DECAEN IXSPECTEUR GÉNÉRAL D'INFANTERIE 25T
là, à Rome, avaient été déposés sous la remise de cette auberge; et que les officiers municipaux de l'endroit, ayant appris fort tard que ces dépouilles mortelles étaient ainsi reléguées comme une voiture de bagages, avaient délibéré à ce sujet; (|u'ensuife ils étaient venus offrir aux conducteurs leur église, lieu beaucoup plus convenable pour ce précieux dépôt, mais que ceux-ci, de fort mauvaise humeur qu'on les eût réveillés pour cette proposition, avaient répondu que le pape était très bien où il était pour y passer la nuit.
Après avoir inspecté les troupes en garnison à Marseille, je me rendis à Toulon. J'eus, dans cette ville, une discussion assez vive avec le contre-amiral Emmeriau, relativement aux prétentions que MM. les marins ont l'habitude de s'arroger, dans les ports de mer, à l'égard des troupes et des officiers de l'armée de terre. J'en informai le ministre de la guerre. Je ne fus point satisfait de la décision qu'il prit à ce sujet avec le ministre de la Marine, et je me réservai d'en parler au Premier Consul, à mon retour à Paris.
Après avoir inspecté les troupes en garnison à Draguignan, Antibes et Nice, je revins à Marseille. Ensuite, je fus inspecter celles stationnées à Aix, à Manosque, à l'Isle (1) et à Carpentras, et je terminai mon inspection par les troupes de la garnison d'Avignon où il n'y avait que quelques jours que le préfet, Pelet de la Lozère, protestant, avait installé l'évêque nommé pour ce diocèse depuis le Concordat.
L'examen que j'avais fait des comptabilités des corps que j'avais inspectés, dans le nombre des(|uels se trouvaient plusieurs demibrigades qui venaient d'arriver d'Egypte, m'ayant donné lieu de remarquer beaucoup d'irrégularités, même des désordres et point d'uniformité en ce qui concernait la comptabilité de l'habillement, je proposai au ministre, dans mon rapport d'inspection, d'établir cette comptabilité selon le mode adopté pour la solde, et de ne fournir l'habillement que sur les jouruées de présence. Je démontrai qu'il en résulterait pour le gouvernement une économie annuelle de' plusieurs millions. J'eus la satisfaction de voir que ce que j'avais proposé fut prescrit dans l'un des articles du nouveau règlement.
(1) Probablement l'Isle-sur-Sorgues, dans le département de Vaucluse.
Après avoir parcouru la Provence pendant plusieurs mois, je fis mon retour à Paris au mois de floréal.
Le lendemain de mon arrivée, j'allai à la Malmaison pour voir le Premier Consul. Il m'invita à déjeuner avec lui dans son cabinet. Après mes réponses à ses questions sur mon inspection, et lui avoir parlé de mon altercation avec le commandant de la marine à Toulon, dont M.\I. les ministres ne lui avaient rien dit, il me demanda si je pensais toujours à l'Inde; et, sur ma réponse affirmative, il me dit: "Eh bien! Vous irez. — En quelle qualité? — Mais, capitaine général. Allez voir le ministre de la marine. Dites-lui qu'il vous communique tous les documents relatifs à cette expédition. »
En rentrant à Paris, je fus .souhaiter le bonjour au général Moreau qui, comme à son ordinaire, me fit un très bon accueil. Il y avait deux personnes avec lui. La conversation, interrompue à mon arrivée, reprit son cours. J'ignorais que, pendant mon absence de quatre mois de la capitale, l'inimitié ou plutôt la haine entre ce général et le Premier Consul s'était de plus en plus invétérée. Mais, entendant traiter celui-ci sans ménagement, je pensai qu'il me convenait, dans ma position, de ne pas y être indifférent. Alors je dis que je venais de déjeuner avec lui, et qu'il m'avait annoncé que je serais capitaine général à Pondichéry. « Ah ! En voilà encore un d'exilé » , dit le général Moreau. « Non pas, mon général : car avant d'être nommé inspecteur, j'avais témoigné à Bonaparte le désir d'aller aux Indes, lorsqu'un jour il me demanda ce que je voulais faire; et j'ai été fort surpris, ce matin, quand il m'a donné cette marque de son souvenir et de sa bienveillance, v Ce que je venais de dire et que la loyauté m'avait fait exprimer dans cette circonstance n'étonna point le général .Aloreau qui connaissait ma franchise et (jui se souvenait sans doute des observations que je m'étais précédemment permis de lui faire, au sujet de la fâcheuse résolution qu'il avait prise de se tenir éloigné du chef du gouvernement.
Dans la soirée de ce même jour, j'allai au ministère de la Marine. Dès que j'eus salué le ministre Decrès, il m'engagea à passer dans une pièce voisine du salon où il recevait. Alors, sans préambule, son coude appuyé sur la cheminée, et d'un ton fort dégagé, il m'adressa cette interpellation : « C'est vous qui êtes allé à Tou-