : et Je ne veux pas me marier. Cela porte malheur. V^oyez Jouhert " , et qu'alors on ne lui avait plus rien dit.
Que le général Moreau n'ait pas voulu épouser Hortense, c'était une chose toute simple; mais il me semble qu'il devait s'abstenir de faire une réponse aussi brusque et aussi singulière, tandis que, prévenu de ratta(|ue qu'on pouvait lui faire, il devait éluder cette proposition d'une manière honnête et plus satisfaisante. Il le devait et le pouvait d'autant plus que, peu de jours après cette scène et avant de revenir à l'armée, il contracta son mariage.
Lorsqu'il était arrivé à Paris, Bonaparte, Premier Consul, lui avait offert une paire de pistolets enrichis de diamants en lui adressant les compliments les plus flatteurs.
Mais son plus grand tort, au sujet de cette adroite proposition de mariage, qu'il avait si singulièrement repoussée, c'est que je lui ai entendu répéter publiquement, plusieurs fois, qu'on avait voulu le faire entrer dans celte f... famille, mais qu'il avait bien su s'en débarrasser.
J'appris aussi, dans le temps, et même à l'armée, que la dame Hulot, sa belle-mère, ayant lu cet On dit, etc.. dans le journal, s'était servie de cette expression triviale : t .Ah! ce n'est pas pour eux que le four chauffe! i
Comme ces deux traits de mépris n'ont pu rester ignorés de Bonaparte et de toute sa famille, en raison de leur grande publicité, il est assez probable qu'ils ont pu être la cause première de ce qui est arrivé ensuite au général Moreau.
26 pluviôse (15 février). — Je partis de Salzburg pour retourner à Enns où j'arrivai le même jour (1) . Le général .Moreau devait aller incessamment à Strasbourg chercher Mme Moreau, et je]fus informé, le 30, (ju'il était parti le matin du 28.
(1) U y a environ l'20 kilomètres de Salzburg à Emis, par Wels et Ebersberjj. « Je fi« mou voyage très heureusement, mon cher Lahorie. Je te remercie bien de ton attention. J'arrivai le même jour à Enns. Je rencontrai au relai de Kleinmiiachen (?) le marquis de Gallo que tu auras peut-être reçu à Salzburg. Voilà mon voyage.'... » (I)ecaen à Lahorie, Enns, -20 pluviôse an IX, A. H. G.).
216 MEMOIRES ET JOURNAl X DU GENERAL DECAEX
Je reçus du général Kniazicwicz la lettre ci-après, écrite de Munich. Elle était sans date.
Ayant appris, citoyen général, que la légion a reçu ordre de se rendre à Strasbourg, je m'empresse d'arriver à Salzburg, croyant, mon général , de vous y trouver encore pour pouvoir vous témoigner en personne et au nom de mes compatriotes les sentiments d'estime qu'ils vous portent, ayant eu l'avantage d'être sous vos ordres dans une campagne qui a couvert de nouveaux lauriers les armées françaises et leurs chefs. Agréez donc, citoyen général, par la présente, l'aveu sincère de ces sentiments dont sont pénétrés mes compatriotes et surtout moi qui ai l'honneur de vous assurer de la parfaite considération avec laquelle, etc., etc..
1" ventôse (20 février). — Je reçus une lettre du général Laliorie, datée du 29. Il m'écrivait :
Les États de la Haute Autriche montrent, de toute manière, tant de mauvaise volonté, particulièrement relativement à nos magasins que, peut-être, il sera nécessaire, mon ami, d'en venir à des exécutions militaires pour les moyens de transport. J'ai donné là-dessus des instructions à l'ordonnateur Nourry, en le prévenant que tu lui donnerais, dans ton cercle, toutes les facilités possibles ou plutôt tous les moyens de sévérité qu'il te demanderait.
J'espère que nous tirerons parti de la marine d'Enns. Fais-la garder soigneusement. Il faut rassembler de l'argent pour les gratifications et celui qui proviendra de ces objets sera le premier à donner.
En réponse j'écrivis :
D'après les ordres du chef de l'état-major de l'artillerie, mon cher Lahorie, on avait fait partir de l'arsenal de la marine d'Enns une vingtaine de voitures chargées des meilleurs cordages et quelques caisses de clous, etc.. Cette évacuation a fait paraître un des négociants avec lesquels tu as traité à Amstetten, car il a un laisser-passer signé de toi. C'est celui qui est de Fribourg. Il a demandé qu'on suspende cette évacuation, disant qu'il voulait faire l'acquisition de tous les bateaux et de leurs agrès. Je lui ai répondu que je ne pouvais acquiescer à sa demande qu'autant qu'il ferait une soumission convenable, et pour cela, je l'ai adressé au commissaire Nourry, le prévenant que le départ d'un nouveau convoi, prêt à se mettre en route, serait différé jusqu'à ce matin ; que je devrais avoir un avis du commissaire qui m'informerait si on était entré en arrangement. Je n'ai aucune nouvelle.
Mais, d'après ce que tu me dis du retard apporté par les États, on n'enlèvera plus rien jusqu'à ce que tu donnes un nouvel avis. Préviens-en le général Eblé, vu que si on se trouve réduit à la nécessité de se servir des bateaux, il est indispensable d'avoir ce qui est utile à leur manœuvre (1)..
(1) Dans cette lettre, dont Decaeii n'a reproduit qne la première partie dans ses