‹ Memoires et journaux du general DecaenChapitre 51 sur 132 · DEMANDE INDISCRÈTE DE L'ÉLECTEIR · texte numérisé non relu

DEMANDE INDISCRÈTE DE L'ÉLECTEIR

capitale, afixé le jour de cette rentrée; mais que, comme la lotalilé des troupes françaises n'auront pas encore passé Flsar et au delà de Alunich, on me demande que leur passage ail lieu en dehors de celte ville. Qu'en pensez-vous? v

Je répondis que j'étais fort étonné d'une aussi singulière demande et que je pensais que l'Electeur pouvait fort bien attendre que nous fussions partis ; qu'il ne lui fallait plus que quelques jours de patience. ^ Mais ce qui m'étonne davantage et qui me détermine à vous prier de ne pas accorder une pareille demande, c'est (ju'elle €st inconvenante. Je dois même dire que c'est une insulte pour les troupes de ma division qui, depuis leur entrée dans celte capitale, au mois de juin dernier, et pendant qu'elles y ont séjourné, ainsi que dans plusieurs parties de la Bavière, n'ont donné aucun sujet de plainte. 15

J'ajoutai : ;'• Monsieur l'Electeur ne se montre pas fort reconnaissant de tout l'intérêt que je n'ai cessé de porter aux Bavarois, surtout aux habitants de Munich, je puis dire, même, à ce qui l'intéressait personnellement. »

[Et je dis] d'ailleurs que les vaincjueurs ne devaient pas être assimilés aux vaincus. A ce sujet, je rappelai qu'en marchant sur Munich, lorsquej'eus promis aux agents de l'Electeur de faire respecter sa capitale dont il venait de fuir avec la plus grande précipitation, le commandant de mou avant-garde avait obligé les Autrichiens à passer en dehors de la ville pour aller de l'autre côté de l'Isar; que c'était ce même commandant qui était chargé de l'arrière-garde, et que c'était Montaulon.

Le général Moreau m'accorda la satisfaction de ne pas accorder ce qu'on lui avait demandé.

18 germinal (8 avril). — Le général Moreau parlil de Alunich pour se rendre à Augsbourg.

Les troupes de la division arrivèrent à Munich oîi je les fis loger €t dans les faubourgs.

Je donnai les ordres pour leur départ le lendemain et pour continuer leur marche sur Augsbourg où elles devaient arriver le 21.

19 germinal (9 avril). — In bataillon de la 4'' demi-brigade était resté à Munich pour la garde de cette ville, des magasins

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et des hôpitaux, etc.. Il était caserne. Ayant appris qu'on voulait le loger chez l'habitant sous un autre prétexte que celui de rendre libre la caserne qu'il occupait afin de la préparer pour les troupes bavaroises, j'écrivis au commandant de ce bataillon que je venais d'être informé que le gouvernement bavarois se disposait à lui annoncer, s'il ne l'avait pas déjà fait, que, pour témoigner combien il avait à se louer de la bonne conduite de la A' demi brigade pendant qu'elle avait tenu garnison à Munich, il consentait que ce bataillon loge chez l'habitant pendant les deux jours qu'il avait encore à y rester; mais, attendu que, depuis le moment où les troupes françaises étaient entrées dans cette ville, il n'avait pas dépendu de ce gouvernement de désigner tel ou tel logement pour les soldats de la République, et que, si elles avaient été casernées, c'était à cause de la discipline et pour la facilité du service, ce bataillon ne devait donc quitter son quartier qu'à l'instant de son départ. Et [j'ajoutai] que je rendais ce chef de bataillon responsable de l'exécution de mes ordres.

20 germinal (10 avril). — L'arrière-garde étant arrivée sur Munich, je fis donner l'ordre au chef Laffon d'y faire entrer un escadron avec son état-major, et de cantonner le surplus sur la rive droite de l'Isar; de se mettre en marche, le lendemain, pour arriver une partie sur Dachau et l'autre, en arrière, dans les; villages sur la route de Munich, et de continuer ensuite sa marchepour arriver le 23 sur Augsbourg.

