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PREMIÈRE ENTREVUE AVEC DEGRÉS

Ion? -■ Je lui répondis, en le regardant de manière à lui faire sentir son impertinence : « Oui, c'est moi qui suis allé à Toulon! » Avec un ton moins brusque : ^ Vous n'étiez pas en uniforme quand vous vous êtes présenté pour entrer dans l'arsenal? — J'étais en uniforme. — On m'a cependant écrit le contraire. — Je n'ai pas pour habitude de mentir; et j'ai trouvé fort extraordinaire que vous et le ministre de la Guerre vous vous soyez permis de décider dans cette affaire que j'avais demandé de soumettre au Premier Consul, auquel je m'en suis plaint ce matin, et aucjuel j'ai dit que le poste à la porte de l'arsenal s'étant permis de vouloir m'en refuser l'entrée, j'avais passé outre; mais ce n'est pas pour cela (lue je suis venu : c'est pour vous prévenir que le Premier Consul m'a dit de lous demander communication des documents concernant Pondicbéry et autres établissements dans l'Inde, où je dois aller capitaine général, n

Le ministre, quoiqu'il me parût fort surpris de cet avis, croyant sans doute que je ne m'en apercevais pas, me dit avec un ton de suffisance : « Le courrier Moustache ne m'a pas encore apporté d'ordre à ce sujet (ce courrier portait ordinairement les dépèches de Bonaparte aux ministres). — Eh bien! j'attendrai que vous ayez vu le courrier Moustache; et afin que vous puissiez m'en informer, je vais remettre mon adresse chez votre concierqe. •■■ En disant ces dernières paroles, je lui tournai le dos.

Dès le lendemain matin, j'allai à la Alalmaison faire part au Premier Consul qu'il fallait que le courrier Moustache apportât un ordre au ministre de la Marine pour que je puisse avoir de lui les documents sur l'Inde. Et, dans la soirée de ce jour, je reçus une invitation de me rendre au ministère le lendemain, à 0 heures du malin. J'ignore si le courrier Moustache avait apporté au ministre Decrès une leçon de civilité, ou bien si elle lui avait été donnée verbalement, mais je n'eus alors qu'à me féliciter de son bon accueil et surtout de son empressement à me présenter les documents qu'il devait me communiquer. Après en avoir pris connaissance, j'adressai au Premier Consul la lettre suivante :

Je ne connais, mon général, les Indes Orientales que d'après les mvmoires qui présentent notre situation militaire, politique et commerciale dans cette partie du monde avant et depuis 1789, et qui [font connaître la puissance colossale de la nation anglaise, puissance dont ^ les avantages ont

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tant infliiê dans la lutte terminée par le traité d'Amiens, qui stipule que seulement nos possessions territoriales au Bengale et aux côtes de Coroniandel et de Malabar nous seront rendues.

Si l'ile de Ceylan avait été restituée auv Hollandais, non seulement nous nous retrouverions dans l'état où nous étions avant la guerre, mais par notre alliance avec ceux-ci, quoique les Anglais aient anéanti Tippoo- Sahib, nous serions incontestablement bien plus puissants, soit pour notre existence pendant la paix, soit pour l'exécution des projets du gouvernement, s'il voulait attaquer le point le plus sensible de la nation anglaise.

Ceylan servait, par son port de Trinquemaley, pour l'abri des vaisseaux de commerce que l'hivernage surprenait à la côte de Coromandcl, mais plus encore pour les vaisseaux de l'Etat qu'on laissait dans les mers de rinde. Le voisinage de l'île Ceylan était en outre d'une très grande ressource pour Pnndichéry ; et, en cas de guerre, il aurait été pour nous de la plus haute importance. Trinquemaley, devenu anglais, rend nos établissements à la côte de Coromandel encore plus précaires qu'ils n'ont jamais été, tandis que, dans cette possession, les Anglais trouvent un port et une relâche qu'ils n'avaient point. Il n'y a pas de doute que Trinquemaley ne devienne, pour les Anglais, un objet de la plus grande importance. On doit présumer qu'ils vont en faire un établissement de construction et un entrepôt principal de leur commerce des Indes et de la Chine. Ceylan, devenant la clef et le boulevard des possessions anglaises au Bengale et à la côte de Coromandel, doit porter le gouvernement français à avoir un autre systcme pour la conservation de ses établissements, la protection de son commerce et ses vues ultérieures sur l'Inde.

Avant la guerre, le commandement de toutes les possessions françaises à l'est du cap de Bonne-Espérance était sous les ordres d'un seul chef qui faisait sa résidence habituelle à Pondichéry.

Dans les circonstances actuelles, convient-il de diviser ce commandement, c'est-à-dire que les îles de France, de Bourbon, Rodrigue, les Seychelles, et les établissements qu'on est dans le cas de faire sur l'île de Madagascar forment une de ces divisions? Et que Pondichéry, Chandernagor et autres possessions dans l'Inde forment l'autre division?

Je vais comparer l'état de ces établissements avant la guerre avec ce qu'ils sont à présent, et le rapport qui existait à cetle époque entre l'île de France et Pondichéry, et celui (jue cette île doit avoir maintenant avec lous nos établissements sur le continent indien.

Pondichéry a été longtemps considéré comme lieu principal des opérations commerciales, politiques et militaires des Français dans cette partie du monde. C'était leur premier établissement; il avait servi de point d'appui, il avait été un moment respectable et respecté; le souvenir de sa splendeur et l'espoir, sans doute, de lui rendre son lustre l'ont toujours emporté sur la considération qu'on aurait dû avoir pour les événements qui avaient donné la prépondérance à la nation anglaise, et sans changer le sjstème de vouloir toujours faire de Pondichéry une place d'armes.

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