Après avoir fait donner l'ordre au commandant du bataillon, de la A' de précéder, le lendemain, l'arrière-garde pour se rendre aussi à Dachau et, de là, à Augsbourg, je montai en voiture à 8 heures du soir et quittai Munich.

21 germinal (11 avril). — J'arrivai à Augsbourg. Le général Moreau en était parti de la veille; mais j'y trouvai l'ordre ciaprès :

La division du ;T[i'néral Decaen est composée des corps ci-apirs : 14'^ demibrigade d'infanterie légère ; 4' denii-brigadc d'infanterie de ligne ; 16*^^ demirbrigade d'infanterie de ligne ; 27" demi-brigade d'infanterie de ligne ; 1" bataillon de la 65% à Ulm; 17' de dragons; 1" de chasseurs à cheval; 6« de chasseurs à cheval ; 10" de chasseurs à cheval ; 20" de chasseurs à cheval;, avec les 2% 4"^ et 6* compagnies du 3' régiment d'artillerie à cheval.

l\ BEAU GESTE DE LAFFOM 229

Les généraux de brigade Sahuc et Durutte sont attachés à cette division avec l'adjudant connnandant Plauzonne.

Cette division s'établira d'abord entre le Lech et le Danube. La division se mettra ensuite en marche pour arriver sur la rive droite du Ilhin.

L'époque de l'arrivée des troupes près de ce fleuve ainsi que les points où elles devaient efl'ectuer leur passage ayant été changés par un ordre ultérieur, je ne les énonce point. Les régiments de chasseurs 1" et 20% qui passaient à la division avec le général Sahuc, étaient déjà cantonnés entre Giinzburg et Augsbourg. La 27' tenait garnison dans cette ville. Je fixai les cantonnements du surplus de la division entre Batzenhofen et Augsbourg.

23 germinal (13 avril). — .^lon arrière-garde arriva à Friedberg. Klle reçut l'ordre d'y cantonner et dans les environs jusqu'à nouvel ordre (1).

25 germinal (15 avril). — J'adressai au général Lahorie le brevet d'un sabre d'honneur accordé au digne Aloutaulon. Le chef de brigade Lafion, en me présentant ce brevet, exprimait une joie et une satisfaction plus vives que si ce titre eût été pour lui-même, tant il avait d'amitié pour sou brave camarade. Je demandai que cette récompense fût annoncée par l'ordre de l'armée.

Précédemment, l'excellent chef Laffon avait encore refusé une fois le brevet de général de brigade, préférant rester au commandement de son G*" de chasseurs qu'il regardait comme sa famille. Quel rare et bel exemple !

Je mandai au général Lahorie (2) qu'il avait dû recevoir une

(1) Le 24 germinal, Decaen écrivait à Laliorie :

' Je t'adresse, mou cher Lahorie, une réclamation que m'avait renvoyée le f[énéral en chef : tu lerras, au bas, la réponse du chef de brigade qui est suffisante pour l'aire droit à la demande du réclamant.

•^ L'adjudant général Bertrand a dû te remettre ta carte et l'itinéraire de marche de la division. Je resterai ici jusqu'au 4; le 5, je serai à l)lm, le G à Biberach, le 0 à Donaueschingen et, vers le \i ou le 13, à Offenburg. Je t'indique les lieux où on me trouverait si lu avais quelque ordre à m'adrosser.

« Les Bavarois étalent si impatients d'entrer à Munich qu'à peine ils ont pu attendre qu'on ait relevé les postes pour entrer, et si je n'avais pas fait une erreur, ils auraient langui jusqu'au 23. puisqu'il est arrivé que le 6° aura fait la route de Salzburg à Augsbourg sans séjour... Je crois, du coup, avoir acquis des droits à la reconnaissance bavaroise, .idieu, mon cher Lahorie. Veui-tu m'obliger de me dire quand tu seras à Strasbourg? Adieu, je t'embrasse ^ (Decaen à Lahorie, Augsbourg, 24 germinal, A. H. G.).

(2) Decaen à Lahorie, Augsbourg, 25 germinal an IX [.\ H. G.).

demande, afin qu'il me fût donné des ordres de fournir des troupes pour des exécutions militaires relativement à des voitures dont les administrations disaient avoir besoin (le nombre de ces voitures était de 880 à quatre colliers, et 12 sacs dans cbacune), pour transporter des denrées s'élevant, en grains, à 17 000 quintaux et 5 000 sacs d'avoine; et que j'avais répondu qu'on s'adressa 1 directement à lui pour cet objet, car la manière de présenter cette demande ne m'avait pas paru aussi claire que je l'aurais désiré; qu'on m'avait parlé des grands intérêts du gouvernement, de conférence sans résultat, de consignation de 1 200 à 1 500 louis pour faire une chose plutôt qu'une autre dont je n'avais pas voulu entendre les détails, me résumant à demander une note officielle à laquelle on joindrait un arrêté du général en chef qu'on m'avait cité et qui devait autoriser une pareille mesure.

J'annonçai que mes dernières troupes quitteraient le lendemain Friedberg.

J'écrivis aux magistrats d'Augsbourg la lettre suivante :

J'ai déjà reçu beaucoup de plaintes sur ce qu'en plusieurs endroits du territoire qui dépend de votre souveraineté, Messieurs, et encore aujourd'hui, auprès de Langweid, on y attaque à main année les hommes et les équipages de l'armée française. Comme on ne doit accuser de ces délits que les habitants mêmes du pays, puisqu'il n'est point encore arrivé que ces excès aient été commis envers d'autres individus, je vous engage à prendre des mesures pour que ces crimes ne se répètent plus; car je vous préviens qu'il sera intligé, pour le moindre événement de ce genre, les peines les plus exemplaires; et je tiens parole. Prévenez vos administrés que les communes sur le territoire desquelles se commettront les délits seront, par leurs habitants et leurs propriétés, responsables.

Je vous préviens encore que si je reconnais la moindre négligence dans l'autorité supérieure à mettre un frein à cette conduite délojale, ce sera particulièrement elle qui en supportera la punition,

26 germinal [16 a\ri\) . — Je reçus du général Lahorie la lettre ci-après, datée de Stuttgart, le 23 :

Je te préviens, mon cher Decaen, que, d'après les ordres du gouvernement, la 4» demi-brigade de ligne devra passer le Rhin à Strasbourg le 15 floréal, pour continuer sa marche le même jour sur Nancy; le bataillon du 65» devra passer le 15 pour se rendre à Metz; la 14^ légère devra passer le 10 ou le 20, à Huningue; la 16* légère devra passer le 17 ou le 18, à Hrisach; le 17"' de dragons, à Strasbourg le 14, pour Pont-à-Mousson ;

DECAEN A AUGSBOURG â3l

le 20' de chasseurs, à Strasbourg le 16, pour Arras; le 1" de chasseurs, à Strasbourg le 26, pour Comniercj ; le G"" de chasseurs, à Strasbourg le 26, pour Strasbourg; et le 10' de chasseurs, à Strasbourg le 30, pour Stenay.

La 27'' demi-brigade de ligne devra continuer, dès ce moment, sa marche pour arriver à Strasbourg où je suppose qu'elle arrivera vers le 10 floréal.

Le pays entre le Rhin et les montagnes étant épuisé, il est nécessaire, mon cher Decaen, que tu combines ton mouvement de manière que les troupes n'aient qu'un séjour près du Rhin sur la rive droite.

Le général Sainte-Suzanne a reçu du gouvernement les ordres de route de tous les corps; ainsi il sera bon que tu lui envoies d'avance ainsi qu'à moi l'itinéraire des troupes de ta division.

L'artillerie légère entrera à Strasbourg avec le 6° de chasseurs.

Le caissier du payeur Labouillerie est chargé de te remettre un effet sûr pour 25 000 francs.

29 germinal (19 avril). — Un courrier m'apporta la réponse à ma lettre du 25, au sujet des magasins. Le général Lahorie, sous la date du 28, m'adressait la copie d'une lettre du généra! en chef aux membres du comité de Souabe, datée de Stuttgart, le 27. En voici le contenu :

Je vous préviens. Messieurs, ([ue je donne ordre au général Decaen de rester cantonné avec les troupes sous ses ordres à Augsbourg et environs jusqu'à ce que les magasins de l'armée qui existent dans cette ville soient totalement évacués. J'autorise, pour cet effet, une réquisition de voitures à frapper sur les bailliages de la Souabe les plus voisins d'Augsbourg, à moins que les administrateurs généraux ne trouvent des acquéreurs qui veuillent acheter les dits magasins.

Je compte assez sur votre attachement à votre pays pour être persuadé que vous seconderez de tout votre pouvoir l'exécution de la réquisition de voitures pour l'objet ci-dessus désigné, comme étant le moyen le plus sur d'accélérer le départ de l'armée française de vos contrées.

Signé : More.iil-.

Pour copie conforme.

Signé : l'adjudant commandant : Bkrtr.axd.

30 germinal (20 avril) . — Le général Lahorie m'ayant annoncé, dans sa lettre d'envoi, qu'il parlait le lendemain pour Strasbourg, j'écrivis au général en chef :

Votre lettre du 27 germinal relative à la vente des magasins d'Augsbourg, mon général, a produit le meilleur effet. Le marché s'est passé de suite. Depuis, j'ai appris que les entraves qu'on a apportées ne sont point.

autant qu'on Ta expose, du fait du comité car, dès l'instant qu'il a eu connaissance de vos intentions, ses membres ont agi avec la meilleure volonté.

Comme la 27"" avait reçu l'ordre pour se mettre en marche le 29 (1) et que j'ai différé son départ jusqu'à aujourd'hui, parce que ce départ devait avoir lieu dans le moment même où ces messieurs recevaient votre arrêté, je vous préviens, mon général, que la 27"= ne peut arriver à Strasbourg que le 14. Lahorie me l'avait demandée pour le 10 floréal.

Mes dernières troupes quitteront Augsbourg le 6 floréal, à moins d'ordres contraires, et Ulm, le 13. Comme ces troupes ne doivent entrer à Strasbourg que le 26 et le 30, elles séjourneront encore quelques jours aux sources du Neckar avant de repasser le Rhin.

En conséquence de Tordre du 23 qui fixait les jours où les différents corps devaient repasser le Rhin, j'avais donné des ordres de marche au général Durutte, qui commandait ceux désignés pour passer ce fleuve le 14 et le 15, et au général Sahuc pour les autres, qui devaient effectuer ce passage du 16 au 20.

6 Jloréal (26 avril). — J'avais fait cantonner en échelons, depuis Augsbourg jusqu'à Ulm et Erbach, les trois régiments de chasseursqui me restaient avec l'artillerie légère. Je partis d'Augsbourg pour me rendre à Ulm et je lis avancer successivement ces troupes vers cette ville (2) .

7 Jloréal (27 avril). — A mou arrivée à Ulm, je reçus la lettre ci-après du général Lahorie, datée de Stuttgart, le 6 :

Tu sais, mon cher Decaen, que, d'après les ordi-es du gouvernement, le Brisgau doit être occupé par des troupes françaises jusqu'à l'arrivée du duc de Modène. Ces troupes sont la 16" de ligne et le 23" régiment de cavalerie. Tu dirigeras, en conséquence, la 16" demi-brigade sur Fribourg et environs pour le 18 et le 20.

Comme le bataillon de la 65" qui est en garnison à Stuttgart doit en partir le 10 pour se rendre à Strasbourg, donne des ordres à un des bataillons de la 16" de ligne de se rendre à Stuttgart pour y tenir garnison. Le chef de ce bataillon remplira les fonctions de commandant d'armes. Donnelui l'ordre d'arriver de sa personne à Stuttgart le 0 de ce mois, pour qu'il puisse recevoir de l'adjudant commandant Uapatel les instructions néces-

(1) " J'en avais préienu Lahorie » (Note de Decaen). Cette lettre qui prévenait Lahorie est du 2" germinal (A. H. G.).

(2) " ... La lenteur qui a été apportée pour la vente des magasins fait retarder l'évacuatioD d'Augsbourg.. . » (Decaen à Lahorie, Ulm, 5 floréal, A. H. G. ). Cette lettre estdatée d"UIm le 5, alors que Decaen, dans ses mémoires, semble dire qu'il ne quitta Augsbourg que le 6.

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